Elite, Grandes Ecoles et Démagogie

En ces temps de disette intellectuelle et de doutes sur la place de l’occident dans un monde en crise, les tenants de la pensée unique, jamais à court d’idée pour « moderniser » (comprendre saccager) notre société, nous présentent leur vœu de nouvel an. Dans la droite ligne des quatre vingt pour cent de bacheliers et en complément du crédo sur la diversité, voici venir l’exigence de trente pour cent de boursiers dans les Grandes Ecoles.

Arrêtons nous un instant sur cet intéressant concept.

Comment peut on différencier la copie d’un boursier ? Il faut créer un concours réservé, une voie détournée, bref un quota. La conséquence de cette discrimination trop facilement qualifiée de « positive » c’est de laisser à penser que les boursiers sont des bons à rien, incapables de s’adapter au niveau d’exigence des concours. Je ne vois pas au nom de quelle prétendue réalité, nos apôtres du politiquement correct partent du principe qu’un boursier est nécessairement un incapable. Quand bien même cette assertion douteuse serait avérée, pourquoi vouloir résoudre le problème en leur proposant des épreuves « adaptées » plutôt que de leur donner les moyens d’élever leur niveau.

Ecole Normale Supérieure - rue d'Ulm - Paris Vème arrondissement

La raison tient à la démagogie qui sous tend la proposition. Dire que l’on va baisser le niveau d’exigence et donc la somme de travail nécessaire pour parvenir à un résultat est toujours supposé plus populaire que d’appeler à l’effort, au sang et aux larmes.

Si la raison le cède en cette affaire à la facilité, si ce gouvernement que l’on a connu mieux inspiré dans d’autres débats, devait céder aux sirènes des amis de Monsieur Descoings, nul n’est besoin d’être devin pour prédire ce qui se passera. Il suffit de regarder ce que vaut un bac aujourd’hui par rapport à ce qu’il valait en 1980. Il faut avoir le courage de constater que la paix universitaire a été achetée à coup de rabais sur les diplômes et qu’aujourd’hui un Master 1 (ex maitrise) ne vaut plus un clou. Abaisser le niveau pour permettre l’accès du plus grand nombre n’a jamais rien produit d’autre que déboires et désillusions.

Dans la foulée des Grandes Ecoles, on imposera bientôt des quotas aux concours de médecine. Ne doutons pas qu’au moment de subir l’ablation de leur prostate nos pourfendeurs d’élites prendront bien garde à ne pas se mettre sous le bistouri d’un interne issu des concours « réservés ».

Le culte de la diversité érigée en système, n’est qu’une vaste tartuferie. Les entreprises ne réclament pas plus de diversité mais des jeunes diplômés adaptés à la réalité de l’économie mondiale. Si les Grandes Ecoles ne les leur fournissent plus, les recruteurs iront les chercher à l’étranger. Où sera alors l’égalité, tant vantée par nos beaux parleurs, quand seuls ceux qui auront eu les moyens d’aller dans les universités américaines occuperont les postes à responsabilités ?

La Conférence des Grandes Ecoles ne dit pas autre chose quand elle se borne à constater qu’un quota de boursier entraine, ipso facto, une baisse du niveau. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce « débat » (comprendre la charge) est porté par le directeur de Science Po Paris. Une école qui n’en est pas une car quand on en sort il faut, justement, aller apprendre un vrai métier dans les Grandes Ecoles, à l’Université ou à l’ENA. Le Ministre de l’Enseignement Supérieur Madame Valérie Pécresse l’a bien compris. Dommage que ses talents de pédagogue ne lui aient pas permis de se faire entendre de son collègue de l’Education nationale. Alors que personne ne lui demandait rien, ce dernier a cru bon d’assener, sans mesure, son point de vue, donnant ainsi à ce débat une tournure de polémique nationale.

Le fond du problème tient d’avantage dans le culte insensé que la société française voue aux diplômes. Nous sommes le seul pays au monde ou être autodidacte est une maladie honteuse. Il n’est pas besoin de se pencher tous les quatre matins sur les raisons de la panne de l’ascenseur social et de s’en lamenter bruyamment. Lorsque l’on ne reconnaît le mérite des individus qu’au travers du bout de papier qu’ils ont obtenus à 25 ans, point n’est besoin de s’étonner que les choses aillent de travers.

Le vrai scandale des Grandes Ecoles ce n’est pas leur niveau d’exigence qui n’est que le reflet des besoins du marché. Le drame c’est qu’un incompétent puisse être protégé toute sa vie professionnelle par le seul bénéfice de son concours et que l’on n’accepte jamais de laisser sa chance à un individu qui ne soit pas passé par le moule du saint graal qu’est devenu le diplôme.

Sous couvert du boursier c’est la tarte à la crème du toujours moins d’effort que l’on nous renvoie. C’est prendre les français pour des imbéciles et les étudiants pour des crétins que de faire croire que demain on rasera gratis. Débarrassons nous une bonne fois pour toute de tous ces enfumeurs qui après nous avoir fait investir des sommes faramineuses dans l’enseignement secondaire pour les résultats que l’on sait et après avoir brisé l’université française veulent s’en prendre à la dernière filière encore indemne de leurs « talents » au nom du principe du jamais deux sans trois.

Ce sont de vieilles lunes marxistes qui ne trompent personne. Abaisser le niveau de connaissance des futures élites, c’est le moyen de museler les contestations à venir. Quand on voit le niveau des titulaires actuels du Bac et des Master 1 …

Alors que la barque de la pensée unique prend l’eau de toute part, l’équipage qui en a tant profité pompe tant qu’il peut. Hélas, la démagogie est une bien mauvaise écope.

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Une Réponse to “Elite, Grandes Ecoles et Démagogie”

  1. Baba Says:

    Un peu concernée, je ne peux qu’approuver !
    Il est grand temps que l’Etat prenne conscience de l’utilité des grandes écoles dans notre paysage universitaire français et cesse de vouloir appliquer des modèles médiocres à des systèmes efficaces.
    Merci

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