Une bonne com’ ne fait pas une bonne politique

Monument Valley - Desert de l'Arizona

La télévision et maintenant Internet ont considérablement accéléré le temps médiatique et rendu primordiale, en politique, la posture sur l’expression des convictions. Le théâtre des attitudes a remplacé le débat d’idée. Nous sommes entrés en trente ans dans l’ère de l’hyper communication.

Le marketing est passé par là. Puisque la réflexion nuit à la force de pénétration d’un message il convient d’en limiter l’usage. Inventons des scénarii destinés à mettre en scène des concepts simplistes, cela sera plus rapidement rentable. Les Hommes politiques l’ont bien compris et l’on assiste depuis la fin des années 70 à une réduction à l’extrême du débat public. Il se résume désormais à un affrontement d’images et à une projection de phantasmes de la part des protagonistes qui finissent par ne plus avoir d’autres convictions que celles de leur reflet dans le miroir cathodique. Plus rien ne les sépare les uns des autres en dehors  de leurs stratégies de communication. Les idées ont cédé la place à l’apparence.

Deux faits récents viennent illustrer mon propos, l’un en politique étrangère, l’autre franco-français.

Le Premier ministre, ayant, ces derniers temps, le vent en poupe, s’autorise des incursions dans des domaines jusqu’ici jalousement gardés par l’Elysée. Il a ainsi réaffirmé mercredi 3 février dernier avec force, la position très ferme du gouvernement français dans le dossier du nucléaire iranien, en précisant que notre pays allait réclamer « des sanctions fortes » à l’égard du régime des mollahs. La question n’est pas de savoir s’il a tort ou raison, ni même s’il est légitime qu’il s’exprime à ce sujet ; il est après tout le second personnage de l’Etat. La France, par sa voix ou celle d’un autre, doit périodiquement communiquer sur ce sujet bien aussi essentiel pour l’avenir de la planète que celui de la fonte des glaciers au Groenland. Le problème n’est pas qu’il en parle mais que cette déclaration soit faîte à l’occasion du diner annuel du Crif. Une chose est de vouloir rassurer les français de confession juive sur son engagement à combattre toute forme d’antisémitisme, une autre est de délivrer un message aussi capital dans une telle assemblée. Certes, cette position n’est pas une nouveauté mais, réaffirmée en de telles circonstances, elle confirme les imbéciles dans leurs chimères relatives à l’existence d’un complot juif mondial contre l’islam. Les actes de violence qui visent les juifs et qu’il convient de dénoncer avec force ont leurs origines dans le conflit israélo-palestinien ce n’est plus un secret pour personne. Une communication brouillonne et qui n’a pour objet que de faire paraître favorablement celui qui la porte aux yeux de ceux qui la reçoivent, ne fait pas une bonne politique. Elle affaiblit le message en renforçant les adversaires.

L’autre exemple vient de l’UMP. Nicolas SARKOZY avait fait campagne en cassant les codes de communication d’une famille politique qui, jusqu’ici, ne semblait devoir accéder au pouvoir qu’en s’excusant  d’être de droite. Sa très large victoire donnait des sueurs froides aux bien-pensants. N’allait-il pas renverser tous ces dogmes qui avaient fait la fortune de ces perpétuels donneurs de leçon ? Pour donner des gages à cette camarilla, le nouveau Président s’est empressé de corriger cette image qui lui avait pourtant si bien réussit. Il a installé l’ouverture. Ce qui fut présenté au début comme une stratégie d’assèchement du marigot de la gauche caviar, s’est révélé être un piège. Par un étrange retournement de situation, dû uniquement à une question de positionnement médiatique, les nouveaux venus ont étouffé les initiatives présidentielles et coupé son élan. Leur seule force était celle du symbole et ils en ont usé. Si leur arrivée en fut retentissante, que dire de leur départ ? Jugeant qu’il ne pouvait prendre ce risque, le pouvoir a fait des compromis avec des gens qui ne représentaient personne à part eux même. En misant tout sur le paraître, on s’en rend prisonnier. On n’y gagne pas l’estime de ses adversaires mais en désespérant son camp, on perd des électeurs. Les Européennes de 2009 ne doivent pas faire oublier les municipales de 2008.

Cette situation ne va faire que croitre et embellir. Il n’est qu’à voir ce qui vient de se passer le week-end dernier lors du Conseil national de l’UMP sensé valider les listes pour les prochaines régionales. La grogne et le résultat, 60% d’approbation, sont inédits dans une pareille enceinte. La raison est simple. L’ouverture prétexte est très mal ressentie par les cadres et les militants qui s’estiment en être les victimes à double titre. Non seulement elle implique certains renoncements au programme de réformes mais elle suppose que les premiers soutiens du Président cèdent la place aux ralliés de la onzième heure. La pilule est d’autant plus amère que le château se mêle de l’affaire et court-circuite les instances locales en intervenant directement sur la composition des listes. Thierry LAZARO, Député Maire de Phalempin et Secrétaire départemental du Nord en a tiré les conséquences dans une « lettre ouverte à ceux qui voudront bien la lire ». Il signe ainsi le retour du politique sur le spectacle, la prééminence des convictions sur les calculs, le respect des militants sur la faveur du prince. Ce faisant, il prend le risque d’être broyé par la machine. Il lui faudra faire connaître  sa position et défendre ses idées sans le secours d’un appareil dont il a dénoncé les turpitudes. Il aura recours comme les autres à la communication, personne ne peut s’en passer. La différence c’est que pour respecter ses principes, elle devra être basée sur l’être et non plus le paraître.

La Communication ne doit pas faire la Politique mais la Politique à besoin de communication pour se faire.

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Une Réponse to “Une bonne com’ ne fait pas une bonne politique”

  1. Conseils de lecture #72 | Expression Libre Says:

    […] Une bonne com ne fait pas une bonne politique, chez Marc Suivre (via Tatamis) […]

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