De l’art d’aller se faire voir chez les Grecs

La folie spéculative

Lorsqu’en 2001 explosa la bulle spéculative sur les technologies de l’information tout le monde chantait à l’unisson que la vigilance étant de mise on ne laisserait plus se reproduire un tel désastre.

Aussitôt dit, aussitôt oublié et le monde de la finance de s’assoir sur ce principe de précaution élémentaire qui veut qu’on ne construise rien de solide sur du sable. Wall Street et dans son sillage toutes les institutions financières, se lançait à corps perdu dans les délices de la spéculation sur le crédit immobilier des particuliers. Cet aveuglement, largement causé par des politiques publiques laxistes, misant tout sur l’abondance d’un crédit facile, a débouché en 2008 sur la plus grave contraction économique depuis la Grande Dépression. Ce fut la crise des subprimes.

Où en sommes nous depuis dix huit mois ? Nous avons massivement soutenu les banques. De ce fait, nous avons nationalisé la dette privée. Si ce sauvetage avait été conduit par des états raisonnables, soucieux de la bonne tenue à long terme de leurs économies, il n’y aurait pas grand chose à dire. Pour notre malheur, cela fait 35 ans que nos dirigeants se persuadent des vertus de la dette et diffèrent les ajustements nécessaires. Le problème c’est que nos Keynes au petits bras du 21ème siècle succèdent à leurs homologues du 20ème et quatre-vingts ans de Keynésianisme, ça laisse des traces. Ce sont des pays industrialisés perclus de dette publique qui se coltinent en plus celle que leur incurie budgétaire a contribué à créer chez les particuliers.

L’Occident croule sous les dettes et ce qui arrive ces derniers jours à la Grèce n’est pas sans rappeler le premier semestre 2007 ou une série de défaillance commençait à alerter les économistes sur la fragilité d’un système basé sur la dilution du risque de crédit.

Nous sortons à peine de la bulle immobilière que se profile déjà la prochaine, celle des dettes publiques. Cette fois ci, plus rien ne viendra éteindre l’incendie. Les lances à eau classiques seront impuissantes à venir à bout d’un feu grégeois touchant les Etats.

Ne nous leurrons pas, le temps des sacrifices sans cesse reporté sur la prochaine génération est venu. La Grèce, au bord du dépôt de bilan, est contrainte de réduire drastiquement son train de vie. Le salaire de ses fonctionnaires va diminuer, leur recrutement sera gelé et l’âge de la retraite reculé à 67 ans. L’Espagne, le Portugal et l’Irlande suivent le même chemin. A Madrid ce n’est pas un fonctionnaire sur deux partant à la retraite qui ne sera pas remplacé mais neuf sur dix.

Depuis quelques jours, c’est le balai des experts qui reviennent ou partent pour la Grèce. Ils se succèdent pour nous expliquer doctement, c’est leur caractéristique, pourquoi les grecs étant ce qu’ils sont, nous autres « vertueux » français nous ne devons pas céder à la panique, une telle chose est impossible dans un pays béni par les dieux du social étatisme, etc. etc…

Pourtant, avec un déficit public de près de 8% du PIB et une dette qui représente plus de 84% de ce même indice, la France ne restera pas longtemps à l’écart des turbulences. La nature et la sagesse de notre grand Président nous ont doté du meilleur ministre de l’économie au Monde. Dormez tranquille, braves gens Nicolas, François et Christine veillent. Raconter aux français que tout redeviendra comme avant sans douleur, c’est rendre un très mauvais service au pays. Nous sommes tous plus ou moins conscients qu’une telle situation n’est pas viable. Nous avons besoin d’un discours de vérité et non de contes pour enfants.

Comme toujours, notre caractère gaulois, voilà bien un trait distinctif de notre identité nationale, nous pousse à espérer que les sacrifices seront pour le voisin.

Voilà pourquoi les sempiternels appels à raser gratis, aux lendemains qui chantent ou aux qualités exceptionnelles de nos dirigeant, modèles sociaux et autres fariboles de même tonneau sont criminels. Ces causeries entretiennent un peuple, plus réaliste qu’on ne le dit, dans l’illusion trompeuse qu’il habite dans une île coupée du monde voire dans une autre dimension. Plus tôt se dissipera ce mirage, plus rapidement se formera le consensus indispensable pour affronter la tempête qui se lève et frappe si durement la patrie d’Ulysse.

Un équipage rassemblé est toujours plus efficace par gros temps qu’une bande de touristes prenant le soleil sur le pont arrière du ClubMed2. Nos gouvernants doivent comprendre que leurs électeurs ne sont pas des autistes incapables de percevoir le monde qui les entoure. Les grandes crises appellent aux grands rassemblements. Il est temps que la croisière cesse de s’amuser et que le capitaine Stubing cède la barre à Eric Tabarly.

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2 Réponses to “De l’art d’aller se faire voir chez les Grecs”

  1. Doudou Dingo Says:

    Tout à fait d’accord. Maintenant, reste à trouver ce Tabarly dont vous parlez … J’ai bien peur qu’une fois encore, il ne faille attendre une vraie crise, pour voir apparaître LE sauveur. Car quand on regarde le PPF (paysage politique français), on voit arriver la vague avec terreur.

  2. Baba Says:

    bien dit !

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