A trop s’ouvrir on s’enferme,

Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? 1

Cicéron démasque Catilina, tableau de Cesare Maccari (1840-1919)

Pour un électorat de droite déjà déboussolé par les reniements et les renoncements successifs de l’exécutif, le dernier train de nomination achève le tableau. N’en jetez plus, la coupe est pleine !

Passe encore que la majorité apparaisse, de ce fait, comme une association d’incompétents notoires dans laquelle il serait nauséabond de puiser afin de pourvoir aux postes de surveillants généraux d’un pays d’attardés mentaux. Mais qu’il faille, pour ce faire, aller chercher chez ses adversaires de quoi combler ses lacunes, fait qu’on en arrive à se demander en quoi Nicolas Sarkozy a-t-il été le candidat de la rupture.

Arrêtons nous un instant pour faire le compte de cette glorieuse stratégie.

Le ministre des Affaires étrangères est socialiste. Tout comme le Directeur Général du Fond Monétaire International, celui de l’Organisation Mondiale du Commerce, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, le secrétaire d’Etat à la justice et le Président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. La liste ne s’arrête pas là puisque le gouvernement comprend plusieurs compagnons de route de la gauche bien pensante et moralisatrice qu’il s’agisse de l’ineffable Martin Hirsch qui veut payer les élèves pour aller en cours ou de Fadela Amara qui se repait de la culture de l’excuse. Avec les trois dernières promotions de la semaine passée, on en vient à se dire que si Sarkozy a rompu avec quelque chose, c’est avec ses électeurs.

Avant d’aller siéger au gouvernement sous l’improbable portefeuille de la mise en œuvre du plan de relance, Patrick Devedjian le régent des Hauts de Seine, avait estimé qu’il serait bien que l’ouverture s’étende jusqu’à l’UMP. C’était assez bien vu, car en dehors de Michèle Alliot Marie, dans ce gouvernement, il n’y a pas beaucoup de place pour le parti du Président, n’en déplaise à ceux qui pensent vivre sous la dictature d’un parti unique.

Le paradoxe et la grande limite de l’exercice sont bien là. Cette chasse au scalp socialiste, ne rapporte rien à son promoteur. Au contraire, ceux qui, à gauche, se sentent délaissés, en rajoutent des louches en endossant le costume, trop grand pour eux, de défenseur des libertés menacées. Quel qu’effort qu’il fasse, Nicolas Sarkozy passera toujours, a minima, aux yeux de ces résistants d’opérette, pour un mussolino-franquiste bon teint. Quand on pense que ces « braves gens » sont même allés jusqu’à le comparer à Napoléon… C’est à cela que l’on mesure les ravages de la « pensée » des Duhamel sur la santé mentale d’une nation.

Ce qu’il ne gagnera jamais à gauche, il le perd avec un coefficient deux voire trois à droite. Elu pour être le rénovateur de la nation, le dépoussiéreur d’une pensée politique figée dans des tabous hérités de mai 1968 et des années Mitterrand, le Président se cantonne depuis dans le rôle du faiseur de pluie. Il danse, il danse, mais jamais aucune goutte ne tombe. Du coup un boulevard s’ouvre sous ses pieds pour celui qui aura le courage de parler, de nouveau, au  peuple.

La montée inexorable de l’abstention des couches populaires de l’électorat est à la mesure de leur déception. Ils avaient vu en Sarkozy celui qui rendrait à la volonté politique la force et l’attrait du possible. Ils se sont à nouveau crus maîtres de leur destin. Hélas une fois passée la campagne, le carrosse est redevenu citrouille et ils ont été abandonnés par leur Président, pour les délices d’une cour d’autant plus obséquieuse et servile qu’elle avait bien cru perdre ses privilèges. La France d’en haut, celle des élites, des rentiers et des héritiers ne déteste rien tant que l’un des siens qui s’écarte de ses devoirs pour aller écouter le peuple. Le populaire est sale et ses besoins sont nécessairement vulgaires. Qu’un Gracques survienne, qu’un tribun se lève, vite les chevau-légers de la bien pensance s’élancent. On le disqualifie immédiatement en le traitant de démagogue. On le soupçonne de vouloir rien moins que la fin de la démocratie et des libertés.

C’est bien connu, le peuple est liberticide ! L’entendre c’est se détourner des siens, le comprendre c’est le flatter bassement pour d’inavouables raisons, le faire espérer est constitutif des prémices de la dictature. Malgré tout cela, il a été élu et même très bien élu. Quel gâchis que cet abandon en rase campagne !

Nous en sommes là ! Une oligarchie gavée de privilèges et de passe-droits, distribue les brevets de moralité, tout en culpabilisant un peuple qu’elle saigne à blanc. La plèbe courbe l’échine tout en rêvant du jour où se dressera celui, ou celle, qui s’intéressera à elle, lui redonnera espoir,  lui montrera une voie, un chemin.

Dans une démocratie moderne, le pouvoir procède du peuple, ni de ses censeurs, ni de ses professeurs. Le pouvoir est là, il suffit de se baisser pour le ramasser, personne n’en veut ! Qui aura ce courage, sera le De Gaulle du siècle nouveau, car la vrai révolution, contre les mêmes profiteurs, n’a pas eu lieu en 1968, mais en 1958.

1 Jusqu’à quand, Catilina, abuseras-tu, enfin, de notre patience ?

Cicéron  (106-43 avant JC – Consul en 63) 1ère Catilinaire

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5 Réponses to “A trop s’ouvrir on s’enferme,”

  1. basochard Says:

    Le regretté Cicéron aurait applaudi à deux mains (lol) !

  2. Doudou Dingo Says:

    Bravo ! C’est bien ça la question … Qui ? Car enfin, une fois ce constat fait, et nous sommes nombreux à penser la même chose, quelqu’un aurait-il ne serait-ce que l’ombre d’une idée, d’un candidat encore inconnu du très grand public, mais qui serait ce sauveur ?

  3. marcsuivre Says:

    Poser la question n’est pas forcement y répondre. On peut constater qu’il y a un manque et espérer que quelqu’un le comble. A n’en pas douter, il aurait des soutiens

  4. Baba Says:

    Je suis 100% d’accord ! C’est pour çà que je n’irai probablement pas voter le 14 mars.

  5. Doudou Dingo Says:

    Idem, mais je n’irai pas pêcher non plus (contrairement à la tradition médiatique) … L’abstention va être énorme, et profiter à la gauche, comme toujours ! Bravo M. le Président !!!!

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