Abstention, piège à cons ?

La gauche a gagné les élections régionales. L’affaire ne fait plus débat, les médias ont rendu leur verdict à grand coup de sondages. C’est à se demander pourquoi il est encore nécessaire d’aller voter.

Cette question, nous sommes justement de plus en plus nombreux à nous la poser. Les oracles modernes sus mentionnés prédisent même un record d’abstention. Les sommets atteints lors des scrutins européens risquent d’être égalés, plongeant de ce fait, les commentateurs dans des abimes de perplexité. Les Duhamels et autres grandes consciences médiatiques de s’insurger contre cet abandon de l’esprit civique. Chacune de dénoncer à grand renfort de caricatures outrancières, l’apathie de leurs concitoyens. Ils ont beau jeu de se lamenter, ces beaux esprits, eux qui ont largement contribué à stériliser le débat public à grand coup d’anathèmes.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre les raisons de cette désaffection électorale annoncée. Il n’y a plus de différent politique dans ce pays. Le dernier a eu lieu en 2007 lors de la présidentielle. Le peuple pensait l’avoir tranché nettement et massivement. Non seulement la droite décomplexée par Nicolas Sarkozy ne faisait plus peur mais les réformes qu’elle proposait étaient plébiscitées par les français. Trois ans et de multiples renoncements plus tard, on s’aperçoit que la Droite s’excuse toujours de penser différemment d’une Gauche étrillée et exsangue. Le fait qu’elle ait été incapable de remporter une seule élection majeure depuis 1997 ne l’empêche nullement de pérorer sur ce que doivent être les choses. Une foi élue et comme pour se faire pardonner ce crime contre la raison, l’UMP, compense ses « audaces » programmatiques en tournant le dos à ses promesses, sacrifiant ainsi ses électeurs au culte des idoles et autres vaches sacrées de ses adversaires.

La Gauche de son coté ne parle plus à la France d’en bas. Les ouvriers, les employés, les petits ne l’intéressent plus. Ils sont trop versatiles et perpétuellement insatisfaits. Ces ingrats ont eu l’outrecuidance de se reconnaître dans « la France qui se lève tôt » du candidat Sarkozy. Les « progressistes », après leur camp, ont choisit leur peuple. Ils réservent leurs messages à la seule France protégée, celle de l’Education nationale et des services publics. Ils se complaisent à caresser l’instituteur, le gazier, le cheminot et l’employé de mairie dans le sens du poil, tout en maintenant, sans vergogne, un discours creux sur  la France à deux vitesses. Cette dualité, c’est justement leur fond de commerce. Depuis la chute du communisme, le socialisme triomphant s’est spécialisé dans la perpétuation des inégalités entre la fonction publique et le reste de la population. Il a sacralisé un régime d’appropriation de la richesse nationale au bénéfice de sa clientèle exclusive, avec la complicité pour le moins passive de ses adversaires maintenus en état de complexe permanent. A preuve, le libéralisme pour eux est un gros mot. Pourtant, la France qui n’a jamais compté autant de fonctionnaires n’a jamais été aussi mal administrée. L’éducation, n’a plus de nationale que le nom et a depuis longtemps renoncé à instruire la masse des nouveaux arrivants pour lesquels le français est, au mieux, une première langue étrangère.  Qu’importe ! La Droite, c’est l’abomination, La Droite c’est Vichy !

Cette maxime servit d’antienne au parti des « 40 000 fusillés » après la guerre pour faire oublier leur trahison d’avant 1941. Elle est reprise à l’envie depuis le début des années Mitterrand, par le grand cirque médiatique mis en place par le plus « franciscain » des Présidents de la Vème République. Outre l’amnésie sélective sur la jeunesse de son bienfaiteur, cette camarilla fait joyeusement l’impasse sur le fait que les plus actifs des « collabos », à Vichy, n’étaient pas nécessairement tous des défenseurs acharnés du « grand capital ». Ceci dit, depuis quand les métaphores communistes sont elles le reflet de la réalité,  les procès de Moscou ? Quoi qu’il en soit, il n’est pas un journaliste « engagé » – nécessairement à gauche, sinon il est « enragé » – pas un progressiste donc, qui n’ait le fascisme à la bouche dès que l’on n’est pas d’accord avec ses idées forcément éclairées. Le résultat de ce monopole de l’« intelligence » complaisamment laissé à la Gauche, c’est la soumission à la pensée unique qui veut que sur les questions de société et maintenant en matière économique, la Droite ne soit rien d’autre qu’un agrégat de « ploucs » dépassés par le sens de l’histoire. Le fait qu’une grande majorité de Français pense régulièrement le contraire et vote systématiquement en dehors des prédictions de sondages fait pour accréditer cette thèse douteuse, n’émeut absolument personne.

Seulement à force de douter d’elle, de ne pas respecter le mandat de ses électeurs, l’UMP les entretient dans l’idée que voter ne sert rigoureusement à rien. Ses capitulations perpétuelles, ses renoncements permanents encensés par un monde médiatique médusé par tant d’aveuglements et de soumission à ses diktats, sont désespérants. Ceux qui feignent de s’étonner des proportions du rejet de ces schémas tortueux par le peuple, sont les premiers profiteurs du système. Ne pas laisser d’espace au débat, excommunier celles et ceux qui tentent de le rallumer, c’est permettre la perpétuation d’une doctrine qui assure à ses professeurs la richesse et le pouvoir. La bien-pensance se repaît de ce marais politique. Le conservatisme effrayant de nos moralistes surmédiatisés n’a, pour unique corollaire, que la lâcheté congénitale de nos politiques.

Dans un pays anesthésié par des « pères la vertu » incestueux, le seul refuge, la seule voie possible pour exprimer son refus, faute d’alternative crédible, réside dans l’abstention.

Les parleurs professionnels ont trouvés la parade. Ils veulent rendre le vote obligatoire. Comme il ne faut pas que l’on puisse mesurer l’ampleur du rejet dont souffre cette cour d’eunuques, je doute fort que l’on accompagne cette initiative « civique » d’une reconnaissance du vote blanc. Il ne faudrait pas trop en demander non plus ! On a rarement vu des moutons se tondre eux même.

Hier on se passionnait pour un débat qui devait accoucher d’une société nouvelle. Aujourd’hui on se détourne du théâtre d’ombre qu’est devenue la politique. Demain on forcera les citoyens à se rendre aux urnes et après demain on votera pour eux.  La boucle démocratique sera bouclée. Nous serons redevenus les humbles sujets des princes qui nous gouvernent. Ils ne seront plus de droit divin mais d’essence médiatique. Ils ne seront plus sacrés à Reims mais dans les colonnes du Monde. Ils ne seront plus thaumaturges mais compatiront au moindre de nos maux dans un déluge de bons sentiments. Nous ne serons plus la fille ainée de l’Eglise mais l’avant garde du progrès. La Sainte trinité aura été remplacée par le graal de la « solidarité » et les inquisiteurs cathodiques traqueront l’hérétique avec tous les moyens mis à leur disposition par la science moderne. Tout ça pour en arriver là. Pauvre France !

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