Action, réaction … abstention !

Périclès, oraison funèbre par Philipp Von Foltz

«J’ai plus peur de nos propres erreurs que des plans de nos ennemis.»

[ Périclès Stratège et homme d’Etat Grec 495 à 429 av JC]

Avec plus de 24 millions d’électeurs concernés soit un taux supérieur à 55%, l’abstention a battu des records lors du premier tour des élections régionales. De Droite et de Gauche, avec l’œil vitreux et l’air désabusé, de vieux acteurs usés et abandonnés par un public qui se lasse de leurs sempiternelles ritournelles convenues, sont venus nous étaler leurs poncifs et autres lieux commun pour tenter de masquer la cruelle réalité.

Personne ne sort renforcé de ce vote de défiance. Certes la Gauche est favorisée puisque, pouvant s’allier, elle semble en passe, a minima, de conserver ses positions hégémoniques sur les régions. A Droite, on fait comme si rien ne s’était passé et l’on entame le couplet sur les « vrais enjeux » d’une campagne régionale qui auraient été escamotés du fait de la malignité de leurs adversaires. Toutes ces postures sont aussi pathétiques que désespérées.

Arrivée en tête avec plus de 29% des voix, Martine Aubry pavoise. Compte tenu de ce que ses « camarades » lui réservaient si les résultats n’étaient pas au rendez vous, on peut la comprendre. Ceci étant posé, et à bien y regarder, le tableau est loin d’être « rose ».  Avec un peu moins de 6 millions d’électeurs, le PS n’est pas le premier parti de France. Il est le premier syndicat de fonctionnaires de France.

Depuis des années les socialistes ne se sont plus que les chantres des « services publics » et ont abandonné à d’autres « la France qui se lève tôt ». Six millions, c’est à peu près le nombre de salariés concernés par « l’exception française » de « l’économie » d’Etat.  Cette théorie se démontre de deux façons. La première consiste à faire le tour des « bastions » socialistes. Cette expression recouvre les régions où la Droite se fait battre par la Gauche, sans l’aide du Front National. Il s’agit de l’arc atlantique et du sud-ouest. Ce sont là des terres fertiles en fonctionnaires et assimilés, où la « France protégée » pèse d’un poids considérable dans l’économie locale. La seconde démonstration est constituée par l’analyse des revers du PS. Les socialistes apparaissant comme le parti de la préservation des privilèges pour la fonction publique, son électorat est d’autant plus mobilisé qu’il ressent toute réforme comme une agression. Qu’ils se détournent de ce crédo et la sanction tombe. Lorsqu’ils sont au pouvoir, les socialistes, Europe oblige, sont bien obligés de « dégraisser le mammouth ». Il s’ensuit une abstention massive de leurs ayant droits qui transforme leurs revers en déroute. Deux dates symbolisent à elles seules ce phénomène : 1993 et 2002.

La gauche ne « triomphe » que lors d’élections à faibles enjeux. La mobilisation d’un électorat accroché à ses privilèges est d’autant plus rentable que le camps d’en face, oublieux de ses engagements, se trouve sanctionné par un électorat qui ne voit aucune raison de soutenir des hommes et des femmes si inconstants. Des partisans moins nombreux mais très motivés donnent un effet de levier considérable lorsque la participation est faible. Le réflexe « au secours la gauche revient » marche d’autant moins que contrairement à ce que clament les éditorialistes, les Français ont parfaitement compris que la Région est une entité sans réelle influence sur leur quotidien. A ce compte là, qu’elle soit de Gauche ou de Droite importe peu.

Pour ne pas l’avoir compris, L’UMP est la première victime du naufrage du premier tour. Cancaner et gloser à l’infini sur le fait que l’abstention est la démonstration que ce scrutin n’a pas de porté nationale est une erreur et un non sens. En premier lieu parce que se sont ses partisans qui sont allés à la pêche. Secondairement, la stratégie qui consistait à faire l’union au premier tour n’a réussi qu’à priver les électeurs d’une alternative. En fait pour les sympathisants de la majorité, la fusion étant effectuée, c’était déjà un vote de deuxième tour. Tout ceux qui ne se retrouvaient pas dans cette opération sont restés chez eux ou, ont renoué avec leurs réflexes.

L’aveuglement des amis du Président n’a d’égal que la peur que semble leur inspirer les engagements du candidat Sarkozy. L’analyse des brillants stratèges, ministres ou aspirant à l’être, sur les résultats d’un premier tour marqué par la résurrection du Front National, les pousse à tout faire pour récupérer dimanche prochain les électeurs … d’Europe Ecologie. Quand la réalité dérange, il vaut mieux l’ignorer. Prétendre que les électeurs verts vont devenir bleus et non roses en l’espace d’une semaine au prétexte que « nous avons fait le Grenelle de l’environnement » est aussi puéril que de croire qu’il suffit de revendiquer à tout bout de champs « la baisse de la délinquance » pour conjurer le vote frontière. On sait ce qu’il est advenu du dernier promoteur de « bilans globalement positifs« .

Le « réservoir » du parti du Président se trouve sur sa droite et non à sa gauche. Seulement cet électorat là ne sent pas bon ! Les écolos, contrairement aux apparences, c’est tellement plus « propre« . Las, ceux qui sont sensibles à l’action du tandem sarko-borloo sont déjà à l’UMP. Les autres ce sont des bobos et des pastèques, vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur. Si on a encore un doute là dessus, il suffit d’écouter deux minutes  Noël Mamère (pas plus, après c’est du masochisme) pour s’en convaincre. La renaissance du parti de Jean Marie Le Pen n’est pas due au débat initié par Eric Besson mais bien à l’abandon des promesses sarkozistes. C’est parce que l’on a cru, un peu vite, avoir terrassé l’hydre, en captant, au profit du Maire de Neuilly, l’électorat populaire sensible à la thématique nationale que le réveil est brutal. Oublier les raisons qui ont assuré les succès du nationaliste breton et passer les 36 mois qui ont suivi l’arrivée de son champion  à l’Elysée à s’excuser d’être de Droite c’est courir après les ennuis. On récolte aujourd’hui les résultat de cette politique de gribouille. Un gros bol d’air apporté au Front National qui n’en demandait pas tant, et une abstention massive dans les régions qui avaient assuré la victoire de 2007.

En abandonnant, un peu vite et trop ostensiblement,  des convictions qu’ils n’ont jamais eues, les apparatchiks de l’UMP se sont tirés une balle dans le pied. Lorsqu’il aura achevé sa transition, le Front National risque de redevenir, en plus puissant, l’aimant qu’il était pour les Française et les Français qui se sentent abandonnés par leurs élites. Le déni systématique des réalités, la soumission à la bien pensance médiatique, l’abandon des promesses et des postures de campagne va compromettre sérieusement une réélection que l’état lamentable d’une opposition socialiste enfermé dans ses dogmes de syndicat de fonctionnaires laissait augurer facile.

Le 14 mars 2010 impose un défi à la majorité. Comment s’y prendre pour reconquérir les 15 millions d’électeurs perdus depuis la présidentielle[1] ? La course à l’écolo qui vient de s’engager, nous démontre, si besoin était, qu’une fois de plus ils ont encore tout compris !


[1] 2ème tour 2007 Sarkozy = 20 millions de voix – 1er tour 2010 UMP = 5 millions de voix

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Une Réponse to “Action, réaction … abstention !”

  1. Baba Says:

    Oui c’est très bien tout çà mais çà ne va pas nous motiver pour aller voter la semaine prochaine. Je pense que comme la plupart des Français, j’irai à la pêche si le temps le permet 😉

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