Le Syndrome Tiberi

Jean Tibéri Maire de Paris 1995 - 2001

Jean Tibéri Maire de Paris 1995-2001

Jean Tiberi fut durant de longues années le loyal et dévoué Premier adjoint de Jacques Chirac alors Maire de Paris. Lorsque ce dernier devint Président de la République, il fit de son fidèle lieutenant, son successeur logique. Las, nombreux étaient les candidats au poste qui furent déçus et meurtris par ce choix. Le toujours Maire du Vème arrondissement de la Capitale était, à l’époque, comme aujourd’hui, aussi peu charismatique que discret et efficace. Malheureusement alors que le moindre crétin, dont les électeurs ont imprudemment glissé le nom dans une urne, se sent investi d’un droit divin à conduire les affaires publiques, le côté passe muraille d’un Tiberi s’est révélé un handicap fatal. Les chausses trappes et autres révolutions de palais se sont succédées à un rythme effrayant avec le résultat que l’on connaît. Le premier symptôme du syndrome est donc constitué par le « pousse toi de là que je m’y mette » consécutif au départ du « grand homme » à l’ombre duquel on s’est tellement abrité qu’on en est venu à oublier que c’est lui et et lui seul qui faisait l’élection. Les haines et autres jalousies recuites ou tues au nom du principe de réalité ressortent alors avec une ardeur décuplée par le nombre de couleuvres avalées.

Cette attitude va de pair avec la notion de fief inexpugnable. En effet, on ne se déchire à pleines dents entre « camarades » ou « compagnons » que lorsque l’on est sûr d’avoir son séant posé sur  un trône solide. Les électeurs étant des veaux, ils continueront bien à voter dans le même sens quoi qu’il advienne. Nous pouvons donc nous écharper sans risque, « étripons nous folle ville » !

Troisième symptôme, cumulatif des deux précédents, les Partis parachutent systématiquement dans ces « pays de cocagne électorale » tout un tas de parasites incapables d’obtenir autrement un siège. Ils ne servent à rien d’autre qu’à organiser l’écurie présidentielle du moment. Il faut donc bien récompenser leur loyauté viatique d’intelligence et l’inépuisable capacité à lécher les bottes qui leur tient lieu de sens politique. Bref, il faut, grâce à des électeurs dociles, pourvoir ces petits marquis en rentes sonnantes et trébuchantes.

La Droite a longtemps tenu de tels fiefs. Longtemps les Conseils généraux, les Régions et les villes moyennes de provinces, sans parler de Paris, étaient l’apanage des grands féodaux de l’UDF et du RPR. Depuis 1998, tout se renverse et la Gauche, plurielle, multiple, polyphonique ou opportuniste – c’est selon – prend irrésistiblement l’ascendant, consultation après consultation.

Rien d’étonnant à cela, l’âge aidant, les grands seigneurs disparaissent. Leurs fiefs tombent alors aux mains de hobereaux qui, se déchirant le gâteau, font le jeu de l’adversaire. D’autres méprisent tellement des électeurs qu’ils imaginent éternellement captifs, que ceux-ci se vengent. Enfin nombre de parachutages sont si mal vécus que les mécontents locaux se fédèrent en listes dissidentes. La politique dans ce qu’elle a de plus pur !

Ce phénomène touchera la Gauche à n’en pas douter et ce avec d’autant plus de force que ses attelages sont branlants. Comme on peut le constater, à loisir, en ces jours de grande braderie d’entre deux tours, des gens, d’accord sur rien, fusionnent leurs listes. L’objectif affiché, façon Pavlov, est de « faire barrage à la Droite ». Ce « noble but » complaisamment relayé par la presse « engagée » ne trompe que les imbéciles. Dans l’état où elle est, la majorité ne menace personne. Quand par hasard elle est en mesure de le faire, elle s’est tellement reniée qu’une partie de ses électeurs lui a préféré le Front National. Comme il n’est pas question de « pactiser avec le diable » on ne voit pas bien à quoi la fusion vert-rose va pouvoir faire obstacle. En réalité ces grandes consciences se répartissent les places qu’un électorat captif et corporatiste leur attribue généreusement. La soupe est le plus puissant des ciments politiques, premier stade du Syndrome Tiberi.

On voit poindre le second dans le marigot du Languedoc Roussillon. Comme Martine l’a clamée sur tous les tons avant le 14 mars, il n’était, en ces terres, question que de principes. On ne pouvait laisser impunis des propos impies sur la couleur des joueurs de l’équipe de France, le degré d’humanité des harkis ou les ascendances d’un ancien Premier Ministre. Pourtant, ici aussi, il faut « faire barrage à la droite » comprenez faire allégeance et sauver ce qui peut l’être, des meubles que l’infréquentable Frêche ne va pas tarder à casser. Il aurait bien tort de se gêner du reste. Ceci étant dit, l’affaire laissera des traces et lorsque le jour, plus si lointain étant donné son état,  viendra pour « l’ogre de Septimanie » de passer la main, les couteaux vont faire d’autant plus de dégâts qu’ils auront été longuement affutés.

Troisième symptôme, les prébendes à parasites. Elles  sont du ressort exclusif du PS dans les régions où il règne sans partage et domine la Droite sans l’aide du Front National. Pas question de se laisser placer des morpions verts dans son caleçon rose, au nom d’on ne sait quel accord national. Nous sommes en Bretagne, chacun chez soi, le lisier, les cochons et les vaches seront bien gardés.

Si la réforme territoriale qui fusionnera les Conseils régionaux et généraux va jusqu’à son terme, c’est à dire si la majorité parlementaire veut bien se doter d’un minimum de sens politique, les choses risquent d’être fort différentes en 2014. Le scrutin uninominal rend plus complexe l’arrivée des sangsues et autres « ayant droits ». S’il est en prime à un seul tour, les majorités de circonstances, d’accord sur rien si ce n’est sur la répartition de la soupe, vont se livrer à des affrontements d’autant plus homériques qu’ils auront été contenus durant des années au nom du réalisme. Enfin l’usure et la jeunesse qui s’enfuit, vont conduire nombre de barons locaux – certains frisant alors les 80 ans – à passer la main.

La victoire annoncée et probable de la Gauche dimanche prochain risque de mener à de cruelles défaites dans quatre ans. Le phénomène sera probablement encore plus violent, si d’ici là, l’UMP a fini par rencontrer le mur auquel tous ses renoncements la destinent. Martine sera à l’Elysée entourée de ses grands féodaux. Elle dilapidera l’argent que nous n’avons plus en multipliant les fonctionnaires et par conséquent les impôts, comme d’autres les pains. Alors le syndrome Grec démultipliera le syndrome Tiberi mais c’est une autre histoire et nous serons tous, malheureusement, dans un bien « sale Etat ».

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