Des élections convenues d’avance

Régionales 2010, une carte toute en nuances

Les résultats des Régionales ont été l’archétype du non événement tant ils étaient attendus. Depuis que la campagne s’est  engagée « réellement » c’est à dire début janvier, le suspense n’a jamais été insoutenable. Il est à souligner que pour une fois, les instituts de sondages ne se sont pas trompés … dans les grandes lignes. Comme d’habitude, ils ont été incapables de cerner le score du Front National et ils se sont lamentablement plantés sur celui du Modem. A croire que les sondés qui votent pour Jean Marie Le Pen s’évertuent à camoufler ce fait aux sondeurs, en prétendant en pincer pour François Bayrou. Que pouvons nous tirer de ce scrutin en dehors d’une   défaite de la majorité, si ce n’est espérée, au moins annoncée par le système ?

L’UMP dans les choux et un PS aux fraises.

Si à l’UMP on avait bien le précédent de 2004 pour juger, à sa juste valeur, d’une nouvelle déculottée, celle là fait tout de même plus mal. Malgré les dénégations du premier tour et les circonvolutions du second, la leçon est rude. En premier lieu parce que contrairement à la dernière fois, elle ne peut pas se dire, et pour cause, qu’il s’agissait pour les électeurs de « sortir les sortants ». En métropole, la Droite n’a maintenant plus qu’une seule région. Cela étant, il faut relativiser la perte de la Corse, la Gauche locale ferait passer le Modem pour une cellule trotskiste. Cette défaite signe, surtout l’échec de la stratégie de communication et d’affichage qui prévaut depuis mai 2007. On s’évertue à l’Elysée à masquer « l’hégémonie », supposée dangereuse, de l’UMP derrière le paravent de l’ouverture. C’est un fait que le parti du Président a asséché l’espace politique à Droite. En dehors de groupuscules, il n’existe plus de structures en mesure de lui disputer la prééminence. L’explosion de l’UDF a, certes,  donné naissance au Nouveau Centre. Ce n’est qu’un GIE (Groupement d’Intérêts Electifs) d’élus qui entendent bien le rester, comme ses fondateurs l’ont, brillamment, démontré entre les deux tours de la présidentielle. Les vestes y claquent en moins de temps qu’il n’en faut pour compter les bulletins de vote et les convictions y sont à géométrie variable. Tout le reste n’est que poussière gravitant autour de la planète du parti unique. Contrairement au PS, il n’a jamais été question, à Droite, d’exprimer ses différences de manière structurée. L’UMP se doit de faire bloc derrière son chef, ce qui fausse la perspective. En réalité l’union n’est que de façade et les couteaux s’aiguisent dans l’ombre. Ce vernis unitaire et bien fragile, facilite pourtant la caricature. C’est pour ne pas donner prise à cette tarte à la crème de « l’Etat UMP » que Nicolas Sarkozy s’est senti obligé de se noyer dans l’ouverture, déboussolant ses fidèles. Comme si en 2007 ses électeurs n’étaient pas conscients de ce qu’ils faisaient.

La Gauche ne sort pas renforcée, pour autant, de ces élections. Elle n’a triomphé de rien car elle n’a jamais présenté d’alternative crédible à la Droite. L’enjeu n’était national que par incantation, « tant ne crie-t-on Noël qu’à force il vient », même chez les Mamère. Cette campagne, le PS et ses alliés l’ont faite sur le thème de la Région protectrice face à l’Etat prédateur. C’est bien mince mais ils n’avaient pas d’autre lieux communs disponibles en rayon. Ils ont convaincus leurs partisans de l’existence de ce mirage, mais guère au delà. L’abstention massive évacue l’hypothèse de l’adhésion du peuple à leur baratin pour au moins deux raisons. Si les régions étaient réellement des boucliers anti crise, ça se serait vu ! Qui est aux commandes de ces dernières depuis 2004 ? On aurait dut mourir de faim dans les rues de Colmar et à Bonifaccio. La seconde c’est que les sortants n’avaient précisément aucun programme. Ils n’étaient, en plus, d’accord sur rien avec leurs partenaires. Sauf chez les Bisounours, on ne peut pas adhérer à ce qui n’existe pas. Il s’est, en fait, agit de reconduire 20 notables dans leurs fauteuils respectifs, sans que ceux ci n’aient manifesté la moindre intention, comme depuis 2004, de fédérer leurs actions au plan national. En conclusion, le pouvoir des « barons locaux » au sein du PS s’est encore renforcé face à une direction dont les démêlés avec Georges Frêche, peuvent légitimement faire douter de la force. La seule tentative d’autorité mise en œuvre par Martine s’est achevée dans le ridicule le plus complet. Prétendre qu’elle sort renforcée de ce scrutin est un conte pour enfant dont on ne va pas tarder à voir les limites lors de l’élaboration d’un programme national. Sans parler de la désignation d’un candidat crédible pour le porter et ce d’autant plus que leurs partenaires ne seront pas conciliants.

Des communistes sous perfusion, des écologistes libérés

Suivant une tradition presque séculaire, les communistes ont ressorti, avec succès, le pic à glace pour régler son compte au petit facteur troskysto-islamiste de Neuilly. L’horizon se dégage à l’Extrême Gauche. La verve du tribun Mélenchon sauve, provisoirement, de l’asphyxie le dinosaure de la Place du Colonel Fabien. Rien de définitif dans ce replâtrage. Le sénateur de l’Essonne ne fait pas partie du sérail. La désignation du candidat du « Front de Gauche »à la présidentielle risque d’être un grand moment de franche « camaraderie », ce qui n’en pèsera que d’avantage sur le PS. Les écologistes pour leur part, sont rassurés. L’effondrement du Modem enlève une carte au socialistes. Ils ne sont plus menacés dans leurs négociations avec les héritiers de Guy Mollet, par une alliance de revers sur leur droite. La rue de Solferino n’a plus d’alternative et doit s’accorder avec les chantres de la décroissance. Il faudra désormais compter avec les nostalgiques du Néolithique pour composer un programme de gouvernement. Bonjour la crédibilité,l’heure des déchirantes concessions approche. Il va, aussi et surtout, falloir faire de la place aux « Khmers verts » dans des circonscriptions « gagnables » – comprenez déjà de gauche. Cela sera encore bien plus douloureux que les discussions programmatiques. C’est que les législatives ce n’est plus de la « petite bière » régionale. On parle de choses sérieuses. Les écolos ne voudront pas, comme en 2007, aller au « casse pipe » dans des coins perdus d’avance. Ils voudront des certitudes. Il va falloir faire de la place. Des députés PS notablement installés, feront les frais de ces accords. Les deux prochaines années vont être passionnantes.

Le Front National ressuscité

Le grand enseignement de ce scrutin c’est le retour de ce qu’il faut maintenant appeler le parti de la famille Le Pen. Si tel le Phoenix il renait de ses cendres, il le doit certes aux renoncements de Nicolas Sarkozy mais aussi à la stratégie de Marine. La campagne du Front a été centrée sur l’économie, sur les effets de la crise et de la mondialisation. Ce parti a été le seul à parler au Peuple. Les communistes ne lui avaient jamais parlé qu’en Russe, une langue aujourd’hui morte. Le « populo », les écolos ne savent pas ce que c’est. Les socialistes, eux, n’en invoquent qu’un seul, le « peuple de gauche », celui de la fonction publique. Il est révélateur  que les seules exigences qu’ils aient été capables de formuler après leur victoire ne concernent que « les services publics ». Comme si tous les maux dont souffrent la France se résumaient à cela ! L’UMP, elle, s’est détournée d’un électorat qui avait assuré sa victoire, une fois qu’elle a été persuadée d’avoir terrassé l’hydre lepéniste. Hélas, vitesse et précipitation sont maîtres de déboires et de désillusions. Le Front National progresse dans les 12 régions où il était encore présent. En ces anciennes terres de Gauche passées en 2007 au Sarkozysme, il se positionne comme une force d’alternative à l’UMP. Il va falloir ramer, si ce n’est pour reconquérir ceux qui sont « allés au Front », au moins pour dissuader ceux qui ne l’ont pas encore fait,  de les y rejoindre au prochain coup.

L’UMP doit changer de Stratégie

Si elle ne veut pas « passer l’arme à la Gauche », l’UMP doit réagir. La majorité doit abandonner ses chimères consensuelles et faire ce pour quoi elle a été élue en 2007. Il faut en finir avec le politiquement correct qui ne rapporte que des clopinettes. A preuve, après la Bérézina Pannafieu à Paris, on a rien trouvé de mieux que de nous envoyer les « drôles de dames » face à Jean Paul Huchon. La féminisation, c’est parfait mais étaient-ils obligés de nous assommer avec des gravures de modes tout juste capables de nous passer les plats d’un prêt à penser sauce Libération ? En cherchant bien, on doit pouvoir trouver des femmes de Droite à l’UMP. Je veux bien comprendre que, la Presse étant de ce qu’elle est, il faille la distraire avec un « leurre» insipide et sans saveur reflet de ses propres fantasmes. Cette stratégie serait parfaitement admissible si elle était circonscrite à l’Ile de France. Mais non ! Elle a servit de matrice pour toutes les autres régions. Loin de se contenter de faire diversion avec ces dames, on nous les a clonées partout ailleurs. Pas étonnant que les résultats aient été écris d’avance. Les régionales sont perdues, la belle affaire ! La Gauche a atteint ses 54% avec une participation de 52% et alors ! Un autre avait atteint 53% des suffrages avec une abstention de 15%, sur un programme nettement identifié et clairement expliqué.

La crise a bon dos. De toute façon on n’en n’est jamais sorti depuis 1974, date à laquelle on a commencé à s’endetter. Puisque nous avons décidé de dépendre pour notre confort, du bon vouloir des marchés financiers internationaux, nous devons donner de nous mêmes une image volontaire et dynamique. A défaut c’est le syndrome Grec qui nous guette. Le parti du Président ne peut pas se permettre d’attendre, « en roue libre », les prochaines présidentielles. La France n’en a pas les moyens. Alors du courage et au travail, il faut abandonner les réformettes de société qui ne satisfont jamais les adversaires et qui déboussolent les électeurs. Le Président doit mettre en œuvre ce pourquoi il a été élu : le retour du volontarisme politique sur l’inéluctabilité des choses. La crise financière doit être l’occasion de s’interroger sur la pertinence du type de mondialisation que nous subissons et du modèle de société qui en découle. Nous devons réfléchir avec nos partenaires européens au meilleur moyen de protéger nos peuples. Nous devons cesser de nous droguer à la dette et reparler aux Français.

Rien n’est écrit d’avance et surtout pas 2012. Ce n’est pas seulement de l’action que vient la victoire, mais c’est sûrement de l’apathie que surgit la défaite. Il vaut mieux perdre en ayant essayé de tenir ses engagements que de se faire botter les fesses pour ne pas l’avoir fait.

Publicités

2 Réponses to “Des élections convenues d’avance”

  1. Laurence Says:

    Excellente analyse, j’aime bcp le « passer l’arme à gauche » de la droite !

    Un bémol : la charge un tantinet trop machiste contre les drôles de dames franciliennes : on en pense ce qu’on veut mais Pécresse n’est pas qu’un joli minois.

  2. marcsuivre Says:

    Vous avez tout à fait raison sur l’apparence de Valérie Pécresse, elle dépasse largement son seul physique même si ses « communicants » ont abusé du coté obscur de Photoshop sur ses affiches. Je n’ai jamais dit qu’elles étaient belles donc idiotes (je ne parlais pas que de la tête de liste régionale) mais qu’elles étaient formatées, sans relief, sans aspérités si désespérément consensuelles qu’elles en oubliaient de faire de la politique. On peut aussi trouver ça machiste mais je l’aurais dit de n’importe quel homme s’il avait été dans ce cas.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :