L’aube de l’Ile Monde 1 – Quelle issue à la crise financière ?

Nos politiciens ont beau s’agiter dans tous les sens, les répliques du séisme financier né de la crise des « subprimes » et de la faillite de la banque Lehman Brothers continuent à semer la panique. Le denier avatar en date, les difficultés de la Grèce à trouver de quoi financer ses déficits à un taux abordable, plonge ses partenaires européens dans des abîmes de perplexité et d’indécision. Le pays des Hellènes n’a qu’une faible importance économique. Il révèle juste au monde le mirage sur lequel a été bâtie la monnaie unique européenne. Sans gouvernement économique européen, point de « critères de convergences » qui vaille. Il en résulte très naturellement une spéculation à la baisse sur l’Euro.

La crise Grecque

Les Allemands à l’ombre duquel tout ce système a été monté, s’emportent contre l’incurie comptable grecque. Ils refusent de payer pour les largesses du gouvernement d’Athènes, sans parler des ravages de la corruption endémique que subit le pays. Cette condescendance germanique est si mal vécue sur les pentes de l’Acropole que le nouveau Papandreou de service se charge de venger l’honneur de son pays. Alors qu’il fait la tournée des capitales du vieux continent pour tendre sa sébile, il profite de son étape berlinoise pour expliquer aux « barbares » germains que le maquillage des comptes n’est pas plus constitutif de l’âme Grecque que le nazisme ne l’est de l’esprit Allemand. On imagine l’effet !

Devant la menace qui pèse sur la stabilité du « Neu Deutsch Mark », l’Allemagne a finit par s’entendre avec la France sur un montage qui pour être attendu, n’en est pas moins étonnant. Si la Grèce ne trouve pas sur les marchés les moyens de se financer, ses « amis » les lui prêteront. Par quel miracle des pays surendettés vont ils bien pouvoir renflouer la patrie de Périclès ? En empruntant bien évidemment ! Ce qui partout ailleurs s’appelle de la cavalerie s’appelle de la  « solidarité » en techno-bruxellois.

En contre partie, la Grèce est appelée à des sacrifices drastiques. Elle devra réduire le nombre et le salaire de ses fonctionnaires, repousser l’âge du départ à la retraite de ses citoyens etc. On connaît la musique tant nous nous évertuons à repousser le moment où nous devrons jouer cette partition à notre tour. En réalité derrière toute cette affaire, c’est la prochaine bulle financière qui se prépare. La dette souveraine n’est plus tenable. Au rythme où elle croît elle va bientôt atteindre 100% du PIB dans notre pays. Les économistes les plus raisonnables mettent d’ailleurs en garde nos gouvernants sur l’inanité de ce mode de calcul. Les Etats ne sont pas propriétaires de leur Produit Intérieur Brut. Ils ne répondent de leurs engagements que sur leurs recettes fiscales. Rapporté à cet indice, la dette française correspond à 5 années de rentrées d’impôts. C’est précisément la durée d’un mandat présidentiel, autant dire une éternité.

Un modèle au bord de la rupture

Nous sommes, donc, totalement dépendant du bon vouloir de l’épargne chinoise et pétrolière. Si 80 % de ces ressources sont captés par les Etats Unis pour financer leur tonneau des danaïdes budgétaire ce n’est pas tant pour payer tribut à l’Empire comme le disent certains mais parce que ce pays est le seul à allier dynamisme économique et sécurité juridique. L’Europe est un placement sécurisé pour les investissements, ce qui fait de l’Euro la seconde devise de réserve mais nous sommes dépourvus de toute ardeur économique. Celle ci se retrouve en Chine, pour autant, le droit Chinois étant ce qu’il est, nous sommes encore, pour un moment dans ce domaine, à l’abri d’une trop forte concurrence de l’Empire du Milieu. Qu’un des éléments de ce fragile édifice vienne à changer et tout s’écroule.

Cette perspective n’est pas qu’une simple hypothèse d’école. L’Europe est amorphe économiquement en raison du poids de ses déficits creusés par les largesses de ses états providences. La distribution des « faux droits » chers à Marc de Scitivaux plombe depuis des lustres notre vitalité économique. Il faut nous purger pour nous remettre sur pied. Le remède est connu mais ayant inventé les calendes Grecques, nous ne sommes pas près à l’avaler  de si tôt. Le déséquilibre ne viendra pas d’une UE vertueuse.

La Chine pourrait décider de renforcer son attractivité en sécurisant les transactions et en rendant convertible sa devise. Le problème majeur c’est que le « parti frère » de l’UMP devrait renoncer à son monopole en faisant entrer son pays dans le monde merveilleux des Etats de Droit. Hypothèse peu probable, je vous l’accorde, tant on connaît l’attachement viscéral des communistes au côté « populaire » de la « démocratie », même lorsqu’ils sont convaincus des vertus du marché. Pourtant  la volonté de jouir des fruits de leurs efforts commence à poindre chez les Han. Le nationalisme sourcilleux des masses chinoises les pousse à préférer voir leurs excédents s’investir en Chine plutôt qu’en T-bonds américains. C’est un problème qui n’en est pas un tant la manne est grande et tant les pétrodollars peuvent utilement suppléer la partie réinvestie nationalement des réserves chinoises, du moins à moyen terme.

Le vrai danger vient des Etats-Unis. La réforme de la santé initiée et, semble t il accouchée par Barack Obama va avoir un coût. Tout le monde, dans les médias en Europe, crie au génie. C’est à voir ! Les Américains rejoignent l’Europe dans la distribution de droits gagés sur la dette. Si cette manœuvre entame le dynamisme économique outre atlantique, les choses sérieuses vont commencer.

Des structures politiques inadaptés aux mesures à prendre

Malgré toutes nos bonnes paroles, nous ne réduirons jamais nos déficits. Nous, pas plus que les Américains, c’est le revers de la médaille de nos démocraties libérales. Les recettes sont simples. Elles sont juste inapplicables dans nos systèmes politiques. Si le loup doit demander son avis à l’agneau avant d’en faire son plat de rupture de carême, il devra longtemps se contenter des fayots. Les mesures exigées de la Grèce et des autres pays en difficultés sont destinées à faire retomber la pression, à détourner l’attention des marchés vers d’autres facteurs de spéculation. Ces politiques ne seront appliquées qu’à la marge tant elles impliquent un appauvrissement des populations concernées. Faire coïncider ses moyens avec les ressources que l’on tire de son travail est un exercice douloureux quand cela fait au moins deux générations qu’on en fait le moins possible.

On peut aussi essayer de cacher la vérité et faire de l’austérité sans le dire. Cette méthode est à l’œuvre sous le vocable de « mondialisation » depuis la fin des années 70  et elle ne suffit plus. La paupérisation des ouvriers et l’appauvrissement des classes moyennes qui se sont succédés n’ont eu pour conséquence que de reporter le problème sur l’endettement privé avec les résultats que nous déplorons depuis 2008. La France a mieux résisté non par ses vertus mais par ses vices. Comme elle n’a pu se résoudre à faire des économies sur ses prestations sociales, elle a continué à emprunter, atténuant ainsi, un peu, le besoin de financement de ses ménages. Compte tenu du niveau d’endettement de notre Etat, si nous n’avons pas trop souffert de la crise du crédit hypothécaire, nous n’allons pas tarder à rattraper notre retard quand commencera celle de la dette publique.

Quelle autre solution, me direz vous ? La seule, la plus classique de toute, celle par laquelle les sociétés se sont toujours sorties des difficultés financières qu’elles rencontraient au cours de leurs existences. La Guerre ! Cette issue possible fera l’objet de mon prochain article dans la rubrique géopolitique de ce blog.

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Une Réponse to “L’aube de l’Ile Monde 1 – Quelle issue à la crise financière ?”

  1. superpator Says:

    un dessin magnifique !

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