L’appel des 400

On sait depuis longtemps, vu l’extrême longévité des acteurs, qu’en politique le ridicule ne tue pas. Nous savons depuis jeudi dernier qu’il en va de même en science. N’écoutant que l’amour-propre qui leur tient lieu de conscience, quatre cents experts auto proclamés du climat n’ont pas craint de se déconsidérer encore un peu plus en réclamant, le 1er avril, par le biais d’une pétition, l’intervention de l’Etat dans la controverse qui se fait jour sur la réalité, l’ampleur et la nature du changement climatique. Ne nous arrêtons pas à la symbolique de la date : l’heure est grave, le  fromage climatique est en péril.

Alors que le gouvernement retrouve un peu de sens politique en renvoyant à plus tard l’usine à gaz de la fiscalité écologique, les oracles du GIEC se trouvent de plus en plus contestés sur le terrain scientifique.

Le grand mythe du consensus

C’est qu’en science, l’opinion du plus grand nombre n’a jamais constitué une démonstration de la justesse d’une théorie. Elle permet, au mieux, de se convaincre, si besoin est, du caractère moutonnier des scientifiques. Jusqu’ici, le seul argument des tenants de la responsabilité de l’Homme dans le réchauffement climatique se résume à affirmer que « tous les spécialistes sont d’accord ».

A bien y regarder, cet argument est particulièrement bancal. Il repose surtout sur le monopole de la parole. Il est également spécieux car la climatologie est un objet d’étude récent qui fait appel à de très nombreuses spécialités. C’est un agrégat de techniques ayant pour finalité de produire des modèles prédictifs. Il est déjà difficile de prédire le temps des cinq prochains jours alors, à l’échelle d’un siècle… Enfin, un groupement d’étude, surtout s’il est international n’est pas constitué au hasard, ce rassemblement s’est effectué selon des critères qui n’ont jamais vraiment été étudiés jusqu’ici. Pourquoi certains en font-ils partie et pas d’autres ? Ce tri, cette discrimination, entre bons et moins bons chercheurs s’est probablement effectué selon des normes qui doivent plus aux chapelles et aux présupposés qu’à la valeur scientifique des individus. C’est tellement humain !

La page d’accueil du site du GIEC[1] est sans ambiguïté pour celui qui veut bien s’y documenter:

“Le GIEC a pour mission d’évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les fondements scientifiques des risques liés au changement climatique d’origine humaine …”

Pas de doutes ni de fausses pudeurs : le changement climatique est d’origine humaine. Circulez, il n’y a rien à voir ! Si vous n’en êtes pas convaincu, pas besoin de venir chez nous. Il n’a jamais été question de s’interroger pour savoir si ce fameux réchauffement était réel, et s’il pouvait être causé par autre chose. Il s’agit de faire masse pour faire autorité, pour peser sur les décisions publiques, pour moraliser l’humanité.

La Science est sans morale

Dès lors, faut-il s’étonner que d’autres scientifiques s’interrogent ? Jusqu’à une période récente, les opinions divergentes étaient maintenues sous le boisseau par un autre consensus, médiatique, celui-là. Personne n’entendait les « climato sceptiques » jusqu’à ce qu’en France, Claude Allègre s’en fasse le porte-voix. Depuis, la parole se libère ou, plus précisément, on accepte d’écouter ceux qui, comme le très sérieux et mesuré Vincent Courtillot[2], prennent le relais de l’ancien Ministre de l’Education nationale et portent la contradiction aux archanges du GIEC.

Ce débat n’est pas une spécificité française. En réalité, à la surface de cette planète « menacée par les activités humaines », de nombreux scientifiques relèvent les incohérences, les tripatouillages et les singulières libertés prises par les « experts » du GIEC avec les faits. Ils dénoncent les petits et les grands arrangements pour faire coïncider les observations avec la thèse de la cause humaine. Il ne faut pas s’en étonner, le doute est le moteur de la science. S’il avait fallu s’en remettre à l’avis unanime des spécialistes à l’époque où ont été faites certaines avancées scientifiques majeures, la terre serait toujours plate et on soignerait les malades à grand renfort de saignées. Les progrès sont fréquemment dus à des chercheurs qui avancent à contre-courant des idées reçues. Une vérité, en science, ne tient que jusqu’à ce que l’on apporte la preuve du contraire. La vrai science n’est pas un animal politique, elle est sans idéologie, elle est basée sur des faits et, surtout, elle n’est pas morale.

La recherche et l’Etat

Les enjeux ne sont pas seulement théoriques ; il ne s’agit pas uniquement de lutter contre une escroquerie intellectuelle. Cet affrontement conditionne l’avenir de la recherche ; nos moyens ne sont pas infinis, et il faut bien établir des priorités.

Nous retombons là dans un mal très français. Il est insupportable pour le monde de la pensée, qu’une découverte scientifique puisse procéder du privé. Ce mode de financement est suspect : son but est vénal, son soutien intéressé. Le fait que cela n’empêche pas les Américains d’être plus productifs n’y fait rien. Le progrès ne doit pas dépendre d’une quelconque exigence de rentabilité. On a voulu déconnecter la recherche des contingences matérielles au nom de « l’intérêt général » comme si la poursuite du profit était incompatible avec cet objectif. La puissance publique joue donc un rôle majeur en ce domaine. On la considère comme dégagée des considérations bassement matérielles. On peut, grâce à elle, « donner du temps au temps ».

Le revers de la médaille, c’est que le chercheur se trouve ainsi bien souvent libéré de l’obligation de trouver. L’aboutissement des travaux n’est qu’une perspective lointaine qu’il est indécent d’évoquer. Le plus grand souci de celui qui ne découvre jamais que son chèque de fin de mois n’est plus de déboucher sur une solution, c’est que personne d’autre n’y parvienne, mettant ainsi un terme à une confortable rente. Voilà le péché de la recherche d’Etat, elle se pense dégagée de toute devoir de résultat. Elle a inversé les données du problème. La conservation des positions acquises y est aussi importante, si ce n’est plus, que les découvertes. Il n’est qu’à voir les cris d’orfraie poussés par tout ce joli monde quand, dans un moment d’aberration comme lui seul en a le secret, Nicolas Sarkozy avait suggéré que les crédits de recherche pourraient être affectés en priorité aux chercheurs qui trouvent. Quel scandale, quelle honte, il allait « tuer la recherche française » !

Il est donc dans l’ordre des choses qu’une recherche d’Etat vienne exiger, par voie de pétition, de son protecteur l’officialisation de SA vérité. Ces grands esprits soviétiques n’ont même pas conscience, ce faisant, de quitter le domaine de la science pour entrer dans celui de la foi. Toute cette histoire de climat est, d’ailleurs, emprunte de mystique religieuse : c’est un nouveau culte. Les Détenteurs de LA Vérité pourchassent les mécréants et somment l’Etat les bûchers nécessaires au rétablissement de la « vrai foi» contre les hérétiques.

Une « vérité » qui arrange

Nous en sommes là. On comprend qu’ils se battent avec une telle énergie tant la soupe est bonne : aucun moyen ne leur est refusé et on ne recule devant aucun poncif. Ils sont les héros des temps modernes. Ils sauvent le monde des abîmes où la folie des hommes le précipite aussi sûrement que deux et deux font quatre. Ce faisant ils en vivent très bien. On se sert d’eux pour légitimer tout et n’importe quoi. Ils sont les consciences d’un monde dirigé par les Puissances de l’Argent. Ils nous guident au travers des méandres et des embûches placés sur notre route par le Grand Capital, incarné par des traders et autres banquiers sans scrupules. Ils rachètent nos péchés consuméristes et renvoient les marchands du temple à leur égoïsme atavique.

Ce faisant, ils en vivent très bien et on se sert d’eux pour légitimer tout et n’importe quoi. Nous n’avons d’autre choix que de les suivre. Puisque « c’est bon pour la planète », on ne peut pas en faire l’économie. Et cet argent n’est pas perdu pour tout le monde. Les « efforts consentis » par ces « citoyens » devenus «  éco responsables » produisent des effets, la pollution diminue. Les entreprises chargées de nettoyer notre environnement sont les premières concernées. Moins de rejets, c’est moins de travail et donc logiquement, des économies. Avez vous constaté une diminution de vos factures ou prélèvements relatifs à ce type de services ? Bien sûr que non, dans ce domaine, moins de rejets, c’est plus de bénéfice pour le prestataire, pas pour le « cochon de payant ».

Les intérêts en jeu étant ce qu’ils sont, il y a fort à parier que la controverse n’est pas prête de s’éteindre. Nous n’avons pas encore atteint les sommets du ridicule, même si la barre a été placée très haut par ces quatre cents guignols. Elle a au moins le mérite de prouver que, malgré tout, en France, il reste encore des esprits libres. Des hommes de science, pour qui, ce mot résonne et n’est pas encore vidé de son sens.  L’esprit critique n’est pas mort, des hommes doutent encore. Les sciences dites « dures » ouvrent souvent la voie. Il n’est plus qu’à espérer que d’autres hommes libres surgiront à leur suite pour mettre à bas d’autres dogmes tout aussi pesants pour nos sociétés que celui de l’origine humaine du réchauffement climatique.


[1] http://www.ipcc.ch

[2] Directeur de l’Institut de Physique du Globe de Paris

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5 Réponses to “L’appel des 400”

  1. Dominique Many Says:

    excellent article, et tellement vrai !

    sur Courtillot et le détail des erreurs -et malhonnêtetés intellectuelles- du GIEC : http://criticusleblog.blogspot.com/2009/09/rechauffement-climatique-les-erreurs-du.html

    sur l’erreur monumentale du GIEC concernant la fonte des glaciers : http://www.france24.com/fr/20100123-giec-erreur-regretable-fonte-glaciers-himalaya-pachauri-nobel-paix-2007

    voir également http://www.contrepoints.org/Nouveaux-doutes-sur-le-rapport-du.html

    c’est assez édifiant sur le peu de sérieux (voire la malhonnêteté intellectuelle) de ces « savants » qui n’ont de cesse que d’asséner leur vérité, plutôt que de chercher la vérité.

  2. Labbez Louis Says:

    Très belle analyse.

  3. Baba Says:

    çà a au moins le mérite d’ouvrir le débat.
    Même si j’adhère à vos idées, çà ne m’empêche pas d’éteindre la lumière, de ne pas laisser l’eau couler inutilement et de tenter d’inculquer à mes enfants des gestes « responsables ».
    Le développement durable a trop longtemps été laissé à l’abandon au profit des verts. Etre éco-responsable n’est pas forcément être écolos militants.Il faut juste avoir un peu de bon sens…

  4. Marc Suivre Says:

    C’est bien là tout mon propos. Vous modifiez votre comportement en vertu d’un bon sens qui vous pousse à économiser la première de vos « ressources naturelles » : votre argent. Ce faisant, vous diminuez votre impact sur l’environnement. En voyez vous le bénéfice revenir par le biais d’une diminution des charges collectives qui vous sont ponctionnées pour « sauver la planète » ? réponse : non et c’est bien là le problème.

  5. MOTREFF Bernard Says:

    Oui, je suis complètement d’accord avec ces analyses. Et Claude ALLEGRE et Vincent COURTILLOT sont nos Galilée et Copernic du moment.
    Rassemblons-nous aussi pour faire contrepoids à ces « prétentieux » du groupe des 400 et autres.
    Prenons , malgré tout, les mesures nécessaires ,dans notre quotidien personnel , pour économiser les énergies non renouvelables.

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