Jeune mais pas coupable

Il ne se passe plus une semaine ni ne s’écoule un mois, sans qu’un fait, qualifié de « divers » par facilité de langage, ne vienne jeter une lumière crue sur la violence des « jeunes ». Qu’il s’agisse de lyncher un étudiant en géographie, de lapider un retraité, de poignarder un prof, de tendre une embuscade à la Police, ou plus prosaïquement de faire entendre son « malaise » au travers de revendications fourre-tout, le mode d’expression de la « jeunesse » de ce début de siècle semble se caractériser par un recours systématique à l’agression.

La société a bon dos !

Ne nous y trompons pas : en changeant de siècle, nous avons changé d’époque. La jeunesse n’est plus idéaliste, elle ne s’attaque pas aux symboles du passé mais aux totems du présent. Si la violence ethnique prend parfois, dans les bantoustans qui nous tiennent lieu de

banlieues, le caractère spectaculaire d’émeutes urbaines à vocation séparatistes, comme dernièrement à Tremblay-en-France, c’est bien souvent en raison d’un conflit de légitimités. A la démission des politiques devant la voyoucratie des « grands frères », a répondu la mise en coupe réglée par les trafiquants de drogues de quartiers aussi stupidement que facilement cédés. La loi mafieuse s’est substituée à la loi républicaine, et c’est pour préserver leur territoire que les « bandes » organisent la « résistance »  sous ces formes spectaculaires, à la périphérie de nos grandes villes. A force de toujours céder, d’acheter la « paix sociale » à grands coups de subventions, d’accommodements et d’abandons de principes, on se retrouve, non pas avec la loi de la jungle, mais avec celle des tribus. Quand les services publics ont plié le camp, celles ci attaquent les derniers symboles de « l’oppression coloniale » : on « caillasse » les bus et on brûle les écoles.

Pour spectaculaires que soient ces affaires, elles ne doivent pas faire oublier la banalisation du recours à la force, comme préalable à toute discussion, dans une jeunesse qui ne supporte plus la moindre contrariété, le plus petit délai. Jouir de tout, tout de suite est devenu l’Alpha et l’Omega de la génération internet.

Les apôtres du « vivre ensemble », cette nouvelle panacée qui s’est peu à peu substituée au Pacte Républicain et au Projet National, nous expliquent que les raisons, à cette sauvagerie croissante, sont sociétales : la violence de la jeunesse ne fait que répondre à celle de la société. Vous ne vous en rendez pas compte, fol que vous êtes, mais vous vivez dans une dictature. Celle de l’argent qui corrompt, mais que le sociologue de service sait bien aller quémander à grand renfort de slogans creux, sous les fenêtres de son ministre, dès qu’il prend l’envie à ce « fasciste » de Sarkozy de souhaiter une recherche qui trouve. La jeunesse, donc, est d’autant plus en droit de se révolter contre l’injustice des temps que ses légitimes aspirations au bonheur sont refoulées par la furie d’un libéralisme d’autant plus odieux qu’il est « ultra », ou débridé, c’est selon, et en tout cas d’inspiration anglo-saxonne donc impérialiste. Pendons Madelin, fusillons Thatcher, brûlons Adam Smith et Milton Friedman, la société s’apaisera comme par enchantement. Le fait que leurs théories n’aient, précisément, jamais été appliquées en France ne trouble pas la réflexion des thuriféraires de la culture de l’excuse.

Faire porter le chapeau à la société, par le biais de la vision fantasmée que l’on se fait de ses tares, est un dérivatif commode. Cela évite de se poser les questions qui fâchent. En réalité, l’égoïsme de cette jeunesse perdue n’est que la conséquence des carences des générations précédentes et de leurs bien curieuses idoles.

Le culte de la bêtise

L’individualisme forcené des 15 – 25 ans d’aujourd’hui n’est que l’écho des réflexes de leurs géniteurs. Depuis 1968 et son idéologie hédoniste, le sacrifice est moqué, l’effort ringardisé et le mérite diabolisé. Pourquoi les parents s’étonnent-ils encore, de ne plus être respectés par leur progéniture quand ils ont systématiquement refusés de se priver de quoi que ce soit au bénéfice de celle-ci ? Chez eux, aussi, rien ne doit venir entraver leur bonheur et surtout pas leurs enfants.

Le credo est simple et martelé à longueurs d’ondes dont la « modulation » est de moins en moins « fréquente » : le mariage est un carcan dont il faut se libérer dès que le désir s’émousse ou qu’une meilleure occasion vient à passer, et tant pis pour les gosses ! La recomposition familiale, c’est merveilleux ; pour la mixité sociale c’est presque aussi bien que le service militaire. Tu as toujours rêvé d’avoir un frère ou une sœur ? Regarde, en voilà trois tout poussés qui te détesteront car tu es le fils de celui ou celle qui a brisé le ménage de leur parents. Si en plus ton père ou ta mère est devenu homosexuel en brisant ses chaînes, tu seras en pointe dans le combat pour la tolérance et tu vivras pleinement ton éveil sexuel grâce à deux mamans ou deux papas attentionnés qui sauront t’épargner les pièges et autres embûches semés sur ton chemin par des hordes de Méchants Prêtres Pédophiles. J’exagère à peine !

Plus rien n’est sacré. Toutes les barrières que les générations antérieures avaient élevées contre l’égoïsme inhérent à tout être humain, ont volé en éclats. Le « je veux, je me sers» a remplacé le « travaillons ensemble, patiemment à l’édification d’un monde meilleur » d’antan. Le consumérisme et la publicité ont une part de responsabilité, mais pas plus grande que le culte de l’imbécillité érigé en système.

Lorsque l’on glorifie des sportifs incapables d’articuler deux phrases sans commettre trois fautes de français au point d’en faire des ministres, il ne faut pas se lamenter sur la perte des repères par la jeunesse. Si on propulse au rang de Bienfaiteurs de l’Humanité, les chèvres juvéniles et bêlantes des programmes musicaux de télé-réalité, alors que l’on pousse sur la touche, au prétexte de l’âge, le découvreur du virus du SIDA, il n’y a plus de limite que la bêtise ne puisse franchir. Tant que l’on trouvera normal que les plus brillants de nos chercheurs partent faire fortune en Amérique pendant que des acteurs sont payés plusieurs millions d’euros par le contribuable pour porter des films abscons que personne ne voit  parce qu’ils revisitent, au nom de la Très-Sainte  « Exception Culturelle » et pour la centième fois, le mythe commode de la sclérose bourgeoise en matière de mœurs au travers du triptyque usé de la femme, du mari et de l’amant, il ne faudra pas attendre de miracles de la part de la jeunesse.

Le bon et  le mauvais argent

Il n’y a guère que l’argent qui soit sacralisé. On lui voue encore un culte, même s’il procède, comment s’en étonner, de celui décrit précédemment. Le possédant est toujours un salaud auquel il convient de faire rendre gorge, mais ce principe connaît d’autant d’exceptions qu’il existe de moyens « éthiques » de faire fortune. Malheur donc, uniquement, à ceux qui ne sont pas dans l’esprit du temps et qui refusent de sacrifier au politiquement correct.

Il ne viendrait, en effet, à l’esprit de personne de chercher des poux dans les comptes en banque, pourtant fournis, d’un Nicolas Hulot, un Yann Arthus Bertrand, un Zinedine Zidane, un Steve Job ou Al Gore. Non, ceux là sont des progressistes : les vraies ordures ce sont les autres, ceux qui spéculent, ceux qui exploitent les travailleurs, pas ceux qui jouent de nos peurs pour vendre leur camelote en communion avec l’industrie du spectacle. Le cirque médiatique est une version moderne des indulgences de l’Eglise catholique. Une façon pratique et pas trop douloureuse de s’absoudre de ses péchés, moyennant une somme modique versée au Barnum du moment. Après avoir payé sa dîme aux moines gras et aux évêques compassés de la bien-pensance, le possédant pourra jouir de ses avoirs en toute quiétude, sans se préoccuper outre mesure de l’état de la société. Qu’il aille en paix, il aura déjà donné au « vivre ensemble ».

Le culte PS de la maternité

Cette passion pour l’absolution à bon compte touche maintenant la politique. Les socialistes ne savent, en effet, plus quoi inventer : tout l’or électoral qu’ils croient toucher se transforme toujours irrémédiablement en plomb sous l’effet de leur orviétan idéologique. Nos alchimistes à rebours, croient avoir trouvé leur Graal en important les dernières élucubrations sociologico-féministes à la mode, dans l’extrême-gauche universitaire américaine.

Le « care » que veut nous imposer le « chicon [1]» qui sert de  premier sectaire rue de « Solferi-non », ce n’est rien d’autre qu’une maternité à ciel ouvert. Nous faire retomber en enfance, voilà bien la dernière trouvaille de nos élites transnationales et post-démocratiques pour que les masses, décidément incultes et rétives, de nos vieux pays ne regimbent plus devant le monde merveilleux que s’évertuent à nous construire ces progressistes enragés. Maternage, « dorlotage » et baratin « fémino-centré » ont remplacé la « bravitude » et la « démocratie participative » dans les logorrhées programmatiques du PS.

On aurait tort de croire à une foucade passagère. Quand on voit, que l’énergie mise par Martine Aubry à tricher pour prendre la tête du Parti Socialiste n’a d’égale que celle qu’elle a déployée pour mettre en œuvre les trente-cinq heures, on a de quoi s’inquiéter. Quand Martine croit, Martine applique. Bien entendu, il ne s’agit là, sous couvert d’un verbiage pompeux autour d’un nouvel avatar de la prétendue « solidarité »,  que des nouveaux oripeaux de l’appauvrissement du pays au bénéfice de son élite, déjà bien engagée par François Mitterrand en duo avec le père de l’intéressée depuis Bruxelles dans les années 80 — et qu’une Droite honteuse s’est toujours refusée, depuis, à enrayer.

De plus en plus de gens commencent à avoir de sérieux doutes sur le chemin que prend le pays. Les valeurs traditionnelles du travail, de l’effort et du sacrifice ont de nouveau le vent en poupe en dépit, ou peut-être bien à cause, des sarcasmes de la bien-pensance. Or, les fondamentaux sont encore à l’œuvre, il est toujours question de savoir comment « la mettre » au peuple. En 1968, il s’agissait de jeter bas l’ordre bourgeois pour voir se lever le soleil radieux du prolétariat triomphant à l’aube du Grand Soir. Aujourd’hui, il est question d’assurer le confort matériel de la nouvelle aristocratie cosmopolite sur le dos des salariés. L’Etat, quoique obèse, ne peut plus rien, la mondialisation est irrésistible, alors autant s’y adapter, mais avec douceur et sollicitude. La belle jambe que tout cela va nous faire! Les socialistes prétendent nous préparer à l’inéluctable selon la recette bien connue, pour son succès chez Pôle Emploi, du « parcours personnalisé ». Avec Martine et sa vaseline, la paupérisation c’est pour de bon MAIS ce sera du « sur mesure ».

Personnellement, j’ai toujours été très réservé, depuis mon service militaire, sur les talents de couturier de l’Etat. Aussi, je laisse le « sur mesure » socialiste aux orphelins de l’élégance CAMIF et je m’efforcerai, modestement, de convaincre celles et ceux qui se prétendent de droite d’essayer de l’être … pour une fois.


[1] Ailleurs qu’en pays Chtis ce légume est connu sous l’appellation d’endive

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3 Réponses to “Jeune mais pas coupable”

  1. Addis Says:

    helas il n’y a rien a changer dans le texte, qui est imparable. Pour ce qui est du changement que tu appelles, chaque jour qui passe le rend plus improbable. Le couvercle est solidement vissé sur la marmite…

  2. Jacques Gautron Says:

    Si vous permettez je mettrai une référence à votre excellent texte sur notre site, à moins que vous ne vouliez le faire vous même (ceci a ma préférence).

  3. Perleaux Says:

    On ne s’en lasse pas hélas!! Portrait cruel mais bien réel d’une société française tirée irrémédiablement vers le bas par une pseudo élite!!

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