On nous cache tout, on nous dit rien…

Nous entrons dans des temps incertains. Des temps où d’affreux Spéculateurs s’enrichissent, sans vergogne, sur le dos des Peuples. Des temps où l’Allemand regarde l’indigène de ses camps de vacances grecs ou espagnols avec méfiance et où l’Anglais se défausse de ses obligations sur une improbable coalition. Pendant que les Agents du Grand Capital complotent à la perte de l’Euro, à l’effondrement et à la ruine de la citadelle Europe, en France, faute de mieux, on s’en prend aux mots.

Notre pays s’est spécialisé, de longue date, dans le déni de la réalité au travers de la sémantique. Nous sommes depuis des décennies gouvernés par des princes lettrés. Ils sont pénétrés et, parallèlement, effrayés par le pouvoir des mots. On ne se méfie jamais assez des effets stigmatisants de nos expressions. Il y a ainsi belle lurette qu’un aveugle a recouvré sa dignité – à défaut de la vue – par la magie de sa « non voyance » vocable que l’on aurait pu croire, à tort, réservé aux cartomanciennes en mal de divination. On n’augmente pas les impôts mais les prélèvements obligatoires, c’est plus doux.  On ne meurt plus : on disparaît ou on décède, ce qui, évidemment, change tout. Enfin on nous serine que les races n’existent pas tout en nous démontrant le contraire en nous chantant les vertus du métissage[1]. Quand on a rien à dire, il importe de bien choisir son vocabulaire.

Cachez cette austérité que je ne saurais voir

On mesure l’impuissance d’une époque au nombre de ses totems, ainsi qu’à celui des sorciers censés les invoquer. Si les « communicants » sont si nombreux dans l’entourage de nos politiciens, ce n’est qu’en raison du reflet renvoyé par une société médiatique à un monde politique qui s’écoute et se regarde parler. Au vide de la pensée publique répond le néant des commentateurs qui s’attaquent sauvagement aux mouches en cherchant des intentions cachées derrière des discours désespérément creux. A force de chercher la petite bête, on la trouve et plus personne n’appelle un chat, un chat. Le conformisme est un mal très profond et pernicieux, tant il stérilise tout débat et obscurcit les enjeux. L’opinion divergente n’est pas combattue par des arguments contraires, elle est traquée comme hérétique. Les Torquemadas de la bien-pensance sont toujours prêts à allumer les bûchers de l’inquisition médiatique. Sous prétexte de ne pas stigmatiser, on ne débat plus de rien en France, on ostracise. Dans ces conditions et partant du principe que le nombre d’analphabètes et d’entravés de la plume croît à proportion des occasions d’oisiveté offertes par nos société post-modernes, comment s’étonner du poids pris par ceux qui font profession de communiquer.

C’est ainsi que nos gourous des médias ont décrété que rigueur et austérité étaient au nombre des mots tabous, qui portent malheur à ceux qui les emploient. Le politique qui, faute de convictions, se rabat sur la superstition ne demande pas mieux que de les croire. Voilà comment, depuis quinze jours, la France « qui cause » se regarde le nombril tout les matins pour savoir comment qualifier le tour de vis auquel se livre notre gouvernement sous la pression des marchés.

Il faut dire qu’à les écouter, il y a de quoi trembler. Rigueur et austérité sont les deux mamelles du mal le plus redouté de nos princes : la défaite électorale. Barre et Giscard en 1981, Mitterrand et Fabius en 1986 et Chirac et Juppé en 1997 tous sont tombés au champ d’honneur de la rigueur. Jospin, qu’il serait hardi de qualifier de rigoureux, en fut aussi victime. Celui qui jeta les fruits de la croissance avec l’eau des 35 heures, ce trotskiste repenti que le PS nous présente aujourd’hui comme un modèle de gestionnaire, n’a pu vaincre ce fameux signe indien. On croit un peu vite que la défaite de Jospin s’explique en partie par le temps libre offert aux cadres sur le dos des ouvriers. Une autre analyse se fonde sur le tropisme  de l’autruche dont il fut affligé en matière de sécurité, ou encore sur le fait que son programme n’était, selon lui,  « pas socialiste ». En fait, personne n’ose le dire, mais c’est quand il a déclaré être « l’austère qui se marre » qu’il a scellé son destin de candidat d’un seul tour.

La faillite de l’Etat providence

En réalité nous sommes entrés dans une période de profonde remise à plat de nos fondamentaux. Les plus lucides de nos politiciens – il y en a – l’ont bien compris. Le problème c’est que personne ne veut être le porteur de mauvaise nouvelle. Alors on se paye de mots, on tourne autours du pot, on finasse, on esquive.

Le roi est nu ! L’Etat-providence est allé au bout de son chemin, la vieille carne est usée, il faut l’abattre et s’inventer un nouveau destrier. Les choses ont commencé à aller de travers à l’issue de ces deux chocs pétroliers qui ont ébranlé nos économies en profondeur. Nous qui étions sortis de la guerre avec des programmes marxisants de relance étatique, nous avons creusé notre tombe. En substituant le monopole d’Etat à la concurrence privée, nous avons donné une puissance redoutable aux opérateurs de ces mastodontes. L’oligarchie d’Etat a vite compris qu’elle avait ainsi le pouvoir de bloquer le pays. Des « droits » exorbitants ont été consentis à ses agents pour l’éviter. Se servir du public est devenu le principe directeur du « service public ». Nos pays ont été livrés à la voracité d’un secteur public incontrôlable. Un immense fossé s’est ainsi creusé entre les jouisseurs protégés par leurs monopoles et le reste de la population.

Ces prébendes restaient supportables tant que nous étions défendus par nos frontières. Las, nous avons décidé, sans que l’on sache très bien pourquoi, de partir à la conquête de la planète,

timidement d’abord, puis à toute vitesse au prétexte que le mur de Berlin, s’était effondré entre temps. Pour ce faire nous avons brisé nos chaînes en dynamitant le protectionnisme rampant du vieux système des nations. Le monde était un vaste village, place au progrès économique de Pékin à Washington, de Berlin à Moscou en passant par Londres, Paris et Tokyo. A free world in a free market. Le meilleur des mondes, sauf qu’avant de s’y engouffrer tête baissée, il fallait songer aux conséquences et ne pas y aller avec, aux pieds, les boulets keynésiens susmentionnés.

L’Etat ne peut être providentiel que s’il a les moyens de ses ambitions. Sans argent, point de droits qui vaillent. Le problème c’est que nous n’avons pas gagé nos droits sociaux sur l’argent que nous collections. Nous avons distribué de faux droits financés par des dettes que nous contractions pour les octroyer. A mesure que nous nous enfoncions dans une mondialisation qui rabotait nos rentrées fiscales nous avons dispensé ces subsides toujours plus généreusement et à toujours plus de monde. Certains de nos partenaires ont compris que ce système n’était pas tenable, et ont entrepris une réforme drastique de leurs politiques économiques ; nous, non.

Les pays qui sont, aujourd’hui, sous la pression de ces affreux agioteurs sont justement ceux qui ont toujours refusé les ajustements nécessaires : ceux qui ont persisté à distribuer un argent qu’ils n’avaient plus. C’est sans doute une question de culture, une affaire de milieu. La Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie sont baignés par la Méditerranée … la France aussi. Nous n’allons pas échapper aux purges que le système administre à ses premières victimes. L’addition sera d’autant plus salée que nous avons trop longtemps fait comme si de rien n’était.

Les limites des remèdes de grand-mère

Les retraites, la fonction publique, les impôts, la politique migratoire, tout va y passer. Et ce ne sont pas les querelles sémantiques affligeantes auxquelles se livrent nos politiciens qui vont changer quoi que ce soit à la chose.

Le gouvernement persiste à nous dire qu’il n’a pas été élu pour augmenter les impôts : c’est parfaitement exact ! Il a été porté au pouvoir, entre autre, pour réformer l’Etat et « dégraisser le mammouth », ce qu’il s’est bien gardé de faire jusqu’ici. En conséquence, faute d’avoir fait preuve de courage politique quand les choses étaient encore simples il va tenter de persister dans l’être jusqu’en 2012 en espérant que ça ne se verra pas trop et que les marchés lui en laisseront l’occasion. Après cette dates et puisque le Président sera débarrassé du souci d’une troisième élection, préparez-vous au pire.

A gauche, ce n’est pas mieux : Martine et son « Care » sont en plein déni de réalité. A les entendre il suffirait de faire payer les riches. Il faut dire qu’ils en ont une notion extensive, du riche, puisqu’à écouter l’ex-compagnon de la Folle du Poitou on l’est dès que l’on dépasse les 3 000 Euros de revenus mensuels en couple. Or, taxer le nanti ne résoudra rien. Revenir sur le bouclier fiscal ne rapportera que 500 millions. Nous nous sommes engagés à revenir des abysses budgétaires où nous avons sombré en passant de 160 à 60 milliards de déficit en trois petites années. A qui peut-on faire croire que seuls « les possédants » vont miraculeusement combler ce trou ? Notons au passage que, quitte à faire des efforts, on se demande bien pourquoi on ne tente pas de faire des budgets en équilibre.

Jusqu’à la Commission Européenne qui y va de son couplet fédéraliste. L’opportunisme est une constante en politique mais là, la ficelle est un peu grosse. Non que l’idée de se prononcer sur les budgets des états membres avant leur adoption par les Parlements nationaux ne soit pas une idée rationnelle. Après tout, ce pourrait être un moyen de débusquer les tricheurs. Ce qui est choquant c’est que l’instance la moins démocratique s’érige en arbitre des élégances budgétaires : là, nous touchons aux limites du « machin » communautaire. Une gouvernance suppose une responsabilité devant les peuples ou leurs représentants ; mais de ça, nos Dieux de l’Olympe bruxellois ne veulent pas en entendre parler.

Liberté, Egalité, Fraternité … et … Participation

Ne nous y trompons pas : tout le monde va payer, à commencer par les protégés. Finis les privilèges exorbitants, les retraites à 55 ans, calculées sur les six derniers mois d’activité. Terminée la rente à vie garantie par des syndicats dont l’unique fonction consiste à assurer la préservation des privilèges de cette caste en recourant au blocage systématique comme préalable à toute discussion. Il faudra avoir le courage de s’attaquer aux régimes spéciaux et pas seulement faire le paon en prétendant les réformer pour qu’au final que cela nous coûte encore d’avantage. Tous les Français doivent partir à la retraite aux mêmes conditions. Ce n’est pas la peine de sauter sur sa chaise comme des cabris en se scandalisant des conditions de répartition de la richesse en France si c’est pour s’accommoder de telles inégalités.

Nous sommes à l’aube d’un jour nouveau, pas nécessairement radieux mais pas forcément sombre non plus. Il sera essentiellement ce que l’on en fera. Nous sommes contraints de changer. Le modèle que nous appliquions a, comme le coureur de Marathon, expiré au pied de l’Acropole. Pour le meilleur, mais aussi potentiellement pour le pire, si  nous cédons à la facilité, nous devons en inventer un nouveau.

Un système où les droits seront identiques et assis sur des cotisations perçues, où l’emprunt servira à investir et non à contribuer au fonctionnement d’usines à gaz. Une société qui se préoccupera de ses enfants et qui cessera d’organiser la ruine des plus fragiles d’entre eux en accueillant les rejetons excédentaires des autres. Une France où la répartition entre le capital et le travail sera repensée afin que la redistribution se fasse au niveau économiquement le plus approprié : celui de l’entreprise. L’Etat ne sait procéder qu’à grand coup de règles et de gabegies. Nous ne pouvons plus nous payer ces Barnums coûteux. Les ressources sont rares, faisons preuve d’audace et réformons pour de bon.

Nous ne partons pas d’une feuille blanche. D’autres, dans le scepticisme et l’indifférence générale, ont réfléchi à ces questions. Il existe un moyen pour rééquilibrer les choses. Nous l’avons ignoré, qui par conformisme, qui par idéologie, pendant des décennies. Nous n’avons jamais voulu exploiter la dernière idée du Général de Gaulle, celle de la participation. La refondation du pacte social auquel nous sommes contraints de nous livrer nous en donne l’occasion.


[1] Métissage : croisement, mélange de races différentes – Le Petit Robert, édition 2002

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3 Réponses to “On nous cache tout, on nous dit rien…”

  1. superpator Says:

    un symbole fort, ce serait que le Président revienne sur l’augmentation de salaire qu’il s’était octroyée en début de mandat, non ? dans le même ordre d’idées, on pourrait également revenir sur les augmentations de salaires accordées aux Ministres il y a quelques années (je crois que c’était sous Raffarin), et enfin, réformer les régimes de retraites des députés et sénateurs, tout en rationalisant celle des anciens Présidents de la République afin qu’ils cessent de les cumuler, non ? ce sera certainement taxé de démago, mais je crois me souvenir que Louis XIV, le Roi-Soleil, avait fini par vendre la vaisselle de Versailles pour rembourser les dettes de la France…

    • marcsuivre Says:

      On reste, comme pour le bouclier fiscal, dans le domaine du symbole. On peut aussi revenir sur le fait qu’un élu fonctionnaire continue a accumuler son ancienneté comme s’il avait poursuivit sa carrière dans son corps d’origine ( c’est sans doute ce que l’on appelle la circulation extra corporelle à l’ENA). Dans la même veine, il ne devrait pas être possible de cumuler les retraites de la fonction publique avec celles de parlementaire ou de ministre. Ces mesures ne résoudraient rien mais elles seraient appréciées des contribuables, n’en doutons pas.

  2. Pierre Michon Says:

    Qui peut penser une seule minute que si Sarkozy et ses Ministres et même tous les élus renonçaient à leurs émoluments jusqu’à la fin de la législature, la France soit sauvée ?
    Ce n’est pas que tout cela nous coûte cher qui est préjudiciable à la France, c’est qu’ils ne connaissent rien en économie et gouvernent mal.
    Dans les maux dont souffre la France et que vous relatez, il y a toutes les solutions. Plus de « services publics » qui ne soient concurrentiels, plus de capacité à cesser le travail pour tous les fonctionnaires tant de l’Etat que des collectivités publiques. Plus de déficits publics ! Quand ? Mais au budget 2011, car le « voleur » s’est fait prendre la main dans le sac et il n’a plus de crédit pour continuer son laisser-aller de cigale.
    Et ceux qui ne sont pas capables et d’expliquer un budget en équilibre et de dire comment ils vont le mettre en place n’ont plus à briguer les suffrages des français. Qu’ils démissionnent pour incapacité. Comment penser que quelqu’un qui se soit fait élire sur de vagues propos de yakafaucon puisse réformer la France ? Par contre qu’un parti énonce clairement comment il entend refaire partir la France pour y créer de la croissance, de l’emploi et atteindre, sur son budget, à un équilibre budgétaire crédible et qui aurait une majorité aurait toute légitimité pour faire ces réformes avec l’appui du peuple. Si ceux qui briguent les suffrages ne font pas, avec la situation que l’on connaît, un tel exercice devraient rester chez eux et à défaut ce sont 70% des électeurs qui devraient rester chez eux au lieu de voter. Et c’est tout aussi sur, que dans ces conditions, les politiciens français même en n’étant pas payés gagneraient encore trop.

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