Liberté

Plus nous avançons dans la crise, et plus ce que ce pays compte de nostalgiques de l’URSS nous prophétise la faillite inéluctable du Capitalisme avec l’arrogante assurance de ceux qui se sont toujours trompés sur tout. Ces orphelins du Gosplan n’ont pas de mots assez durs pour fustiger les « ravages de l’individualisme forcené des années fric ». Ce sont les mêmes qui louent  à longueur d’ondes les vertus de l’action collective en général et du « Care » en particulier, comme panacée à la plus grave crise que traverse l’Occident depuis presque un siècle.

La crise de l’Occident

Bien qu’il en ait dites et faites beaucoup, Jacques Attali n’écrit pas toujours que des bêtises. Il analyse très bien les mécanismes qui conduisent nos sociétés au bord de l’abîme. Nous vivons à crédit depuis de trop nombreuses années sans pour autant que notre endettement soit productif. Nous avons refusé de voir les changements rendus indispensables par les chocs pétroliers et la mondialisation. Nous nous sommes endormis dans le confort trompeur de nos « protections sociales » en refusant superbement les ajustements rendus nécessaires par les changements que connaissait le monde autour de nous.

Cette crise, née de l’endettement privé et qui touche logiquement les Etats après qu’ils aient, à l’automne de 2008, nationalisé le crédit, n’est pas « mondiale » contrairement à ce que l’on nous serine quotidiennement. La croissance se porte bien, merci, elle a seulement déserté nos rivages soviétiformes. A l’opposé de nos préoccupations, ceux que l’on appelle les « pays émergents » ont pour souci principal de … modérer leur croissance afin d’éviter la surchauffe de leurs économies. On le voit, seuls les pays anciennement industrialisés sont touchés. La raison est simple : avec l’ancienneté vient le conservatisme qui chez nous prend le nom « d’acquis sociaux ».

L’Europe est le maillon faible de l’Occident dans la mesure où elle n’est qu’un agrégat disparate de petites économies grevées par une conception corporatiste de la démocratie et des rapports sociaux. Les Américains disposent d’une vitalité économique qui, lié à leur domination monétaire et à une puissance militaire sans équivalent, leur permet, pour l’instant, de s’en tirer à bon compte, du moins tant que les réformes Obama n’auront pas plombé leur dynamisme par le fiscalisme qu’elles induisent.

La puissance économique de notre continent reste largement théorique. Additionner les carottes allemandes avec les choux grecs, les patates françaises avec les navets anglais ne donne pas nécessairement une bonne soupe. Comme nous ne nous coordonnons pas, comme nous n’abandonnons pas notre souveraineté économique et fiscale, l’addition de vingt-sept petit PIB régionaux ne fait pas de nous le géant mondial que prétendons être. Il en va de même pour la monnaie et l’armée. Le rêve d’une Europe-puissance, est un rêve fédéral et la construction de ce fédéralisme reste largement à inventer. Nous ne nous sommes jamais dotés des institutions démocratiques incontestables qui rendraient supportables les transferts de souveraineté. A l’heure actuelle, pour avoir toujours privilégié une construction technocratique, par paresse comme par peur des peuples, les « eurolâtres » en sont réduit aux incantations et aux « si seulement …».

Le cas Français

Ce qui est vrai en général de l’Occident en matière de faillite de l’état-providence, l’est particulièrement de la France. Tous nos gouvernants ont été de ce point de vue irresponsables, les Socialistes se distinguant spécialement dans ce domaine. En détricotant l’œuvre de redressement patiemment et douloureusement entamée par Raymond Barre de 1977 à 1981, en distribuant de nouveaux « droits  sociaux » gagés sur du vent et en dilapidant l’argent public en vaines nationalisations et autres recrutements de fonctionnaires, ils ont durablement compromis les capacités d’adaptation du pays. Lorsque des électeurs qui n’ont, après tout, que les élus qu’ils méritent, leur ont de nouveau donné les rênes en 1997, ils se sont empressés, avec les trente-cinq heures, de gaspiller les fruits de la plus forte croissance qu’ait connue la France en 25 ans.

La Droite, qui a toujours refusé d’appliquer les programmes qu’elle promettait de mettre en œuvre à des foules d’électeurs crédules, ne mérite pas mieux. Elle avait pourtant su, à de nombreuses reprises, convaincre les Français de la nécessité du changement. Jeter la réforme avec l’eau du bain une fois arrivée au pouvoir est une marque de fabrique d’une Droite qui, à défaut d’être la plus stupide du monde, est certainement la plus couarde. Il est de ce point de vue amusant de noter le parallèle entre le PS et l’UMP. Dans l’opposition, les Socialistes appellent à une politique de redistribution dont ils réservent, une fois parvenus à leurs fins, les bénéfices aux fonctionnaires et aux bobos. Les « Versaillais » promettent de « remettre la France au travail » et s’empressent dès qu’ils sont aux manettes de garantir les faux droits des fonctionnaires au nom de la paix sociale.

La faillite sociale

Nous sommes arrivés au bout de notre modèle social. Depuis que la France est « soviétique », le bon peuple a été élevé dans le culte de l’égalitarisme et de la « répartition » : chacun est censé participer à l’effort collectif à hauteur de ses revenus, et bénéficier du système de manière égale le moment venu. Le problème c’est que le Barnum a été faussé dès l’origine, et l’ « égalité » battue en brèche par cette spécificité bien française du privilège. Les salariés du public ont des régimes tellement dérogatoires qu’ils sont dits « spéciaux ». Cette usine à gaz est bien plus perverse que les constructions de Bernard Madoff, en ce sens que les nouveaux entrants payent pour les anciens mais aussi pour la famille du gérant et pour ses amis.

C’est tellement vrai que, ce que les collectivistes de Solferino présentent comme le mal incarné : la retraite par capitalisation, existe déjà ! — mais au seul bénéfice des salariés du public. Ces tartuffes profitent même de la situation boursière incertaine dans laquelle nous évoluons pour stigmatiser encore un peu plus ce type d’alternative à la répartition obligatoire. Ils expliquent, sans rire, que s’en remettre aux marchés serait la ruine assurée des retraites. Je ne pensais pas PREFOND-RETRAITE si proche de la liquidation. Ils ne vont pas tarder à désigner à la vindicte populaire les fonds de pensions étrangers comme les Affreux Spéculateurs par qui le malheur arrive. Comme quoi, en période de crise, le Front National est loin d’être le seul à s’en prendre aux étrangers.

L’individu est mauvais

Dans ce monde de brutes, il nous faut de la douceur. Les Socialistes nous l’importent directement des universités américaines. Le « Care », c’est la réponse ultime et féministe aux défis moraux posés par l’individualisme forcené de nos sociétés qui fait de l’homme – à la différence de la femme –un loup pour l’homme et un parasite pour Mère Nature. Il est grand temps de mettre une touche féminine dans tout ça. « Big Mother » va succéder à « Big Brother ».

A entendre les sociologues de service, le « Care » serait né d’une réaction au culte de la réussite exalté par Reagan. Si l’acteur de série B que fut le quarantième Président des Etats-Unis a le mérite d’avoir relancé la machine américaine, ce n’est pas lui qui est pour autant à l’origine de l’ « American dream » et de son corollaire qui nous fait tant défaut dans notre bonne vieille société de privilèges et de passe-droit : l’esprit d’entreprise.

Autre thème agité par les promoteurs de cette utopie collectiviste, les Américains seraient plus généreux que les Français : ils redistribuent d’eux même une partie de leurs biens sous forme de dons aux associations. Le montant de ces transferts est estimé au tiers du budget fédéral. Cette proportion, ramenée au budget français, équivaudrait à près de 300 Milliards d’euros. Comme nous sommes loin du compte, c’est donc que ces salauds de riches français gardent tout pour eux. Ayons donc recours à l’impôt pour les faire cracher. C’est oublier un peu vite qu’aux Etats-Unis ces dons sont gouvernés par un principe que nous ne pratiquons que très occasionnellement : la Liberté.

En effet, l’Etat fédéral américain ne subventionne pas comme le nôtre les associations et autres fondations ; celles-ci dépendent essentiellement de la générosité d’un public qui est libre de soutenir celle de son choix. D’autre part, une grande partie de ce qui est couvert socialement par les fondations américaines s’appelle chez nous : la Sécurité sociale, la gratuité de l’enseignement et autres RMI et RSA. Les associations bénéficiaires de ces subsides privés se livrent, du fait même de l’origine de leurs fonds, à de vrais efforts de transparence pour prouver à leurs donateurs que leur argent est bien employé. On rêve de voir ça un jour chez nous. Il n’est que de se souvenir du scandale que fit « saint » Pierre Bergé à l’automne dernier, autour du Téléthon. La cohorte de la bien-pensance outragée emboîta le pas de son égérie, pour réclamer l’intervention de l’Etat dans la distribution du « magot ». C’est au fait que l’Etat ne laisse aucune liberté à l’individu même pas celle de dépenser son argent que l’on reconnaît un régime marxiste.

Une société de frustrés et d’assistés

A force d’expliquer au bon peuple qu’il a des « droits sociaux », on crée une société de frustrés et d’assistés. Frustrés car depuis trente ans, il n’y a plus de devoirs, il ne subsiste que des « droits »; assistés parce que leur versement est considérée comme un dû qui dispense le bénéficiaire de toute remise en cause. Nous ne sommes pas très loin de l’annone romaine. Lorsque l’on détermine toute une politique sous le seul angle du « Care» on ne se préoccupe que de réparer, jamais de créer. On oublie volontairement que l’enrichissement individuel est le moteur de l’activité et de la création de richesse. On ne peut pas redistribuer ce qui n’a pas été créé.

Se plonger dans les délices supposés d’un « soin collectif et maternel » pour répondre aux prétendus ravages de l’individualisme forcené induits par le capitalisme, c’est reproduire ce qui a causé l’impasse où nous sommes actuellement pris au piège. C’est poursuivre, sous les habits neufs d’un vocable anglo-saxon abscons, la politique laxiste qui nous conduit inexorablement dans le mur : distribuer un argent que nous n’avons plus. Faut-il que les hiérarques socialistes aient de la peine à définir une alternative crédible à l’axe Sarko-DSK pour nous enfumer avec ces histoires. Nous savons tous que Dominique Strauss-Kahn est perçu par le Maire de Lille comme un concurrent redoutable dans la course à l’échalote présidentielle. Même si rien ne le laisse présumer de prime abord, on a compris aussi que Martine Aubry est une femme. Ils sont donc bien différenciés l’un de l’autre d’un point de vue sexuel, pas la peine de nous en mettre des tartines sur les penchants maternels supposés de la Première Sectaire pour nous en convaincre.

Pourtant si on se réfère au conte pour enfants de la fée Martine, le « Care » produira ses effets bénéfiques quand, par la magie des subventions d’Etat, le pouvoir miraculeux des associations sera enfin authentiquement déchainé. C’est seulement parce que ces mécréants machistes et phallocrates de l’UMP s’obstinent à brimer ces dernières que tout va mal au pays des Bisounours socialistes.

Or si les bébés-Mitterrand ne jurent que par elles, les associations ne sont pas le remède miracle à toutes les tares de nos sociétés. Elles remplissent un rôle social de proximité mais ont, trop souvent, le réflexe de se tourner vers l’argent public avant d’entreprendre quoi que ce soit. Cet argent ne vient pas du ciel, il est prélevé sur la collectivité et redistribué au bénéfice de certains sous l’égide d’instances singulièrement peu démocratiques. Si l’on estime qu’un élu dépense trop d’argent, on en change. Quel recours a-t-on face à un dirigeant associatif qui dilapide l’argent du contribuable ? Les associations sont beaucoup moins encadrées dans leurs dépenses que les pouvoirs publics dont elles procèdent si souvent. Elles usent de leurs fonds comme elles l’entendent, le plus souvent sans appel d’offres et dans une joyeuse opacité.

Oui mais le monde associatif, c’est celui du bénévolat et du « dévouement solidaire » nous pipeaute-t-on le soir à 20 heures. Les grandes associations qui hurlent après l’Etat pour toucher toujours plus, au profit de leurs œuvres, nécessairement prioritaires, versent des salaires considérables à leurs dirigeants. Elles recrutent à grands frais des professionnels du marketing et de la manipulation des masses, pour être à la pointe des techniques de collecte de fonds. Les bobos ne sont pas constitués des seuls profs de fac et autres acteurs de la société du spectacle. Les professionnels du caritatif sont du nombre, avec l’insupportable bonne conscience de ceux qui s’enrichissent tout en  persuadant les autres qu’ils ne sont motivés que par le bien de l’Humanité.

La liberté d’association doit avoir pour contre-partie la liberté de financement. Une structure dépendant de la puissance publique pour ses activités est un sujet et non un acteur libre. Libérons le mouvement associatif des chaînes dont l’accable le Pouvoir en le libérant de toutes ces subventions publiques sclérosantes. Rendons aux Français la maîtrise de leurs choix en leur donnant la possibilité d’aider librement les causes qui les inspirent. La concurrence est le moteur des sociétés modernes. Elle est le principe de la libre entreprise, que celle ci soit commerciale… ou caritative.

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Une Réponse to “Liberté”

  1. THEGAP Says:

    En matière d’étatisme je pense que nous avons depuis longtemps dépassé les soviétiques qui étaient brutaux mais moins acharnés. Notre étatisme est différent car il est enseigné dès le plus jeune âge par des enseignants idéologisés et beaucoup plus militants que ne l’étaient les membres du PCUS. Leur statut merci Maurice Thorez les met à l’abri de toute remise en question mais pas des coups de poings et de couteaux des « jeunes » et pour certains c’est un douloureux réveil.
    Vous avez raison de rappeler R Barre et sa patience. Hélas les ignares en économie ont ensuite tenu le manche pendant 30 ans. Il est difficile de se relever rapidement de 30 ans de gabegie et ce ne sont pas les mesurettes actuelles qui feront la différence.
    Quand on sait que nous allons financer la Grèce où les permis de poids lourds sont encore du domaine de l’allocation d’état! On se rend compte de l’aveuglement européen et de la soviétisation de la Grèce. Ceci dit avec les taxis nous sommes très près de cette situation ubuesque où l’état incompétent s’arroge toutes les compétences…
    Aprsè tout cela la question est bien: y-a-t-il une porte de sortie? J’ai longtemps cru que l’Europe transformerait la France mais Trichet a raison dans son interview au Monde. Quand nous avons vidé Maastricht de son contenu nous avons refusé l’Europe! Et n’oublions jamais que ce fut un processus transversal qui a découpé le corps politique suivant une autre ligne! Cette ligne que Jacques Chirac avait déjà tracée en 1995 à Dublin quand il s’est arrangé avec les pays du club Med pour faire admettre à Kohl qu’il ne fallait pas de sanctions pour ceux qui ne respectaient pas le traité…

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