LES ERREURS STRATEGIQUES DE DOMINIQUE DE VILLEPIN

Provisoirement nanti d’une virginité judiciaire inespérée, Dominique Galouzeau de Villepin a décidé de se venger de son meilleur ennemi en endossant les habits du pur que rien n’arrête, portés en son temps et dans un autre camp par Jean-Pierre Chevènement. Ce rôle de briseur de rêves sur l’autel de l’orthodoxie républicaine, est-il à la mesure du dernier Premier Ministre de Jacques Chirac ? Comme pour mieux s’insérer dans la lignée de son modèle belfortain, il met en œuvre une stratégie  qui peut se résumer en quelques mots : « un politicien ça ouvre sa gueule et surtout, ça plante son camp». Si l’objectif visant à saborder la campagne de Nicolas Sarkozy pour sa réélection est clair, on peine à distinguer les contours de l’alternative par-delà les clivages partisans qu’il ambitionne de construire.

Une date de lancement malheureuse et un nom complètement idiot

Même s’il est évidemment plus facile de le dire après coup,  la date retenue pour le lancement des ambitions villepiniennes relève du pur génie. Le 19 juin, c’est le lendemain du 18 qui était, avant 1940, l’anniversaire de Waterloo. Pour avoir oublié que c’était aussi le mondial de football, les stratèges de Dominique de Villepin ont mis leur champion dans la position très inconfortable du Messie prêchant dans le désert, tant les médias étaient concentrés sur les états d’âme d’une secte d’imbéciles à crampons barricadés dans leur hôtel sud-africain. Le psychodrame de l’équipe nationale était peut-être imprévisible, mais le fait que ce week-end séparait deux matchs qui avaient toutes les chances de s’avérer cruciaux était, lui, une évidence. A force de regarder en arrière vers un passé glorieux, on finit par se prendre les pieds dans le tapis. Le résultat de tant d’imprévoyance, c’est que ce mouvement « novateur » a été lancé dans une ambiance qui tenait plus de la fin des Cent-Jours que des débuts de la France Libre.

Comme si tout cela ne suffisait pas, le jus de crâne des têtes pensantes de la Villepinie a produit le nom le plus invraisemblable qui soit pour un parti politique : « République Solidaire ». Voilà bien une dénomination fourre-tout qui fleure bon son moralisme d’ONG droit-de-l’hommiste à la con ! Là encore on ne peut pas les accuser de faire dans l’originalité tant on s’attend à voir débarquer la Présidente du Poitou-Charentes derrière cette appellation, apparemment non contrôlée. Encore un effort vers la « Royalisation » et ils accoucheront d’un projet de Rassemblement « participatif ».

L’agrégat de tous les poncifs et lieux communs de la politique française ne fait pas un programme

On nous avait promis l’aube d’un jour nouveau. Une rupture (tiens, encore une !) avec le monde d’avant. On allait voir ce qu’on allait voir : avec Dominique, la France était de retour. Au lieu de ça, on nous a servi tous les stéréotypes contenus dans le bréviaire du Petit Duhamel illustré pour étudiant en première année de Science Po : tout ce que vous devez savoir dire pour paraître instruit des affaires publiques, sans jamais risquer de choquer un journaliste. Le Monde cherche un repreneur, mais le monde merveilleux de Oui-Oui s’est trouvé un nouveau héraut.

Le créneau, notoirement « sous-occupé», du politiquement correct, est enlevé gaillardement par ce « Dandy de grand chemin ». L’indéniable talent oratoire du « résistant » qu’il fut à l’impérialisme américain, et qui lui vaut l’admiration sans borne de tout ce que nos banlieues comptent de « philosémites », ne donne malheureusement pas de résonances nouvelles aux formules creuses et convenues sur : l’Incroyable Réservoir de Talents de Nos Cités, les Beautés du Métissage, le Respect des Croyances d’importation et l’Inaliénable Droit, pour les musulmanes, d’être enfermées dans des prisons de toile par leurs barbus de maris. Qu’il est doux d’être prophète en son pays et loué par les siens pour sa « clairvoyance ». En effet, dans ce milieu qui s’est donné pour mission d’expliquer à la France qui souffre qu’elle n’est malade que de ses fantasmes, le déni de réalité a pris le pas sur toute autre forme d’analyse. Dominique de Villepin n’est donc révolutionnaire qu’en ce sens qu’il se propose de faire revivre le meilleur des années Chirac : l’immobilisme. Il confond la nostalgie éprouvée par les Français envers le style et l’empathie réelle de leur ancien Président avec un regret de son inaction politique.

S’il pense que c’est en nous refaisant le coup de la fracture sociale qu’il a de l’avenir, Monsieur de Villepin se trompe lourdement. Nous sommes très heureux pour lui que ses dernières incursions dans le pays réel lui aient ouvert les yeux sur les difficultés de éleveurs de ces « si jolis petits cochons », mais que ne s’en était-il donc préoccupé avant ! Les manants que nous sommes sont toujours heureux de voir qu’un demi-dieu s’intéresse à leur sort, mais l’accumulation de fils de princes qui se piquent d’aimer le Peuple le temps d’une élection commence à peser.

Jamais en reste d’une porte ouverte à enfoncer, le fossoyeur du bicentenaire d’Austerlitz, nous a même servi la fable convenue de l’avenir-radieux-qui-s’ouvre-devant-nous-grâce-à-la-croissance-verte. Le drame de ce lancement là, c’est qu’aucune idée nouvelle n’est venue l’accompagner. On est resté dans le registre de ce qu’il ne faut pas faire, jamais dans ce qu’il convient d’entreprendre.

Un boulevard à droite

Pourtant, les occasions ne manquaient pas, tant le Président en exercice n’est guère plus clairvoyant, en ce domaine, que son dernier adversaire en date. Nous avons dit à de nombreuses reprises, sur ce blog, que la qualité du diagnostic sarkozyste sur l’état réel de la France et des Français, n’avait d’égal que l’acharnement mis à ne pas y apporter les remèdes qu’il avait pourtant promis de mettre en œuvre.

Illustration de l'idiot utile

C’est là que se situe le créneau porteur que Dominique de Villepin aurait dû investir pour incarner une alternative crédible. Au lieu de cela, il conforte la bien-pensance dans sa lâcheté, et caresse les Barbus dans le sens d’un poil qu’ils ont abondant. Quand il prétend que tout va pour le mieux dans des banlieues gangrénées par le racisme anti-blanc, la partition ethnique, le communautarisme religieux et la loi du plus fort, il désespère ceux qui, issus de ces quartiers, comptent sur la République pour s’en sortir. Il ne leur propose rien d’autre que de subir le joug des caïds pour préserver « la paix sociale ». Déranger les petites frappes dans leurs trafics quotidiens, ce serait, à l’entendre, mettre en péril le pacte républicain. Encore un pour qui, l’apéro géant à la Goutte-d’Or était une indéniable provocation de néonazis.

Le courage, la novation, la bonne rupture, le véritable appel au sursaut national auraient été de s’approprier le champ immense des espoirs déçus par les renoncements successifs du Président. Le boulevard était dégagé sur sa droite et non sur cet improbable centre, castrateur de toute idée originale au nom de la préservation des prébendes acquises de longue date par toute une nuée de parasites.

Le Général de Gaulle ne s’y était pas trompé, et la renaissance de notre pays dans les années soixante s’est faite contre les centristes. Les partisans du renoncement avaient ruiné les espoirs nés de la Résistance et fait de la France une petite nation frileuse. La geste gaullienne allait nous propulser dans cette modernité qui se dérobait sans cesse, en nous donnant les moyens de notre indépendance. On est bien loin du compte avec son continuateur autoproclamé. L’appel du 19 juin lancé par Dominique de Villepin n’est pas celui du 18, il ne s’inscrit même pas dans la lignée de celui de Cochin.

Le mirage du Centre

En réalité, il s’agit d’investir le terrain laissé vacant par les déboires électoraux de François Bayrou. Le Béarnais se voyait – et continue de se voir, les visions ça ne s’estompe pas comme ça – comme le Troisième homme au-dessus des partis. Il avait, lui aussi, l’ambition de rassembler le meilleur des deux mondes. Il s’est fourvoyé dans une opposition systématique et dogmatique au Sarkozysme, décrédibilisant ainsi sa posture de départ. Encore avait-il le sens commun de ne pas se vautrer – entièrement – dans la pensée unique. Il n’a jamais flatté les banlieues dans le sens voulu par les papes du « vivre ensemble ». Pour le reste, il frappait fort mais, sauf avec cette grande conscience de Cohn-Bendit,  jamais en-dessous de la ceinture.

Avec Villepin, on passe du coup d’éclat intermittent au coup de pompe permanent. C’est plus violent et plus mesquin et ça fleure bon le règlement de comptes. On ne parle plus d’idées mais de faire trébucher l’ennemi. C’est d’ailleurs l’une des raisons de tout ce bruit médiatique fait, depuis deux mois, autour du rien de son programme. Ce qui porte préjudice au Président est, en général, du pain bénit pour une presse que des comiques ont un jour présentée comme « aux ordres » de l’Elysée. Tout est bon pour que les soutiers de l’immobilisme, toujours à la recherche d’un poste et qui n’ont pour toute conviction que celle de leur ambition démesurée, arrivent, lentement mais sûrement, vers le nouveau phare de leurs espérances. Ainsi l’information capitale de ce week-end de lancement est-elle que l’ineffable Azouz Begag refuse de s’entraîner avec l’équipe Modem et prépare l’opinion à son transfert dans le « team Villepin ».

L’avenir radieux du Front national

Un boulevard ... vous croyez ?

Faire du neuf avec du vieux ne séduira pas un Peuple las qu’on le mène en bateau. Les Français n’en peuvent plus des histoires à dormir debout qu’on leur raconte tous les jours. Ils ont bien compris que leurs élites tournent en rond, qu’elles ne se parlent qu’à elles-mêmes en les laissant délibérément dans l’ignorance des réalités. Ils en ont assez d’être les spectateurs médusés des mensonges et contre-vérités dont se repaît une clique de privilégiés qui n’a pour autre objectif que de le rester. Pratiquement plus personne ne vient leur parler d’ambition collective ni de destin national, personne ne les écoute, personne ne les comprend.

Seul un vieux tribun breton obstiné prospère sur cette jachère. La digue d’ostracisme qui entourait le patriarche se lézarde dangereusement à  mesure qu’enfle la houle du changement incarnée par sa fille. Lorsque la tempête se déchaînera il ne sera pas d’obstacle à même de préserver l’électorat de la submersion. Les prophètes du centrisme mou devraient prendre garde, si les menées de leur nouveau champion amènent la victoire de la gauche et du programme qu’elle nous concocte, ce n’est pas autour d’eux que se reconstruira l’alternance à droite. Les temps changent et ils risquent bien d’être balayés pour longtemps du paysage, au profit de ceux qui savent parler au peuple.

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