LE PEN, MELENCHON, MEME COMBAT !

Depuis la crise financière de l’automne 2008, nous sommes entrés dans un nouveau monde. Un monde où l’argent des autres ne vient plus aussi facilement pallier les ajustements sans cesse repoussés aux calendes … grecques. Cette limite, théorique puisque l’on ne l’atteint jamais, ce sont justement les Grecs qui l’ont dépassée en janvier dernier. La Planète des cigales keynésiennes s’est alors rendue compte avec effroi que tout avait un terme. Fini le temps des promesses qui flattent le populo dans le sens du portefeuille. Terminée l’euphorie des lendemains qui chantent financée à crédit par les petites fourmis asiatiques. Les premières à en souffrir sont les terres traditionnelles, gréco-latines, de l’insouciance socialiste. Elles ont en commun, avec la France ne l’oublions pas, d’être baignées par la Méditerranée. Il faut, d’urgence, revoir de fond en comble notre modèle social sous peine de sentir le monde se dérober sous nos pieds.

La chasse au Gaspi

Il convient donc de faire des économies et, comme aux temps glorieux du choc pétrolier des années 70, l’administration relance chez nous la chasse au Gaspi. Vaste programme aurait dit De Gaulle, tant la responsabilité de cette dernière est grande en la matière. Il n’y a, en effet, pire panier percé qu’une administration qui a fonctionné en roue libre pendant tant d’années. La lâcheté insigne de nos gouvernants depuis trente ans a conduit, au nom de la paix sociale, à tout lâcher aux syndicats. Le montant des sommes engagées est devenu, avec le nombre de fonctionnaires, le seul critère d’efficacité d’une politique publique : dis-moi quel est ton budget et je te dirai si tu es sérieux. Etudier le rendement d’une mesure, l’impact d’une décision ou la pertinence d’une dépense tient du blasphème contre les Saintes Ecritures de la « comptabilité publique » qui, pour la bien-pensance syndicale, se résume en trois mots : un, deux, beaucoup.

Le service public à la française

Il n’est pas étonnant que, dans de telles conditions de glorification permanente de la gabegie, la période de vaches maigres qui s’annonce soit particulièrement redoutée. Nous n’avons jamais vraiment commencé à nous adapter et on nous a fait prendre des mesurettes pour de grandes réformes. Nous nous sommes toujours comportés comme des cigales pour protéger les « avantages-acquis-du-service-public-à-la-française » au prix d’un taux de chômage proprement ahurissant. Quand on aime, pour la gauche, ou quand on risque le blocage, pour la droite, on ne compte pas, et nos politiciens n’ont jamais été avares avec notre argent. Seulement voilà : tout a un terme et, comme on ne peut plus tondre davantage la France exposée, il va bien falloir revenir sur les privilèges de la France protégée. Comment y parvenir sans trop de casse, dans ce pays qui n’a plus les moyens de ses ambitions ?

Depuis des années, nos dirigeants transfèrent leurs pouvoirs à l’Europe dans l’opacité la plus totale. Le peuple étant soigneusement tenu à l’écart de ce bonneteau institutionnel on a refusé, pour ne pas l’alerter, de mettre en œuvre les mesures d’ajustement rendues nécessaires par la convergence que sous-tend l’aventure – le mot est juste – européenne. Tout au plus a-t-on consenti, dans la douleur et en nous pinçant le nez, à plus ou moins modifier, notre organisation économique en démantelant certains de nos monopoles publics. Nous nous sommes bien gardés, jusqu’ici, de toucher au cœur du système et à nos millions de fonctionnaires. Résultat : des déficits abyssaux car nous nous embarquons dans une frégate avec un équipage de porte-avions. Il arrive un moment où nous allons devoir faire un choix : nous adapter ou quitter le navire.

L’Europe : ce choix jamais assumé

Au nom de la construction européenne, nous avons abandonné des pans entiers de nos prérogatives régaliennes à des instances qui, pour être internationales, n’en sont pas moins bureaucratiques. Le fait que ce mouvement, vieux de trente ans, coïncide presque exactement avec le début d’une politique de déficits budgétaires systématiques, n’est pas le fruit du hasard.

A ce transfert de compétences a correspondu naturellement une démission du pouvoir politique au profit des « experts ». Quoi de plus naturel, pour des élus qui n’ont plus les moyens de mener à bien leurs programmes, que de se décharger de leurs responsabilités sur autrui. Le « c’est-pas-ma-faute-j’aurais-bien-voulu-mais-c’est-Bruxelles-qui-veut-pas », est devenu l’antienne de tout gouvernant pris en flagrant délit de tromperie sur ses promesses électorales. Il faut dire que le peuple a aussi, dans cette affaire, une part de responsabilité. Tant qu’il portera à sa tête celui des candidats qui le fera le plus rêver, il ne faudra pas venir se plaindre d’avoir pour chef un menteur patenté. A la décharge de l’électeur moyen, on doit cependant reconnaître que, lorsqu’il s’oppose à cet inexorable abandon de souveraineté — comme en 2005, on s’assoit sur son vote et on continue comme si de rien n’était.

En guise d’expert, c’est l’administration qui fait la pluie et le beau temps, au nom de l’harmonisation communautaire. Les ministres ne sont plus que des administrateurs provisoires, nommés par un homme – une femme ne changera rien à la chose –  qui tire sa légitimité du bobard qu’il vient de vendre à la nation. Les campagnes présidentielles ne portant jamais sur notre engagement européen, il est vain de prétendre redonner un pouvoir au « politique », dans la mesure où ses marges de manœuvre sont à peu près nulles. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, la construction de l’Europe vide le niveau national de toute responsabilité au profit d’un « machin commun » qui doit le détruire entièrement pour assurer son avenir. On l’a bien vu avec les « non », français et néerlandais, au projet de constitution. Lorsque des Etats regimbent, la machine se grippe. Il devient donc vital, pour la félicité européiste, d’éliminer  cet obstacle.

L’Europe : du rêve à la réalité

Le résultat de tout ce cirque c’est l’apparition d’Etats-Potemkine qui n’ont plus que l’apparence du pouvoir, la réalité de celui-ci étant répartie – très inégalement – entre Bruxelles et les régions. Nous qui croyions un peu naïvement, en troquant Paris pour la capitale belge, faire de l’Europe une construction centralisée à la française, nous nous retrouvons avec une tour de Babel composée de Länder allemands. Tout cela serait peut-être parfait si nous y avions librement consenti : or, il n’en est rien.

Nos politiciens qui poursuivaient, pour les plus intelligents d’entre eux, des rêves de puissance en imaginant une Allemagne perpétuellement à notre botte en raison des « Heures-les-plus-sombres-de-son-histoire », se sont lourdement trompés. L’Europe se fait autour du centre de gravité du continent et celui-ci est allemand. La périphérie française peut modifier l’édifice à due proportion de sa place réelle dans le dispositif : à la marge. C’est cette cruelle réalité dont nos concitoyens sont de plus en plus conscients. Cumulée avec le déficit démocratique manifeste du Barnum, cette dernière risque fort d’être indigeste. L’alternance entre l’UMP et le PS est tellement théorique qu’on les qualifie, dans les milieux autorisés à penser et à le faire savoir, de « partis de gouvernement ». C’est dire les changements que l’on est en droit d’attendre de l’affrontement de titans qui se prépare en 2012 avec le duel Dominique Sarkozy et Nicolas Strauss-Kahn et ce ne sont pas Martine Royale ni Ségolène Bayrou qui viendront changer la donne.

Il va pourtant bien falloir un jour ou l’autre demander au Peuple s’il souhaite ou non suivre ses élites dans leurs entreprises européennes. Nul doute que la nouvelle génération, rejetée par le système aux extrêmes du spectre politique, ne s’empare de cette question lors des prochaines présidentielles. Jean-Luc Mélenchon comme Marine Le Pen y ont tout intérêt, tant elle conforte leur position d’alternative, celle-ci n’étant plus à rechercher entre une UMP et un PS d’accord sur l’essentiel et que seuls des détails distinguent.

Conclusion

Le cortège de restrictions qui accompagne la crise actuelle va rendre audibles les options radicales. Les « partis de gouvernement » ne pourront plus enfumer leurs électeurs avec la « réhabilitation de la volonté en politique » : celle ci, pour eux, n’est plus à rechercher sur un plan national mais européen. Autant dire carrément à leurs électeurs qu’ils sollicitent un mandat de négociateur international, et encore : avec une obligation de moyen et non de résultat. Le problème de cette connivence née de ce constat partagé sur l’Europe, c’est que les extrêmes porteront, à elles seules, les espoirs de changements et que ceux-ci risquent d’être grands.

Dans ces conditions, il y a fort à parier que le prochain président sera celui qui saura s’attacher son extrême. Vieux habitués du mariage de la carpe et du lapin, les socialistes partent avec la longueur d’avance que leur vaut l’héritage de François Mitterrand, maître en la matière. Mélenchon ne coûtera pas bien cher : un plat de lentilles ministérielles bien juteux, pourvu que l’illusion d’un pouvoir réel soit entretenue, lui ira parfaitement.

Sarkozy en revanche, pour avoir cru, sans doute un peu vite, avoir terrassé l’hydre frontiste, devra payer un prix plus élevé. Il est fort probable que Marine ne se contente pas d’un sous-secrétariat d’Etat à la machine à découper le jambon, même si c’est pour succéder à Rama Yade.

Les 23 mois qui nous séparent des présidentielles vont donc être hilarants.

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3 Réponses to “LE PEN, MELENCHON, MEME COMBAT !”

  1. Egal Says:

    Votre manière de faire porter à l’Europe tous nos maux est surprenante. Car, pour un libéral anti-étatique comme vous l’êtes peut-être qu’est-ce que les experts ou les administrations si ce n’est ceux qui agissent au nom de la réalité plutôt qu’au nom du peuple et de ses voix ?
    L’Europe est une manière d’obliger les politiques à abandonner leur prédation sur l’économie. Il ne s’agit donc pas d’abandonner des pans entiers de notre souveraineté à d’autres souverains, mais de libérer l’économie des mains de ceux qui ne devraient pas y toucher.
    L’expert ou l’administration européenne en général laissent le marché réguler l’économie en toute liberté.
    Merci à nos libérateurs !

    • marcsuivre Says:

      Si je suis sensible à la liberté, je ne suis pas hostile à toute régulation de celle-ci en vertu du principe simple que ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui. Sans lois pour la canaliser la liberté devient vide de sens. Je comprend parfaitement que l’on puisse penser l’Europe comme le salut libéral qui viendrait nous débarrasser de nos horribles manies socialistes. J’ai quelque doute sur le sujet à voir tout le galimatias droit-de-l’hommiste porté par cette institution que vous voyez comme salvatrice mais enfin toutes les opinions sont légitimes. Je demande simplement que le Peuple soit consulté à ce sujet. A défaut, le risque est grand de le voir se rebeller et nous plonger, du même coup, dans des abîmes qui ne seront pas seulement de perplexité.

      C’est très contraignant le Peuple, j’en suis conscient, mais on fait rarement son bonheur sans son accord ou alors nous ne vivons plus dans ce que nous affectons de croire être une démocratie. De ça aussi on peut discuter, c’est le plaisir de vivre, entre gens de bonne compagnie, dans un univers de, relative, liberté 🙂

  2. Baba Says:

    Excellente analyse ! Bravo !

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