EGALITARISME ET GRAND SOIR FISCAL

 

A l’approche des fêtes de Noël,  couvrant le son des chorales et des cloches,  la rue de Solférino entame pour nous l’air bien connu du pipeau électoral. Renouvelant le genre de promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent, le Parti de l’Intelligence qui ne compte que des candidats déverse sur nous, depuis qu’il a accouché de ses « 200 propositions pour l’égalité réelle », des torrents de bons sentiments,  censés accompagner un diagnostic, forcement définitif, sur l’état de la France. Et ces lutins (et lutines) qui n’ont rien de joyeux de nous expliquer, par l’intermédiaire d’une presse vassale, pourquoi il serait urgent de croire au Père Noël… cette fois-ci.

La cible de la logorrhée socialiste :

A entendre les héritiers de Jaurès,  rien ne va dans notre beau pays.  Le fossé se creuse toujours davantage  entre Riches et Pauvres, il n’a même jamais été aussi béant (c’est vous dire).  Le Possédant n’a d’autre ambition que d’exploiter le Prolétaire pour jouir du fruit de sa Rapine dans des Paradis fiscaux, laissant ainsi le Peuple dans une Misère aussi noire que sa légitime Colère. La mondialisation,  ultra– ou néo– mais toujours libérale, est la source de tous les maux. A l’appauvrissement de la France causée par l’Avidité de ses Nantis, s’ajoute maintenant sa désindustrialisation accélérée sous le coup des « Spéculateurs ». Les coupables,  là encore,  sont ces forces « apatrides du Grand Capital » qui, après avoir Sucé le Sang du Prolétariat français, viennent se nourrir de celui des « Peuples du Sud ». Ces derniers, qui ne sont que de grands enfants (comme on le sait depuis Rousseau), ne savent pas résister aux sirènes de la Société de Consommation, véritable miroir aux alouettes qui détournent les Travailleurs de leur Saint objectif, qui est d’établir le paradis socialiste sur cette terre.

Ah, j’oubliais que désormais, ce faisant, ils compromettent « l’avenir de la Planète »,  puisse le lecteur me pardonner… mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Comme pour le « réchauffement climatique », que tout le monde peut constater ces derniers jours, il s’agit d’en rajouter des tonnes pour que l’électeur évite de réfléchir. Car enfin, à qui donc est destiné ce message imbécile ?

Pas au prolétaire en tout cas,  puisqu’il ne vote plus socialiste depuis déjà bien longtemps.  Il est revenu des lendemains qui chantent pour tous sauf pour lui, et lorsqu’il se rend encore aux urnes,  c’est pour le Front National.

Non : la cible, c’est la France privilégiée, celle des fonctionnaires et autres rentiers du secteur protégé, celle des lecteurs du Nouvel Obs et de Télérama. Ceux qui ne sont touchés par la Misère humaine que lorsque les chaisières du vingt heures leur montrent les ravages du froid sur leurs écrans plats, le désespoir des « zorphelins haïtiens » ou encore la lente agonie de la « Biodiversité » en Amazonie sous les chenilles des bulldozers conduits par des Brésiliens déchaînés. En somme, leur objectif c’est le troupeau de moutons apeurés qui constitue la classe moyenne. Moyenne, Dieu sait qu’elle l’est,  si l’on se réfère pour la comprendre, à tout ce que la sociologie compte de brillants chercheurs. Ce ventre mou de la société française, sur lequel les socialistes comptent pour revenir aux affaires,  se définit par sa grande perméabilité au sentiment de culpabilité.  Ils possèdent juste ce qu’il faut de biens pour être à l’aise mais vivent dans la hantise de tout perdre.  Compatir, ce n’est pas agir ! Pour ces « braves gens », il faut surtout avoir des pensées suffisamment correctes pour conjurer le mauvais sort. Pour eux, le socialisme c’est un talisman, un gri-gri contre le revers de fortune. Ils savent bien que les recettes qu’on leur propose sont ineptes mais ils y croient avec la foi du charbonnier. C’est bien pour ça que les socialistes attaquent les Français moyens sur le terrain de la compassion et, comme ils sont un peu cons, pour être sûr d’être entendu, il convient d’en rajouter dans le pathos.

Une seule solution : la Révolution !

Le parti de la Bêtise est le premier parti de France, les socialistes l’ont bien compris : quand on n’a pas d’idées,  il faut par dessus tout empêcher que les autres en aient. L’absence de pensée est préférable aux pensées impures, c’est vieux comme la vie monacale. Concentrons-nous donc sur les effets de la crise, cela nous évitera de réfléchir à ses causes. On relayera donc les 200 propositions pour l’égalité soviétique (pardon : réelle) à coups de reportages « objectifs » (forcément) sur la Misère et l’Abandon,  que l’on mettra en rapport avec le « bling-bling » indécent des possédants. Ce n’est pas bien nouveau, c’est juste une mise en scène télévisée du penchant de Marie-Antoinette pour les viennoiseries en général et les brioches en particulier.

Rejouer 1789 dans la France de 2010, c’est quand même, compliqué. Bien sûr, en 2010 aussi,, la reine est étrangère et,  même si notre monarque hyperactif, bien qu’impuissant (métaphoriquement s’entend), se préoccupe de bien d’autres choses que de serrureries,  force est de constater  que la cour s’amuse toujours plus qu’elle ne tente de réformer une société qui lui convient, somme toute, assez bien. Le problème aussi, c’est que la dualité entre riche et pauvre a disparu. Il n’y a plus d’un côté une masse de journaliers toujours au bord de la famine et de l’autre un petit nombre de nantis gavés de rôts et de poulardes.  Le monde moderne a accouché de la fameuse « classe moyenne », tampon entre possédés et possédants  et objet de toutes les convoitises politico-démagogiques.

Ce nouveau « Marais » doit, pour réagir, s’estimer menacé.  Il convient donc, nous l’avons vu,  de le menacer d’un déclassement prochain,  pour l’attirer sur la pente savonneuse du « demain on rase gratis ».  On lui a bien fait le coup en 1981,  mais qui s’en souvient ?  C’est si loin.  Il faut bien reconnaître que,  pour ce qui est de faire prendre des vessies pour des lanternes,  les socialistes ont une longueur d’avance.  Et comme ils sont l’incarnation du Bien, ils ne reculent devant rien pour faire avancer leur cause.  Pourquoi s’encombrer d’une vérité qui nuirait au fantasme ? Le Peuple est conscient qu’il va falloir faire des efforts, mais il souhaite tellement que les autres les fassent à sa place !  Dans ces conditions, c’est en toute impunité qu’on pourra lui désigner le bouc émissaire habituel : le Riche.

Cependant, une fois posé cet acte fondateur, les « amis » de Martine ne sont pas au bout de leurs peines. A partir de quand doit-on considérer un individu comme un « privilégié » qui n’a plus aucun Droit, mais mérite au contraire d’être essoré ?

Est-ce lorsque, protégé par un statut, on se trouve assuré de ses revenus jusqu’à la fin de ses jours ? Bien sûr que non voyons ! Un fonctionnaire ne saurait être un riche, même s’il gagne désormais plus que les autres à qualification égale, c’est en réalité tout le contraire. Nous avons affaire à un ascète qui, selon la Vulgate syndicale, sacrifie sa vie sur l’autel de l’Intérêt Général, renonçant en cela aux biens matériels, que ses exceptionnelles qualités lui auraient certainement réservés « dans le privé ».

Donc le riche, c’est l’autre : c’est ce voisin honni qui se pavane au volant de sa belle automobile, qui envoie ses enfants dans la belle école privée et qui part en vacances à l’étranger ;  c’est cet être insensible qui roule en 4X4 au mépris de la qualité de l’air que nous respirons, ce parasite qui écrase son prochain par  pure avidité. Apre au gain, celui que l’on appellerait facilement « le juif » si Pierre Laval et Marcel Déat ne l’avaient déjà fait en leur temps, doit rendre à la société le bien qu’il lui a indûment volé. Il est urgent de lui apprendre à vivre, à ce cuistre, en le dressant et en le redressant… fiscalement.

La fiscalité, arme de destruction massive… de richesses

Lorsqu’ils arrivèrent au pouvoir en 1981, les socialistes s’attelèrent avec acharnement à la soviétisation des esprits. Alors que, partout ailleurs dans le monde développé,  les peuples se libéraient du joug interventionniste,  nos élites rouges achevèrent l’œuvre qu’elles avaient entamée au sortir de la Seconde guerre mondiale et qu’un Général un peu trop résistant avait interrompu.

La propriété devenait un péché,  produire une Exploitation (quelques années plus tard ce serait de la Pollution),  et l’Etat fut magnifié comme la seule institution à même de s’occuper efficacement de toutes et de tous, de manière parfaitement désintéressée,  comme si le profit était nuisible au bien commun.

Le dogme nécessitant une levée de fonds massive,  le Culte fut donc servi par un clergé dévoué : le fisc. En dépit des apparences,  nous vivons toujours sous ce Credo malgré Chirac (on le savait) et Sarkozy (on en reviens) : celui de la fiscalité confiscatoire.

Voilà bien le cœur de l’affaire : la jalousie.  La passion française pour l’égalité s’est transmutée en un « égalitarisme » qui fait que l’on jalouse la réussite du prochain au lieu de tenter de l’imiter. Il n’y a donc plus émulation mais confiscation.  C’est si vrai que dès qu’un entrepreneur fait fortune (c’est rare et méritoire d’accord, mais ça arrive quand même) il n’a de cesse que de trouver un point de chute hors de France. Même ceux qui gagnent des sommes indécentes à la sueur de leurs crampons préfèrent s’exiler, plutôt que de rester dans notre paradis soviétique. Et l’amitié que notre Johnny national voue à notre « réformateur » de Président ne l’a pas pour autant convaincu d’abandonner la Suisse pour revenir dans notre hexagone.

En réalité, la multiplication des champs d’intervention publique : du logement à la santé, en passant par l’éducation, la culture et le transport, a conduit à emprisonner le pays dans un écheveau administratif inextricable, qui exige toujours davantage d’argent  pour ne pas s’effondrer sous son propre poids. Le Moloch dévore à l’avance toute possibilité d’investissement public, obérant ainsi les chances d’un futur développement. Les forces vives fuient, en masse, le pays et ses ponctions fiscales insensées, ne laissant derrière elles que des classes moyennes exsangues et une tripotée d’assistés. C’est en cela que se recrée la dualité de 1789 entre paysans et aristocrates, à ceci près que les « ci-devant » sont déjà partis (pas fous !) et qu’il ne reste plus que des métayers pour faire face à des journaliers… d’importation récente.

Les socialistes prétendent « faire payer les riches » s’ils arrivent au pouvoir en 2012, afin que les efforts soient « équitablement » répartis. Magnifique objectif qui veut dire tout et son contraire. Pourtant,  les vrais riches ne se trouvant plus en France depuis belle lurette,  sur qui pensez vous que  va reposer le fardeau  de leurs « généreuses » mesures d’« égalité réelle » ?

La droite osera-t-elle le Grand Soir fiscal ?

Face à cette démagogie,  la réponse est dans le sérieux. Seulement, du point de vue électoral, cette option n’est pas très payante en France :  regardez donc où en est Madelin.

Pourtant Nicolas Sarkozy a compris que son avenir viendra de sa capacité à réformer la fiscalité, et non d’une inflexion « sociale » comme le cancane la classe parlante. Le Président a bien des défauts, mais certainement pas celui de ne pas sentir le pays. Cela sera-t-il suffisant ou n’allons-nous assister qu’à une gesticulation de plus ?  Là est toute la question.

Pour réformer durablement la façon dont se « répartissent » les richesses dans notre pays, il ne faut pas avoir peur de fracasser un nombre certain d’idées reçues,  au premier rang desquelles figure celle que devenir riche ne serait pas une chance mais une tare.  Il conviendra ensuite de mettre à bas le monstre suceur d’argent public susmentionné  et donc de privatiser « l’imprivatisable ».

Le cœur du système devra y passer : les transports, la santé et l’éducation. A défaut de réduire drastiquement les dépenses, on ne voit pas très bien comment on pourra revaloriser ce travail que l’on ne cesse de taxer.

La vraie révolution, ce n’est pas de réduire les déficits, c’est de réformer le flux des prélèvements pour que les travailleurs puissent enfin vivre décemment du fruit de leur labeur. Il convient de ne plus rationaliser des salaires de misère au moyen de faux droits, assis sur un argent qu’on ne possède pas et que l’on emprunte parce qu’on n’ose plus le voler.

On ne viendra pas à bout du « dumping social » en empruntant aux tricheurs de quoi nous permettre de tricher en subventionnant des secteurs qui doivent disparaître.  Il faut en finir avec cette manie de fausser les règles du marché,  pour se plaindre ensuite que celui-ci ne remplit pas son rôle.

On le voit : que de « services publics » à réformer, que de budgets à rationaliser, que de frais de fonctionnement à diminuer, que de coupes claires à pratiquer, pour que la fiscalité puisse devenir rationnelle dans notre pays. Il va en falloir des efforts, pour que les exilés rentrent au bercail !  Il va en falloir,  de la persuasion,  pour leur faire croire que l’on ne reviendra pas du jour au lendemain sur des promesses qui,  à Droite aussi,  n’engagent que ceux qui les écoutent.

On nous annonce une réforme d’envergure avant l’été.

Envergure : tout est dans ce mot. A dix-huit mois de la présidentielle, croyons-nous sérieusement  que ceux qui,  trois ans et demi durant,  n’ont rien fait en la matière, vont subitement nous surprendre  par leur audace réformatrice ? Nous aimerions bien en être persuadé,  tant nous sentons que tous les freins à la croissance se situent au niveau de la politique fiscale. En la matière, Nicolas Sarkozy veut nous convaincre qu’il se pare,  tel Hercule,  de la peau du Lion de Némée. Acceptons-en l’augure ! Espérons qu’ensuite il s’attaque aux écuries d’Augias et qu’il ne finisse pas fracassé contre un moulin à vent comme un vulgaire Don Quichotte.

 

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Une Réponse to “EGALITARISME ET GRAND SOIR FISCAL”

  1. H. Says:

    Merci pour votre article qui présente la situation d’une façon on ne peut plus claire.
    Pour la conclusion, vous êtes en retard, Badinguet est déjà dans la voilure du moulin et il tourne, il tourne. Rien à attendre de ce côté.
    Le clivage droite-gauche est totalement obsolète. Ce ne sont plus que les deux faces d’une feuille de papier qui a pour nom « socialisme » destinées à amuser la galerie. Seuls les animent le soucis d’être la face plus regardée et tant pis s’il n’y a aucun texte à lire dessus. Le clivage s’observe désormais entre le conservatisme actuel (la classe politique quasi-complète et vous en faîtes bien état) et un libéralisme politique et économique qui peine malheureusement à se faire entendre.
    Comme le disait si bien Frédéric Bastiat, que vous devez connaître, auteur méconnu des Sophismes économiques et surtout des Pamphlets ((tous deux disponibles aux Belles Lettres) : « Vous avez beau combattre le communisme (ce que fait soit-disant la droite actuelle), tant qu’on vous verra le ménager, le choyer, le caresser dans cette partie de la législation qu’il a envahie, vos efforts seront vains. C’est un serpent qui, avec votre approbation, par vos soins, a glissé la tête dans nos lois et dans nos mœurs, et maintenant vous vous indignez de ce que la queue s’y montre à son tour. » Comme cela a été écrit en 1850, on peut affirmer sans se tromper que le serpent a bien envahi tout notre quotidien. Il ne nous reste qu’à le tuer.

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