QUAND LE DIPLO … MATE

Le petit cercle, forcement restreint, des professionnels des relations internationales est en émoi. Depuis quelques jours, Le Monde mais aussi le Guardian, Der Spiegel et autres El Pais, publient à tour de rotatives des extraits provenant d’un lot d’un peu plus de 250 000 « télégrammes » envoyés par les différents  postes diplomatiques américains de 1966 à février 2010. Wikileaks,  le site internet par lequel le scandale arrive, est considéré par son gouvernement comme une organisation criminelle tout en étant porté aux nues par tout ce que Le Monde (et d’autre) peut compter de bobos entrés en résistance contre le fascisme depuis la terrasse du Flore.

« Ouvrez moi une porte que je l’enfonce »

Qu’apprend-on vraiment au travers de ces pages de littérature diplomatique américaine, quels fascinants secrets sont ainsi exposés à la contemplation avide de l’opinion publique mondiale ? A y regarder de près, rien de bien extravagant ne sort de tout ce fatras. Aucune révélation fracassante, en dehors du fait qu’une ambassade sert à renseigner son gouvernement sur le pays où elle se trouve établie : quel scoop !

Bien sûr les journalistes « indépendants » qui relaient l’opération dans leurs feuilles nationales, tentent d’appuyer là où ils supposent que cela peut faire mal. Ainsi apprenons nous, en France pays proaméricain s’il en est, que les diplomates US considèrent Sarkozy comme le Président français le plus favorable à l’Amérique depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Voilà qui va choquer ceux qui croyaient que le retour dans la structure intégrée de l’OTAN était une marque d’indépendance. En dehors du fait que pour les américains la quatrième République MRP-Atlantiste n’a jamais existé, cette nouvelle n’a rien de bouleversant. Sans ces morceaux de bravoure de la littérature diplomatique de l’Oncle Sam, nous ne nous serions sans doute jamais doutés du côté « caractériel et impulsif » de notre Président. Sans Wikileaks nous aurions ignoré que l’ex Maire de Neuilly était « susceptible et autoritaire ». L’ambassade américaine est décidemment un nid d’espion de haut vol puisqu’ils ont même réussi à découvrir que Bernard Kouchner était le premier ministre … juif, des Affaires Etrangères de la République.

C’est d’ailleurs bien là que se situe le problème. Ces révélations n’en sont pas ! Le fait que l’Arabie Saoudite presse les Etats-Unis d’en finir avec l’Iran n’étonnera que les imbéciles qui conçoivent le monde islamique comme un monolithe. Les Sunnites et les Chiites ont beau être musulmans, ils s’aiment à peu près autant que le Duc de Guise et l’Amiral de Coligny, au point que l’on ne compte plus les « Saint Barthélémy » entre les deux communautés. Le fait que les Arabes souhaitent en finir avec les Persans (et vice versa) est une révélation de pareille portée que le philosémitisme viscéral du Hamas. Dans la même veine le lecteur passionné « découvrira » que Silvio Berlusconi aime les jeunes et jolies filles, que Medvedev n’est que la marionnette de Poutine, que l’Inde rêve de vitrifier le Pakistan qui lui même part du principe que pour accompagner l’Hindou sur le chemin de Vishnou il convient de l’atomiser proprement et enfin qu’Angela Merkel est une peine à … la décision. Bref, rien de nouveau ni de bien croustillant sous le soleil.

Ce qui est plus intéressant en revanche c’est de constater que malgré tout ce que l’on veut bien dire des « Yankees » et de leur inculture crasse, les diplomates américains sont beaucoup moins cons que ce que la plus part des journalistes veulent bien essayer de nous faire croire. On l’a vu, Nicolas Sarkozy n’est décrit dans leurs dépêches, que comme un être agité (dans tous les sens, positifs comme négatifs, du terme) et non comme le dernier avatar de la « peste brune ». Cela dénote chez eux de surprenantes et rafraichissantes capacités à faire le tri dans ce que l’on nous raconte dans notre presse, dite (abusivement) « d’opinion » à longueurs de colonnes. Les Américains ne considèrent pas la France comme au bord de la dictature ? On ne va, sans doute, pas tarder à nous expliquer que l’ambassade Américaine à Paris n’est abonnée qu’au seul Figaro.

La diplomatie américaine dans de beaux draps

Nous venons de le voir, il n’y a rien de bien méchant dans ces « révélations ». Si aucun vrai secret n’est dévoilé, cette publication n’en pose pas moins de gros problèmes à la diplomatie américaine. En effet comment croyez vous que vont être reçus, à l’avenir, les ambassadeurs américains ? Comme  tout un chacun peut lire leur prose, sans langue de bois, lorsqu’il s’agit, pour eux, de rendre compte de leurs impressions sur les « grands de ce monde » il est fort vraisemblable qu’ils ne soient plus accueillis à bras ouvert. Pire encore, comme tout ce qu’on leur raconte est susceptible de devenir public, il est fort probable qu’on ne leur dise plus rien. C’est à ce titre que l’opération Wikileaks met en danger des vies, car sans informations, la lutte contre le terrorisme (entre autre) est inopérante.

Voilà bien où que le bât blesse. Lorsque Napoléon fut mis au courant du double, voire du triple et quadruple jeu de son Ministre des Affaires Etrangères, il s’écria à l’adresse de Charles Maurice : « Talleyrand, vous êtes de la merde dans un bas de soie ». Après avoir lu ce qu’ils pensent d’eux, il y a fort à parier que nombre de Chefs d’Etats, auront cette saillie à la bouche lors de leur prochaine rencontre avec les représentants de Barack Obama.

On pourra noter que ce mouvement de dénonciation « éthique » ne concerne que les Etats-Unis. Lorsque les notes des ambassadeurs chinois seront publiées, on pourra applaudir la démarche et considérer que l’entreprise de déstabilisation n’est pas à sens unique. En attendant, on peut aussi légitimement s’interroger sur les méthodes employées pour mettre la main sur ces documents. S’ils ont été transmis par des membres du département d’Etat : l’heure est grave et il se passe de bien curieuses choses au plus haut sommet de l’Etat américain. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Obama ne casse pas la baraque (oui, c’est facile mais c’est tentant) pour ce qui est de la loyauté de ses fonctionnaires et ce n’est pas rassurant pour l’avenir.

De là, la réaction mesurée des alliés de l’Amérique qui serrent les rangs en même temps que les dents. C’est dans ce contexte qu’il faut resituer la dernière saillie de notre sémillant et fraichement remarié ministre de l’industrie … et de bien d’autres choses dont le numérique. Eric Besson est, en effet, intervenu récemment « es qualités » pour dénoncer l’hébergement de Wikileaks par un site français, après son éviction des Etats-Unis (qu’ils sont mauvais joueurs ces ricains !). Cette grande conscience de nous expliquer que Saint Barack ayant déclaré le site « criminel », la France ne pouvait décemment pas l’accueillir sur son sol. Je ne nous savais pas aussi déférent avec une décision d’autorité puisqu’à ce jour, aucune cour américaine ne s’est encore penchée sur le cas. Si maintenant nous ne devons plus donner asile au premier « criminel » américain venu… je serais Roman Polanski, je me chercherai rapidement un nouveau point de chute.

La dictature de la transparence

En réalité, sous couvert de « transparence », sous la volonté de nous montrer ce qui se passe « derrière les portes fermées », se cache, pour les fondateurs de Wikileaks, l’intention de participer activement au grand mouvement dictatorial de la pensée unique. Au nom de la lutte contre « le double langage » il convient, pour eux, d’étaler au grand jour les contradictions de la première puissance mondiale. Et alors où est le scandale ? Tout le monde fait risette aux emmerdeurs et pas seulement dans les « raoût » diplomatiques. Personne ne va expliquer clairement à son patron tout le mal qu’il pense de lui (sauf s’il a préalablement gagné à l’Euro million). Ce grand déballage n’a donc aucune autre finalité que de contraindre les diplomates à surveiller leur langage. Il convient d’être politiquement correct jusqu’au bout de son télégramme, puisque celui-ci a vocation à se retrouver sur Internet.

Nous connaissons bien ce phénomène de dénonciation en France et pas seulement lors des « zheures-les-plus-sombres-de-notre-histoire ». La traque à la pensée impure est devenue une institution. Depuis la « loi » Gayssot, on ne compte plus les restrictions à la liberté de penser dans notre beau pays. Il  faut d’ailleurs vivre en France pour voir une loi traitant de la liberté d’expression porter le nom d’un communiste. Comme les censeurs savent bien qu’une loi ne suffit pas, ils les multiplient avec les comités Théodule destinés à surveiller « de manière impartiale » le Peuple. Ils ont même poussé l’obligeance jusqu’à rouvrir les Kommandanturs pour que tout un chacun puisse aller, en toute quiétude, dénoncer son prochain pour « atteintes à la sûreté du politiquement correct dominant ». Pour parachever le tableau, on subventionne à grand « cout » d’argent public, une multitude d’associations afin qu’elles puissent, à loisir, trainer le mal pensant en justice. La France de 2010 n’est pas si éloignée de la Russie de la Grande Catherine. La liberté qu’elle affiche si volontiers à la face du monde et sur le fronton de ses Mairies, n’est qu’un village Potemkine tant, ces dernières années, se sont multipliées les occasions de la restreindre.

Wikileaks, SOS racisme, la LICRA, le MRAP même combat ! Les extrêmes gauchistes ont intérêt à ce que la pensée se fige. S’il était interdit d’interdire en 1968, aujourd’hui il est interdit de réfléchir. Donner son opinion : c’est prendre parti et quand ce n’est pas le bon parti, il convient de clouer le contrevenant au pilori médiatique. Le baratin « droit-de-l’hommiste », très en vogue chez les bien pensants promoteurs infatigables du prêt à penser correct, n’a rien de démocratique. Ses thuriféraires ne veulent pas débattre avec des adversaires, ils veulent détruire le non conforme. De nombreux auteurs, plus talentueux que votre serviteur, ont dénoncé depuis longtemps, ce nouveau clergé au service de cette nouvelle liturgie multiculturelle. Comme toute les religions à tendance universelle, celle ci à ses zélotes et ses Grands Inquisiteurs. Wikileaks n’est que l’avatar numérique de Torquemada.

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4 Réponses to “QUAND LE DIPLO … MATE”

  1. Dominique Many Says:

    Désolé de te contredire, mon cher Marc, mais Wikileaks recèle quelques pépites qui vont bien au-delà de ce que nous savions déjà.

    « grâce », ou « à cause » de ces révélations, j’ai ainsi appris que les juges d’instruction antiterroristes, Ricard et Bruguière, avaient leurs entrées à l’Ambassade US à Paris, qu’il tenaient régulièrement informée de l’évolution de leurs dossiers. cela s’appelle, de la violation du secret de l’instruction, et c’est pénalement répréhensible, même -et surtout- pour un magistrat.

    Bien plus, je détiens désormais copie de précieux télégrammes diplomatiques, relatant les vues de ces juges censés être indépendants et instruire à charge comme à décharge, sur leurs dossiers. Impressionnant. Sans Wikileaks, jamais je n’aurais imaginé qu’un magistrat puisse indiquer à qui que ce soit « on n’a rien contre Monsieur X, mais on va le maintenir en détention provisoire, un mois de plus »; « on essaie de faire dégrouper les dossiers, pour les faire juger séparément, afin d’éviter que le procureur se retrouve seul confronté à une armada d’avocats », « ne me demandez pas d’explications sur les raisons pour lesquelles mon collègue a libéré cet individu, je n’en ai pas. peut être est ce parce qu’il est défendu par un ancien Bâtonnier de Paris, réputé et compétent, il a dû se laisser impressionner », « Y et Z sont les plus dangereux mais ils ne parlent pas, on n’a rien. alors on va les libérer mais on continue à les surveiller », « j’ai bien pris soin d’exclure toute allusion à Guantanamo dans la procédure »… cela s’appelle du parti-pris, de l’absence d’indépendance du juge clairement assumée, du moins auprès de représentants d’une autorité étrangère. c’est passible de sanctions disciplinaires et peut valoir une invalidation de toute la procédure. sans compter les dommages collatéraux sur l’image de la Justice et de la démocratie !
    Tu l’as en exclu, cette « bombe »-là, est prévue pour éclater a à la mi-janvier, lors du procès en appel -sur renvoi après cassation- des français anciennement détenus à Guantanamo.
    Alors tu vois, Wikileaks, moi (et quelques Confrères), nous lui disons merci !!

    • marcsuivre Says:

      Ne prend pas les lecteurs de ce blogs pour des enfants de coeur mon bon Dominique. Personne n’ignorait que tes juges avaient de fréquents contacts avec les autorités américaines. Il était évidemment pour tout le monde que lors de leurs entretiens ils ne conferraient pas sur les mérites comparés des systémes pénitentiaires de nos deux pays. Explique clairement à tout le monde que tu te réjouis de penser trouver dans ces dépêches (ou supposées telles) une arme de procédure dans les affaires que vous traitez, là on te comprendra. Il restera à savoir comment la justice admettra ces « preuves » obtenues de manière bien singulières. Je ne doute pas que dans le lot il y ai quelques perles. Je me contente de dire que celles que l’on nous a servi jusqu’ici sont bien banales.
      Si ces révélations peuvent vous aider à rendre à des terroristes la liberté d’action qui leur faisait défaut jusqu’ici, pour commettre de beaux attentats bien sanglants au nom de leurs principes « humanistes », vous aurez rempli votre mission qui je l’espère vous permet de bien vivre. Il faut des avocats pour toutes les crapules, c’est un principe. Rien n’oblige, pour autant, les défenseurs à épouser les causes de leurs clients. Bien sûr que l’on est de parti pris avec ceux qui ont juré ta disparition, c’est naturel (surtout quant ils ne te payent pas). Je préférerai toujours un juge qui partage ses informations avec les forces de sécurité d’un allié, à un barbu qui n’a d’autre ambition que de se faire sauter en public en emportant un maximum d’innocentes victimes avec lui. Note bien que je n’ai pas plus de considération pour celui qui ne s’envoit pas en l’air avec sa charge. L’image de la justice mon ami, en dehors du sénacle des praticien du droit, n’a rien de bien glorieuse surtout lorsque des voyous s’en tirent. Quant à la démocratie, si elle bottait un peu plus ouvertement le cul de ses ennemis elle ne s’en porterait que mieux. Nous n’avons pas gagné la guerre froide avec des beaux principes, ni aucune autre guerre d’ailleurs.

  2. Dominique MANY Says:

    Mon Cher Marc,

    Loin de moi de prendre les lecteurs de ton blog pour des enfants de chœur. En ces temps de révélations sur les pratiques pédophiles dans l’Eglise, ce serait au demeurant leur faire courir un grave danger. Mais souffre au moins que je les prenne pour des êtres dotés de raison et capables de reconnaître une atteinte aux Libertés Fondamentales, et de s’en offusquer.

    « personne n’ignorait »…écris-tu. Personne, sauf moi. J’avais encore la naïveté de croire que tout un chacun était jugé selon les mêmes règles et les mêmes Lois, et bénéficiait des mêmes garanties, dans ce beau pays. Wikileaks m’apprend que non. S’il est concevable que les juges français travaillent en étroite collaboration avec leurs homologues américains, puisque le terrorisme lui-même ne connaît pas de frontière, il y a en revanche un gouffre entre coopération dans ce cadre de la lutte anti-terroriste, l’échange d’informations, et le fait pour un juge d’instruction, censé instruire à charge ET à décharge, de renseigner, non pas ses homologues magistrats US, mais l’Ambassade des Etats-Unis en France. Il y a un gouffre, entre informer sur l’arrestation d’individus ou la date de leur procès, et indiquer « on n’a rien contre eux mais on va faire en sorte de les juger quand même », « rassurez-vous, on va faire porter le débat sur tout autre chose que Guantanamo », « on va dégrouper les dossiers pour les juger séparément, afin que le procureur ne soit pas en situation d’infériorité par rapport aux avocats ». Que le Garde ses Sceaux s’entretienne avec le Ministre de la Justice américain, je veux bien. Qu’un procureur, dont la Cour Européenne des Droits de l’Homme vient de souligner qu’il n’est pas une autorité judiciaire indépendante (arrêts Cressein et Moulin contre France), aille rencarder les amerloques sur le dossier, et tienne des propos hostiles à l’égard des prévenus, passe encore. On peut considérer qu’il est en service commandé. Mais qu’un juge d’instruction, dont on nous dit qu’il est indépendant, neutre, garant des libertés, instruisant à charge comme à décharge sans parti pris ni état d’âme, vienne se prononcer aussi ouvertement en faveur de l’accusation, et ne pas cacher qu’il fait tout pour la favoriser et saper la défense, pour moi, c’est du jamais vu ni même imaginé.

    Est-ce que cela me réjouit ? oui et non. En tant qu’Avocat soucieux du travail bien fait, il est évident que ces révélations inespérées vont me servir et seront exploitées comme il se doit, pour la défense de Ridouane Khalid. Je ne m’en cache pas, et j’ai même été assez clair là-dessus dans mon précédent message. Je n’ai aucun état d’âme à utiliser ce que la Providence m’envoie. C’est mon métier. On en pense ce qu’on en veut, je laisse les piliers de comptoir gloser sur l’avocat-qui-évidemment-épouse-la-thèse-de-ses-clients, ce salaud qui est lui-même un terroriste puisqu’il en défend, ou un violeur en puissance quand il défend Marc Dutroux. Si Khalid est relaxé, en tant qu’avocat cela ne m’empêchera pas de dormir. Je n’en dirai en revanche pas autant de ceux qui auront été obligés de le juger non-coupable pour cause de déloyauté dans l’enquête, de ceux qui ont commis ces déloyautés et ainsi décrédibilisé l’instruction, et des « bonnes âmes » totalement inconscientes, qui nous ont si complaisamment aidés en nous servant ces preuves sur un plateau. Eux, se préparent des cauchemars et des «nervous breakdownes », comme faisait dire Audiard à Jean Lefebvre dans les « Tontons Flingueurs ». Eux n’auront plus qu’à prier pour que mon client se révèle digne de la relaxe qu’il aura obtenue. J’ouvre une parenthèse : tu écris que les terroristes nous permettent de « bien vivre ». paradoxal pour un terroriste, censé surtout permettre de « bien mourir ». je te signale que je n’ai touché aucun honoraire dans ce dossier et que j’ai même renoncé à percevoir de l’Etat, l’Aide Juridictionnelle dont bénéficie mon client.

    En tant que citoyen, je ne suis guère réjoui. Mon pays me fait mal. Oui, j’ai mal à la France. J’ai mal à la France quand je vois l’hypocrisie qui consiste à se livrer à une parodie de Justice indépendante et respectueuse des Droits de l’Homme. A quoi bon juger mon client dans ces conditions ? Jouons « cartes sur tables », désignons des ennemis de la Nation et supprimons-les sans autre forme de procès.
    J’ai mal à la France quand je vois que nos concitoyens, parce que cela concerne des « barbus », trouvent « normales » ces atteintes à la Démocratie et aux Libertés fondamentales. Ou en tout cas, les justifient et ne s’en portent pas plus mal. Ce que tu écris est révélateur de cette pensée : comme toi, beaucoup préfèreront toujours « un juge qui partage ses informations avec les forces de sécurité d’un allié, à un barbu qui n’a d’autre ambition que de se faire sauter en public en emportant un maximum d’innocentes victimes avec lui. » Sauf que, mon ami, tu as oublié un léger détail en route. Ce léger détail, s’appelle la présomption d’innocence. Tu désignes mon client comme déjà coupable, terroriste potentiel, car barbu. Comme jadis, d’aucuns n’ont pas réagi quand les Juifs étaient exclus de certaines professions, radiés du Barreau ou de l’Ordre des Médecins, spoliés de leurs biens…on connaît la suite. Le barbu d’aujourd’hui, c’est le Juif d’hier. Celui que l’on désigne comme l’anti-France, fut-il né sur notre sol, et titulaire de la nationalité française.
    Alors, comme toi, mon ami, je ne veux pas que « les voyous s’en tirent ». Comme toi, je préfèrerai toujours les Gendarmes à Guignol. Comme toi, je n’ai pas envie que ma femme, mon fils ou même de parfaits inconnus, sautent sur une charge en allant faire les courses de Noël. Mais je pense que la démocratie y gagnerait en crédibilité, en se montrant moins hypocrite et plus transparente avec ceux qu’elle désigne comme ses ennemis. Qu’on nous dise clairement, que nous sommes en guerre. Qu’on dresse des Tribunaux d’exception, ou pas de Tribunal du tout. Mais qu’on n’invoque pas notre si beau Code de procédure pénale, ou notre Constitution protectrice des Droits, pour faire croire que les ennemis de la Liberté auront droit à un beau procès démocratique et impartial. Parce qu’alors, on offre à ces gens-là, le costume de martyr parfois bien trop grand, qu’ils rêvaient d’enfiler.
    Te souviens-tu des Aventures de Rabbi Jacob ? la scène de l’usine. Avant de tomber dans une cuve de chewing-gum, De Funès se retrouve témoin d’un simulacre de procès. Après s’être pris quelques torgnoles, entre deux séries de questions, l’accusé, ligoté sur une chaise, s’entend dire par son tortionnaire : « parle, Slimane, et tu auras la vie sauve ». Et il lui réplique, superbe : « tue-moi si tu veux, Farrès. Mais n’essaie pas de te faire passer pour un juge ». C’est précisément ce que je plaiderai, le mois prochain. A la place de Slimane, il y aura un certain Ridouane Khalid. Jamais condamné, mais déjà torturé, 3 ans de Guantanamo et 1 an et demi de détention provisoire en France derrière lui. Mais il est barbu, donc, coupable. et même s’il est condamné sans preuve, ou malgré une instruction déloyale, le bon peuple s’en fout.

    • marcsuivre Says:

      Mon cher ami,

      Tu peux prendre tous les raccourcis que tu souhaiteras, tes clients ne sont en rien comparables aux juifs d’avant guerre qui eux aimaient la France et n’avaient pas pour ambition de la « niker » (sic). Il faudra toujours des avocats aux plus sinistres crapules, je persiste. Ne me sert pas pour autant ton couplet droit-de-l’hommiste vis à vis de ceux qui n’ont pour autre ambition que de s’assoir dessus avec quelques kilos de TNT. Je n’ai rien contre tes barbus, je n’en veux juste pas chez moi. Si ils estiment ne pas pouvoir vivre correctement leur foi chez nous qu’ils utilisent la première des liberté garantie par notre belle contitution : celle d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Les intégristes français chez les Saouds me vont très bien. Leur nationalité ne change d’ailleurs rien à l’affaire puisque la plus part du temps, la notre, leur a été imposée.

      Je partage une de tes idées cependant. Nous sommes en guerre et nos ennemis doivent être traités comme tel. Reste à savoir si des juridictions d’exception sont nécessaires. Ce débat ne tardera pas à être tranché quand tes clients auront réalisés leurs grandioses projets de carnages sur notre territoire. Ils y ont sans doute plus de difficulté qu’ailleurs dans la mesure où, dans leur communauté religieuse, tous ne sont pas barbus et beaucoup ont un amour de la France qui les ammènent à prévenir la folie de leurs coreligionnaires en renseignant les services spécialisés voire en infiltrant les groupuscules de fanatiques au péril de leurs vies. C’est pour eux (et surtout pour elles) qu’il faut lutter contre les mabouls que tu défends. Mais de grâce renouvelle le genre et laisse les « zheures-les-plus-sombres-de-notre-histoire » et la morale qui va avec au vestiaire du prétoire. Garde tes effets de manche pour ceux qui y croient encore. A force d’utiliser cette grosse ficelle elle va finir par vous peter à la gueule. Il n’est pas interdit d’innover … même pour un avocat.

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