LA FRANCE A PEUR

C’est par cette pensée gicquellienne que  pourrait se résumer la tempête dans un verre d’eau médiatique, qui s’est levée sur le pays à la suite des propos, très calculés, de Marine Le Pen. Comme toujours ce n’est pas tant la « saillie » que les réactions, par elle, suscitées qui sont réellement intéressantes. Elles dénotent, une fois de plus, le caractère moutonnier de nos « zélites » et leur absence totale de prise sur la réalité de leurs contemporains et néanmoins électeurs.

De quelle occupation parlons nous ?

Au commencement était le verbe et Marine parla d’occupation. La prise de contrôle de certaines de nos rues par des musulmans en mal de communication avec l’au delà, est-elle une occupation stricto sensu ? Sauf à considérer que si Le Pen dit que l’eau mouille il convient de prétendre le contraire, le fait d’utiliser l’espace public sans autorisation est considéré, d’un  point de vue légal, comme une « occupation abusive ». Essayez donc de couper une rue pour vendre des topinambours et vous verrez surgir les forces de l’ordre, l’air avenant et le carnet à souche entre les dents. Vous remballerez alors promptement votre marchandise, qui n’est pas sans nous rappeler avec la chicorée : les « zheures-les-plus-sombres-de-notre-histoire » et vous déguerpirez nantis d’une bonne prune en guise de dessert.

Seulement voilà, pour dénoncer ces « occupations », Marine a fait référence à « l’Occupation » et la majuscule change tout. Se serait-elle contentée de la minuscule que la cohorte des professionnels de l’indignation aurait continué à paître dans les vertes prairies du pays des rêves multiculturels qui lui servent de domicile, comme si de rien n’était. Cachez moi cet Islam des rues que je ne saurais voir, tel est le credo de la pensée autorisée. Donc, dire tout haut ce qu’une bonne partie de la « France d’en bas » ressent au plus profond d’elle même comme une agression, est une faute, pire un blasphème. Madame Le Pen l’ignorait-elle ? Sûrement pas, elle s’est servie, avec maestria, des pères la pudeur de la pensée unique comme d’un marchepied dans son entreprise de conquête du Front National et cela a magnifiquement fonctionné. La voici en proie à l’hystérie excommunicatrice du clergé politiquement correct. Seulement cette foi ci, les flammes du bûcher des vanités médiatiques ne prennent plus. Pire, la moitié des sympathisants de l’UMP approuve les propos de la nouvelle « passionaria ». Devant cette brutale poussée du nombre de « fachos » dans notre pays, il devient urgent de réagir.

L’art consommé de la réaction attendue

Tout ceux qui pensent avec autre chose que leur langue dans le parti présidentiel ont compris le danger et tout ceux qui bêlent leur fraternité se sont précipités devant les micros pour tenter d’exister. Résultat : comme les seconds sont infiniment plus nombreux que les premiers, nous venons d’assister à un cours magistral de : « comment faire fuir ses électeurs ». Toute la bien-pensance, s’est levée d’un seul bond pavlovien, pour dénoncer l’intolérable « atteinte à nos valeurs ». Comme ces dernières consistent à nier les évidences, cette accusation tombe nécessairement à plat et détourne de moins en moins de monde de la « bêêête ». On nous a ensuite servi le couplet de l’Islam des caves et de la honte qu’il y a à recevoir aussi mal des gens « venus nous enrichir de leurs différences ». Le problème, là encore, c’est que le bon peuple n’a justement pas le sentiment de les avoir invités. Si cette question n’avait pas été tenue aussi longtemps sous le boisseau, peut-être en serait-on arrivé à un consensus national (à défaut d’un Front) sur l’accueil des étrangers. Mais à force de faire de ces derniers des Français contre leur gré pour prétendre que leur nombre n’augmente pas, il ne faut pas s’étonner des réactions de rejet d’un pays réel  que l’on a toujours mis devant le fait accompli sans lui demander son avis, tout en le culpabilisant quand par hasard il regimbait.

En point d’orgue nous avons eu droit à l’argument « Studio Canal ». Les consciences outragées ont entamé le couplet de « l ‘amalgame », de « l’insulte faite aux combattants musulmans » venus en 1944 libérer la mère patrie. Prendre les Français pour des imbéciles, ça va cinq minutes, mais il faudrait essayer de voir l’histoire autrement qu’au travers du prisme mis en place par Jamel Debbouze et les autres révisionnistes DPLG. Outre le fait que les troupes placées sous le commandement du Maréchal Juin étaient aussi constituées de pieds noirs, tous les « indigènes » de l’Armée d’Afrique n’étaient pas musulmans. Enfin, la première armée française n’a pas libéré Marseille aux cris de « Allah Akbar » et tout cela ne s’est pas terminé par une gigantesque prière de rue à Baden Baden.

Le piège à cons tendu par Marine Le Pen a magnifiquement fonctionné, la classe politique s’y est précipitée avec un enthousiasme non feint, histoire de se déconsidérer encore un peu plus devant un peuple qui n’en peut mais.

Un jeu de dupe

Toute cette histoire n’est en réalité qu’un immense jeu d’échec ou de billard à trois bandes, c’est selon. Le but des uns et des autres étant de rejouer, au profit de leurs champions respectifs, le 21 avril 2002.

antiraciste de gauche

A gauche, on fait monter la mayonnaise dans l’espoir à peine dissimulé que la poussée du Front permettra d’éliminer Sarkozy dès le premier tour. Le pari est risqué tant le parti des fonctionnaires aborde ces échéances divisé, ses partenaires et alliés potentiels ayant pour seule ambition de lui tailler des croupières. Ce ne sont pas les propositions Hamon pour « l’égalité réelle » qui sont de nature à attirer les extrêmes gauchistes. Elles sont reçues par ces derniers pour ce qu’elles sont : de la poudre aux yeux. La ficelle est un peu grosse et Martine, Dominique, Ségolène, François ou n’importe quel autre candidat du parti de l’intelligence risque fort de se jospiniser à mesure que se déroulera la campagne de 2012.

A droite le danger n’est pas tant de ne pas franchir le premier tour que de se retrouver sans majorité au soir des législatives. S’il doit y avoir un nouveau 21 avril, il n’est pas du tout certain qu’il soit suivi d’un second tour « Africain » et moins encore d’une vague bleue au Parlement. A force d’être la seule à parler au Peuple, Marine risque bien d’être perçue comme la seule alternative à un système qui se déconsidère à force de nier les évidences.

Certains à l’UMP l’on compris. Il faut dire que cette réflexion vient de ceux qui côtoient depuis longtemps le Front ou qui ont des souvenirs vivaces de la dissolution de 1997. En un mot, de celles et ceux qui voient le « populo » dans leurs circonscriptions. Le nouveau Secrétaire Général du parti du Président est au nombre de ces esprits éclairés par la défaite. Il ne craint pas tant le 21 avril 2002 à rebours que la redite de la déroute de 1997 où il perdit, et nombre de ses compagnons avec lui, son siège de député au détour d’une triangulaire imposée par Le Pen. Il a retenu la leçon. Il évite soigneusement de donner dans la bonne conscience universelle et la leçon de morale culpabilisatrice. Il ne nie pas les problèmes et réfléchit avant de lancer une proposition. Chacun pourra noter, du reste, que nous avons très peu entendu, le « père » de la loi sur la Burka, dans le concert de bonnes consciences de ces derniers jours.

Si nos politiciens persistent à tomber dans le panneau dès qu’elle s’empare d’une évidence, la question n’est pas de savoir si Marine Le Pen sera présente au second tour mais qui de Sarkozy ou du candidat PS la mettra en ballotage…

Se comporter en gaulliste et ouvrir les yeux sur la réalité

La solution au problème posé par le Front National passe par la prise en compte de la réalité vécue les Français. Tant qu’elle unira sa voix à la gauche moralisatrice, à la moindre provocation du Front, la droite se tirera une balle dans le pied. Les bobos ne voteront jamais pour elle, ils ont bien trop honte d’être des nantis et se rachèteront toujours de cette tare, en votant pour les curés de Solférino. Le Peuple qu’il serait sot de considérer, à l’instar de l’élite médiatico-politique, avec dédain comme un ramassis de petits blancs frileux, est un puissant levier et un électorat en friche. En laisser le monopole à Marine le Pen ou à Jean Luc Mélanchon serait une lourde erreur porteuse de bien des menaces. La République de Weimar n’a pas sombré autrement qu’en laissant le Peuple aux mains des ses extrêmes. Nous ne sommes ni en Allemagne, ni dans les années trente. Si l’extrême gauche n’a pas changé depuis cette époque, Marine Le Pen, elle, contrairement à ce que prétend la pensée unique, n’a pas encore fait de choix, elle est à la croisée des chemins. Elle peut maintenir le Front dans le splendide isolement crypto-fasciste paternel ou tenter d’élargir son champs d’action en s’alliant à la droite classique pour parvenir au pouvoir.

Pour le moment, la droite outragée ne l’entend pas de cette oreille. La sarabande de la diabolisation à laquelle se livre complaisamment les plus stupides de ses représentants ne produira pourtant pas les effets escomptés. Les temps ne sont plus les mêmes et les thèmes avec lesquels elle jongle sont beaucoup plus consensuels que ceux de son père. Elle ne dit rien qui n’aurait pu être prononcé par De Gaulle lui même. Voilà qui est bien fâcheux pour ses héritiers autoproclamés. Ces derniers se sont tellement éloignés des pensées du Grand Homme, que Marine peut même, avec une facilité déconcertante, retourner la rhétorique culpabilisante de l’Occupation à leur endroit, en en faisant autant « de Collabos » au fascislamisme, que ces derniers se sont toujours évertués à en nier l’existence … contre toute évidence.

En réalité ce n’est pas tant le Front national, ni même les musulmans, qui posent un problème, que l’émergence de l’Islam politique. Le manque de Mosquées n’est qu’un prétexte. Leur multiplication ces dernières années est allée de pair avec les privatisations cultuelles du domaine public. Lorsque la rue Myrha se remplit, la Mosquée de Paris est vide. En nous faisant croire que cette affaire ne concerne que les habitants d’un quartier en mal d’un lieu de culte, on nous voile une fois de plus la face (si l’on peut dire). On tente de camoufler le fait que les fidèles convergent de toute la banlieue vers cette rue que nos « élites » apeurées ont abandonnée aux fanatiques, au grand dam des modérés. Tant que l’on préférera interdire un apéro « saucisson pinard » en ces lieux symboliques plutôt que de rétablir l’ordre républicain et laïc, il sera difficile de discréditer celle qui se contente de dénoncer ces faits sans pourtant apporter la moindre solution.

C’est pourtant sur ce terrain qu’il fallait réagir pour porter efficacement la contradiction à l’adversaire. Il ne saurait être question de morale pour venir à bout d’un problème, mais de solutions. Marine Le Pen, par ses propos, en a-t-elle apporté une ? Non ! Un de ses adversaires a-t-il relevé cette évidence ? Pas plus ! C’est que pour faire apparaître cette prolepse, il aurait fallu penser à en imaginer une de solution et non brailler à n’en plus finir en ne se servant, pour ce faire, que de la partie reptilienne de son cerveau.

 

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