CE QUE LE QUADRA … GENERE

En ce début de dernière année avant les présidentielle, deux têtes semblent émerger du maelström politique. Elles ne sont pas spécialement nouvelles tant les deux corps qui les supportent hantent depuis des années les antichambres du pouvoir. Jean-François Copé a pris les rênes de l’UMP, tandis que Manuel Valls profitait de la trêve des confiseurs pour déclarer sa passion pour l’économie. Ces deux quadras qui passent, à tort ou à raison, pour les iconoclastes de leurs camps respectifs, poursuivent en réalité des stratégies d’une touchante similitude. Aux déclarations tonitruantes de l’un sur les 36 ou 38 heures, ont répondu les aveux de l’autre sur les conséquences du retour aux 39 heures. Nous assistons au début d’une course à l’échalote qui va rythmer, si Dieu prête vie à nos deux larrons, la prochaine décade politique : décryptage.

Le travail, Manuel, y a que ça de vrai !

A tout seigneur tout honneur, commençons par l’empêcheur de « contempter » les 35 heures en rond. Alors que la rue de Solférino communie depuis plus d’une décennie, dans le culte de la réforme emblématique du gaspillage des années Jospin, l’encore jeune député-maire d’Evry a récemment fait voler en éclat le mythe du consensus des « progressistes » sur ce thème. En déclarant que la situation budgétaire dans laquelle nous pataugeons ne nous permettait plus de jeter par les fenêtres les 22 milliards d’aides d’Etat indispensable à leur mise en œuvre, il lève le voile sur la grande arnaque.

Les réactions outrées de ses camarades ont certainement dû amuser ce spécialiste de la communication tant elles étaient attendues, puériles et pour tout dire, pathétiques. A friser l’excommunication lorsque plus personne dans le monde réel, où presque, n’écoute les prêcheurs, vous pouvez revêtir, à bon compte, les habits du réalisme. Comme cette vertu est rare chez des « camarades » qui, à défaut d’avoir des idées ont surtout des candidats, cela permet au moins connu d’entre eux, de faire parler de lui. Il passe utilement, ce faisant, pour le borgne au milieu des aveugles et prend date.

Les critiques le servent et lui permettent, un temps, de faire oublier qu’il est socialiste. Ainsi, selon une méthode éprouvée, le « camp du bien », pensant pouvoir l’achever, se livre en vain à une exégèse sémantique de sa critique du totem Aubryo-Strausskhanien. Tout en étant persuadés du contraire, ses adversaires renforcent, ce faisant, sa crédibilité. Ce que les marchands du temple ont reproché à Manuel Valls c’est sa manière d’introduire le débat en parlant de la « chance d’avoir un travail » alors que tout bon socialiste sait depuis le biberon, grâce à sa proximité naturelle avec la fonction publique, que le travail est avant tout une aliénation… Encore un petit effort et nos grandes consciences vont lui intenter un procès en Bessonisation.

Les objectifs du Manuel

Cette critique restée tue, jusqu’ici, par ses adversaires, ne serait d’ailleurs pas si stupide, tant on est en droit de se demander si cet « outing » réaliste n’est pas chez Manuel Valls, une offre de service à destination de l’Elysée, en vue d’un poste de ministre d’ouverture dans le gouvernement du dernier mandat Sarkozy. Si rien ne marche comme prévu dans la stratégie de rupture avec les tabous d’une gauche sclérosée à force de s’empêcher de réfléchir, il n’est pas exclu que cette solution  permette à l’intéressé de prétendre au destin national que son étiquette socialiste l’empêche, jusqu’ici, d’avoir. Si les « progressistes » perdent encore une fois la présidentielle, il est probable qu’ils n’y résisteront pas. Le parti de Jaurès n’est plus grâce à Mitterrand qu’une coalition électorale. Cette construction ne peut pas durablement subsister si ses blocages idéologiques l’empêchent d’accéder au pouvoir suprême. Dans ces conditions, le plus court chemin vers ce portefeuille ministériel tant convoité, passe par les sirènes de l’ouverture. Pour avoir plus qu’un strapontin il faut être une grosse prise et pour l’être, il faut transgresser.

Il faut dire qu’en la matière, Manuel Valls est un bon client. Il a débuté son chemin de Damas en se faisant voler, par les micros de la bien-pensance, quelques paroles définitives sur l’absence de « gaulois » sur le marché de sa ville. Ce qui ne tue pas rend plus fort et l’opération de délation médiatique lui ayant valu la reconnaissance de ses électeurs, le Maire d’Evry persévéra dans le renversement des totems. Il fut l’un des seuls socialistes à voter la loi anti Burka, glissant ainsi progressivement vers le statut de réaliste auquel il vient de donner définitivement corps avec sa sortie sur les 35 heures.

En réalité ce n’est pas 2012 que vise Manuel Valls mais 2017. Dans cette perspective, il a tout intérêt à voir le candidat socialiste balayé une fois de plus, pour que son horizon se dégage. S’il ne cède pas à la facilité de l’ouverture, il disposera de cinq années pour expliquer à une gauche exsangue, que les raisons de ce nouvel échec sont à trouver dans son incapacité à se mettre en phase avec une société qui n’est plus du tout celle de 1981. S’il parvient à entrainer les moins idiots ou les plus ambitieux de ses camarades dans la manœuvre, il peut même espérer voir s’agréger autour de lui, et à son profit, cette fameuse nébuleuse centriste, véritable Saint Graal de tous les « politologues humanistes » que compte ce pays. Il lui suffira de pousser les marxistes enragés vers les poubelles de l’histoire complaisamment tenues ouvertes par Jean-Luc Mélenchon. Il sera ainsi en position de force pour accéder à la Présidence, lorsque Nicolas Sarkozy cédera la place au terme de ses deux mandats.

Si par malheur Martine, Dominique, François ou Ségolène devaient présider dès 2012 au destin de la France, les choses se compliqueraient nettement. D’abord parce que le programme imbécile que ces autistes sont en train de nous concocter entrainerait la faillite de la France dans les 6 mois de sa mise en œuvre. Ensuite parce qu’éloigné de ce catalogue de bonnes intentions de par son réalisme, il serait rejeté et marginalisé par les vainqueurs comme hérétique. L’intérêt bien compris de Manuel Valls c’est donc la défaite de son camp.

Copé l’homme pressé

Le nouveau Secrétaire Général de l’UMP se trouve dans la même perspective même s’il n’est pas, loin s’en faut, dans la même position.

Après des années où pour faire carrière à droite il fallait passer pour un homme de gauche, le vent vient de tourner. Rien d’étonnant à cela, dans la mesure où nous vivons avec celle de l’Etat providence, la faillite de ces idées. Jean-François Copé, nanti du flair propre aux grands fauves politiques, a parfaitement capté ce changement. Le bon petit soldat de l’ENA qui avait perdu son mandat de député de Meaux en 1997 pour avoir trop donné dans le radical-chiraquisme, a compris, avec ou à cause de Sarkozy, que l’avenir se dessinait à droite. Cette prise de conscience commune, loin de les rapprocher, les a, en réalité, éloignés l’un de l’autre, tant ils ont voulu avoir l’exclusivité de ce créneau. L’actuel Président qui avait une longueur d’avance, a remporté la course. La leçon a été retenue et Copé s’est donné les moyens de persévérer. Il s’est appuyé, pour y parvenir, sur ses anciennes fidélités chiraquiennes pour prendre les rênes du groupe des députés UMP. Une fois parvenu à ce poste, il a pu jouer sa partition en solo, loin des standards de l’ancien Président, convertissant même, au passage, nombre des partisans  de ce dernier, à la réalpolitique.

Celui qui s’est ainsi affirmé, comme le garant des valeurs de droite, jetées aux orties de l’ouverture par un Sarkozy soucieux de se refaire aimer par le parti de l’intelligence germano-pratin, est devenu incontournable. Il a ainsi pu se payer le luxe de refuser la prison ministérielle offerte par un Président conscient, mais un peu tard, de ses erreurs stratégiques, pour exiger la tête du parti majoritaire. Sa puissance est telle qu’il peut impunément, comme Sarkozy en 2005, en déloger les « hommes du Président » pour les remplacer par les siens, bref façonner le mouvement à sa main. Avec de tels amis, pas besoin, pour le Président, d’avoir des ennemis.

Le billard à trois bandes

Comme Manuel Valls, Jean-François Copé puise sa force dans la transgression et Dieu sait s’il ne s’en prive pas depuis qu’il est à la tête de l’UMP. Tous les débats qui fâchent, le « tôlier de la Boétie » les enfourchent avec un gourmandise directement proportionnelle à l’embarras qu’ils provoquent dans un gouvernement où, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne compte pas que des amis.

Servi par Valls, il s’est donc lui aussi attaqué aux 35 heures, à tel point que l’on est en droit de se demander si ces deux là ne jouent pas régulièrement au tennis. Reprenant le débat là où le député de l’Essonne n’avais pu, su ou voulu, l’amener, il a décrit avec une froide logique, les conséquences ultimes de l’abandon des 35 heures. « Travailler 39 heures payées 35 » voilà qui entre violemment en dissonance avec le « travailler plus pour gagner plus » sarkoziste. Cet assaut de réalisme le place dans une position idéale. Il n’est pas aux affaires et ne prend donc pas le risque de voir son analyse se fracasser sur l’écueil du « dialogue » social. Il se contente de prendre date.

Quel que soit le vainqueur de 2012, celui-ci n’aura d’autre choix que de mettre cette méthode en œuvre. La seule différence, c’est que Sarkozy mettra fin aux 35 heures pour tout le monde, là où les socialistes maintiendront ce privilège pour les seuls fonctionnaires sur le dos de « la France qui se lève tôt ». Dans le deux cas le Député-Maire de Meaux pourra passer pour celui qui a dit la vérité aux Français, bien avant l’épreuve de la mise en œuvre. « Je dis ce que je fais et je prédis ce que qui se fera», ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?

En vérité, derrière ses protestation de fidélité, Jean-François Copé a tout intérêt à voir le Président trébucher en 2012 et il va l’y aider aussi surement que Chirac a soutenu Giscard en 1981. Certes il n’ira pas jusqu’à se présenter face au Président sortant, mais durant les quinze mois qui nous séparent de mai 2012, nous pouvons compter sur le Secrétaire général de l’UMP pour soulever tous les débats que le gouvernement s’efforce d’enterrer. Pour gagner en 2017, mieux vaut être le patron de l’opposition que le chef du parti majoritaire sortant, Copé l’a bien compris. Chirac avait fait le même calcul en son temps. Les 110 propositions devaient amener le chaos économique, ce fut le cas. Les socialistes devaient prendre une raclée, ce fut le cas en 1986 mais la cohabitation réduisit cette brillante stratégie à néant et Mitterrand resta 14 ans à l’Elysée.

Le quinquennat change la donne, la cohabitation n’est plus un risque, un boulevard semble donc ouvert à nos deux duettistes qui, visant 2017 se rejoignent sur la nécessité de faire perdre leur camp en 2012. Par un croisement stratégique des plus comiques, Copé devient le meilleur atout de la gauche, là où Valls est le plus ferme soutien du Président sortant. Pourtant, rien n’est jamais écrit en politique et un grain de sable peut toujours venir gripper les mécaniques si bien huilée qu’on les croiraient construites par Alain Duhamel dans les romans prédictifs qu’il nous impose, tel Madame Soleil, avant chaque présidentielle. Un gros grain se lève pourtant sur cette droite que vise nos deux compères et les calculs les plus fins risquent d’être remis en cause par Marine. Pour l’un comme pour l’autre, le danger viendra du Front national. Pour l’un parce que la recomposition de la droite suite à sa défaite, peut se faire en partie autour d’elle. Pour l’autre parce que la montée de l’héritière de Jean Marie Le Pen viendra crisper les réflexes de déni de la réalité de son camp. Tout réaliste sera alors poursuivi et brûlé comme apostat par la meute des caniches de garde. Dommage pour nos deux amis que le père n’ait pas dix ans de moins et que la fille soit aussi subtile qu’ils sont calculateurs.

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2 Réponses to “CE QUE LE QUADRA … GENERE”

  1. de guenin Says:

    Il y a certes quelques bonnes idées dans ce texte, mais j’avoue être géné par autant de malveillance. Je rêve d’un monde meilleur où il y aurait un peu plus de bienveillance dans le monde politique.
    Amrès tout, contrairement à ce que cet article pourrait laisser penser à ceux qui ne connaissent pas le sujet, il y a beaucoup de choses positives chez chacun de ces deux hommes. S’il ne l’a déjà fait, je recommande à Marc Suivre la lecture du dernier livre de Wals intitulé « Pouvoir »
    Jacques de Guenin

    • marcsuivre Says:

      Le calcul et la stratégie n’ont rien de honteux. Ils sont même essentiels dans la longue quête du pouvoir. C’est notre époque de bisounours qui nous fait hair sur commande ces comportements totalement humains. tenter de décrire les intentions c’est tenter de faire oeuvre de pédagogie. La politique n’est faite ni de blanc ni de noir mais d’une infinie nuance de gris. Le livre de Valls est intéressant mais ça n’est certainement pas une oeuvre désintéressée et dénuée de tout calcul. Le propre des successeurs en politique c’est d’essayer de tuer leurs prédecesseurs. C’est vieux comme le monde. Nous avons progressé depuis l’Empire Romain puisque nous n’éliminons plus physiquement le précédent titulaire de la fonction. C’est un progrès conséquent, mais le moteur est le même : l’ambition qui n’a du reste rien de blamable en soi. Quand à la malveillance, n’en voyez aucune, je me contente de décrypter les actes et les prises de positions à l’aune des objectifs de ces deux politiciens d’avenir qui visent chacun le même et unique poste.

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