PUISSANTE IMPUISSANCE

Les mois se suivent mais ne se ressemblent pas. Alors que notre beau pays était, il y a  à peine un mois de cela, relégué dans les poubelles de l’histoire pour son incapacité à accompagner le fameux « printemps des peuples arabes », le voici aujourd’hui loué pour sa clairvoyance dans le dossier libyen. Les mêmes brillants analystes qui nous enterraient et raillaient les gesticulations présidentielles louent avec le même absolutisme, le génie du petit caporal de Neuilly. Ce rétablissement des plus spectaculaires en moins d’une semaine – songeons que lorsqu’il reçu et reconnu, seul contre tous,  les insurgés de Benghazi, tous nos stratèges hurlaient à la faute majeure –  devrait amener certains à réfléchir sur l’insondable relativité de ce qui semble inéluctable. En politique rien n’est jamais écrit avant d’avoir été joué, pas plus la victoire de l’arlésienne du FMI que la fin de la nation française.

Des affaires si étrangères

Ne trouvant point de salut possible sur le plan intérieur pour se refaire une santé sondagiére, notre  Président se jette à corps perdu dans l’aventure militaire. Si ses initiatives n’avaient pas connu le succès, il y fort a parier que telle serait d’ailleurs l’analyse qui prévaudrait dans les « rédactions ». Il faut dire qu’à défaut d’avoir de la chance en matière économique et sociale, Nicolas Sarkozy a la Baraka dès qu’il est amené  à présider quoi que ce soit sur le plan international. Songeons-y,  il n’était pas plutôt Président du Conseil Européen que les Russes envahissaient la Géorgie et que Wall Street s’effondrait. Maintenant qu’il préside le G20, le Japon tremble et la Libye bout.

Ce n’est pas le tout que d’être servi par les évènements, encore faut-il s’en saisir habilement pour pouvoir utilement s’en servir. De nombreux leaders de par le vaste monde ont été confrontés à des crises et pourtant rares sont ceux qui ont su en tirer profit. Notre Président a beaucoup de défauts mais au moins a-t-il ce talent, cette vista qui lui permet d’apporter une solution là ou d’autres ne voient que des problèmes. Il aurait pu telle Angéla, observer de Konrad un silence prudent. En bon gaulliste, pour une fois, il s’empare de la crise et fait de ses faiblesses, une force. Contre vents et marées, particulièrement celles du Quai d’Orsay, ce conservatoire d’eunuques tétanisés à l’idée qu’il puisse y avoir un changement dans la marche des affaires qui, depuis Talleyrand, leur ont toujours été étrangères, Nicolas Sarkozy a embarqué notre pays vers de nouveaux horizons. En trois mois, nous avons enterré la « politique arabe de la France » (comprendre les petits arrangements avec les autocrates) pour aller vers … à vrai dire personne ne sait encore très bien encore où.

C’est là que le bât blesse. Nous sommes tous ravi à la perspective d’en coller une au vieux campeur de Tripoli, histoire de lui apprendre à planter sa tente en plein Paris, mais après ça que ferrons nous ? On ne peut pas dire que le militaire égyptien semble décidé à laisser à d’autres la possibilité de se remplir les poches sur le dos de ses burnous et le moins que l’on puisse constater, c’est que l’après Ben Ali n’est pas le lit de roses démocratiques annoncé. Enfin, comment allons nous pouvoir continuer à justifier nos relations incestueuses avec la mafia FLN qui suce, sans interruption depuis 1962,  le sang d’un peuple qu’elle prétend –sans rire- avoir libéré du joug de l’infâme colon ? Sans compter que nous allons devoir régler le cas des Bongo et autres Sassou Nguesso, pour ne parler que des francophones pétrolifères.

On le voit, la canonnière droit-de-l’hommiste c’est parfait mais il va nous en falloir beaucoup d’autres si nous voulons rester cohérents avec nous même.

Un vrai sac de nœud

Nous voilà donc en guerre contre la Libye, ou plutôt contre le vilain despote qui massacre son peuple. La réalité est pourtant bien moins nette. La Libye n’existe pas plus que le peuple libyen. En réalité « Kadhafi duck » est le chef d’une tribu qui massacre allègrement celles qui ont eu l’outrecuidance de ne plus accepter sa domination. Contrairement à l’Egypte ou à la Tunisie, nous ne sommes pas dans une révolution civile d’un peuple face à ses gouvernants mais dans une révolte servile. Un peu comme au Bahreïn, du reste, à ceci près qu’il n’y a pas là de prétexte religieux entre Sunnites et Chiites. La Cyrénaïque n’est pas la Tripolitaine mais la Libye appartient à son « guide » et toute rébellion est perçue par lui comme un accident patrimonial. De là, la grande incompréhension du Bédouin sous LSD devant les cris d’orfraie de la communauté internationale. En Libye il n’y a pas d’armée qui refuse ou accepte de tirer sur le peuple, il y a les intérêts bien compris de chacun. En vérité, nous intervenons pour empêcher une tribu d’en anéantir d’autres. Avons-nous la certitude que nos nouveaux protégés n’agiront pas de même, une fois que nous leur aurons permis de prendre le dessus ?

Ce pays est très représentatif de son continent. La nation est une entité tant de façade que d’importation récente. Les rapports humains et les sentiments d’appartenance s’expriment au niveau du clan, comme ce brave Gbagbo nous en administre la preuve un peu plus chaque jour. Notre intervention en Libye risque fort de nous amener à prendre d’autres dispositions similaires dans les conflits de même nature qui ne vont pas tarder à fleurir de toute part en Afrique. Est-ce pour autant une raison suffisante pour faire l’autruche comme la première chancelière allemande venue ?

Le fait qu’Angéla n’ait pas voulu prendre place à nos cotés dans le taxi que nous nous apprêtons à prendre pour Tobrouk est un problème. Reconnaissons le, nos voisins d’outre-Rhin gardent, depuis Rommel, un assez mauvais souvenir des expéditions en Afrique du Nord. Il faut dire qu’à l’époque nous ne les y avions guère accueillis avec enthousiasme. Ceci se passait en des temps très anciens et maintenant nous sommes tous frères. Seulement il y a des fraternités d’armes et d’autres plus commerciales. Si nous renouons avec les puissances maritimes en tournant le dos à notre alliance continentale russo-germanique c’est que cette dernière ne nous apporte plus grand chose. La France se veut puissante et respectée, l’Allemagne ne se préoccupe que de ses exportations. Une chose est certaine à la lumière de ce qui vient de se jouer au Conseil de Sécurité, l’Allemagne de Merkel n’est pas un partenaire militaire et la Russie ne l’est plus depuis Nicolas II. Si nous voulons continuer à compter dans un monde instable, c’est du coté des anglo-saxons qu’il faut nous tourner. Voilà bien la leçon de ces derniers mois. Elle est cruelle pour les eurobéats, mais réaliste. Le couple franco-allemand est essentiel pour l’Europe mais pour une Europe économique germanisée, pas une l’Europe puissance dont rêve la France. Nous avons des intérêts économiques communs mais pas de projets politiques, c’est bien là que réside la faiblesse de l’axe Paris-Berlin.

Nous voici donc à l’aube d’un jour nouveau. L’Occident, gendarme du monde s’apprête à châtier le dictateur qui sommeille en chaque gradé africain, qui pointe sous la moindre barbiche islamiste ou qui perce sous le moindre garde rouge. Bref, nous n’avons pas fini de faire joujou avec nos avions. Dix ans après avoir dénoncé avec fracas le messianisme des néoconservateurs américains, voici que nous reprenons leur credo à notre compte. C’est amusant comme les journalistes ont la mémoire courte, le dernier a avoir tenté la greffe musclée de la démocratie en milieu hostile s’appelait Georges : Georges Walker Bush. En français, « W » s’écrit « BHL » mais le message est étrangement similaire. En réalité, nous allons finir par nous apercevoir que le problème de « W » c’est probablement d’avoir eu raison trop tôt… et de ne pas avoir fait Normal Sup’.

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