CHRONIQUE DES TEMPS OBSCURS

 

A mesure que le temps passe et que nous nous approchons de la Présidentielle, mère de toutes les batailles, les cadavres surgissent des placards à la vitesse d’un TGV qui ne connaitrait ni les grèves, ni les ruptures de caténaires (c’est dire …). Il faut bien comprendre que de l’issue de ce combat, dépend l’avenir de la cohorte des « ayants droits » qui, pour avoir soutenu leur champion dans toutes ses avanies, compromissions et renoncements successifs, entendent bien pouvoir enfin récolter le prix de leurs patients efforts. C’est que, si d’aucun entrent en politique pour défendre des idées, beaucoup s’y incrustent pour y avoir trouvé, à défaut d’autre chose, un train de vie bien au dessus de ce que leur médiocrité intrinsèque leur permet d’espérer dans la vrai vie. Ces nouveaux moines gras et abbés commendataires qui peuplent notre vie publique de leur suffisante bien-pensance, poursuivent avant toute chose, l’objectif de persévérer dans l’être. Ils entendent bien continuer à se servir tout en proclamant Urbi et Orbi leur volonté de servir. De là naissent ces ambigüités, ces hiatus entre l’être et le paraître qui font penser, non sans raison, au bon peuple que la cour s’amuse, tandis que le navire prend l’eau.

Le retour en force du complot politique

 Remis au goût du jour par la grâce d’un « troussage de domestique » fatal, la théorie du complot des puissances de l’argent contre les héros de la classe ouvrière est devenu un must, rue de Solférino. Il faut dire que la tanière socialiste regorge d’esprits féconds (le qualificatif peut aussi s’écrire en deux mots) en matière de romans de quais de gare. Tant pis pour ceux qui espèrent dans le « parti de l’intelligence » pour trouver une issue à la crise. La bouffonnerie du piège tendu par l’Elysée, à l’étoile des sondages, par groupe Accord interposé est l’œuvre de troisièmes, voire cinquièmes couteaux de la straussconnerie, bien trop insignifiants pour avoir pu utilement, jusqu’ici, se vendre à plus offrant après le naufrage de leur Saint Patron. Pour risible qu’elle soit, la fable mise au point par François Loncle et Michèle Sabban, a pourtant tenu la corde bien plus de temps qu’elle ne le méritait réellement. Loin de couvrir d’opprobre leurs inventeurs, ces élucubrations de fond de bar, leur ont même valu une célébrité nationale qu’ils n’auraient jamais pu espérer. Oui, ils sont stupides mais il ne faut jamais oublier que les électeurs ont toujours les élus qu’ils méritent.

Preuve qu’il y a bien quelque chose de pourri au royaume de France, il aura donc fallu une bonne semaine pour que l’on enterre ces divagations que toute personne sérieuse aurait du tenir pour « abracadabrantesques » pour peu qu’elle fût dotée d’un minimum d’humour corésien. De toute façon, et quelle que soit l’issue du feuilleton américain de l’été, pour qu’un piège à con fonctionne, il faut un piège et un con. En admettant que les officines sarkozistes aient été assez douées pour monter un coup pareil (et il est fortement permis d’en douter), si l’autre maboul n’avait pas été gouverné par son appareil génito-urinaire, il ne serait jamais tombé dedans. Bref avec un peu de retenue et de bon sens il serait toujours en course.

Sortez moi donc cette rumeur que j’aimerai bien voir étalée

Paradoxalement, le premier effet « kiss cool » des mésaventures de DSK, c’est l’instrumentalisation des rumeurs pour le plus grand  bénéfice de leurs victimes. C’est une vieille technique de déminage qui consiste à faire sauter l’engin avant qu’il ne vous pète à la figure. Martine Aubry candidate, malgré elle, à la primaire socialiste, vient de nous  faire la démonstration qu’en la matière, il n’y a pas de petits profits. Quand vous n’inspirez pas le baiser, appelez en à la pitié, ça fera toujours recette. Telle semble être la martingale  de l’héritière Delors en ce début de Primaires. Sans démentir pour autant ces fâcheuses rumeurs qui font d’elle au choix : une poivrotte invétérée, la femme d’un avocat philo-islamiste ou la titulaire d’un cancer, l’amère de Lille s’est livrée, par médias complaisamment interposés, à une dénonciation du complot (encore un) ourdi par des officines élyséennes (toujours les mêmes) contre la si pure première sectaire. Si cela vous rappelle des choses, c’est bien normal, Mitterrand en son temps avait fait pareil au sujet de sa francisque, de « l’attentat » de l’Observatoire et de bien d’autres joyeusetés. Toutes les casseroles socialistes sont inventées par ces salauds de droite, c’est bien connu. A la gauche la morale, à la droite la compromission. On attend toujours les excuses des vierges effarouchées par les vilains bruits qui « salissent » sainte Martine pour avoir abusé de la rumeur en matière de diamants centrafricains, d’avions renifleurs et autres malversations fiscales par épouse interposée dans l’affaire Woerth … Il ne faut pas rêver : pourquoi le bien s’excuserait-il de triompher du mal ?

Las, la manipulation d’Aubry est grossière et sans réelle portée tant elle est absurde. S’il est parfaitement exact que ces rumeurs circulent sur son compte, il est en revanche totalement idiot de prétendre qu’elles sont le fait des sbires de Sarkozy. En premier lieu, cela fait des années (à part pour le cancer) que ces affirmations font le tour du microcosme. Ensuite, compte tenu des conditions douteuses dans lesquelles Martine est parvenue à la tête du PS, ces bruits sont tout naturellement venus de son camp. Enfin, si le Président voulait, par ce biais, selon l’expression de Martine : « nuire à celle qui représente la plus grande menace pour sa réélection », il se garderait bien de distiller ces « confidences » maintenant. Quand on a de telles « informations » contre un candidat, il est stratégiquement plus rentable de les diffuser lorsqu’il est investi plutôt que lorsqu’il s’efforce de l’être. En réalité, Martine est entrée à reculons dans la compétition, elle est à la bourre face au protégé de Chirac et fait donc de la com’ pour combler son retard. Ce faisant, elle joue avec le feu. Elle donne une portée nationale à ce qui n’était connu que de quelques initiés. Qu’une seule de ces rumeurs vienne à se révéler exacte et c’est le château de cartes qui s’effondre…

Comment se prendre les pieds dans le démenti

Il faut dire qu’en matière de scandales étouffés (surtout sexuels), la France doit être en tête du concert des nations. Il n’est qu’à voir la tempête déchainé par Ferry (le philosophe, pas le bateau) lorsqu’il lâcha, fort imprudemment, sur Canal +, la chaine emblématique de la bobotitude, qu’un ancien ministre avait été pris la main dans le sac (si l’on peut dire) en pleine orgie pédophile au Maroc il y a de cela quelques années. Notre ancien ministre de l’éducation, très gentleman et content de son effet, refusa de donner le nom. Voilà qui fait certes un peu petit bras comme attitude ! Il faut dire, à sa décharge, que notre système judiciaire est ainsi fait qu’il eut en révélant ce nom, risqué lui même de se retrouver au trou. Loin de lancer une meute de journalistes et de juges, incorruptibles défenseurs de la veuve, de l’orphelin et du mineur marocain abusé (en l’occurrence), aux trousses de l’ignoble pédophile, la déclaration de Luc Ferry, lui a valu d’être jeté aux chiens médiatiques avec quelques déboires judiciaires à la clef. Curieuse conception du journalisme d’investigation et de la Justice en vérité. Il doit sans doute s’agir de cette fameuse « exception culturelle » si essentielle à préserver. Pourquoi donc, en pareil cas, s’en prendre au porteur de l’information plutôt qu’à l’auteur du crime ? Parce que nous sommes en France patrie des lumières où s’affirme sans contraintes, l’écrasante supériorité d’une Justice éprise de tolérance en matière de mœurs. Cette justice justement tant vantée, par tout ce que la gauche compte d’intellectuels après l’arrestation de frère DSK. Le dénonciateur est lynché tandis que le criminel coule des jours heureux. Chacun chez soi et les vaches, à défaut des petits marocains, seront bien gardés !

Ce faisant, le descendant du père fondateur de « la laïque » a péché contre deux tabous. Le premier c’est que si l’on dénonce un crime pédophile commis par un homme sur des petits garçons, on s’en prend nécessairement à la cause homosexuelle. Ceux de nos concitoyens qui préfèrent avoir un partenaire de même sexe sans pour autant avoir la moindre attirance pour les enfants, apprécieront certainement l’amalgame fait à leurs dépends par la presse dite d’opinion. La seconde faute c’est que l’on ne doit jamais mettre en cause un camarade progressiste. Des deux, c’est certainement la plus grave et si vous en voulez des preuves rappelez vous que le lendemain de cette « divulgation », une figure de la gauche s’est fendue d’un communiqué virulent pour proclamer son innocence et menacer des foudres divines de la justice humaine, quiconque en viendrait à prétendre le contraire. C’est que chez Jack Lang, l’auteur des menaces en question, on ne badine pas avec l’honneur … mais on n’a pas nécessairement non plus le sens de l’à propos en matière de démentis, on a même un peu tendance à se prendre les pieds dedans. De l’art de susciter en peu de lignes, plus de questions que d’apporter des réponses !

Quand la parachutée s’en prend au parachutiste

Si la gauche nous fait rire, elle n’a pas, loin s’en faut, le monopole de la bêtise en politique. La passe d’arme qui agite le monde de nain qu’est l’opposition dite de droite au Maire de Paris atteint, en matière de ridicule, des sommets jusqu’ici inviolés.

Cette escalade incontrôlée dans la connerie verbale c’est à Rachida Dati, la « Mémaire » du très chic 7ème arrondissement de la capitale que nous la devons. La sous édile[1] du 7 a ainsi décrété que Paris devait rester aux « vrais » parisiens et qu’il n’était pas question, en vertu de ce saint principe, qu’elle s’efface en 2012 au profit d’un plouc venu de la Sarthe, fût-il Premier ministre sortant. Outre le fait qu’en agissant de la sorte, l’ex Garde des Sceaux du même Fillon fait montre une défiance suspecte envers les rillettes, on se demande bien, de qui cette fille Maire se fout !

Par quel miracle la « fille d’un maçon marocain » comme elle se définit dans sa récente autobiographie, par quel mystère donc, a-t-elle été propulsée dans cette sinécure électorale ? Puisqu’elle défend si farouchement l’ancrage local c’est qu’elle doit être native du coin. Voilà qui cadre bien mal avec l’emploi du papa ! Zut, elle n’est même pas parisienne, elle a passé son enfance à Chalon sur Saône. Mince ! La rue de Chalon n’est pas dans le 7ème, ce n’est pas grave, tous les magazines féminins vous le diront, elle est parisienne jusqu’au bout de ses Chanel ! Alors pas de Sarthois chez elle, bas les pattes, touche pas à mon pote électoral !

 C’est que de l’ambition, la Maire Dati, n’en manque pas. Elle se voit déjà dans le fauteuil de Delanoë. Pour y parvenir, il faut faire le vide au Conseil de Paris (ça, c’est pas bien dur) mais aussi et  surtout empêcher les renforts de poids de venir lui faire concurrence, d’où la charge sur Fillon. Certes, l’espoir fait vivre mais, à ce rythme là, elle va certainement finir centenaire. Sans être un inconditionnel du Premier ministre, force est de constater que sa légitimité est bien aussi grande que celle de la part « beur » du gadget Sarkozyste du gouvernement d’ouverture « black, blanc, beur » de 2007. François Fillon a eu le mérite de supporter son Sarko pendant cinq longues années, malgré de persistantes douleurs lombaires, ce qui prouve, si besoin était, qu’il a quelques capacités d’endurance. Compte tenu du marigot parisien voilà une qualité non négligeable. Il a même eu le mérite de dire, en des temps où l’on pouvait (devait ?) encore taire ces choses, que le pays était en faillite. Ce talent de diagnosticien lui sera bien utile, s’il a, un jour, à reprendre les rênes d’une ville où sévit depuis une décennie, la gabegie socialisto-écolo-bobo.

Bref, on ne comprend pas très bien au nom de quoi, la folle de Grenelle lui dénie le droit à un parachutage sur lequel elle n’a pas craché en 2008 quant il s’est agit de faire d’elle, le Maire d’opérette du 7ème arrondissement de Paris. Que ne lui a-t-on donc pas promis en haut lieu, à l’époque, pour qu’elle fasse un tel foin aujourd’hui, en dépit du ridicule manifeste de la situation, qu’elle ne peut ignorer (ou alors il faut l’interner d’office). Nous vivons décidément dans une république bien bananière.

On le voit, la Présidentielle déchaine les appétits et avec eux les coups bas. Ne s’en émeuvent que les tartuffes. Le pouvoir se conquiert toujours de haute lutte et il ne faut rien s’interdire pour y parvenir. On ne fait pas de la politique en gants blancs et nos plus grands dirigeants ont tous été des tueurs sans scrupules. De Napoléon à Charles de Gaulle en passant par Clémenceau, tous ont usé des moyens nécessaires pour parvenir à leurs fins. Pour ces géants, le but était le bien du pays qu’ils pensaient, seuls, pouvoir incarner. De nos jours, l’objectif est de profiter de la France, et d’être les seuls à le faire. La nuance est d’importance ! Voici bien la chronique des temps obscurs.


[1] Paris n’est qu’une seule et même commune. Les Maires d’arrondissement font de la figuration et n’ont absolument aucun pouvoir, à preuve ils n’ont pas de budget, ce qui n’empêche pourtant pas certains d’entre eux de s’être dotés d’adjoints au Finances …

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Une Réponse to “CHRONIQUE DES TEMPS OBSCURS”

  1. Basochard Says:

    La politique, c’est comme les andouillettes, çà doit avoir une ordeur de merde, mais pas trop (G.Clemenceau)

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