ELOGE DU BICAMERISME

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Il y a de cela peu de temps et prenant prétexte d’une question que l’on ne lui posait pas, l’ineffable cuistre qui sert de Président à l’Assemblé dite nationale déclarait que l’avenir du Sénat était de se fondre dans un grand machin inutile avec les suceurs de fonds publics du Conseil Economique Social et Environnemental. Posé en des termes élégants, comme seul un spécialiste de la gabegie budgétaire (élu de Seine Saint-Denis qui plus est) peut en produire, le débat qui s’en suivit ne manqua pas de provoquer les foudres de Gérard Larcher, le nouveau Président du Sénat. La petite plaisanterie ayant eu lieu alors que les frères Kouachi venaient à peine de faire entendre leur droit imprescriptible à la différence, elle eut le bonheur, entre autres conséquences, de provoquer un travail séparé sur l’analyse des causes ayant conduit à ce drame « de l’intégration en panne ». Au lieu d’un rapport commun Sénat-Assemblée nationale, nous avons donc eu droit à deux constats distincts. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la comparaison apporte autant d’eau au moulin de Bartolone sur l’inutilité supposée du Sénat que l’Etat Islamique contribue à l’émancipation de la femme.

L’Assemblée nationale se ridiculise…

bartolone-caricatureSelon les termes de la commande présidentielle, il revenait au Parlement de produire des éclaircissements sur le « sentiment d’appartenance républicaine ». Partant du principe, pour le moins sujet à caution, que la République adoucit les mœurs en matière de propagation de la foi religieuse à coup de mitraillette, Pépère voulait savoir ce qui pouvait bien pousser des « enfants de France » au meurtre de masse. Afin de lutter contre les amalgames et les stéréotypes qui sont, comme chacun le sait, à la source des maux dont nous souffrons, les deux branches du pouvoir législatif allait donc se livrer à un état des lieux… distinct.

Comme avec les socialistes le pire n’est jamais à craindre, mais toujours à redouter, Bartolone affirme donc péremptoirement, au terme de l’exercice, dans son tissu d’âneries relié double face, que ce fameux « sentiment d’appartenance républicaine » n’est en rien lié au mode d’acquisition de la nationalité, ni à la religion (hrem hum reuh reuh !). Monsieur Bartolone s’est probablement penché sur la délicate question de l’intégration des moines bouddhistes dans la République française, pour nous livrer pareil sophisme. Comme le ridicule ne lui fait pas peur, il enfonce le clou, tel un légionnaire Romain sur le Golgotha un Vendredi saint : “le sujet des appartenances religieuses, des origines familiales ou de l’actualité de la loi de 1905 (sur la laïcité, ndlr) n’est jamais apparu spontanément”. Non, mais sérieusement bonhomme, tu vis sur quelle planète et tu as interrogé quelles personnes, en dehors de tes collaborateurs ?

Smiley-hitlerLa cause de tous les malheurs est connue de notre bon Claude. Pour lui,  si certains sont à l’écart de ce « sentiment d’appartenance », comme “les absents des marches des 10 et 11 janvier”, ce n’est en rien lié à “la religion des uns ou des autres” (non, penses -tu, c’est dû à leurs pratiques sexuelles !), mais au fait “que notre République est aujourd’hui malade de phénomènes de repli, de cloisonnement, d’entre-soi”. Repli, cloisonnement, entre soi… bon sang, mais c’est bien sûr : Charlie Hebdo, c’est la faute au FN. Sommes-nous stupides de ne pas y avoir pensé de nous-mêmes, heureusement que ce bon Bartolone est là pour nous rappeler les évidences. S’il y a bien un problème en France en 2015, c’est le FN et la cohorte de cathos intégristes “ultras fanatisés” qui lui est indissociablement attachée. Le danger qui guette la France, c’est l’alliance entre Marine et Monseigneur 23, pas la conquête islamique des banlieues de nos villes.

i.mobofree.comSi vous trouvez ce constat accablant, attendez-vous à ne pas être déçu par le remède. Le petit télégraphiste du 9-3 a trouvé la panacée, celle qui fera qu’il n’y aura dorénavant plus de Kouachy et autres Coulibaly. La source du mal qui ronge la société française aura été tarie par le génie de Bobigny. C’est simple comme bonjour et les socialistes le réclament depuis 2003. La citoyenneté c’est un droit (ah bon ?), mais aussi un devoir (sans dec ?). Les immigrés et leurs enfants qui ne rejettent pas la République (et la France) pour de triviales questions religieuses (c’est bien connu) rentreront dans le rang, dès que le vote aura été rendu OBLIGATOIRE ! Ils te tirent dessus, mais si tu les forces à aller voter, ils vont, comme par enchantement, déposer leurs armes et célébrer avec toi la République dans une joyeuse farandole fraternelle. Putain, Claude arrête de fumer la moquette, ça te crame les neurones !
648x415_france-integristes-extremistes-juifs-chretiens-musulmans-refus-republiqueAutre idée d’enfer qui va tout changer : obliger les élèves de l’ENA ou d’autres Grandes Ecoles (lesquelles, selon quels critères ?) à effectuer un stage de trois mois en zone sensible. Là, on touche au sublime. Il est évident qu’en mettant le nez de nos zélites en devenir, dans les ghettos de nos chères banlieues, la magie va opérer. Des populations qui s’ignoraient (sauf lors des attaques de RER) vont du coup se tomber dans les bras et, bien évidemment, “s’enrichir de leurs différences”. Pour ce qui est de l’enrichissement, je vois assez bien comment, lors de ces rencontres improbables, les pauv’ victimes de l’apartheid territorial vont s’y prendre pour améliorer leurs fins de mois. Je distingue, en revanche, moins bien ce qu’en retireront les “privilégiés” qui leur seront ainsi envoyés en pâture, si ce n’est une vue assez précise de ce que décrit la famille Le Pen depuis trois décennies. En résumé, l’Assemblée s’évertue à démontrer l’indémontrable avec l’aplomb absolu du donneur de leçon patenté. Pas de doute, avec de telles productions, nos impôts sont bien utilisés.

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… Pendant que le Sénat nous surprend

jpg_bakmailarcher-80ac3-6e54eEt le Sénat dans tout ça me direz vous ? Au risque de surprendre les amateurs d’idées libérales préconçues, le Palais du Luxembourg a produit une analyse aussi réaliste que celle de l’Assemblée est imaginaire. Pour surprenant que cela puisse paraître, Gérard Larcher — qui jusqu’ici ne passait pas pour un homme prompt à renverser les tables — est allé plus loin qu’un gaulliste n’est jamais allé sur ces questions, depuis que le Général ait expliqué doctement que s’il avait abandonné l’Algérie c’était parce qu’il ne souhaitait pas que “Colombey-les-deux-Eglises devienne Colombey-les-deux Mosquées”.

image002 2Gérard Larcher avait déjà commencé à effaroucher les chaisières en déclarant, il y a quelques semaines de cela, que : “notre capacité d’intégration est saturée, on n’intègre pas bien”. Et le chœur des vierges de crier à l’abomination, à la discrimination et autre faribolations de circonstances. Cet avant-propos, marqué au coin du bon sens, est suivi, au fil de ce rapport, d’un nombre impressionnant de constats, tous plus pertinents les uns que les autres. S’il réaffirme que l’Islam est compatible avec la République (ce qui ne mange pas de pain), il en profite pour expliquer comment doit s’organiser cette compatibilité. Accrochez vous, vous n’êtes pas (plus, pour les plus âgés) habitués à cela. Le Président du Sénat l’écrit en ces termes : “je pense l’Islam compatible avec la République, mais il faut que la République fasse avec lui ce qu’il a fait il y a 110 ans avec le catholicisme” et d’ajouter in petto “j’affirme des principes : la supériorité des lois de la République qui ne peuvent faire l’objet ni d’accommodement ni de transaction, l’égalité hommes-femmes, l’indépendance de la recherche scientifique, le droit à l’apostasie, c’est-à-dire de pouvoir changer de religion…” Vous ne rêvez pas, vous avez bien lu et lui l’a bien écrit !

 

parti-socialisteFichtre, diantre que voilà des affirmations qui tendraient à confiner tout autre que l’auteur de ces lignes, dans le camp du Mal absolu par les progressistes autoproclamés. Seulement Gérard Larcher n’est pas le premier venu. Puisque la sombre buse qui lui sert d’homologue à l’Assemblée lui a signifié son inutilité législative, le Sénateur des Yvelines a décidé de briser l’omerta. Comme le Sénat ne sert à rien, il a décidé d’en faire, pour l’occasion, le porte-parole de la France réelle. C’est habile et politiquement très bien joué. Du coup, l’archaïsme change de camps. Le roi est nu et la vision “cul-cul la praline” du vivre ensemble, défendue contre toute évidence par le parti socialiste, passe pour une grosse daube indigeste.
11060867_10153159624017088_2564924227189525350_nMais le Sénat ne s’arrête pas en si bon chemin. À propos de l’école qui rempli si bien sa mission de diffusion massive de l’illettrisme, Gérard Larcher en remet une couche à laquelle, les profs qui voient encore des élèves (ce qui exclue les syndicalistes et les députés socialistes) ne pourront que souscrire. “À force de chanter les différences, on a oublié de chanter ce qui nous unit”. “Nous assistons à une école qui vit le repli communautariste. Je ne mets pas celle-ci en cause, mais on ne peut plus y enseigner de manière apaisée l’histoire, les sciences naturelles ou le sport”. Dès lors, juge-t-il, “on a besoin que l’autorité se réaffirme”. Un bonheur n’arrivant jamais seul, le Président du Sénat accélère en dénonçant l’impasse des politiques de la ville qui ont surtout conduit à l’abandon des campagnes. “Il y a aussi des gens qui ont le sentiment qu’on ne s’intéresse plus à eux, qu’on les oublie. Ils ont le sentiment d’un État complexe, lointain, normalisateur”. Il propose de faire “de la réhabilitation de cette France d’à côté un axe prioritaire d’action de l’État”, “en ne faisant plus du financement de la politique de la ville et des quartiers l’exclusive priorité”. Dire que les fonctionnaires qui nous gouvernent, tout imbus de l’autorité de l’État qu’ils soient, sont perçus dans nos campagnes, avec la même aménité (et pour les mêmes raisons) que les clowns de Bruxelles, voilà qui va miner le moral de notre zélite administrative.

10906110_10205977612859121_8074542850760984440_nEnfin là où l’autre engeance du “parti de l’intelligence” veut envoyer les énarques en ZEP, le Président Larcher suggère, lui, de rendre le service civique obligatoire (mais pas nécessairement dans les Bantoustans), pour ceux qui s’apprêtent à devenir fonctionnaires, mais aussi pour tous les candidats à la nationalité française. Arrêtons-nous un instant sur cette proposition. Elle est pleine de bon sens, car elle plonge l’apprenti fonctionnaire dans le bain de la réalité de l’intérêt général et met le futur Français en capacité d’appréhender la complexité de la communauté nationale qu’il rejoint. Dans un cas comme dans l’autre, seules les personnes motivées seront volontaires. Toute personne de bonne foi (ce qui exclut les fonctionnaires syndicalistes et les militants antiracistes) percevra le bénéfice de cette mesure. Ces bienfaits seront même décuplés en ce qui concerne les femmes. Elles s’affranchiront ainsi des tutelles masculines qui peuvent s’avérer très pesantes, particulièrement dans la seule des trois religions du Livre, dont le Prophète n’était pas juif…

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On le voit, particulièrement en cette occasion, loin d’être une institution inutile, le Sénat est la chambre où peut se produire l’inattendu. Cette prise en compte du pays réel prouve que loin d’être une source de dépense inutile, le bicamérisme permet à nos parlementaires de réfléchir. Là où l’Assemblée fait de la politique, le Sénat, lui, construit patiemment le droit. Oui, les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect, par un collège restreint de “grands” électeurs. Oui, ils ne répondent pas directement de leurs votes devant le Peuple, ni devant le très partial tribunal médiatique. Oui, leur indépendance est étonnante dans une démocratie. Mais c’est précisément cette indépendance qui les rend indispensables, car elle les protège de la dictature de l’instant et du politiquement correct (enfin pour ceux qui n’aspirent plus à être ministres). Nous avons l’habitude de pester contre les trains qui arrivent en retard et de ne manifester qu’une indifférence polie pour ceux qui sont à l’heure. Alors que depuis des lustres notre classe politique plante, au mieux, sa tête dans le sable pour ne surtout pas voir les conséquences de son incurie en matière migratoire, je pense qu’il est indispensable de manifester notre approbation quand quelques rares courageux (comme notre bon Président Larcher) osent braver les interdits. À défaut, ces “Braves” n’entendront que le concert des vertus outragées et il y a fort à parier qu’alors, rendus sourds par ces cris d’orfraie, ils finiront par passer leur tour lorsque la prochaine occasion de décrire la réalité vécue par leurs électeurs se présentera. On ne peut pas pester contre l’aveuglement de nos élus et ne pas les féliciter quand, enfin, leurs yeux se décillent.

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3 Réponses to “ELOGE DU BICAMERISME”

  1. Candide Says:

    Je doute d’éventuelles suites dans le programme de l’UMP à la suite de ces éclairs de lucidité. On ne peut pas dire que Sarközy ait particulièrement brillé dans la lutte contre l’immigration et dans l’instauration de l’autorité et de la sécurité. Que de fois, sous son quinquennat, les rectorats ont donné raison aux élèves « turbulents » et aux parents « irascibles » face aux enseignants agressés.

  2. Ribus Says:

    Vous commencez votre article par Bartolone puis vous terminez par Larcher : des critiques pour l’un, des louanges pour l’autre. A mon avis, la remise de deux rapports au président de la République simultanément a une signification politique.

    Le contentieux Bartolone-Larcher devait être apaisé impérativement et le fait qu’un rapport fût demandé au seul président de l’Assemblée aurait été considéré par Larcher comme un affront. Or, le frère Larcher n’est qu’un opposant politiquement correct au PS et non un ennemi juré de la caste dirigeante.

    Sur le fond, vous estimez que Larcher a eu le courage de mettre les pieds dans le plat en constatant tout simplement la réalité et en osant la dire, ce qui est fou dans la France de Hollande… Vous êtes fort aimable avec ce gros monsieur bien confortablement installé près des jardins du Luxembourg et qui n’aperçoit la réalité du français moyen que par le prisme de rapports rédigés par les fonctionnaires du Sénat à son service.

    Dans son constat de départ, on sent bien qu’il a compris que quelque chose cloche mais qu’il n’ose dire : la fragmentation communautaire d’une nation et la probable partition à terme du territoire français. En bon soldat du parlementarisme, il nous chante un couplet sur l’école de la République, bouée de sauvetage selon lui du naufrage général d’un système qu’il a lui-même contribué à démolir.

    Mais, cette école-là n’existe plus car elle a été détruite par les vainqueurs idéologiques de 68 avec la complicité de la droite. La future réforme annoncée va juste finir d’abattre les dernières ruines du système ancien remplacé par un système ouvertement destiné à l’éducation politique des enfants.

    Puis, de manière inévitable, il nous dit ses belles idées sur l’immigration et les religions mais bien sûr sans solution franche : pas question d’arrêter l’immigration de peuplement ni d’instaurer un concordat avec les religions. Donc, 66 pages pour rien.

    Avec Bartolone les choses sont plus nettes. Une seule idée est à retenir de ce rapport et vous l’avez dit vous-même : le vote obligatoire. Vous ironisez sur cette mesure n°4-7 du rapport comme une sorte de E=MC2 de la pensée socialiste mais c’est pourtant une affaire sérieuse.

    Il ne faut pas se moquer des gens médiocres mais qui sont cependant assez intelligents. Toute leur énergie est consacrée à sauver un quinquennat à la dérive et à faire en sorte de reconduire Hollande dans ses fonctions même s’il est très mauvais. Mais il a au moins comme qualité d’obéir aux injonctions des vrais pouvoirs et c’est bien pour cela qu’ils veulent le garder.

    Le vote obligatoire est la voiture-balai du suffrage universel et doit servir à ratisser le vote des banlieues. Ces fonds de tiroirs électoraux seront peut être suffisants pour permettre à Hollande d’arriver en 2è position au 1er tour de la présidentielle derrière en principe à ce jour Marine Le Pen, ce qui lui permettra d’être réélu. Tout le reste, je peux vous le garantir, ils s’en foutent comme de leur première chemise rose !

  3. Hermodore Says:

    Rendre le vote obligatoire pour tous les Français, sauf… pour les parlementaires lorsqu’il sont appellés à voter les lois (l’essence même de leur mandat): 30 députés sur 577 pour le vote de la loi inique sur la dictature du renseignement: éloquent, non?
    A moins que les députés ne soient pas des Français, si je suis le raisonnement du sinistre Don Bartolone?

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