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QUAND LE DIPLO … MATE

décembre 12, 2010

Le petit cercle, forcement restreint, des professionnels des relations internationales est en émoi. Depuis quelques jours, Le Monde mais aussi le Guardian, Der Spiegel et autres El Pais, publient à tour de rotatives des extraits provenant d’un lot d’un peu plus de 250 000 « télégrammes » envoyés par les différents  postes diplomatiques américains de 1966 à février 2010. Wikileaks,  le site internet par lequel le scandale arrive, est considéré par son gouvernement comme une organisation criminelle tout en étant porté aux nues par tout ce que Le Monde (et d’autre) peut compter de bobos entrés en résistance contre le fascisme depuis la terrasse du Flore.

« Ouvrez moi une porte que je l’enfonce »

Qu’apprend-on vraiment au travers de ces pages de littérature diplomatique américaine, quels fascinants secrets sont ainsi exposés à la contemplation avide de l’opinion publique mondiale ? A y regarder de près, rien de bien extravagant ne sort de tout ce fatras. Aucune révélation fracassante, en dehors du fait qu’une ambassade sert à renseigner son gouvernement sur le pays où elle se trouve établie : quel scoop !

Bien sûr les journalistes « indépendants » qui relaient l’opération dans leurs feuilles nationales, tentent d’appuyer là où ils supposent que cela peut faire mal. Ainsi apprenons nous, en France pays proaméricain s’il en est, que les diplomates US considèrent Sarkozy comme le Président français le plus favorable à l’Amérique depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Voilà qui va choquer ceux qui croyaient que le retour dans la structure intégrée de l’OTAN était une marque d’indépendance. En dehors du fait que pour les américains la quatrième République MRP-Atlantiste n’a jamais existé, cette nouvelle n’a rien de bouleversant. Sans ces morceaux de bravoure de la littérature diplomatique de l’Oncle Sam, nous ne nous serions sans doute jamais doutés du côté « caractériel et impulsif » de notre Président. Sans Wikileaks nous aurions ignoré que l’ex Maire de Neuilly était « susceptible et autoritaire ». L’ambassade américaine est décidemment un nid d’espion de haut vol puisqu’ils ont même réussi à découvrir que Bernard Kouchner était le premier ministre … juif, des Affaires Etrangères de la République.

C’est d’ailleurs bien là que se situe le problème. Ces révélations n’en sont pas ! Le fait que l’Arabie Saoudite presse les Etats-Unis d’en finir avec l’Iran n’étonnera que les imbéciles qui conçoivent le monde islamique comme un monolithe. Les Sunnites et les Chiites ont beau être musulmans, ils s’aiment à peu près autant que le Duc de Guise et l’Amiral de Coligny, au point que l’on ne compte plus les « Saint Barthélémy » entre les deux communautés. Le fait que les Arabes souhaitent en finir avec les Persans (et vice versa) est une révélation de pareille portée que le philosémitisme viscéral du Hamas. Dans la même veine le lecteur passionné « découvrira » que Silvio Berlusconi aime les jeunes et jolies filles, que Medvedev n’est que la marionnette de Poutine, que l’Inde rêve de vitrifier le Pakistan qui lui même part du principe que pour accompagner l’Hindou sur le chemin de Vishnou il convient de l’atomiser proprement et enfin qu’Angela Merkel est une peine à … la décision. Bref, rien de nouveau ni de bien croustillant sous le soleil.

Ce qui est plus intéressant en revanche c’est de constater que malgré tout ce que l’on veut bien dire des « Yankees » et de leur inculture crasse, les diplomates américains sont beaucoup moins cons que ce que la plus part des journalistes veulent bien essayer de nous faire croire. On l’a vu, Nicolas Sarkozy n’est décrit dans leurs dépêches, que comme un être agité (dans tous les sens, positifs comme négatifs, du terme) et non comme le dernier avatar de la « peste brune ». Cela dénote chez eux de surprenantes et rafraichissantes capacités à faire le tri dans ce que l’on nous raconte dans notre presse, dite (abusivement) « d’opinion » à longueurs de colonnes. Les Américains ne considèrent pas la France comme au bord de la dictature ? On ne va, sans doute, pas tarder à nous expliquer que l’ambassade Américaine à Paris n’est abonnée qu’au seul Figaro.

La diplomatie américaine dans de beaux draps

Nous venons de le voir, il n’y a rien de bien méchant dans ces « révélations ». Si aucun vrai secret n’est dévoilé, cette publication n’en pose pas moins de gros problèmes à la diplomatie américaine. En effet comment croyez vous que vont être reçus, à l’avenir, les ambassadeurs américains ? Comme  tout un chacun peut lire leur prose, sans langue de bois, lorsqu’il s’agit, pour eux, de rendre compte de leurs impressions sur les « grands de ce monde » il est fort vraisemblable qu’ils ne soient plus accueillis à bras ouvert. Pire encore, comme tout ce qu’on leur raconte est susceptible de devenir public, il est fort probable qu’on ne leur dise plus rien. C’est à ce titre que l’opération Wikileaks met en danger des vies, car sans informations, la lutte contre le terrorisme (entre autre) est inopérante.

Voilà bien où que le bât blesse. Lorsque Napoléon fut mis au courant du double, voire du triple et quadruple jeu de son Ministre des Affaires Etrangères, il s’écria à l’adresse de Charles Maurice : « Talleyrand, vous êtes de la merde dans un bas de soie ». Après avoir lu ce qu’ils pensent d’eux, il y a fort à parier que nombre de Chefs d’Etats, auront cette saillie à la bouche lors de leur prochaine rencontre avec les représentants de Barack Obama.

On pourra noter que ce mouvement de dénonciation « éthique » ne concerne que les Etats-Unis. Lorsque les notes des ambassadeurs chinois seront publiées, on pourra applaudir la démarche et considérer que l’entreprise de déstabilisation n’est pas à sens unique. En attendant, on peut aussi légitimement s’interroger sur les méthodes employées pour mettre la main sur ces documents. S’ils ont été transmis par des membres du département d’Etat : l’heure est grave et il se passe de bien curieuses choses au plus haut sommet de l’Etat américain. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Obama ne casse pas la baraque (oui, c’est facile mais c’est tentant) pour ce qui est de la loyauté de ses fonctionnaires et ce n’est pas rassurant pour l’avenir.

De là, la réaction mesurée des alliés de l’Amérique qui serrent les rangs en même temps que les dents. C’est dans ce contexte qu’il faut resituer la dernière saillie de notre sémillant et fraichement remarié ministre de l’industrie … et de bien d’autres choses dont le numérique. Eric Besson est, en effet, intervenu récemment « es qualités » pour dénoncer l’hébergement de Wikileaks par un site français, après son éviction des Etats-Unis (qu’ils sont mauvais joueurs ces ricains !). Cette grande conscience de nous expliquer que Saint Barack ayant déclaré le site « criminel », la France ne pouvait décemment pas l’accueillir sur son sol. Je ne nous savais pas aussi déférent avec une décision d’autorité puisqu’à ce jour, aucune cour américaine ne s’est encore penchée sur le cas. Si maintenant nous ne devons plus donner asile au premier « criminel » américain venu… je serais Roman Polanski, je me chercherai rapidement un nouveau point de chute.

La dictature de la transparence

En réalité, sous couvert de « transparence », sous la volonté de nous montrer ce qui se passe « derrière les portes fermées », se cache, pour les fondateurs de Wikileaks, l’intention de participer activement au grand mouvement dictatorial de la pensée unique. Au nom de la lutte contre « le double langage » il convient, pour eux, d’étaler au grand jour les contradictions de la première puissance mondiale. Et alors où est le scandale ? Tout le monde fait risette aux emmerdeurs et pas seulement dans les « raoût » diplomatiques. Personne ne va expliquer clairement à son patron tout le mal qu’il pense de lui (sauf s’il a préalablement gagné à l’Euro million). Ce grand déballage n’a donc aucune autre finalité que de contraindre les diplomates à surveiller leur langage. Il convient d’être politiquement correct jusqu’au bout de son télégramme, puisque celui-ci a vocation à se retrouver sur Internet.

Nous connaissons bien ce phénomène de dénonciation en France et pas seulement lors des « zheures-les-plus-sombres-de-notre-histoire ». La traque à la pensée impure est devenue une institution. Depuis la « loi » Gayssot, on ne compte plus les restrictions à la liberté de penser dans notre beau pays. Il  faut d’ailleurs vivre en France pour voir une loi traitant de la liberté d’expression porter le nom d’un communiste. Comme les censeurs savent bien qu’une loi ne suffit pas, ils les multiplient avec les comités Théodule destinés à surveiller « de manière impartiale » le Peuple. Ils ont même poussé l’obligeance jusqu’à rouvrir les Kommandanturs pour que tout un chacun puisse aller, en toute quiétude, dénoncer son prochain pour « atteintes à la sûreté du politiquement correct dominant ». Pour parachever le tableau, on subventionne à grand « cout » d’argent public, une multitude d’associations afin qu’elles puissent, à loisir, trainer le mal pensant en justice. La France de 2010 n’est pas si éloignée de la Russie de la Grande Catherine. La liberté qu’elle affiche si volontiers à la face du monde et sur le fronton de ses Mairies, n’est qu’un village Potemkine tant, ces dernières années, se sont multipliées les occasions de la restreindre.

Wikileaks, SOS racisme, la LICRA, le MRAP même combat ! Les extrêmes gauchistes ont intérêt à ce que la pensée se fige. S’il était interdit d’interdire en 1968, aujourd’hui il est interdit de réfléchir. Donner son opinion : c’est prendre parti et quand ce n’est pas le bon parti, il convient de clouer le contrevenant au pilori médiatique. Le baratin « droit-de-l’hommiste », très en vogue chez les bien pensants promoteurs infatigables du prêt à penser correct, n’a rien de démocratique. Ses thuriféraires ne veulent pas débattre avec des adversaires, ils veulent détruire le non conforme. De nombreux auteurs, plus talentueux que votre serviteur, ont dénoncé depuis longtemps, ce nouveau clergé au service de cette nouvelle liturgie multiculturelle. Comme toute les religions à tendance universelle, celle ci à ses zélotes et ses Grands Inquisiteurs. Wikileaks n’est que l’avatar numérique de Torquemada.

CHRETIENS D’IRAK ET CRETINS DE FRANCE

novembre 21, 2010

 

En Irak, spectaculairement,  mais hélas aussi un peu partout au Moyen Orient, on s’achemine,  doucement mais sûrement,  vers la fin du christianisme.  Non que les Coptes et autres Syriaques aient soudain décidé de se convertir en masse, bien au contraire.  Alors qu’ils somment l’Occident  d’en finir avec « l’islam des caves », les tenants de la « Religion d’Amour, de Tolérance  et de paix » qui domine en ces contrées ont simplement décidé que les infidèles n’avaient plus leur place parmi eux.

La fable de la bienveillance islamique

S’il est un conte plaisant, très en vogue dans les milieux interlopes de l’intelligence mondialisée, c’est bien celui de cette « tolérance » des musulmans. A croire les propagandistes acharnés de cette fiction, le haut degré de civilisation des partisans de Mahomet les mettrait à l’abri des tentations,  si chrétiennes,  d’intolérance et de persécution à l’égard de tout ceux qui ne prient pas comme eux.  L’attentat en plein cœur de la Cathédrale de Bagdad,  les assassinats de prêtres en Turquie,  la chasse aux missionnaires en Kabylie,  tout comme les condamnations à mort pour cause de blasphème au Pakistan,  auraient pourtant dû ouvrir les yeux des plus béats zélateurs de ces si admirables pacifistes Barbus.

La réalité, c’est que nous assistons depuis quelques années à une chasse organisée au chrétien,  qui a pour but de rendre « religieusement purs » les pays musulmans.  La si fameuse « communauté internationale » a même un nom pour ce type de comportements.  Il se trouve cependant peu de grands esprits pour  dénoncer des agissements, si contraires à « l’idée » que l’on se fait généralement de l’Homme. Qui osera appeler un chat un chat  et nettoyage ethnique  l’élimination des chrétiens d’Orient ?

Deux poids et deux mesures

C’est que l’expression n’est pas neutre ! Lorsque dans les années 90, les  Serbes se trouvèrent confrontés à la montée des tensions religieuses dans les ruines de l’Etat Titiste, ils  procédèrent selon une méthode éprouvée de longue date dans les Balkans (comme partout ailleurs depuis des siècles) : l’épuration ethnique.

Il convenait alors de redonner une cohérence territoriale et religieuse à un patchwork mal taillé. Seulement voilà, les grandes âmes anglo-saxonnes qui venaient de casser de l’irakien avec la bénédiction des pétromonarchies du golfe ne l’entendirent pas de cette oreille. Elles rameutèrent le ban et l’arrière ban de leurs affidés au nom de la défense des minorités religieuses « injustement opprimées » et bombardèrent Belgrade en cassant du Slave (et du Chinois au passage mais là, c’était une erreur).

En nous joignant à cette « opération de police » au nom de la pensée correcte, nous avons participé au démembrement de notre plus vieil allié dans la région. Nous le faisions pour le principe,  car nous ne pouvions tolérer qu’un homme fût persécuté en raison de sa foi ; héritage des « années sombres de notre histoire » oblige. Pourtant, les troupes que nous engageâmes alors en Bosnie puis plus tard au Kosovo revinrent toutes avec le même message : « nous nous trompons d’ennemis ». La Grande Muette étant ce qu’elle est et la presse « libre » aussi, nos dirigeants ont fait ce qu’il convient de faire en pareil cas : les sourds.

Et maintenant que les chrétiens d’Orient sont  exactement dans la même position que les Bosniaques et autres Kosovars d’hier, que faisons nous pour leur venir en aide ?

Rien, puisqu’ils ne sont la cible que

« d’extrémistes qui ne sauraient être confondus avec la grande majorité des musulmans ».

En réalité, le tort des Serbes est d’avoir eu un Etat pour organiser les choses. Ils se seraient contentés d’actes perpétrés par des « groupes de terroristes incontrôlables  et fanatisés» à l’encontre de leurs minorités religieuses qu’ils seraient encore chez eux au Kosovo.  Elle a bonne mine, la « communauté internationale » avec ses grands principes qui ne sont en définitive applicables qu’à ceux qui veulent bien se les laisser imposer.  L’universalisme si cher à l’Occident en prend encore un coup.  Avec pour conséquence que les seuls que l’on puisse impunément ratonner en ce bas monde, sont précisément ceux qui croient à l’universalité de l’Homme : les chrétiens.

Ces Crétins  qui font des histoires en croyant la faire

En France pendant ce temps là, on débat du sexe des anges et on en vient à s’interroger sur le fait de savoir s’il est bien convenable d’accueillir aussi ouvertement  les chrétiens persécutés.  C’est vrai qu’il est tellement plus noble d’ouvrir nos bras à toute la « misère du monde » qui n’a qu’une hâte,  une fois installée chez nous : celle de se doter, entre autre, des lieux nécessaires à l’expression de cette foi si pacifique qui leur tient lieu de mode de vie. Bien sûr tous les musulmans ne sont pas intégristes, mais à force de tout lâcher on en vient à désespérer précisément ceux qui ont embrassé avec enthousiasme nos valeurs de liberté et de laïcité. La foi est une affaire privée qui n’a jamais provoqué autre chose que des catastrophes lorsqu’on l’a agitée en public. Il y a des églises et non des mosquées dans chaque village de France, ben c’est comme ça ! On ne va pas passer notre temps à s’excuser des racines que nos gouvernants n’évoquent que du bout des lèvres, pour un bénéfice nul puisque cette négation, ne règle rien aux problèmes d’intégration de populations qui la refusent. La capacité qu’ont nos élites à se faire botter le cul, tout en en redemandant, est proprement stupéfiante.

Nous en avons l’illustration avec le débat qui depuis la rentrée et en dépit, ou peut être à cause, des spasmes d’agonie de la France protégée, agite le petit monde de la pensée unique autours des projets culturels de la Présidence.  Nicolas Sarkozy, comme ses prédécesseurs, est pris du complexe de Pharaon et souhaite laisser une empreinte muséographique de son règne. Dans ce domaine, au moins avait-il annoncé la couleur, puisque durant sa campagne il avait fait part de son souhait de voir se créer un Musée de l’Histoire de France.

Les échéances se rapprochant, le projet prenant forme, « l’intelligence académique » s’émeut des projets du « grand » homme. C’est que, pour les fossoyeurs de la Nation qui prospèrent depuis la fin de la dernière guerre mondiale,  sur sa négation,  une pareille institution serait un blasphème.  A les lire et surtout à les entendre (la critique du Président provoque immanquablement vers son auteur la pousse d’une forêt de micros), ce projet est porteur du vice suprême : celui de l’Histoire officielle.

On l’avait bien vu au travers de la révision des programmes d’histoire au collège : il convient de lutter contre un tel fléau.  On enseignera donc les apports de Shaka Zulu à la grande saga de la cohabitation pacifique entre nomades et sédentaires, pendant que l’on passera à la trappe Louis XIV et Versailles. On discutera des mérites comparés de Napoléon et de Hitler tandis que l’on nous présentera les vertus de la conquête musulmane,  injustement rejetée pour des motifs odieusement racistes par ce fasciste de Charles Martel.

Un musée de l’Histoire de  France, vous n’y pensez pas ! C’est le retour de l’ordre moral, c’est le spectre de Vichy,  c’est la mort de l’esprit critique…  et, surtout, de toutes les lucratives bondieuseries tiers-mondistes que l’on publie ces derniers temps sous prétexte d’ouvrir notre histoire au monde. Notons au passage que ces envolées lyriques contre les initiatives historiographiques de notre actuel Président n’ont pas eu cours lorsqu’il s’était agit pour son prédécesseur,  de donner dans l’air multiculturel du temps, en nous pondant,  son pourtant très officiel Musée de l’Immigration à la Porte Dorée.  On a les indignations que l’on peut et surtout que l’on doit, lorsque l’on a fait profession de penser.  A manquer de « sens critique » dans le sens autorisé,  on risque vite de ne plus pouvoir très bien vivre de son « art ».

Martine se rend avec armes et « convictions » au BHV

En attendant, dans le camp du Bien, c’est l’effervescence.  Alors que Sarkozy cherchait à nous « surprendre » en ne changeant rien à son gouvernement, les socialistes accouchent  de deux cents propositions  qui feraient passer les cent dix de Mitterrand pour un parangon de mesure  et de sérieux politique. Ce qui vient de se jouer est très sérieux, bien plus que le pseudo remaniement, et le virage du PS vers son ultra-gauche n’est que le début de la Nuit des longs couteaux sociales.

Personne n’est oublié dans le Bazar de l’Hamon Virulent : de la baisse imposée des loyers à l’augmentation des salaires pour les « précaires, en passant par l’allocation-autonomie pour le « djeune » ; du droit de vote des étrangers à la fin des « contrôles au faciès » pour les « minoritézopprimées », il y en a pour tous les goûts.

En matière de mœurs rien ne les retient plus on plus,  quoique… S’il va de soi que le « mariage » homosexuel sera reconnu  et l’adoption par un couple de même sexe favorisée,  en matière de prostitution ils en reviennent à la vieille pudibonderie marxiste  puisque c’est le client qui,  s’imaginent-ils,  sera pénalisé. On attend avec impatience la mise en pratique de ce type de mesures destinées à « libérer les femmes de l’exploitation sexuelle »,  dans les endroits connus pour l’abondance des « travailleurs du sexe » comme la Porte Dauphine ou le Bois de Boulogne — quoique,  là,  ça peut parfois prêter à confusion : attention, Benoît, dans ce genre d’affaires on peut vite passer des bonnes intentions  à l’odieuse « stigmatisation d’une communauté comme aux heures les plus sombres de notre histoire ».

Le plus drôle dans tout ça, c’est que les mêmes nous expliquent que,  lorsqu’il s’en prend aux Roms  le gouvernement caresse éhontément son électorat dans le sens du poil.  Benoît Hamon, lui, avec ses « propositions pour l’égalité réelle »,  ne saurait avoir pareilles arrières-pensées démagogiques. Pensez donc ! C’est un homme de bien puisque il est socialiste. Il se contente donc de dénoncer  les riches comme responsables des malheurs des pauvres. Il ne s’en cache pas et son approche de la question est binaire:

« Notre conviction est que la mobilité dans la hiérarchie sociale sera d’autant plus facilitée que les barreaux de l’échelle sociale seront proches les uns des autres ».

C’est comme pour les 35 heures : il s’agit,  selon les bonnes recettes socialistes,  de répartir la pénurie.  Et retirer des barreaux à l’échelle,  n’est-ce pas le plus sûr moyen de ne pas donner aux gens l’idée saugrenue d’y monter ? On peut aussi, dans le même ordre d’idée les scier,  ou carrément,  la retirer, l’échelle : comme ça,  plus de problèmes.

L’enthousiasme mesuré des moins stupides de ses « amis» ne l’émeut pas.  Peu lui importe les « mous du genou » : au matin du grand soir, les traîtres seront pendus,  et ce ne sont pas ces Menchéviks de Strauss-kahniens vendus à la finance mondialisée et apatride qui retiendront le bras vengeur du prolétariat.

Lorsqu’on lui fait remarquer que certains de ses projets sont, pour le moins irréalistes, le Cave se rebiffe, et ses partisans d’expliquer que tout est une affaire de volonté politique, l’Etat étant précisément là pour contraindre… CQFD !

Il n’y a plus qu’en France que l’on élève ce genre de basse-cour. Encore quelques années d’opposition comme cela et les Socialistes vont nous ressortir le programme de Pol-Pot. Il ne reste qu’un petit effort à fournir et plus aucun Barbu ne voudra venir s’installer dans notre paradis soviétique retrouvé.  Ce n’est pas leur but, mais ce sera probablement la seule conséquence heureuse de leur arrivée au pouvoir.

 

 

OBAMA … SACRE

novembre 11, 2010

La sévère raclée que vient de subir le Président américain à l’occasion des élections de mi-mandat, n’aura surpris que ceux qui se reposent sur la médiacratie française pour obtenir une information. « L’objectivité » dont ne cessent de se gargariser les moutons qui nous servent de journalistes, ne leur a pas posé trop de problèmes, en l’occurrence, puisqu’ils ont décidés de faire l’impasse sur la défaite annoncée de leur champion. Ce faisant ils ont omît de « préparer l’opinion » à ce « déferlement conservateur » qui n’avait pourtant rien d’imprévisible pour qui s’intéresse, un peu, aux Etats-Unis.

Obama ou la vache sacrée :

Le problème c’est que pour notre caste pensante, le successeur de George Bush est paré de toutes les vertus.  Il ne peut donc perdre des élections qu’en raison d’une conspiration et non parce qu’il s’y prend tout simplement comme un manche pour gouverner. Pour tous les Obamadolâtres que compte notre « intelligentsia », le Président américain est un sauveur qui procède, en même temps, de Jésus et Bouddha, tant est immense sa capacité de rédempteur de l’humanité. Succédant à l’antéchrist, il ne peut qu’être infaillible, sa couleur de peau le protégeant miraculeusement de toutes les erreurs qu’un dirigeant au teint moins « citoyen du monde » serait susceptible de commettre. C’est bien simple, s’il avait été élu Pape, le Nouvel Observateur serait devenu« Romano » … c’est dire !

 

Seulement, ces salauds d’Américains ne respectent rien ! Ils déboulonnent la statue du commandeur alors que l’on s’était à peine habitué à lui lécher les babouches. Il faut dire que pour la « classe parlante », louer le génie d’un Yankee, fût-il noir, est un exercice de contorsionniste relativement nouveau qui nécessite un minimum de durée eut égard à l’effort consentit.

Tout englués qu’ils étaient à expliquer à la jeunesse française, qu’avant d’avoir vécu sa vie il fallait qu’elle pense à la façon dont elle allait prendre sa retraite, nos faiseurs d’opinion n’ont pas eu le temps de « préparer » le bon peuple à la défaite de Saint Barack. Nous mesurons ainsi la vacuité de nos journalistes et par tant, la pauvreté de nos sources d’information. Rappelons à ceux qui ne parlent pas anglais que la « Belle Province » est dotée d’organes de presses francophones, accessibles par internet et dont les rédacteurs n’ont pas tous été formé à l’école de la Pravda.

 

La nature médiatique ayant horreur du vide, il a fallu rattraper le retard à marche forcée en ne lésinant pas sur les approximations. Diantre, c’est que laissés à nous mêmes, nous aurions été capable de douter des capacités du Sauveur ! La machine à décérébrer s’est donc remise en marche, pour nous expliquer le pourquoi de cette « révolution conservatrice » qui reprend le pays de la liberté, deux ans à peine après que la célébration des « Pâques » multiculturelles. « L’Amérique que l’on aime » renoue avec ses vieux démons.

 

 

Les fascistes du 21ème siècle boivent du thé :

 

Allant toujours à l’essentiel, nos Himalaya de la pensée correcte, ont identifié l’ennemis du bien : le Tea Party. Ne reculant devant aucune audace simplificatrice, les inlassables propagandistes, que nous appelons par commodité de langage des journalistes, nous décrivent tous, ce mouvement issu de l’Amérique profonde, comme un rassemblement de bouseuses chrétiennes hystériques, populistes à tendances fascistes. Bref le diable incarné et comme si cela ne suffisait pas, on en rajoute une couche, en expliquant que le vote Républicain (comme on mélange tout, on en est pas à une approximation près) est un réflexe raciste vis à vis du messie qui occupe la Maison Blanche. Pour preuve, le Sud ségrégationniste vote pour le GOP[i] : CQFD, fermez le ban !

 

Le tea party nest pas seulement un problème pour les Démocrates

Si, indéniablement, un certain nombre d’électeurs blancs à travers le pays ont été guidés par des considérations raciales lors de ce vote, cela ne marque pas, à bien y réfléchir, une grande différence avec le réflexe ethniciste de la communauté noire en faveur d’Obama. Le seul problème avec cette explication c’est que l’on ne comprend pas bien la poussée des Latinos dans le camp « conservateur ». C’est qu’à forcer le trait, la caricature finit par démontrer le contraire de ce que l’on veut prouver. Le Tea Party est en réalité un mouvement populaire représentant de « l’Amérique d’en bas ». Venant du peuple, il ne saurait être considéré comme autre chose que « populiste » par « l’Amérique d’en haut » et ses perroquets européens. Selon l’adage, la démocratie c’est le meilleur des régimes lorsque le peuple accepte d’être dirigé par ses élites. Quand il en va autrement, c’est de la démagogie. Ce baratin élitiste est aussi vieux que les Gracques.

Si le Tea Party refuse la toute puissance de l’Etat, c’est pour célébrer les vertus pionnières de l’Amérique éternelle, fondées sur des valeurs chrétiennes. Il appelle au sursaut rejetant en cela, le discours décliniste dominant. Ses électeurs qui veulent croire au rêve américain, sont de droite mais contestent l’indépendance de la banque centrale américaine. Enfin leurs figures de proues sont des femmes qui, débarrassées des oripeaux d’un féminisme débilitant, s’affirment enfin pour ce qu’elles sont : des chefs et non des cautions.

 

En réalité si « le premier Président noir » a perdu les élections, c’est qu’il a perdu la confiance de ses concitoyens. Il s’est montré incapable de les conduire sur les verts pâturages qu’il leur avait fait miroiter. Il leur a promis monts et merveilles en matière économique, et ils n’ont rien vu venir.

 

Le rejet du socialisme

 

Contrairement à un vulgaire Sarkozy, le Sauveur venu de Chicago (ville réputée pour l’honnêteté de ses politiciens) a été élu en pleine crise avec pour slogan que, grâce à lui, les Américains allaient pouvoir s’en sortir: « Yes we can » martelait-il a longueur de discours.

« My foot !», voilà ce que lui ont répondu, en écho à ses promesses creuses, les électeurs de 2010. Ce que leur Président leur a apporté jusqu’ici, c’est une gigantesque usine à gaz en matière de protection sociale qui ne bénéficie pas aux classes moyennes – contrairement à ce que l’on nous serine en France – mais qui sera payée par elles. De là un certain malaise dans un pays qui croit dur comme fer, qu’il faut d’abord compter sur soi et qui se méfie de l’Etat et de son interventionnisme comme de la peste. Aux Etats-Unis, le socialisme, même porté par Obama, reste une maladie.

 

Contrairement à ce que pouvait laisser penser l’arrivée au pouvoir d’un Démocrate interventionniste et keynésien, les Américains n’ont pas jeté le libéralisme économique avec l’eau du bain de Bush. Ils ont intégré depuis les « reganomics »la perversité inhérente au dogme de la redistribution étatique des richesses. Elle encourage l’attentisme, quand ce n’est pas la paresse, et dévalorise l’effort et le travail. Il vaut mieux créer les conditions qui permettent à Jacques de se payer un manteau, plutôt que de dépouiller Paul du sien pour n’en redonner que le tiers (dans le meilleur des cas) à ce même Jacques. En d’autres termes, les Américains sont insensibles aux charmes de la gabegie soviétique qui nous tient lieu de protection sociale. Pour eux, l’Etat ne doit pas avoir d’autre rôle que celui de favoriser une action optimale des acteurs économiques. Il doit garantir une saine concurrence entre ces derniers, permettre une uniformisation des procédures contractuelles et sécuriser les transactions en faisant respecter le droit.

 

Aux Etats-Unis, la charité n’est pas une œuvre d’Etat et les pauvres sont pris en charge par une multitude d’acteurs caritatifs d’inspiration principalement religieuse, mais pas uniquement. Bien sûr ce système n’est pas parfait et recèle de nombreuses failles, mais peut-on dire que le nôtre soit si parfait, quand un nombre croissant de Français se trouve bloqué dans le tunnel du RMI, sans espoir d’en sortir un jour, pour la plus grande joie des finances de nos départements ? Devons nous pousser des cris d’orfraie devant les ravages des crédits hypothécaires américains et passer sous silence le nombre toujours croissant de nos ménages ayant recours aux procédures de surendettement ? Fanny May et Freddy Mac n’ont pas à rougir devant Cételem et Cofidis.

 

Et nous pendant ce temps là ?

 

Nous qui donnons sans cesse des leçons à un monde que nous nous apprêtons d’ailleurs à « diriger » (le pauvre !) à travers le G20, quelle est notre solution ?

 

Le Grand plan de notre petit Président, c’est de faire revivre Bretton-Woods afin d’empêcher les ricains de faire fonctionner la planche à billet. Notons au passage que nous  n’avons, pour notre part, cessé de pratiquer cet exercice crapuleux, que lorsque nous avons été monétairement annexés par l’Allemagne à Maastricht (ce qui est historiquement savoureux). Nous préconisons donc le retour à l’Etalon Or comme remède miracle à l’inflation galopante que la Réserve fédérale américaine s’apprête à nous imposer sous couvert de relance. La montagne de dette accumulée par le trésor américain est telle, que cette solution pour en venir à bout est d’ailleurs annoncée  comme inéluctable depuis des années. Seulement voilà, l’Allemagne, ne s’y résout pas et, à l’instar d’un ministre du IIIème Reich[ii], Angéla, sort son revolver dès qu’elle entend parler d’inflation.

 

Comme nous ne pouvons rien refuser à l’Allemagne, voilà notre Président  lancé  dans une audacieuse politique de défense de la Rente que n’aurait pas renié Adolphe Thiers ou le « petit père Queuille ». Pour quelqu’un qui prétendait « qu’ensemble tout était possible » et qu’il était urgent de « valoriser le travail » quel retournement ! Il est vrai que tout ceci se passait avant la crise et qu’il n’avait jamais précisé, à l’époque, ce qu’il entendait par « possible ».  Ce qu’il y a de bien avec les slogans simplistes, c’est qu’ils sont déclinables en toute circonstance. La France est à la remorque de l’Allemagne dans une Europe germanisée : « ensemble tout est possible ». Une Amérique avec plus d’impôts pour moins de croissance, un déficit record et un chômage qui crève les plafonds: « Yes we can » etc. etc.

Nous vivons en réalité, en ce début de vingt et unième siècle, le dernier tableau de la dictature du Baby boum. Les soixante-huitards sont fatigués d’avoir dépensé le capital de leurs parents et celui de leurs enfants. Il s’agit maintenant, en défendant l’argent qui dort contre la sournoise inflation, de leur assurer une retraite paisible sur le dos de leurs petits-enfants. Tel est le plan de la vieille Europe, porté par la France en 2010 pour le compte d’une Allemagne de vieux. Pas sûr que la planète achète ces antiques recettes et que les Chinois se convertissent en masse aux politiques rentières Merkelino-sarkozistes.

 

Nous pouvons compter sur l’impartialité de nos médias, aux mains de la génération de sangsues susmentionnées, pour nous alerter sur la réussite de l’opération. Il serait plus prudent, pour une analyse objective, de scruter le cours du Yuan par rapport à l’Euro pour s’en assurer.

S’il s’apprécie par rapport à notre devise, on pourra alors penser que notre Président n’a pas fait que gesticuler en vain. Dans le cas contraire on pourra toujours s’en remettre au Dalaï-Lama pour soulager nos consciences droit-de-l’hommistes (pour ceux que ça travaille). Il reste une hypothèse de renforcement de la monnaie Chinoise face à la nôtre qui n’est pas d’école : celle de l’effondrement de l’Euro sous le poids de ses dettes mais ça c’est une autre histoire… grecque.

 

 


[i] Grand Old Party : surnom donné au Parti Républicain

[ii] Baldur Von Schirach lui sortait, selon la légende, son Luger à l’évocation du mot « culture ». Comme quoi, en 70 ans, nos amis d’outre Rhin ont fait d’énormes progrès.

 

LE CHOC

septembre 16, 2010

Pendant quelques jours, le sort du monde a semblé reposer sur les épaules d’un illuminé comme seuls les Etats-Unis peuvent en inventer. Le pasteur d’une sous-secte évangélique entendait saluer le 11 septembre par un autodafé, afin de protester contre un projet qui a toute les raisons de choquer – à savoir la construction d’une mosquée à quelques pas de ce qui fut un jour le World Trade Center – notre doux dingue comptait brûler 200 Corans.

Coran alternatif ou continu ?

Tout ce qui pense, mais aussi ce qui planifie – le Général Petraeus en tête – de s’alarmer aussitôt, sur les conséquences d’un tel geste. Les mêmes qui nous assurent à longueurs d’ondes  (le Général excepté cette fois-ci) que l’Islam est une Religion d’Amour, de Tolérance et de Paix nous affirment solennellement que la paix dans le monde n ‘y survivrait pas ou, qu’à tout le moins, les représailles sur les Occidentaux et les chrétiens seraient terribles.

Le pire là dedans, c’est qu’ils ont probablement raison. Cette réalité devrait nous ouvrir les yeux sur la vraie nature de cette religion et, par ricochet, sur celle de nos sociétés que les mêmes prétendent intolérantes. Soi-disant, nous ne serions plus capable de nous ouvrir à l’Autre. Nous faisons en cela preuve d’un incroyable égoïsme et d’un insondable ethnocentrisme, prémices d’un repli identitaire mortifère, à en croire les promoteurs infatigables du monde merveilleux des Bisounours multiculturels. Pourtant, à bien y regarder, on a du mal à l’apercevoir, la tolérance et l’ouverture aux autres, chez des musulmans qui sont prêts à relancer le« Djihad» pour 200 bouquins brûlés.

C’est vrai qu’il faut être un sectaire de catholique pour supporter sans mot dire les attaques continuelles contre le Pape et les moqueries incessantes sur sa propre foi de la part de tout ce qui se prétend « éclairé » dans nos contrées. Aucun chrétien, fût-il intégriste, n’a encore, à ce jour, égorgé un journaliste, un imâm ou un humanitaire musulman au nom de sa religion. Non ! On nous ressasse à l’envie des croisades qui sont vieilles de 900 ans, en oubliant sciemment que depuis sa conversion à l’humanisme, en matière de réponse aux agressions, l’Eglise et son troupeau tendent l’autre joue. Dans un Islam prétendument de paix : pas question de cela ! Il n’est qu’à voir les appels au meurtre qui tombent des minarets à la moindre caricature.

Il est bien frais mon journaliste otage

Tout le monde s’émerveille – ou feint de le faire – de l’acte de solidarité que  les musulmans de France ont engagé au « bénéfice » des journalistes de France-Télévision retenus – selon la formule consacrée pour ne blesser personne – en Afghanistan, à l’occasion des célébrations marquant la fin du Ramadan.

Les dites « autorités » ont solennellement appelé à la libération de nos compatriotes au nom « des valeurs de paix de l’Islam en ce jour de fête et de pardon ». En dehors du fait qu’ils n’ont délibérément pas tenu compte des avertissements des militaires français, de quoi ces deux journalistes doivent-ils demander pardon aux musulmans ?

Je suis très content que les responsables du culte musulman en France appellent leurs coreligionnaires afghans à la clémence, tout autant qu’à la raison, mais pourquoi attendre aussi longtemps ? Qu’est-ce qui les empêchait, ces grandes consciences, de lancer leur appel dès l’enlèvement, ou au pire, dès que le battage médiatique s’est mis en branle autour de leur sort peu enviable, il y a de cela  plus de 6 mois ?

En réalité, c’est une opération de communication destinée à nous faire gober le bobard de la Tolérance comme élément constitutif d’une religion qui s’est toujours construite par le combat. Qu’il y ait parmi les musulmans français des gens qui vivent leur foi comme une affaire personnelle et qui se désolent de la manière dont elle est instrumentalisée par les fondamentalistes pour mener à une guerre de civilisation, est indéniable. Il se trouve malheureusement qu’on ne les entend pas. Cela n’a rien d’étonnant car il s’agit précisément de musulmans français. Ils ont intégré la notion de base de notre pacte républicain : la religion est une affaire privée. Ces gens là sont assimilés, ils se sont fondus dans la masse du peuple français et sont, comme lui, devenus laïcs ; ce qui ne veut pas dire – contrairement à ce que professent nos barbus francs maçons – qu’ils seraient devenus athées.

C’est sous prétexte de ne pas « faire de la peine » à ces gens là en dénonçant les turpitudes des fanatiques, qu’on nous demande de taire les outrances des barbus (pas les maçons, les autres) et de tolérer leurs exigences. L’astuce est un peu grossière et elle ne prend plus. Il faut au contraire que ceux que l’on appelle un peu commodément les « modérés » sortent de leur silence et affirment sans ambages leurs convictions en dénonçant les exactions des extrémistes.

A défaut, le Choc des civilisations pronostiqué par Samuel Huntington dans son livre fondateur s’accomplira. Il ne sert à rien de dénoncer ses écrits comme apocalyptiques, hérétiques voire sataniques et de précipiter, ce faisant, la réalisation de ce que l’auteur ne présente comme inéluctable qu’à la condition expresse de ne pas y apporter de remède. Comme dans bien d’autres domaines : retraites, sécurité, dettes publiques… la politique de l’autruche ne fait que reculer l’échéance, elle ne la fait pas disparaître. Il n’y a qu’à regarder les Grecs pour s’en convaincre !

Le choc de LA civilisation

Plus qu’un choc des civilisations, c’est d’un choc de notre civilisation qu’il faut analyser. Nous nous sommes longtemps pensés, à juste raison, comme universels et nous continuons de le faire, malgré tout notre pathos multiculturel. Aussi avons nous du mal, aujourd’hui, à penser le monde comme « pluriel ».

Que l’on y songe, notre calendrier est universel, nos façon de mesurer le passage du temps, les distances, de nous situer dans l’espace géographique, le sont aussi. Tout, jusqu’à notre sacro sainte et intouchable religion des Droits de l’Homme, est à vocation universelle. La lutte entre l’enfer communiste et la démocratie n’était rien d’autre que l’affrontement de deux doctrines occidentales globalisatrices.

Le triomphe de la démocratie sur le bolchevisme a pu faire penser à une fin de l’Histoire, en ce sens qu’il n’existait plus d’alternative, que le bien avait enfin triomphé du mal et que les scories totalitaires, qu’elles soient maffieuses ou religieuses, allaient se diluer dans le régime représentatif à l’occidentale, seul vecteur politique capable de porter le progrès économique de manière pérenne.

La fin de l’Histoire n’est pas pour demain

Pax americana

Hélas, Francis Fukuyama semble s’être trompé et à sa suite, ceux que l’on appelle, avec condescendance chez nos bien-pensants, les « néo-conservateurs » américains. La démocratie ne s’exporte pas les armes à la main dans des pays aussi déstructurés que ceux du Moyen Orient. L’Irak de 2003 n’est pas le Japon ou l’Allemagne de 1945. Tous trois étaient certes des dictatures militaires mais l’Allemagne était de culture occidentale et le Japon bien que nationaliste, très perméable aux apports de civilisations venus de l’extérieur.

Sur le plan économique, la Chine du 21ème siècle semble contredire le principe qui veut que le développement aille de pair avec la démocratie politique. Le modèle occidental de développement n’est donc plus unique. Il est remis en cause industriellement, du moins pour l’instant, par la Chine – ce pays est trop vaste et trop compliqué pour être affirmatif sur la pérennité de ce constat – et politiquement par l’Islam.

Un autre modèle ... pour l'instant

Ce qu’il y a de pervers et de potentiellement explosif dans cette seconde contestation, c’est que la zone de contact entre les deux modèles est très étendue. Il s’ensuit que l’interpénétration entre les deux sociétés est plus grande, dans ce cas, qu’entre l’Orient chinois et l’Occident. Tout comme nous, le monde musulman, même s’il ne s’en est jamais vraiment donné les moyens, est universaliste. La Chine beaucoup moins, dans la mesure où elle s’est longtemps suffit à elle même. L’Empire du Milieu moderne, n’est guère expansionniste, territorialement s’entend du moins tant que ses débouchés commerciaux et les flux de ses approvisionnements en matières premières ne se trouvent pas menacés. La ressemblance avec les Etats-Unis est de ce point de vue frappante.

Crispation identitaire dans un monde musulman à lagonie

En réalité la crise née du 11 septembre 2001, vient de la crispation identitaire musulmane. Celle-ci procède, nous l’avons vu, de sa proximité avec le modèle, peut-être déclinant mais encore singulièrement puissant, qu’est l’Occident. La force d’attraction de notre civilisation reste quasi intacte, et les sociétés du Proche et du Moyen Orient en subissent quotidiennement les conséquences.

Les traditions sont remises en cause, délaissées au profit de la modernité Occidentale, par une jeunesse qui aspire aux plaisirs de cette société de consommation qui nous est si naturelle que nous ne remarquons même plus sa singularité. Puisqu’ils se sont montrés jusqu’ici, malgré leurs richesses, totalement incapables à satisfaire les aspirations de leurs peuples en la matière, les potentats de ces pays, réagissent en prônant un retour à la rigueur morale, qui s’incarne à merveille dans une religion, très contraignante et démonstrative quand on en suit les principes.

Face à cette lente agonie, si nous devons nous garder d’organiser d’inutiles provocations, nous nous devons de rester fermes sur nos principes afin de ne pas compromettre la convergence et la dilution du monde arabo-musulman dans notre modèle. A la déchristianisation avancée de nos sociétés civiles, doit répondre une dés-islamisation de ces pays. Si nous parvenons à assimiler celles et ceux d’entre eux qui sont venus nous rejoindre en traversant la Méditerranée, nous assurerons notre avenir plus sûrement que par tout autre moyen. Les Barbus ont bien compris le danger. Ils redoutent plus que nous, la cinquième colonne constituée des hordes de musulmans occidentalisés qui viendraient leur donner le coup de grâce en portant nos valeurs au cœur de leur Moyen Age.

Voilà l’ambition que devraient avoir nos humanistes-droits-de-l’hommistes plutôt que de pérenniser, lâchement, la domination d’une religion sur la conscience d’une partie de leurs concitoyens, par l’exaltation d’un « droit à la différence » qui n’est, en fait, que le cache sexe d’un nouvel apartheid.

ISRAËL : PIEGE EN HAUTE MER

juin 3, 2010

Israël vient de commettre une des plus grosses erreurs stratégiques de sa récente histoire en arraisonnant violemment le convoi de navires affrétés par une ONG turque à destination de Gaza. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois dans ce Proche Orient si compliqué que les lignes bougent. Le problème c’est que, depuis 1967, elles ne bougent plus que dans un seul sens.

Un acte de guerre ?

L’arraisonnement des navires turcs dans les eaux internationales par la marine israélienne est présenté par l’Etat hébreu comme un acte de guerre. Pour que cela fût légalement le cas, il eût fallu que ces deux pays eussent effectivement été en guerre, or il n’en est rien. Le blocus de la bande de Gaza a beau être condamné par la communauté internationale, le forcer est un acte hostile car Israël reste souverain sur son territoire et dans ses eaux territoriales. La destination supposée de l’ « armada humanitaire » ne constitue pas un motif légitime à une action préventive tant que les limites territoriales ne sont pas franchies. Reste à déterminer quel statut accorder aux douze milles nautiques qui s’étendent au large d’un territoire qui, en droit international, n’appartient à aucun état, et si les navires arraisonnés étaient entrés, ou non, dans ces limites. Ce n’est visiblement pas le cas, a en juger par les circonlocutions utilisées par le gouvernement Netanyahu pour éviter de reconnaître ce sur quoi tout le monde s’accorde. Cette attaque des commandos marine a eu lieu à 72 nautiques des côtes, en dehors donc du périmètre de souveraineté, effective ou prétendue, des Israéliens contre des bâtiments battant pavillon de nations amies, cela s’apparente à un acte de piraterie.

corvette israélienne de type saar V

La disproportion dans l’usage de la force est aussi proprement effarante. Le gouvernement israélien invoque la légitime défense de ses soldats, supposés surentraînés, face à des « activistes » certes peu pacifiquement armés de battes de baseball, d’armes blanches et de barres de fer. A ce compte-là, que n’avons-nous fait donner les chars Leclerc pour disperser les émeutiers de nos banlieues à l’automne 2005… Deux soldats ont été blessés par balles mais il n’est pas encore prouvé qu’il s’agisse bien de projectiles tirés par leurs adversaires. Dégager des excités qui l’occupent, avec force barres de fer et couteaux entre les dents, une coursive de bateau à coups de M16 cela produit les résultats que nous constatons, mais aussi, probablement, quelques malencontreux ricochets. Quoi qu’il en soit, il est urgent pour Tsahal de changer de tactique car il y a fort à parier que cette « expédition humanitaire» maritime, ne sera pas la dernière. Israël ne pourra pas toutes les repousser de la sorte, sans compromettre durablement son image internationale et donc à terme, son avenir.

Les Israéliens s’estiment victimes d’un complot mondial visant à les détruire en sapant leur image, par le biais de coups médiatiques savamment planifiés. Le but de ces « shows » étant, selon eux, de leur faire endosser les habits peu enviables – et paradoxaux dans leur cas – de Goliath. A bien y regarder, il n’est pas impossible , dans ce cas précis, qu’ils ne soient pas totalement aveuglés par ce que leurs adversaires qualifient de paranoïa. Ceci étant, s’ils tombent aussi facilement dans les « panneaux » médiatiques qui leurs sont tendus par leurs ennemis, c’est probablement que leurs réactions sont devenus tellement prévisibles qu’il devient urgent, pour eux, de changer de tactique.

« Un peuple sûr de lui et dominateur »[1]

Une représentation géographique oubliée

Ce passage du statut de « victime de l’hostilité arabe » à celui d’ « oppresseur des Palestiniens », Israël a permis à ses adversaires de le construire avec une obstination et un acharnement peu communs. L’Etat hébreu s’est efforcé depuis la guerre des six jours et l’occupation des territoires qui étaient alors jordanien pour l’un – la Cisjordanie – et égyptien pour l’autre – Gaza – de perdre un à un les soutiens dont elle jouissait du fait de sa position d’assiégée. En effet, de leur création en 1948 à 1967, les Israéliens ont été constamment sous le feu du nationalisme arabe. Les pays qui les « entouraient » – les « encerclaient » serait plus exact – les attaquaient systématiquement avec pour ambition avouée de les éliminer. Tout a changé à l’issue de la guerre des 6 jours, quand Israël est passé du rôle de victime à celui d’occupant puis de colonisateur.

Certes, ce pays est la seule démocratie dans une région dominée par des dictatures autocratiques parfois héréditaires ou théologiques, mais toujours corrompues. Cette force morale est aussi une faiblesse dans la mesure où ses pères fondateurs ont choisi le pire des systèmes institutionnels possibles : le parlementarisme par représentation proportionnelle.

Ce qui pouvait se comprendre vu les circonstances ayant présidé à la naissance de l’Etat d’Israël, où les nécessités d’unité nationale prévalaient sur toute autre considération, est devenu, avec le temps, une tare. Aucune majorité stable ne sort jamais des urnes. La division profonde du peuple se reflète au parlement et les politiciens sont obligés de composer des majorités de circonstance pour parvenir à former un gouvernement. Comme dans nos troisième et quatrième républiques, le pouvoir réel est aux mains des petits partis « charnière », souvent extrémistes, qui  font et défont les majorités au rythme de leurs intérêts et de leurs phantasmes. Ils ne pèsent rien ou si peu dans le pays, mais la proportionnelle leur permet toutes les arrogances.

Le glissement d’une occupation militaire, qui pouvait être justifiée par des impératifs de sécurité tant que la paix n’était pas signée avec l’Egypte et la Jordanie, à une colonisation de peuplement, destinée a rendre irréversible une situation juridiquement floue, s’explique largement par cette fragilité politique.

Un pays à l'étroit dans des frontières disputées

La démocratie c’est aussi, il ne faut pas se le cacher, l’art de flatter l’électorat. Les plus démagogues l’emportent souvent sur les plus responsables. C’est faire injure aux dirigeants israéliens qui se sont succédés depuis quarante ans que de les penser aveugles et sourds aux conséquences à long terme de leurs actes. Ils n’étaient que des politiques souhaitant être réélus dans un pays confiné, un pays à l’étroit dans des frontières disputées, fruit d’un compromis diplomatique entre grandes puissances au sein d’une ONU toute neuve. Dans ces conditions, l’attrait représenté par de nouvelles terres, gagnées sur l’ennemi à l’issue d’une guerre défensive, est vite devenu irrésistible, au delà de toute raison stratégique. Ajoutez à cela la dose convenue de corruption orientale dans les mécanismes de distribution du foncier et vous avez la recette du cocktail explosif qui empoisonne les relations entre l’Orient et l’Occident depuis plus de 40 ans.

Désespérer ses alliés

Depuis la guerre des Six jours, Israël s’évertue à s’aliéner ses amis naturels avec une régularité confondante qui n’a pour seul équivalent planétaire que les efforts continus de la Corée du Nord pour « s’ouvrir » au monde. La France, qui avait porté l’Etat hébreu sur les fonts baptismaux alors que l’Oncle Sam se méfiait encore des illuminés collectivistes qui bâtissaient des Kibboutz comme les Soviets faisaient pousser les Kolkhozes, fut la première à prendre ses distances. Notre pays se refaisait ainsi, à bon compte, dans le monde arabe, un crédit largement entamé par la guerre d’Algérie. Il n’empêche qu’en la matière, de Gaulle était une fois de plus visionnaire. Il avait parfaitement assimilé l’idée qui avait été longtemps portée, entre autre, par les promoteurs du sionisme : celle de la libre détermination des peuples. Le temps des conquêtes militaires et de leur acceptation par les vaincus comme un fait accompli était passé, celui de la « résistance à l’occupation » et de la guerre asymétrique commençait. La France venait de s’en rendre compte en se sortant du guêpier algérien, elle avait une longueur d’avance, mais ses avertissements furent méconnus, moqués et ignorés comme venant de la puissance déclinante qu’elle était, aux yeux d’une jeune nation, galvanisée par une victoire sans appel.

Depuis lors, à l’exception notable des Etats-Unis, tous les alliés d’Israël sont passés d’une bienveillante neutralité à une condamnation systématique des « méthodes disproportionnées » employées par l’Etat hébreu pour garantir sa sécurité. Des invasions du Liban, au démantèlement de l’Autorité Palestinienne en passant par le blocus et le bombardement de Gaza, toutes les initiatives de Tsahal ont apporté leur pierre à l’isolement du pays sur la scène internationale.

Pareille situation n’est pas tenable sur le long terme. Tout comme nous nous refusons à voir la réalité économique en face, les gouvernements israéliens s’obstinent à ne pas considérer les données géopolitiques et géostratégiques, pourtant évidentes, qui commandent à un compromis avec les Palestiniens. Ils n’ont pas d’autre porte de sortie. Ils s’aliènent tout le monde, jusque et y compris, aujourd’hui, leur plus fidèle allié musulman : la Turquie. Ils sont entièrement dépendants de la patience et de la fidélité des Américains. En matière de relations internationales, il n’est jamais bon de dépendre d’un seul pays, fût il obstiné, surtout en des temps économiques incertains. Le jour où la Maison Blanche fera le compte de ce que lui coûte financièrement et politiquement son soutien indéfectible à Israël, le risque sera grand de voir le « parapluie » américain se refermer. Les états sont des monstres froids et compter sur les sacrifices que sont prêt à consentir les électeurs de l’Idaho ou du Michigan pour l’avènement d’ « eretz Israël » est un calcul risqué. L’essentiel de l’effort de guerre des Etats-Unis dans le Golfe, en Irak et en Afghanistan est lié directement à ses relations privilégiées avec Jérusalem. La haine que déclenche cette amitié dans le monde arabe doit se compenser à coups de milliards de subventions économiques pour conserver en place des régimes corrompus qui maintiennent, tant bien que mal, le couvercle sur la marmite. Lorsque s’ajoutent à cela, les vies humaines, le spectre d’un retournement de l’opinion publique américaine prend corps à mesure qu’augmente le nombre des G.I. tués en opération.

L’excuse commode du fondamentalisme :

L’exercice solitaire du pouvoir a donc ses limites, et les Israéliens vont devoir rapidement s’accommoder de ce qu’ils ont toujours repoussé avec la dernière des énergies : un Etat palestinien.

Depuis les accords d’Oslo, l’Etat hébreu, aidé en cela par les dissensions palestiniennes, l’irrédentisme et la corruption de Yasser Arafat, s’est toujours évertué à renvoyer cette naissance aux calendes grecques. Le retour aux affaires de la droite israélienne s’est même fait sur le dos du leader historique du Fatah accusé d’encourager les terroristes du Hamas. Avant d’en venir à de meilleurs sentiments et d’en sombrer dans le coma, Ariel Sharon a réduit en poussière l’embryon national qu’était l’Autorité Palestinienne faisant du même coup du Hamas le seul « résistant  légitime » à l’ « oppression coloniale».

Refuser, aujourd’hui, toute discussion avec les Palestiniens sous prétexte que certains d’entre eux sont des fous radicaux, est une hypocrisie. Israël serait plus légitime dans cette posture, s’il n’avait favorisé, avec détermination, dans les années 80, la montée en puissance des islamistes au détriment des nationalistes de l’OLP, inspirant ou s’inspirant en cela –l’Histoire le dira –  des méthodes utilisées par les Américains en Afghanistan contre les Soviétiques, avec les conséquences réjouissantes que l’on connaît aujourd’hui. Comme souvent, la potion s’est retournée contre l’apprenti sorcier et la créature, échappant à tout contrôle est devenue le pire cauchemar de son maître. Encore qu’il faille distinguer entre le maître et les enfants de ce dernier. Il est indéniable que les premières victimes de la folie des islamistes sont les civils israéliens qui subissent les attaques répétées des « kamikaze » et autres roquettes « artisanales ». Le fait que collatéralement, les civils palestiniens souffrent des représailles de Tsahal est un fait capital. La punition collective ne parvient jamais à autre chose qu’à souder les punis contre la main qui les frappe. Une fois posées ces données, on est en droit de se demander à qui profite le crime. Des deux cotés, les partisans du statu quo s’en sortent remarquablement bien. Rien ne peut bouger car on ne négocie pas : pour les uns avec l’occupant et pour les autres avec des terroristes …  du moins jusqu’à cet assaut.

L’importance que prend ce conflit dans nos sociétés marquées par une crise sans précédent rend encore plus urgente sa résolution. Nous ne pouvons pas durablement supporter que de parfaits abrutis en quête d’identité se tournent vers la haine du « juif » pour s’en fabriquer une. Il ne s’agit pas seulement de ne plus revivre « les heures les plus sombres de notre histoire » : l’Histoire ne repasse jamais les plats. Il convient justement de dépasser l’histoire tragique du « peuple juif » pour qu’un Etat qui en est directement issu, mais qui n’a pas pour autant vocation à représenter tous les juifs de la planète puisse vivre en paix avec ses voisins, ces derniers devant chercher ailleurs les raisons à leur sous-développement chronique. On ne peut pas passer son temps à expliquer qu’une mosquée en Europe n’est pas un avant-poste d’Al Qaïda  et prétendre que les juifs sont responsables et comptables des erreurs d’Israël. C’est aujourd’hui que l’on aimerait entendre les autorités religieuses musulmanes appeler leurs coreligionnaires au calme, à l’instar de ce que fit le Vatican après le 11 septembre.

Cargo Exodus en Juillet 1947

Ce qui vient de se produire au large des eaux israéliennes sera peut être un tournant dans la sanglante histoire du Proche Orient. On ne peut pas ne pas être frappé par certaines similitudes entre la situation présente et les circonstances qui ont présidé à la naissance d’Israël. Des bateaux, dans les deux cas, tentent de forcer un blocus en invoquant les mêmes  « raisons humanitaires ». Une même tentative de les en détourner produit des pertes comparables en vies humaines. Si cette tragédie pouvait enfin conduire à la création d’un Etat palestinien indépendant et viable, on aurait fait un grand pas vers la résolution du conflit.

On ne construit jamais une paix durable qu’avec ses ennemis. La France en est un bon exemple, tant avec l’Allemagne et le FLN algérien qu’avec la « perfide  Albion ».


[1] Charles de Gaulle conférence de Presse du 22 novembre 1967

Mon Imam chez les nudistes

avril 28, 2010

Alors que tout ce que ce pays compte d’Intelligences Certifiées Conformes tombe, à bras raccourcis, sur un Pape qui présente le tort immense d’ajouter une origine allemande à l’obscurantisme inhérent à ses fonctions, nos bouffeurs de curés se font les plus ardents défenseurs des bigoteries islamistes.

Il faudra un jour s’intéresser aux ressorts qui poussent des anticléricaux virulents à se lancer ainsi à corps perdu dans les bras des Barbus. Je veux bien comprendre que l’Eglise catholique ait des défauts, qu’elle n’ait pas toujours été dans le rôle modeste qui est le sien aujourd’hui ; qu’il fût, en effet, un temps où elle se mêlait à tort et à raison de la marche du monde et où le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle aimait à être César. Tout de même, tant de fascination pour les turbans, les fez et les keffiehs quand on ne peut pas voir un curé sans crier : « à poil la calotte », c’est suspect.

Individu et religion

Les temps de l’absolutisme ecclésiastique sont révolus. Les individus se sont libérés d’une tutelle temporelle pesante, et l’Eglise ne se préoccupe guère plus que des consciences de celles et ceux qui lui sont fidèles. Elle intervient bien encore un peu, parfois, dans les affaires de ce monde quand elle estime que l’essentiel est en jeu, mais son influence se cantonne au terrain des mœurs. Elle est en cela le pendant inverse des lobbies libertaires de tous poils, ni plus, ni moins. Ce faisant, elle ne prononce aucun oukase et, si elle exprime sa préférence, elle n’en laisse pas moins à chacune de ses ouailles ce qui fait le fondement du message chrétien : la liberté de conscience.

Cette liberté laissée à l’individu, c’est justement ce que refuse l’Islam dans une assez large mesure. L’absence d’autorité religieuse suprême, comme dans le cas du Pape, rend difficile cette généralisation. On constate cependant, sans trop de difficulté que l’individu n’est pas la valeur cardinale du monde musulman. Cette religion, à l’instar de toutes les autres, se fonde sur l’appartenance à une communauté, celle des croyants. Lorsqu’un culte aussi exigeant que l’est l’Islam s’adresse à des fidèles, qui n’ont souvent qu’elle à quoi se raccrocher pour se définir, la communauté vire facilement au communautarisme, la tolérance à l’exclusion et le vivre ensemble à l’apartheid. A quoi tient cette différence entre chrétiens et musulmans sur la place à accorder au fait religieux ?

Les traités de Westphalie, Münster et Osnabrück, fondement de l’identité nationale

En Europe, la nation s’est construite au détriment de l’Eglise. Alors que la communauté des chrétiens transcendait assez largement les frontières de l’Europe médiévale, les guerres de religions et l’affirmation de la puissance française ont finit par jeter bas l’édifice.

En Occident, la division entre le spirituel et le temporel, même si elle ne fut pas absolue, permit à l’Eglise d’assurer son emprise sur la société. L’unité religieuse dura mille ans. Le schisme fut d’autant plus brutal que l’unité avait été longue. Contrairement à l’hérésie cathare, le protestantisme avait pris racine dans le peuple et se voulait un retour vers les valeurs fondamentales de la chrétienté et non une évolution pour l’élite. L’effroyable boucherie qui s’en est suivie était d’autant plus inévitable que nombre de pouvoirs temporels procédaient, à des degrés divers, du divin. Il a  fallu inventer une nouvelle organisation sociale pour circonvenir l’incendie qui fit rage pendant deux siècles. On a donc inventé la Nation.

L'Europe des Traités de Westphalie

Il est convenu de fixer son apparition aux Traités de Westphalie en 1648. Ceux-ci, à l’issue de la Guerre de Trente ans, organisent la supériorité du territoire sur le fait ecclésiastique ou civil et érigent la non ingérence dans les affaires religieuses et politiques d’un pays comme une règle absolue. L’Etat-nation souverain devient le socle du droit international.

Dorénavant, l’appartenance à une nation passe avant les convictions religieuses. L’identité nationale se forge dans le sang versé pour la patrie et non plus dans le sacrifice pour la gloire de Dieu. Peu à peu, insidieusement, les sacrifices que l’on exigeait du peuple ne l’étaient plus au nom d’une place meilleure dans un royaume dont jamais personne ne revenait. Ce paradis, il convenait de le bâtir ensemble dans ce monde au sein d’une communauté humaine délimitée par ses frontières. Nos libertés individuelles dont nous sommes si fiers, sont le fruit de cette lente et douloureuse évolution de la communauté religieuse à la communauté nationale.

La nation arabe

Ce tournant, le monde musulman ne l’a pas pris. Plutôt moins que plus unifié sous la double férule de l’Empire perse et de la Sublime Porte, il n’en a pas ressentit la nécessité pour au moins deux raisons.

Il n’a pas fallu attendre un millénaire pour qu’un schisme naisse en terre d’Islam : la division des croyants entre Sunnites et Chiites n’a pas pris un siècle. La confusion des pouvoirs spirituels et temporels dans les mains des Califes portait dès le départ les germes de la scission, et les rivalités politiques se sont naturellement habillées d’oripeaux religieux. Les conséquences politiques et spirituelles n’ont, de ce fait, pas été les mêmes qu’en Europe.

Au morcellement des royaumes et principautés chrétiens a répondu la formation de deux vastes empires. Les Perses chiites, avaient pour eux l’antériorité organisationnelle et surtout une relative homogénéité culturelle. Ils nous intéressent moins, tant leur confrontation avec l’Occident est récente et, à tout prendre, conjoncturelle.

Blason de l'Empire ottoman

Le monde sunnite, en revanche,  s’est construit du Califat de Bagdad, à l’Empire ottoman en agrégeant à sa culture nomade tout ce que le monde gréco-romain comptait de diversité. Il s’est aussi bâti face à la chrétienté et en concurrence avec elle. La religion a été le ferment principal de l’unité des différents avatars de cet Empire. Le principe de ce type d’organisation politique est l’accommodement avec les particularismes locaux au profit d’une unité d’ensemble. Plus les différences culturelles sont marquées plus l’exercice est compliqué. La religion est un ciment puissant.

Cet Empire sans unité ethnique n’a été disloqué que très récemment sous l’action des Etats-nations européens. La puissance culturelle dominante a alors imposé son modèle et a réorganisé la zone en créant de toutes pièces des Etats, y compris là où il n’y en avait jamais eu. Le sentiment national dans ces nouvelles entités est en conséquence assez diffus et ne s’est construit que contre l’autre.

Israël au Proche-Orient et la France au Maghreb, particulièrement pour l’Algérie, ont tenu ce rôle. Les résultats ont été décevants  pour le nationalisme arabe, dont les aventures militaires ont été suivies de raclées mémorables. On se contente donc à présent, assez prudemment, d’incantations. La frustration est, cependant, immense et les rêves de gloires perdues, pris à tort pour du nationalisme, entretiennent la docilité d’une foule qui, sans cela, se serait depuis longtemps débarrassée des parasites qui président fort mal à sa destinée. Ce que l’on qualifie un peu rapidement de « mythe de la nation arabe » n’est rien d’autre que l’espoir d’une renaissance de l’Empire sunnite. Le seul ferment d’unité de ces peuples qui n’ont qu’une conscience nationale trop récente, c’est la religion.

L’Islam et l’Europe

Le fait que le monde musulman ait été projeté dans la modernité sans être passé par le stade du développement d’une conscience nationale, explique en grande partie la difficulté des individus qui en sont issus à trouver leur place dans nos sociétés.

Confrontés à des modèles d’organisation structurés, à un niveau de développement social économique et culturel à des années-lumières de ceux de leurs pays d’origine, les musulmans subissent un traumatisme certain. Comme en outre les nouveaux arrivants sont toujours les plus mal lotis, les frustrations sont immenses. Il s’ensuit la rémanence du problème bien au-delà de la seconde génération.

Certaines de ces difficultés ne sont pourtant pas exceptionnelles, étant le lot commun de tous les migrants. Admettons que les populations européennes s’acclimatent, peut être, plus facilement car leur cadre socio-culturel est plus proche de celui de leur société d’accueil. Mais pourquoi, en ce cas, les Chinois s’y adaptent-ils en l’espace de deux générations ?

C’est leur absence d’ancrage national solide qui rend extrêmement difficile l’assimilation des Maghrébins. Ils ne se définissent que par très peu de chose, tant leurs nations sont récentes. Abandonner cette couche superficielle d’identité leur est presque impossible du fait même de son manque d’épaisseur. Il s’ensuit un communautarisme qui les replie sur leur seul véritable identité : l’Islam.

Leur religion devient alors un moyen d’affirmation identitaire, un vecteur de refus de la dilution dans l’ensemble européen. Tout est prétexte à l’affirmation de sa différence. Le moindre interdit, et Dieu sait s’ils en ont, sert à se distinguer de la société hôte. Ce tropisme séparatiste n’a jamais été combattu. Au contraire, le culte  ambiant de la « diversité » a favorisé, quand il n’a pas encouragé, ses excès. Chaque jour apporte son lot de nouvelles exigences.

En France

La Fille aînée de l’Eglise n’a pas fait exception. Chez nous, l’anticléricalisme s’est allié avec le tier-mondisme, plus récent, et le complexe post-colonial de l’Homme blanc pour faire du musulman le nouvel opprimé à protéger. La montée en puissance des femmes dans nos sociétés et la concurrence qu’en conséquence ces dames font à ces messieurs dans le monde feutré des salons intellectuels parisiens, ne sont peut-être pas étrangères à la fascination qu’exerce un culte aussi ouvertement machiste sur certains de nos « grands » esprits. Tout est alors bon pour exalter les différences, et tant pis si au passage on foule aux pieds les principes républicains que l’on prétend défendre.

Car en France, c’est le modèle de l’assimilation de l’étranger au destin national qui a toujours prévalu. En l’espace de quelques dizaines d’années seulement, nous sommes passés de ce principe, généreux et peu courant de par le monde, à un salmigondis d’accommodements destinés à faciliter « l’intégration ». On notera au passage le glissement sémantique. Ces deux mots, de nos jours si facilement confondus par des journalistes incultes, relèvent de réalités fort différentes. Assimiler c’est faire de l’autre un Français. Intégrer c’est tolérer un étranger et faciliter son installation. Ce n’est pas la même chose, surtout quand c’est avec les outils de l’assimilation que l’on intègre. Autrement dit, quand on donne la nationalité française à des gens qui ne partagent pas du tout les valeurs qui y sont attachées et qui, au fond d’eux mêmes, demeurent des étrangers … parfois hostiles à la France.

De là un malaise croissant dans la population française qui voit s’installer chez elle des hordes d’étrangers qui la rejettent, tout en  prétendant, au nom de nos principes, vivre ici comme ils vivraient chez eux. L’accélération de ce phénomène, ces dernières années, est préoccupante et c’est dans cette perspective qu’il faut resituer le débat sur la Burqa.

La Burqa, symbole des crispations identitaires

Contrairement à ce que disent les partisans des « accommodements raisonnables », cette affaire n’est pas mineure et elle intéresse l’avenir du pays au plus haut point. Nous avons toujours été divisés entre la fermeté et les concessions, c’est un dilemme éternel.

A ce propos, il est fréquent de faire référence aux accords que Daladier signa à Munich avec Hitler. Il existe, pourtant, une grande différence entre la situation actuelle et ce fâcheux précédent : lorsqu’il se posa au Bourget, le Président du Conseil, bien conscient de la lâcheté insigne de son acte, fut très surpris d’être acclamé pour sa clairvoyance par un peuple d’aveugles qui préférait le déshonneur à la guerre, et qui eut les deux pour salaire de ses péchés. A l’époque l’élite était consciente de son indignité ; les masses, elles, voulaient la paix à tout prix. Aujourd’hui, c’est l’inverse : c’est le Peuple qui se révolte contre l’inaction et la complaisance de ses dirigeants, et ces derniers qui se voilent la face pour ne pas avoir à combattre ce qu’il faut bien appeler une tentative de sédition.

L’islam n’est pas un bloc unitaire, et nombre de nos compatriotes qui pratiquent ce culte ou qui y sont culturellement attachés, ne partagent pas les volontés ségrégationnistes voire sécessionnistes des éléments les plus radicaux de ce qui n’est encore qu’une minorité religieuse. Jusqu’à une époque récente, ceux que l’on qualifiait de « modérés » se faisaient très discrets. On ne les entendait guère condamner les excès des fanatiques que du bout des lèvres. Cependant, depuis l’apparition dans nos rues de l’expression du « bon goût vestimentaire  afghan », même les autorités religieuses interviennent au grand jour. Le très sensé et trop peu entendu Recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, condamne sans ambages, au nom des principes de la République, la prison de tissu imposée aux femmes. Le « vivre-ensemble » suppose que l’on ne considère pas l’autre comme indigne de vous regarder. On ne saurait plus clairement afficher son opposition au fondamentalisme et son attachement au contrat social national.

La burqa une pudeur à sens unique ?

Tout n’est donc pas perdu, et si les nouvelles Belphégors sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, alors tant mieux ! Evidemment, dans les salons « où l’on cause » on s’exclame qu’il est techniquement impossible de sanctionner ces « goules ». Or, celle qui vient d’être verbalisée pour conduite encapuchonnée prouve, si besoin est, que dans ce domaine comme dans bien d’autres, lorsqu’il y a une volonté, on trouve un chemin. En prime, on découvre que son charmant mari est polygame et qu’il escroque allégrement de ce fait les allocations familiales : on envisage même maintenant de le déchoir de sa « nationalité française » acquise par mariage. Là, on touche au sublime. Il en aura fallu du temps et des coups de pieds au fondement pour que nos élites comprennent.

Tout cela vient sans doute un peu tard. Le mal est ancien et dénoncé depuis des années par de nombreux observateurs. Les professionnels de la concession et de l’ « anti racisme » vont sans doute se bousculer pour crier à l’opportunisme politique afin de tenter de couvrir cette affaire d’un voile d’opprobre. Il n’empêche : même s’il s’agit, pour le Président, d’une posture tactique, elle n’en répond pas moins à une demande de l’opinion. Le message a été passé « fort et clair » lors des régionales. Ce faisant, Nicolas Sarkozy ne fait rien que les socialistes ne lui réclament à cor et à cri depuis le soir du second tour : il tire les enseignements du scrutin. Il a pris la mesure de son échec et de la grogne de son électorat. Tout l’enjeu stratégique des deux ans qui le séparent de 2012 se résume à sa capacité à faire comprendre, comme d’autres avant lui, à des électeurs échaudés qu’il les a compris. Il ne doit plus se contenter de faire, comme en 2007, un constat que personne, avant lui, n’osait énoncer dans les partis de gouvernement. Pointer les disfonctionnements c’est une chose, s’attacher à les résoudre c’en est une autre. Jusqu’ici, il n’avait pas fait montre d’une grande énergie réformatrice dans ce domaine. A présent, il doit agir pour persuader le Peuple qu’il s’attaquera sans faiblir, d’ici à 2017, à ce cancer qui ronge l’unité et le moral de la nation, aussi sûrement que la crise économique.

Qui pourra encore dire après cela que les élections régionales ne servent à rien ?

L’aube de l’île monde 3 – OTAN suspend ton vol ?

avril 12, 2010

Une Alliance de projection de puissance maritime

Nous venons de voir l’importance des théories de Mackinder pour les Anglo-Saxons en général et les Américains en particulier. Le retour économique gagnant de l’Extrême-Orient donne une vigueur nouvelle à une théorie élaborée au moment où l’ancien ordre mondial dominé par les Européens basculait au profit de celui qui semble donner, de nos jours, de sérieux signes d’usure.

Première manifestation de l’île monde

Ce qui paraît se dessiner en Eurasie n’est pourtant pas une nouveauté. La guerre froide prend un tout autre relief si on la replace dans le paradigme du fondateur de la London School of Economics. A partir de 1949, avec la victoire des communistes sur le Kouo-min-tang, le bloc communiste était en passe de réaliser l’île monde à son profit. Avec le recul de l’histoire, il est facile de considérer que le type de développement économique induit par les théories de Marx ne permettait pas la naissance de ce super continent. Le modèle économique et politique proposé par l’uniformité apparente de l’alliance sino-soviétique n’était pas uniquement un péril pour la liberté. Il venait aussi rejeter les Etats-Unis à la marge du monde en construction.

La  politique américaine de « containement » n’est que la continuation de la politique anglaise face au blocus continental, sur une plus grande échelle. C’est une stratégie de puissance maritime face à un pouvoir continental. Elle vise à s’assurer des bases solides à la périphérie de l’Empire faute de pouvoir l’atteindre au cœur. L’Europe occidentale, le Pakistan, la Corée, le Japon, l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam ont en commun d’être atteignables de l’une ou l’autre des côtes américaines.

L’Amérique est même allée jusqu’à créer des ennemis à ses adversaires là ou rien n’existait. Le Wahhâbisme et toute la cohorte de maniaques religieux qui se réclament du Djihad mondial pour convertir les mécréants au fil de l’épée ont été portés sur les fonds baptismaux, si l’on peut dire, par les Etats-Unis. Dès avant la fin de la seconde guerre mondiale, les accords entre Roosevelt et le roi Fayçal Al Saoud scellent une alliance qui verra l’Amérique renforcer les fondamentalistes au détriment des nationalistes soupçonnés de sympathies communistes. Cet aveuglement conduira les baassistes et autres nasséristes dans les bras de Moscou tandis qu’au nom de la « liberté » on développait la résistance aux Russes sur une base religieuse en organisant le transit des jihadistes vers les vallées d’Afghanistan. Les Ben Laden et autres barbus fanatisés peuvent remercier le « grand Satan ». Sans lui, ils pousseraient encore leurs chèvres dans le désert yéménite.

Les signaux d’alerte n’ont pourtant pas manqué. La déconvenue iranienne aurait dû alerter les stratèges de la Maison Blanche. La chute d’un Chah de plus en plus incontrôlable devenait une priorité. Son remplacement par les mollahs n’apporta pas la sérénité voulue, c’est le moins que l’on puisse dire. Certes, les religieux, une fois maîtres de Téhéran, ne se précipitèrent pas chez les incroyants soviétiques mais l’affirmation de la souveraineté persane ne s’est pas faite au bénéfice de l’oncle Sam. On ne peut pas faire confiance au spirituel pour présider aux destinées du temporel, c’est une évidence vue de nos vieilles nations européennes percluses de conflits religieux. C’est beaucoup moins vrai depuis une nation fondée par des protestants exaltés expulsés d’Angleterre, pour cette raison. Les héritiers des pionniers du Mayflower sont, depuis, persuadés qu’ils ont une mission divine et ils le proclament à la face du monde, entre autre, en inscrivant sur la monnaie dont ils inondent la planète : « In God we trust ».

La stratégie américaine face à l’île monde

Zonage du " War on terror "

Tout autant que les efforts américains, les dissensions politiques entre les deux moteurs de cette proto-île monde auront eu raison de son essor. Le succès n’était pas au rendez-vous tant, la faiblesse économique des acteurs était patente.  Ils partaient de trop loin et devaient affronter une concurrence trop rude en un temps trop court. On a conclu, un peu vite, de la chute du communisme, à la fin de l’Histoire[1] et au côté incontournable de la démocratie libérale comme modèle unique de développement.

L’Amérique triomphe de ses ennemis, elle demeure la seule force en présence. On assiste alors à la théorisation de la puissance bienveillante. Les Etats-Unis n’ont aucune intention impérialiste, ils cherchent le bonheur de l’humanité dans son ensemble. La raison l’emporte sur la passion. Pourtant, les atavismes ont la vie dure et il suffit d’un rien pour que le gentil et désintéressé Bobby planétaire se transforme en vil tonton macoute de bas étage. On ne peut pas analyser le délire irakien autrement.

Le pays de Saddam n’était plus une menace pour personne à l’issue des douze années d’embargo qui suivirent la déculottée administrée par la coalition internationale, consécutivement à ses égarements koweïtiens. Aucune raison objective ne présidait à cette nouvelle expédition, si ce n’est le besoin de se positionner aux marges de l’île monde renaissante, au cœur du ventre mou islamique.

Le sentiment d'encerclement dépend de la perspective géographique avec laquelle on l'étudie

Ce faisant, les Etats-Unis renforcèrent les fondamentalistes. Ils achevèrent les régimes laïcs de la région qui faisaient encore obstacle aux barbus. Ils créèrent une zone d’instabilité aux portes d’une Europe qui pouvait être tentée de se tourner vers le continent à la faveur de son recentrage à l’est et ils se positionnèrent à proximité immédiate de la zone-pivot. L’Afghanistan leur donnait déjà cette occasion, à ceci près que deux c’est toujours mieux qu’un, surtout quand entre les deux se trouve l’Iran.

On le voit, les Américains ne sont pas aussi ignorants des réalités géopolitiques du monde contemporain que l’on affecte de le croire en Europe. Les bouseux  du Texas ne savent peut être pas bien distinguer Bruxelles de Paris, et qui pourrait leur donner tort par les temps qui courent, mais il savent très bien que le Caucase doit être contrôlé et pacifié pour que les visons mackidiennes s’appliquent. S’ils veulent conserver leur puissance, ils doivent s’assurer de la permanence de ce foyer d’instabilité.

A la recherche de nouvelles alliances continentales

La Russie et surtout la Chine sont bien conscientes de cette stratégie. Il ne faut pas interpréter autrement leurs positions vis à vis du Pakistan, de la Géorgie, de l’Ukraine ou de la Corée. Les marches de leurs empires respectifs doivent être sous leur contrôle afin de faire pièce à la volonté américaine. Ce n’est pas de l’aveuglement nationaliste chinois ou d’atavisme impérial russe qu’il s’agit. Les leçons de la guerre froide ont été retenues. Avant toute chose, il convient de rester maître chez soi. Tout ce joue sur la zone-pivot et, de ce point de vue, l’Iran est la « mère de toutes les batailles ». Elle n’est pas dans le voisinage immédiat des deux puissances continentales mais elle est la porte d’entrée sur le Caucase. Les puissances continentales doivent donc impérativement trouver des alliés.

Il faut se rendre à l’évidence que les choix en la matière sont restreints. L’Inde est en retard sur la Chine, elle commence sa mue et se méfie de son puissant voisin depuis ses déconvenues militaires des années 60. De plus, elle est trop occupée par ses querelles avec le Pakistan et trop dépendante des Etats-Unis pour les résoudre. Il reste l’Europe.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le « vieux continent » est pacifié, d’abord à l’Ouest puis à l’Est sous la houlette américaine. Cette domination  y est acceptée quand elle n’y est pas célébrée, par les élites locales au nom d’une communauté d’intérêts symbolisée par la démocratie porteuse du développement économique. Cette unanimité des « gens de bien » rappelle trait pour trait les conditions dans lesquelles les Grecs se joignirent  aux Romains. La puissance culturelle dominante de l’antiquité s’est soumise à la puissance militaire car avec elle, venait la fin des conflits endémiques entre cités. Ces guerres fratricides engendraient une instabilité qui fragilisait la pérennité de l’ordre social.

Même cause, mêmes effets, la Pax Americana apporte la prospérité aux oligarchies en place par la sécurité des échanges et des contrats commerciaux. Cet axiome est imparable tant qu’il n’existe pas d’alternative. On voit, avec la Chine, que le succès économique est désormais déconnectable du libéralisme politique. Surtout, l’Empire du Milieu, n’a que faire de l’exportation d’un modèle d’organisation sociale. Son but est de trouver des clients pour commercer et des fournisseurs pour se développer. La Russie est assise sur un tas d’or géologique et se trouve située au centre d’une zone d’échanges potentiellement infinis entre est et ouest. Sa position est idéale. Elle n’a pas vocation non plus à exporter un mode de vie. La solution de remplacement à l’atlantisme ne viendra pas bouleverser nos habitudes, le « péril jaune » et le redoutable « Ivan » n’ont pas pour ambition d’égorger nos fils et nos compagnes.

La Chine et la Russie, ça n’est pas suffisant et afin que l’île monde prenne corps il convient d’y attirer une Europe qui regarde presque exclusivement vers l’océan. Des trois grandes puissances locales, une seule fait relativement exception. Le Royaume-Uni est ataviquement attaché aux Etats-Unis. L’Allemagne n’est plus que l’ombre d’elle même. Sa puissance économique la rend totalement dépendante, pour sa pérennité, des armes américaines tant elle s’est maintenue en état de dépendance militaire. Elle est dans la même position que notre pays après Waterloo.

La France et l’île monde

La France est un cas à part. Le grand vaincu du XIXème siècle, n’a pas abandonné ses rêves de gloire et ne s’est jamais pleinement satisfait de son rôle de supplétif. Qu’avons-nous vraiment gagné depuis que nous nous sommes rangés derrière la bannière des puissances maritimes ? Trois guerres meurtrières avec l’Allemagne, un lent déclassement économique et politique et la fin de notre domination culturelle.

Comme leurs homologues, nos élites sont farouchement accrochées à l’alliance américaine. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ironiser sur les capacités, le rôle, l’influence, le poids et les ambitions de la France dans le monde est devenu si commun à tout ce qui prétend procéder de l’intelligence dans notre pays que l’on se demande bien pourquoi, les puissances montantes prennent encore la peine de s’intéresser à tant d’insignifiance. Il est amusant de constater que la Gauche communiste a initiée ce processus au sortir de la guerre, pour hâter la victoire des « progressistes internationalistes » incarnés par les apparatchiks moscovites en liquidant la nation à leur profit. Elle a été, récemment rejointe, dans ce « noble but », par la Droite eurolâtre au prétexte, là encore, de la souhaitable et inéluctable dissolution de la patrie dans le « projet européen ». Dans tous les cas il s’agit de faire disparaître le pays. Nul part ailleurs on ne trouve une telle fascination morbide des élites pour le « parti de l’étranger ». Un si grand acharnement doit relever d’une sérieuse pathologie, un tropisme d’oligarchie grecque en voie de romanisation, probablement.

Il est indéniable que notre position internationale s’est érodée depuis l’Empire, nous en avons analysé les causes. Cependant, nous avons maintenu une étonnante combativité. Bien sûr, nos stratèges se sont longtemps efforcés de préparer la guerre à venir sur les bases de celle qu’ils venaient de perdre. L’affaissement démographique français a bien affaiblit nos capacités, mais ne les a jamais anéanties. Coûte que coûte, nous nous sommes maintenus non comme acteur principal, mais comme une entité incontournable. Aussi curieux que cela puisse paraître aux prophètes du déclin, on n’a jamais pu faire sans la France.

La France rejoint le commandement intégré de l'OTAN

La France rejoint le commandement intégré de l'OTAN

C’est encore plus vrai aujourd’hui, à l’aube d’un monde nouveau. La France est le maillon faible de l’Empire américain. Bien que nous tournions le dos, depuis peu, à notre doctrine traditionnelle en réintégrant, sans contreparties notables, le commandement intégré de l’OTAN, nous n’en sommes pas moins perçus comme autonomes et ce pour plusieurs raisons. Nous n’avons pas suivi le mouvement en Irak. Nous conservons une force de frappe nucléaire indépendante. Notre industrie d’armement est parmi les plus performantes au monde. Enfin, nous avons déjà claqué une fois la porte de l’Alliance, sans que le ciel ne nous tombe sur la tête pour autant. Voilà les raisons qui poussent la Russie, la Chine et dans une moindre mesure l’Inde à ne pas nous considérer, simplement, comme l’Italie, bien que nous soyons plus proche d’elle économiquement que de l’Allemagne. L’économie ne gouverne pas tout, la politique fait encore avancer les Etats. C’est de la même logique que procèdent les récentes attentions du couple Obama envers les Sarkozy. Ménager l’ego du Président d’une nation toujours prompte à renouer avec ses rêves de grandeur, permet de conjurer le risque que celui-ci ne se drape soudainement dans les plis de son drapeau. Depuis le temps que son « copain Barack » le snobait sur tous les sujets qu’il décrétait majeurs, « my friend Nicolas  » aurait été capable de se souvenir qu’il était gaulliste. Il convenait de rattraper le coup sans rien céder sur le fond. Un petit dîner en couple savamment orchestré, vaut mieux qu’un grand choc. On arrive toujours à amadouer l’indigène avec de la verroterie médiatique.

La France ne remettra pas en cause l’ordre européen à elle toute seule. Elle peut simplement contribuer à lézarder la belle façade d’unanimisme occidental qui veut qu’il n’y ait point de salut en dehors de l’Amérique. Il ne lui en faut pas beaucoup plus pour intéresser du monde. Nous ne sommes pas revenus au centre du jeu pour autant. Nous devons nous contenter d’être une puissance régionale, mais une puissance déterminante. Le monde change vite. Que pointe une alternative à  cet ordre présenté comme immuable pour mieux nous confiner à un rôle qui n’est pas à la mesure de notre destin, et tout peut arriver. L’île monde n’est pas la plus absurde des solutions, pour qu’un pays qui se cherche depuis près de deux siècles, se trouve enfin. Il faudra pour cela relever des défis que je m’efforcerai de souligner au travers de ce blog.


[1] Francis Fukuyama – La fin de l’histoire et le dernier homme – Champs Flammarion

L’aube de l’Ile Monde 2 – VAE VICTIS

avril 1, 2010

Brennus posant son épée sur la balance - Paul lehugeur XIXème siècle

Après avoir pillé Rome en 390 avant J.C. et assiégé, sans succès à  cause d’une sombre histoire d’oies, ce qu’il restait de ses habitants réfugiés sur le Capitole, Brennus, chef de l’expédition des Sénons, accepta de lever le siège en échange d’un tribut de mille livres d’or. Constatant que les poids gaulois étaient faux, les Romains vinrent s’en plaindre à Brennus qui pour toute réponse ajouta son épée et son baudrier dans la balance en s’écriant « Vae Victis »[1] malheur aux vaincus.

Ce premier adage géopolitique, ne s’est jamais démenti au fil des siècles. Les Villes-Etats de l’antiquité, pas plus que nos nations modernes, ne font de sentiments. En ce domaine comme dans bien d’autres, l’intérêt du plus fort prime toujours sur celui du plus faible. Il faut en prendre son parti et se ranger du côté où penche la balance. C’est le principe cynique de la marche des nations. Ce fait largement établi ne trouble que les « humanistes ». Pour eux, les frontières sont les obstacles à l’amour universel et leur abolition la solution à tous les problèmes. Rejetant une réalité non conforme à leurs souhaits ils trouvent refuge dans leurs rêves peuplés de « citoyens du monde ». Refusant de voir que seule une minorité de privilégiés par la fortune ont les moyens de se revendiquer comme tels, ils vont rapidement déchanter !

La fin d’un monde

En ces temps de crise économique majeure, jamais le repli sur soi n’a eu plus d’avenir. En effet, c’est dans le cadre national que s’exerce naturellement la protection que chacun requiert de son gouvernement. S’il ne la reçoit pas, c’est au sein de cet ensemble géopolitique que se mènera la révolution pour l’obtenir. Pour bornés qu’ils soient, les politiciens, démocrates et autocrates confondus,  le savent très bien. Si rien ne s’améliore, ne doutons pas du retour des recettes éprouvées du protectionnisme et de la guerre nationale comme exutoire à la crise.

La tempête qui s’est levée en 2008 sur le système financier international ne s’achèvera pas avec la résorption de la bulle immobilière. Le système au bord de l’implosion a été sauvé in extremis par les Etats qui ont, ce faisant,  nationalisé la dette et déplacé la spéculation vers des budgets nationaux déjà sous tension déficitaire depuis trois décennies.

L’économie mondiale tourne autour de « l’hyper-puissance » américaine pour des raisons détaillées dans mon dernier article. Nous avons vu que le postulat qui préside à cette hégémonie américaine repose sur des bases fragiles pouvant être remises en question par les choix opérés sous nos yeux par le gouvernement Obama. Si la vitalité économique américaine est touchée par ses réformes, l’édifice s’effondre et les cartes sont redistribuées. Où ira donc s’investir la masse des capitaux libérés par la mondialisation des échanges ?

Cette question économique, cruciale pour le devenir de nos sociétés dopées à la dette, commandera  directement l’avenir de la paix dans le monde. Des choix stratégiques se dessinent, essayons de les cerner.

Vers un nouvel ordre mondial

Depuis l’échec du blocus continental, ce qu’Eric Zemmour décrit magistralement dans son dernier ouvrage[2] comme la fin du rêve impérial français, les puissances maritimes dominent le monde. Carthage l’a emporté sur Rome, l’Angleterre, puis à sa suite les Etats-Unis, sont les parrains d’une économie mondialisée par les liaisons océaniques.

Sir Halford Mackinder

A la fin du XIXème siècle, alors que la puissance anglaise est à son apogée, Halford Mackinder, le fondateur de l’école de géographie d’Oxford et de la London School of Economics, s’interroge sur la pérennité de cet état de fait. Il établit, en deux temps (1904 et 1919), sa théorie selon laquelle l’histoire de l’Europe se confond avec celle de l’Asie. C’est de là que partent les grandes migrations qui précipitent la fin de l’Antiquité en Occident. Des forces suffisamment puissantes pour bouleverser les acquis, mais pas assez fortes pour ne laisser que chaos et ruines. L’Europe assimile ses conquérants, puis se remet sur pied, et finit par dominer le monde en s’affranchissant, par la mer, des contraintes qui pèsent sur son commerce avec l’Orient. Elle précipite ainsi, le déclin de l’aire islamique en contournant son monopole sur les liaisons terrestres. Après Waterloo, l’Angleterre domine l’Europe et par tant le Monde, car elle règne sur les océans.

Ce dispositif, renforcé par la découverte de l’Amérique, se trouve remis en question par les progrès technologiques et politiques en ce début de vingtième siècle. L’affirmation de la Russie vient changer la donne. Le cœur géopolitique de cet ensemble continental est stabilisé sous la houlette russe. Les grandes steppes de l’Empire sont inaccessibles par la mer. C’est le « Heartland » du super-continent qui s’étend de l’Europe de l’est aux steppes kazakhes en passant par les grandes plaines russes. Ce concept sera « popularisé » par la géopolitique allemande sous le vocable de « Hinterland ». Qui contrôle cette région contrôle « l’Ile monde », qui contrôle l’Ile monde contrôle le monde. C’est la revanche des continentaux sur les marins, c’est le cauchemar de l’Angleterre. Toute l’énergie britannique puis américaine se déploiera pour que personne n’étende sa souveraineté sur ce « Heartland », pour que l’Allemagne ne s’allie pas à la Russie. La France jouera dans cette stratégie anglo-saxonne le rôle de « l’idiot utile », rivalisant avec le Prussien pour détourner la Russie de son destin de pivot continental.

Si Paris est la nouvelle Rome, les deux nouvelles Carthage que sont Londres et Washington se sont liguées, jusqu’ici avec succès, pour que la Nouvelle Constantinople ne se réunisse pas à l’Empire d’Occident au dessus d’une Germanie pacifiée. Le vingtième siècle ne verra jamais se former l’axe Paris, Berlin, Moscou tant redouté par les puissances maritimes, aidé en cela aussi surement par les démences internationalistes de Lénine et ses disciples que par la folie nihiliste de Hitler et ses Nazis.

Le retour de l’Ile monde

Rien n’est immuable et les prolégomènes du nouveau millénaire amènent une nouvelle donne. Les déséquilibres causés à cette « Pangée » par les grandes invasions qui aboutissent à la domination européenne, arrivent à leur terme. L’ensemble se stabilise. La chute du communisme, la renaissance des puissances asiatiques traditionnelles que sont l’Inde et la Chine, redonne une réalité tangible à l’Ile monde et une nouvelle jeunesse à la vision de Mackinder. Il faut bien admettre, qu’à l’instar de la géopolitique dans son ensemble,  celle-ci avait souffert de la Guerre froide. Entre temps, grâce au suicide politique que fut la « guerre civile Européenne » de 1914 à 1945, une périphérie encore plus lointaine a pris le relais de l’Angleterre pour contrarier ce mouvement.

La super puis l’hyper-puissance américaine, ne peut se satisfaire de cette résurrection. Elle voit, à juste titre, dans  cet avènement de l’Ile monde une menace à son hégémonie. Sa position géographique excentrée la rejette mécaniquement aux marches du nouvel ensemble. La raison d’être d’une puissance maritime c’est d’attirer à elle la richesse. Si l’on n’a plus besoin de l’océan, on n’a plus besoin d’elle. Si le dynamisme économique déserte le pays de l’Oncle Sam, il y a fort à parier que l’investissement s’en détournera pour se porter sur l’Europe et le « Heartland », qui peut être au XXIème et à la nouvelle Pangée, ce que fut le « Far West » aux Etats Unis comme moteur économique à la fin du XIXème. L’analogie est pertinente tant cet espace géographique est aussi vaste, peu peuplé et bien doté en ressources naturelles que son homologue américain.

La survenue d’une crise économique majeure dans une période de recomposition aussi importante des équilibres mondiaux ne doit rien au hasard. L’émergence de l’hyper-puissance européenne à partir du XVIème siècle s’est faite sur l’or des Amériques au détriment des autres civilisations. Le retour à l’équilibre se fait par le retour des anciennes puissances, assises sur la dette des Etats-Unis. Il est rare que de tels bouleversements ne donnent lieux à de sanglantes explications entre les protagonistes.

Il nous reste à analyser les forces en présence et à bien choisir notre camp.

L’ennemi

Depuis Hiroshima, cette question de l’ennemi est cruciale. Les puissances nucléaires ne peuvent plus s’affronter directement pour cause de « destruction mutuelle assurée ». La dissuasion repose sur la capacité à pouvoir porter la destruction chez l’ennemi de manière certaine. Il convient donc de faire la distinction entre les pays dotés d’un vecteur crédible et les autres qui se contentent de détenir l’arme. Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, Israël et l’Inde disposent de cette possibilité. La question se pose pour le Pakistan et pour le prochain candidat au club qu’est l’Iran.

En réalité, dans un monde en pleine mutation la confrontation directe entre puissances montantes et nations dominantes ne se fera pas directement mais par intermédiaire. Comme au temps de la Guerre froide, le jeu sera conduit à distance et sur un terrain extérieur. Reste à déterminer où.

Sans reprendre à mon compte la classification des civilisations établies par Samuel Huntington dans son ouvrage fondateur[3], force est de constater la position incontournable de la sphère islamique dans ce nouvel ensemble.

Il me semble impropre de parler à son propos d’une civilisation, tant la religion joue un rôle primordial dans l’agrégat disparate de peuples et de cultures qui la compose. En dehors d’un Empire ottoman très imparfait de ce point de vue, il n’y a jamais eu d’unité politique fermement constituée. Pas plus que la « nation arabe » de Nasser, la « nation de l’Islam » de Ben Laden ne fait sens. L’islamisme est même contraire d’une certaine façon à la notion de nation, tant cette religion pousse intrinsèquement à l’internationalisme. C’est sa force mais aussi sa faiblesse. Il me semble donc plus juste de parler de bloc.

Animé d’une volonté d’expansion dont il n’a pas les moyens concrets, ce bloc islamique est LE problème qui se pose à la stabilité de la nouvelle Pangée. Pour unir par voie continentale la Chine et l’Inde à l’Europe, la pacification des zones islamisées s’avère nécessaire. Il est frappant de constater que ces trois civilisations sont en proie de manière concomitantes aux mêmes attaques de la part de fanatiques religieux qui rêvent d’établir un califat de Brest à Vladivostok en passant par Bombay et Pékin. Ces trois puissances ont, corrélativement, des besoins vitaux identiques d’approvisionnement en énergie. Les mêmes forces hostiles contrôlent les régions où se concentrent ces besoins.

Un monde islamique instable présente le double inconvénient de contrarier l’unification de l’Ile monde en refusant de se diluer dans le nouvel ensemble et de détenir les ressources énergétiques nécessaire à son épanouissement. J’ajoute que, si le Pakistan est incontestablement une puissance nucléaire, des doutes sérieux subsistent à son sujet, sur l’existence de capacités vectorielles autonomes sans le soutien des Chinois. Tout concourt donc à faire de cette zone qui s’étend du Maroc au Pakistan, des confins des déserts d’Arabie au Caucase russe et au Xinjiang chinois le lieu d’expression des conflits à venir. Ce mouvement a d’ailleurs commencé sous l’impulsion des Etats-Unis qui sentent  bien, confusément, que leur avenir se joue ici. Le conflit afghan si nécessaire et la guerre irakienne si stupide, permettent utilement d’y entretenir un puissant corps expéditionnaire, au grand dam des Russes et des Chinois.

Nous l’avons vu, les Américains n’ont aucun intérêt à l’émergence de l’Ile monde. Par un intéressant renversement de situation, il se pourrait même qu’un jour pas si lointain, le « grand Satan » ne devienne le meilleur allié du jihad islamique, tant leurs objectifs pourraient  rapidement converger.

Comment la France doit elle se positionner dans cette nouvelle partie où se joue sa survie ? En quoi est-elle encore stratégique et peut-elle tirer son épingle du jeu ? Ces questions seront développées dans mon prochain article à paraître sur ce blog.


[1] Episode relaté par Tite-Live Histoire Romaine V- 48

[2] Eric Zemmour, Mélancolie Française – Fayard – édition Mars 2010

[3] Samuel P. Huntington The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order – Simon & Schulster 1996 / abusivement réduit à mon sens au titre simplificateur de Choc des civilisations dans sa traduction française – Odile Jacob  1997 et réédition en 2007.

Une bonne com’ ne fait pas une bonne politique

février 5, 2010

Monument Valley - Desert de l'Arizona

La télévision et maintenant Internet ont considérablement accéléré le temps médiatique et rendu primordiale, en politique, la posture sur l’expression des convictions. Le théâtre des attitudes a remplacé le débat d’idée. Nous sommes entrés en trente ans dans l’ère de l’hyper communication.

Le marketing est passé par là. Puisque la réflexion nuit à la force de pénétration d’un message il convient d’en limiter l’usage. Inventons des scénarii destinés à mettre en scène des concepts simplistes, cela sera plus rapidement rentable. Les Hommes politiques l’ont bien compris et l’on assiste depuis la fin des années 70 à une réduction à l’extrême du débat public. Il se résume désormais à un affrontement d’images et à une projection de phantasmes de la part des protagonistes qui finissent par ne plus avoir d’autres convictions que celles de leur reflet dans le miroir cathodique. Plus rien ne les sépare les uns des autres en dehors  de leurs stratégies de communication. Les idées ont cédé la place à l’apparence.

Deux faits récents viennent illustrer mon propos, l’un en politique étrangère, l’autre franco-français.

Le Premier ministre, ayant, ces derniers temps, le vent en poupe, s’autorise des incursions dans des domaines jusqu’ici jalousement gardés par l’Elysée. Il a ainsi réaffirmé mercredi 3 février dernier avec force, la position très ferme du gouvernement français dans le dossier du nucléaire iranien, en précisant que notre pays allait réclamer « des sanctions fortes » à l’égard du régime des mollahs. La question n’est pas de savoir s’il a tort ou raison, ni même s’il est légitime qu’il s’exprime à ce sujet ; il est après tout le second personnage de l’Etat. La France, par sa voix ou celle d’un autre, doit périodiquement communiquer sur ce sujet bien aussi essentiel pour l’avenir de la planète que celui de la fonte des glaciers au Groenland. Le problème n’est pas qu’il en parle mais que cette déclaration soit faîte à l’occasion du diner annuel du Crif. Une chose est de vouloir rassurer les français de confession juive sur son engagement à combattre toute forme d’antisémitisme, une autre est de délivrer un message aussi capital dans une telle assemblée. Certes, cette position n’est pas une nouveauté mais, réaffirmée en de telles circonstances, elle confirme les imbéciles dans leurs chimères relatives à l’existence d’un complot juif mondial contre l’islam. Les actes de violence qui visent les juifs et qu’il convient de dénoncer avec force ont leurs origines dans le conflit israélo-palestinien ce n’est plus un secret pour personne. Une communication brouillonne et qui n’a pour objet que de faire paraître favorablement celui qui la porte aux yeux de ceux qui la reçoivent, ne fait pas une bonne politique. Elle affaiblit le message en renforçant les adversaires.

L’autre exemple vient de l’UMP. Nicolas SARKOZY avait fait campagne en cassant les codes de communication d’une famille politique qui, jusqu’ici, ne semblait devoir accéder au pouvoir qu’en s’excusant  d’être de droite. Sa très large victoire donnait des sueurs froides aux bien-pensants. N’allait-il pas renverser tous ces dogmes qui avaient fait la fortune de ces perpétuels donneurs de leçon ? Pour donner des gages à cette camarilla, le nouveau Président s’est empressé de corriger cette image qui lui avait pourtant si bien réussit. Il a installé l’ouverture. Ce qui fut présenté au début comme une stratégie d’assèchement du marigot de la gauche caviar, s’est révélé être un piège. Par un étrange retournement de situation, dû uniquement à une question de positionnement médiatique, les nouveaux venus ont étouffé les initiatives présidentielles et coupé son élan. Leur seule force était celle du symbole et ils en ont usé. Si leur arrivée en fut retentissante, que dire de leur départ ? Jugeant qu’il ne pouvait prendre ce risque, le pouvoir a fait des compromis avec des gens qui ne représentaient personne à part eux même. En misant tout sur le paraître, on s’en rend prisonnier. On n’y gagne pas l’estime de ses adversaires mais en désespérant son camp, on perd des électeurs. Les Européennes de 2009 ne doivent pas faire oublier les municipales de 2008.

Cette situation ne va faire que croitre et embellir. Il n’est qu’à voir ce qui vient de se passer le week-end dernier lors du Conseil national de l’UMP sensé valider les listes pour les prochaines régionales. La grogne et le résultat, 60% d’approbation, sont inédits dans une pareille enceinte. La raison est simple. L’ouverture prétexte est très mal ressentie par les cadres et les militants qui s’estiment en être les victimes à double titre. Non seulement elle implique certains renoncements au programme de réformes mais elle suppose que les premiers soutiens du Président cèdent la place aux ralliés de la onzième heure. La pilule est d’autant plus amère que le château se mêle de l’affaire et court-circuite les instances locales en intervenant directement sur la composition des listes. Thierry LAZARO, Député Maire de Phalempin et Secrétaire départemental du Nord en a tiré les conséquences dans une « lettre ouverte à ceux qui voudront bien la lire ». Il signe ainsi le retour du politique sur le spectacle, la prééminence des convictions sur les calculs, le respect des militants sur la faveur du prince. Ce faisant, il prend le risque d’être broyé par la machine. Il lui faudra faire connaître  sa position et défendre ses idées sans le secours d’un appareil dont il a dénoncé les turpitudes. Il aura recours comme les autres à la communication, personne ne peut s’en passer. La différence c’est que pour respecter ses principes, elle devra être basée sur l’être et non plus le paraître.

La Communication ne doit pas faire la Politique mais la Politique à besoin de communication pour se faire.

Le supplice de la main tendue

janvier 30, 2010

Changement de stratégie à Kaboul. Le Président Hamid Karzai aux manières si démocratiques tente de sauver ce qui peut l’être en tendant la main aux talibans. Pourquoi un tel revirement ?

En premier lieu, il ne contrôle plus rien à commencer par les techniques de bourrage d’urnes. La parodie d’élection qui lui a permis de se maintenir au pouvoir a été si grotesque que plus personne ne le considère comme légitime.

Les américains dont les connaissances géographiques et géostratégiques ne sont plus à démontrer se sont désintéressés du pays qui avait servit de camp de base aux fanatiques du 11 septembre pour se focaliser sur l’Irak.

Résultat, nous avons trouvé le premier pantin venu, nous lui avons confié les clefs et les espoirs d’un peuple et nous sommes partis chasser les bassistes laïcs dans les champs pétrolifères Irakiens.

Ce nous est cruel pour une France qui s’est opposé à cette erreur dès ses prolégomènes. Nous en avons tiré une gloriole sans lendemain et le sentiment rassurant d’avoir eu raison. La belle affaire, et après ! La France ne compte presque plus dans la conduite des affaires du monde et n’a jamais eu l’oreille du pilote américain. L’ Allemagne est un nain politique dénué de toute capacité militaire, l’histoire y a veillé. Les Russes se relèvent à peine et les Chinois attendent de tirer les marrons du feu. Les seuls de nos partenaires à être écoutés de Washington se situent outre Manche. Si l’on veut faire avancer notre point de vue il nous faut en convaincre des anglais qui se méfient de nous comme de la peste et restent persuadés qu’un Napoléon sommeille en chacun de nos Présidents. Il faut être anglais pour le croire mais c’est un fait !

En résumé nous sommes bien peu de chose tout au plus une voix qui clame aux portes du désert.

Devant le lait Afghan renversé, nous n’avons plus qu’à avaliser cette nouvelle politique. Faire la paix nécessite de réintégrer les talibans Pachtounes. Le problème c’est que cette ethnie ne représente pas plus de 40% de la population locale qu’elle a une lecture aberrante du Coran et s’est déjà distinguée par son inaptitude à diriger se pays si ce n’est par la terreur. La prime donnée à l’insurrection et à la barbarie est énorme. Il est fort probable que le mariage entre des pro-occidentaux corrompus et des fanatiques religieux exaltés tourne à l’avantage de ces derniers. L’Afghanistan renouera avec ses vieux démons, les Tadjiks du Nord reprendront les armes et la guerre civile n’en finira pas. Ben Laden savait ce qu’il faisait en assassinant Massoud. Il privait les américains d’une solution pérenne.

Surtout, cette « réconciliation » va se faire sur le dos des femmes. Celles là même au nom desquelles nous devions faire reculer l’obscurantisme. L’Occident venaient les libérer de leurs prisons de toiles bleues. Nous ne nous sommes pas donné les moyens de nos ambitions. Nous avons fait naitre des espoirs que nous n’avons pas su concrétiser. Nous allons partir, ce n’est qu’une question de temps. L’Occident ne veut pas se battre pour des cailloux sans valeurs et son universalisme ne va pas jusqu’au zones tribales.

A défaut d’avoir fait de ce pays un allié dans notre lutte contre l’islamo fascisme, sachons accueillir dignement ceux de ses enfants qui fuiront le retour de leurs bourreaux. Les femmes afghanes qui croyaient à la liberté n’auront pas eu les moyens de changer leur pays. Si nous leur ouvrons les bras, nul doute qu’elles changeront le notre. La folie, elles l’auront vue à l’œuvre. Elles n’auront pas de doutes ni de tentations de replis identitaire. Elles sont et resterons musulmanes mais des modérées dont l’intégration ne posera aucun problème.

Il est permis de douter qu’elles ne déambulent jamais en Burka dans les rues de nos villes, du moins tant que nous n’aurons pas renoncé, par lâcheté, à défendre ici, une liberté que nous avons déjà piteusement refusé de promouvoir là bas.

Point n’est besoin de faire sans cesse des incantations sur le devoir de mémoire si c’est pour refuser de sentir à nouveau souffler le vent de Munich dans cette main tendue à ceux qui ont jurés notre perte.