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LA GRANDE ILLUSION

mai 24, 2017

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Les urnes ont parlé et, même si l’issue de la grande quinzaine antifasciste ne faisait guère de doute, il est difficile de retenir son admiration devant la performance d’Emmanuel Macron. Qu’un banquier d’affaires, porté sur les fonts baptismaux par un Président dont l’ennemi déclaré était la finance parvienne, en l’espace de 12 mois, au sommet du pouvoir en faisant oublier qu’il est comptable des désastres qui se sont abattus sur notre pauvre pays depuis 5 ans, relève du miracle le plus absolu. C’est précisément la raison pour laquelle, une fois salué l’artiste, il convient de se poser les bonnes questions, plutôt que de se livrer à la flagornerie aussi vile que grotesque dans laquelle plonge, avec délice, la classe parlante depuis le 7 mai au soir. Enfin que dire du gouvernement le plus technocratique qui nous ait été donné depuis les années Giscard ?

La revanche des zélites

FacheO_dessin_finance_mondialisme_oligrachie_systeme_Macron_Attali-8fd81-b23dbPour ceux qui en doutaient encore, avec Emmanuel Macron, c’est toute cette merveilleuse technocratie que le monde entier nous envie qui est portée aux affaires. À une ou deux exceptions près, les ministres sont autant issus de la « société civile » que Ray Charles de l’École Nationale de l’Aviation Civile. Certes, nombre de ministres viennent bien du « monde de l’entreprise »… mais publique. Prendre des énarques et autres polytechniciens blanchis sous les harnais des cabinets ministériels… de gauche et du capitalisme de connivence, ne constitue ni une prouesse, ni une nouveauté. Depuis la fin du gaullisme, les élus ont lentement mais surement fui leurs responsabilités, en s’abritant derrière les « techniciens » et autres « sachant ». Aujourd’hui, nous sommes au bout de ce processus de délitement et les « experts » sont au pouvoir. Devons-nous, à l’unisson de la presse servile, nous en réjouir et nous gargariser des « bénéfices » que nous allons tirer de cette situation pathétique ? Après quatre décennies de démission du politique au profit des « technos », la situation de la France s’est-elle améliorée en quoi que ce soit ? Une chose est certaine, ces « experts » sont les enfants chéris des Attali et autres Minc qui ont, avec une constance peu commune, conduit le pays dans le mur que nous ne connaissons que trop bien. Il y a donc fort peu de chance que leurs héritiers nous surprennent par leur audace.

macron-jeune001Comme l’insuccès de ces dernières années de mondialisation acharnée commençait sérieusement à se voir, le système a turbulé d’un joli ripolinage, sacrifiant ses anciennes idoles pour en promouvoir de nouvelles, toutes aussi formatées que les précédentes. Il fallait, selon l’adage bien connu, que « tout change, pour que rien ne change ». Le Peuple grondait et menaçait, comme au temps de la République romaine finissante, de s’en remettre à ses tribuns pour régler les questions que ses patriciens refusaient obstinément de considérer. Une fois encore Marius a été défait au profit de Sulla. La manipulation a bien fonctionné et nous avons un moralisateur 2.0 à l’Elysée. Le rassemblement « des hommes de bonne volonté » que l’on nous survend est factice. Ses trois prises de guerre ne changent rien à l’affaire. Deux énarques et un aventurier, le tableau est bien mince. La difficulté vient plus du nombre encore trop élevé de leurs semblables qui continuent à hanter les couloirs des LR. La droite n’est plus la droite depuis 1987, l’interchangeabilité des zélites est, hélas, une dure et cruelle réalité.

Le centre véritable trou noir de la politique française

ob_4ec13d_elus-konkEn vérité, depuis l’élection de Giscard et la fin du gaullisme, nous vivons sur un grand mensonge politique. Le centre représente de 15 à 20 % du corps électoral (dans les bonnes années). Il attire pourtant 80 % du personnel politique, d’où l’interchangeabilité susmentionnée. Les élus de gauche s’empressent de ne plus l’être, une fois au pouvoir, tandis que leurs homologues de « l’autre rive » se hâtent de les y rejoindre pour se faire pardonner d’avoir été désigné par des ploucs de droite. Les électeurs sont toujours les dindons de la farce. Ce coup-ci c’est plus clair : comme avec Giscard, ils ont hissé la nouvelle autocratie aux affaires. Et voilà comment un banquier énarque, porté au pouvoir par la presse, peut rassembler autour de lui, tous les « talents » qui ne demandent qu’à s’exprimer (et accessoirement à se goberger).

umps001Les quatre cinquièmes des élus se reconnaissent dans la politique mondialiste, immigrationniste et fort peu démocratique, pensée par les technocrates de Bruxelles et mise en œuvre en France par leurs homologues hexagonaux. Malgré tout le flou qui entourait sa campagne, Emmanuel Macron a toujours été cohérent sur un point. La France est un pays fini qui n’a plus qu’un avenir : celui de se dissoudre dans un grand bain fédéral européen. C’est le sens de l’Histoire, fin du débat ! Et si les contorsions des Républicains en « campagne », infoutus de critiquer clairement des choix qu’ils partagent, pour la plupart, sans réserve ne suffisent pas à vous convaincre que nous sommes foutus, regardez où en sont les idiots utiles du Front National et vous comprendrez. Ils avaient un boulevard devant eux, ils n’ont plus que des ruines. L’UMPS qu’ils ne cessaient de dénoncer se met en place et ils sont incapables d’en tirer le moindre bénéfice. Il faut dire que les « fachos de service » ont rendu un fier service aux Résistants en peau de lapin et autres eurocrates débridés. Ils ont fait étalage de leurs incohérences et de leurs incompétences. Ils ont louvoyé tant et si bien pendant toute la campagne et singulièrement entre les deux tours, que plus personne n’y retrouve ses petits. Ils ont fini par croire que leur « dédiabolisation » leur ouvrait les portes du pouvoir. Ils sont devenus inconsistants, à force de vouloir « paraitre crédibles » aux yeux d’un système dont ils n’avaient rien à espérer, il se sont perdus auprès de leurs électeurs et ont permis la prise de pouvoir des technos. Ils ont fait avec l’Euro ce que Mélenchon a fait avec l’immigration : ils se sont tiré une balle dans les deux pieds (ce qui n’est pas donné à tout le monde)

Une presse aux ordres

france-intox001Bien sûr la presse a joué un rôle partisan. Ce truisme n’a rien de nouveau. Lorsque « l’essentiel est en jeu » les journalistes se comportent toujours en militants de gauche zélés. Souvenez-vous de la première cohabitation ou bien encore de Maastricht et bien sûr du 21 avril 2002. Rien de nouveau sous le soleil ! Seulement la presse ne peut pas tout. Le Peuple a bien refusé d’avaler la bouillie européiste que l’on souhaitait lui infliger en 2005, malgré les injonctions des médias. Depuis, le système fourbissait sa revanche, c’est désormais chose faite. La Presse est la meilleure alliée du système, c’est une évidence. Il faut dire qu’elle en dépend tellement que le contraire serait étonnant. À ce que l’on sache, les moutons ne se tondent pas tout seuls !

45Dans notre beau pays, de grandes consciences veillent à préserver la « pluralité » de la presse. Entendez par là : s’assurer qu’elle reste de gauche. Car en matière de « pluralisme » on peine à distinguer les contours d’un début de différence entre les uns et les autres. Certes, quand la gauche est au pouvoir, il est possible de voir certaines nuances, certains courants apparaitre, mais tout cela reste très… de gauche. Si vous croyez que le Figaro est un journal de droite, c’est qu’il n’y a plus rien à faire pour vous. La Grande-Bretagne et les États unis ont une presse pluraliste. La France, elle, a une presse monolitiquement et désespérément soviétique. Quand on voit le traitement de l’information dans notre beau pays, on se dit que l’on pourrait s’épargner le ridicule de traiter Vladimir Poutine de dictateur.

macron-pr-sident-une-marche-mLes monopoles sont néfastes, qu’ils soient publics ou privés et la médiocrité de la presse française vient de son hyper concentration en un très petit nombre de mains. Seule une poignée de capitaines d’industrie règnent sur l’univers merveilleux des médias : audiovisuel et presse écrite confondue. Ce sont, tous, des progressistes forcenés, des européistes convaincus et des mondialistes enragés. Ils n’ont pas besoin de faire régner la terreur dans les rédactions pour imposer leurs vues, cela fait — comme par hasard — 30 ans que tous les journalistes qui ne sont pas dans cette mouvance ne trouvent plus d’emploi. En plus, nous vivons dans un pays de cocagne. Nos « investisseurs » ne prennent aucun risque avec leur argent. Quand un organe de presse est déficitaire : l’État le subventionne. Plus besoin de se mettre en adéquation avec ce que le public réclame. Un journal sans lecteur, c’est le Graal des journalistes, un peu comme une école sans élèves pour les profs ou un parlement sans élus pour les énarques.

Un parlement de godillots

cpfjptfwyaaxtnfUne assemblée croupion, c’est précisément ce qui nous pend au nez. Comme le flou qui a caractérisé la campagne du Kennedy de Picardie risque, lorsqu’il sortira de son ambiguïté, de se traduire par quelques mouvements sociaux, notre Président tout neuf ne veut pas risquer de s’enliser dans les méandres de « l’action » parlementaire. Le PS s’étant liquidé tout seul, grâce à son mentor à teinture, il lui reste à fusiller la droite. Cela tombe bien, « la droite la plus bête du monde » va l’y aider puissamment. Comme ils sont, dans leur grande majorité, d’accord avec lui, ils sont incapables de lui résister. Comme en plus, ce sont, dans leur grande majorité, là aussi, des hommes, blancs, vieux et souvent là depuis longtemps, ils sont aisément « stigmatisables ». Face à eux, il est donc facile de jouer la carte du « renouveau » (même quand ce n’est pas Bruno). Les marcheurs sont inarrêtables et tant pis si, dans le lot, tous ne sont pas, non plus, de la première fraicheur ou aussi propres que l’on se plait à nous le vendre, l’important c’est l’image générale.

ob_d850be_ob-283aef-imp-c3-b4ts-01Résultat, le 18 juin, nous risquons fort d’avoir une assemblée très renouvelée, par l’effet cumulé du jeunisme macronien et de la loi sur le non-cumul. Des centaines de parlementaires inexpérimentés sont supposés contrôler, pour nous, une administration qui n’a plus de limite, maintenant que les siens sont aux commandes… voilà qui nous promet des lendemains qui chantent. Sans tomber dans le complotisme de bas étage, le retournement de situation est des plus cocasses. En décembre un Républicain austère à gros sourcils promettait du sang et des larmes, mais aussi 500 000 fonctionnaires de moins. Six mois et quelques Pénéloperies plus tard, nous héritons d’une bande d’énarques déchainés qui s’apprêtent à mettre en œuvre ce que leur école leur a appris : faire suer sang et eau au contribuable, au nom d’une égalité qu’ils ne s’appliquent jamais à eux. Tout cela s’effectue bien entendu au nom du « modernisme » et on ne parle pratiquement plus de diminution du nombre des fonctionnaires. Magique !

 

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Le piège de la modernité est un piège grossier que les Républicains devraient aisément pouvoir éviter, s’ils étaient sûrs de leurs valeurs et droits dans leurs bottes (pour ne rien dire de leur virilité). Faire campagne pour obtenir une majorité absolue n’est pas honteux, surtout quand les Présidentielles n’ont tranché aucun débat, tant on a pris soin de n’y parler de rien. Personne ne sait ce que veut Macron, car il s’est bien gardé de nous le dire. Dans ces conditions, il ne devrait pas être compliqué de se présenter devant les électeurs, en expliquant que notre programme consiste à relancer le pays en diminuant les impôts, les déficits et les fonctionnaires. Que notre ambition est de libérer la France de ses lourdeurs administratives et que notre souhait est de redonner à l’Europe, un élan national, comme le concevait le général de Gaulle. Le Président a beau donner certains signes positifs, bien fol cependant qui s’y fie. Pour être sûr de ne pas se faire berner, mieux vaut le forcer à gouverner avec une majorité de droite à l’Assemblée. Seulement, pour tenir ce discours de bon sens de manière crédible, Il faudrait d’abord être de droite, véritablement et authentiquement de droite et ça, ce n’est pas encore gagné. En Marche recycle la gauche en entrainant à lui les gauchistes qui peuplaient les partis de droite. Prenons-en acte et organisons-nous pour faire vivre une droite libre, enfin débarrassée de tout son « surmoi » de gauche. C’est la tâche qui nous incombe, une fois que se sera dissipée la « poudre de perlimpinpin » présidentielle.

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Le Centre, trou noir de la politique française

avril 21, 2010

Alors que l’activité volcanique islandaise n’était encore que souterraine, quatre de nos anciens Premiers ministres de Droite sont sortis d’une réserve où ils ne s’étaient, du reste, jamais cantonnés bien  longtemps. La nature ayant horreur du vide et la politique de l’incertitude, nos « ayant été » et autres « aspirants à le redevenir » se sont précipités sur le premier micro tendu pour nous faire part de leurs visions de l’avenir de la France. Le magma incandescent de leurs pensées profondes fut instantanément propulsé dans les hautes couches de l’atmosphère politique, tant le contraste thermique était immense entre leur génie et la gangue de glace sarkozienne qui maintenait le pays en état de léthargie avancée. Après tant de fulgurances et à l’instar des avions européens, les soutiers de la politique au quotidien ont été priés de rester au sol, une saine application du principe de précaution leur interdisant de se risquer à prendre leur envol après de si puissantes explosions.

Que nous ont dit nos vieux et moins vieux volcans, depuis la volée des régionales ? A des degrés divers, chacun à sa manière, les trois anciens Premiers ministres de Jacques Chirac nous ont envoyés le même message : « l’avenir est au Centre ».

Le retour des Chiraco-centristes

C’est Dominique de Villepin qui a dégainé le plus vite. Notant avec gourmandise la quasi-disparition de François Bayrou, il s’est positionné, sans perdre un instant, comme son successeur. Le fait que le Béarnais bouge encore, ne l’a pas plus retenu que l’apparente contradiction d’un tel positionnement pour quelqu’un qui se veut gaulliste. Pas l’ombre d’un doute ne l’habite. Seguin, lui, est bien mort : il en revendique donc également l’héritage. Pour lui, tout est clair : les Français sont restés chez eux, le Front national est revenu des limbes,  uniquement par la faute d’un Président qui mène une politique de Droite. Le fait qu’il soit seul à percevoir cela chez Sarkozy ne le retient pas, on ne saurait arrêter un uhlan blessé dans son honneur. L’admirateur des Cent-Jours et le fossoyeur des célébrations du bicentenaire d’Austerlitz reste persuadé que la France n’aspire qu’à être gouvernée à gauche par des gens de droite. Telle est sa vision du Centre. Douché par ses vaines tentatives de réformes au crépuscule chiraquien, il s’adresse à la nation comme le veilleur de nuit d’un conte:

« Dormez, braves gens ! Nous vivons sur une île, point n’est besoin de réformes. La crise s’arrêtera aux frontières de la France aussi sûrement que le nuage de Tchernobyl et les réfugiés kurdes réunis. »

Même ton compassé chez Alain Juppé. S’il fut « le meilleur d’entre nous » et à ce titre le Premier des Premiers Ministres de Jacques Chirac, il a, en commun, avec le dernier, le souvenir d’une magistrale déroute devant le conservatisme de gauche. Toujours droit dans ses bottes, le Maire de Bordeaux est prêt à suppléer Nicolas Sarkozy si ce dernier, pris par l’angoisse subite d’une défaite tant espérée par ce qu’il compte d’ « amis », venait à renoncer au combat. Son programme est aussi alléchant que celui de Villepin : cap au Centre.

Jean Pierre Raffarin vient fermer le ban en ajoutant, en prime, l’ardente obligation d’enterrer la réforme territoriale. Priver les Français des bienfaits dispensés par le mille-feuilles administratif légué par les lois de décentralisation successives, serait un péché contre le bon sens. L’argument est de poids, surtout venant de celui qui porta la dernière réforme en date, celle qui aboutit à donner tous les leviers locaux à la Gauche. Quelle drôle d’idée que de vouloir simplifier une usine à gaz qui sert si bien ses adversaires !

Ses Premiers Ministres confondent le regret que l’on peut avoir de l’homme que fut Jacques Chirac, avec le soutien à son action politique. On ne regrette pas l’immobilisme compassé, on est nostalgique de l’empathie du bonhomme.

Quarante ans de centrisme

Une chose est sûre : depuis le début des années 70 : la France a été gouvernée au Centre à l’exception d’une brève période de socialisme entre 1981 et 1982 suivit d’une réaction libérale encore plus brève de mars à novembre 1986. Tantôt centre-gauche, tantôt centre-droit, toujours centre mou, jamais nous n’avons essayé autre chose. Le Centre attire les conformistes aussi sûrement qu’un trou noir les galaxies. Le paradoxe a voulu que cette politique n’ait jamais été conduite par des centristes estampillés comme tels. Le fait qu’il faille faire croire aux électeurs, pour pouvoir devenir Président, qu’on appliquera, précisément une politique qui n’est pas centriste, ne frappe aucun de nos grands esprits. Les professeurs de morale insistent, à qui mieux mieux, sur cette fable d’une France souhaitant être gouvernée au Centre, sans tirer aucune conclusion des échecs répétés des candidats centristes au profit du PS ou du RPR : Nous nageons en plein déni de la réalité.

L’UMP a été portée au pouvoir sur deux malentendus.

Le premier fut en 2002 de faire semblant de croire la démocratie menacée par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Jacques Chirac fut élu avec un score soviétique en dépit d’une absence manifeste de programme, qui fut superbement masquée par l’agitation de son Ministre de l’Intérieur sur la sécurité. Il s’en est suivi qu’en dehors de la Place Beauvau, aucune réforme d’envergure n’a put être menée à bien et ce n’est pas le trompe-l’œil des réformes Fillon qui peut faire illusion.  Du CPE au referendum sur l’Europe, c’est un pouvoir déconnecté du réel car sans dessein précis qui a essuyé les échecs tout au long du quinquennat. La leçon a été retenue et, en 2007, le candidat UMP a été élu sur un programme aussi précis que clivant. Le malentendu, cette fois, est venu du fait qu’il s’est aussitôt empressé de s’excuser de ses audaces d’homme de droite en nommant à des postes de responsabilité tout ce que la Gauche comptait de carriéristes. Ces derniers, une fois en place, ont entonné cet air rituel que, les réformes étant impossibles, il convenait de les enterrer ; et les mêmes de louer la nécessité d’une gouvernance au Centre.

Alors que tout ce qui bouge dans le monde politique se revendique du Centre et de la culture du compromis, un boulevard se dégage à droite. Certains esprits en mal de symétrie remettent en cause ce constat, au motif que le même phénomène ne s’applique pas à gauche. En réalité, c’est parce que la Gauche est encore plus mal en point que la Droite que ce phénomène ne s’y observer.

La Gauche a gouverné au Centre, sans le reconnaître. Ce faisant, elle est allée jusqu’à prétendre rester fidèle à ses principes. Le communisme ayant sombré dans les poubelles de l’histoire, les socialistes ont préemptés le Centre tout en prétendant être fidèles à Jaurès. Le tour de passe-passe a si bien fonctionné que plus personne de sensé ne propose, comme Jean-Luc Mélanchon, de solutions authentiquement de gauche, du moins s’il prétend gouverner. Il est aussitôt moqué pour sa ringardise par tout ce que le microcosme compte d’intellectuels se revendiquant, précisément, de gauche

A droite, il n’en a pas été ainsi. Le mouvement socialiste vers le Centre a été compris comme un défi. Dans un premier temps, la réaction a été de chercher plus à droite ce que l’on ne trouvait plus au Centre. La bien-pensance, aidée en cela par les exubérances lepénistes, lui a interdit cette voie. Cédant au terrorisme intellectuel, elle s’est résolue à se replier au Centre comme un gage de ce qu’elle n’était pas la caricature que l’on faisait d’elle. Elle justifiait ce renoncement à des promesses ouvertement contraires par de prétendues obligations de rassemblement. Elle était immédiatement louée pour son sens de l’intérêt général par le syndic de la pensée unique.

La Droite : une idée neuve

Les amis de trente ans

Seul Edouard Balladur, parmi les anciens « PM », nous offre une vision politique différente. Il faut dire à sa décharge qu’il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour que Jacques Chirac ne soit pas Président. Qu’il y soit presque parvenu, et que son âge avancé fasse que son avenir politique est maintenant derrière lui, explique sans doute sa lucidité actuelle. Le divorce entre les deux hommes a beau dater de 1995, il n’en est pas moins profond. Il est, aussi, capital pour comprendre l’histoire politique contemporaine du pays. Le dernier Premier ministre de François Mitterrand est un authentique libéral. Il n’a jamais pardonné le virage centriste de Chirac postérieurement à la mort de Malik Oussekine. Il reste persuadé que l’inconstance du Président du RPR lui a coûté la victoire en 1988 et a privé la France d’une occasion unique de se réformer à l’instar de ses partenaires européens. La Droite n’a pas offert d’alternative à la Gauche, elle a mené la même politique centro-conformiste.

Le Président du Comité pour la réforme, est donc le seul à conseiller un virage à Droite au chef de l’Etat. Il faut lui reconnaître un certain courage pour braver, ce faisant, les quolibets de la médiacratie qui abhorre ce type de recommandations. Il y a un certain panache à aller expliquer à des gens qui prétendent vivre au seuil de la dictature qu’il est nécessaire d’accentuer la marche vers le « fascisme néo-libéral ». Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne semble pas avoir été bien entendu, jusqu’à ce jour. Méfions-nous cependant des apparences : Nicolas Sarkozy n’est pas idiot. Il a sans doute beaucoup aimé être loué pour son ouverture d’esprit par sa cour d’obligés. Il s’est probablement laissé persuader qu’il empêchait, ainsi, l’apparition sur sa gauche d’un concurrent sérieux. Il a, sans doute, compris, au vu des dernières régionales, l’impasse dans laquelle l’ont conduit ces stratégies à courte vue. Un gouvernement, surtout un attelage aussi hétéroclite que celui là, ne se manœuvre pas si facilement. Tels un lourd pétrolier croisant au large des côtes bretonnes, il est emporté par son élan. Il faut du temps pour que le coup de barre produise son effet. Attendons le remaniement qui suivra la réforme des retraites pour voir où entend aller le Président.

Les mois à venir nous diront qui des « ayant été » et des « aspirants à le redevenir » aura emporté le morceau. Si l’aveuglement triomphe de la raison ou si la nécessité de la réforme l’emporte sur le confort de l’inaction.

Le Front National s’installe dans le rôle de la seule alternative

En se recroquevillant dans un Centre consensuel, les acteurs politiques se coupent des réalités vécues par des électeurs de moins en moins aveugles. Le débat se réduit à un jeu d’ombres entre des protagonistes sourds à tout ce qui n’est pas la représentation du monde idéal dans lequel ils prétendent vivre. A force de ne proposer aucune alternative à ce modèle centriste, nos deux partis de gouvernement préparent la voie à une troisième force : Celle qui proposera de mettre un terme à un système qui empêche la France de sortir de l’ornière où elle s’est embourbée depuis 1980. Ce phénomène se manifeste en dehors de nos frontières, avec une touchante constance. Au grand dam de nos gourous médiatiques, la droite qualifiée d’extrême, progresse un peu partout en Europe. A l’Est, en Italie, aux Pays-Bas, dans les pays scandinaves, la Droite s’élargit. En France le Front National est toujours tabou. Pour combien de temps ?

La succession du sulfureux Jean Marie Le Pen est lancée. Elle aboutira, selon toute vraisemblance, à la désignation de sa fille en janvier prochain. Marine est née après la guerre l’Algérie, elle ne connaît des combats de 68 que ce qu’on lui en a rapporté ou ce qu’elle en a lu. Elle est l’enfant des années 80, des premiers ratés des politiques d’intégration correspondant aux succès initiaux du Front National. Elle n’est ni marquée par les scories de la décolonisation ni liée  aux outrances paternelles, nécessaires à l’amalgame de tout ce que la « France de l’ordre » comptait de rebelles à la démocratie, dans une organisation qui en a toujours scrupuleusement respecté les règles. La campagne qu’elle a menée dans le Nord-Pas-de-Calais cette année donne un idée assez précise de ce que vont être ses grands thèmes à venir. Elle s’est intéressée aux conséquences de la mondialisation en des termes que n’auraient pas reniés les syndicalistes des années 70. Elle s’est faite le chantre de l’assimilation à la manière des « progressistes » de la Troisième République. Elle a défendu la nation, le drapeau et une certaine idée de la place de la France dans le monde avec des accents très gaulliens. Elle a surtout été bien seule sur ces créneaux quand tous les autres s’étaient repliés dans le donjon.

Pour résister à pareille offensive, mieux vaudra, face aux bien-pensants, avoir tort avec Edouard Balladur que raison avec les Premiers ministres des Jacques Chirac. Faute d’avoir pris la mesure de ce qui sépara, en 1995, les amis de trente ans, nous n’en finissons pas de vider cette querelle.