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SORTIE DE CRISE

juin 15, 2010

Alors que l’été approche et que la Coupe du Monde, le Tour de France et les marronniers du mois d’août sur la sexualité des Français s’apprêtent à nous faire oublier les difficultés qui nous encerclent, nos économies patinent et les perspectives ne sont guère encourageantes, du moins sous nos latitudes. Si la crise de la dette privée s’est propagée à celle des Etats, le phénomène semble se concentrer surtout sur l’Europe, où elle se conjugue à une croissance structurellement atone pour nous entraîner vers une sévère dépression. Nous allons devoir, dans l’urgence, procéder aux ajustements, sans cesse repoussés, afin de redonner du tonus à notre production et renouer avec une croissance qui repart dans le reste du monde.

Libérer le travail pour retrouver la croissance

Pour retrouver notre dynamisme économique, nous allons devoir réviser complètement notre modèle de société. Dans la « vieille Europe », le travail est une aliénation qu’il convient de rendre supportable par une foule de mécanismes destinés à en faire toujours moins. Avoir inventé le marxisme est un péché que nous n’avons pas fini d’expier. Ce qui, au départ, était conçu comme un filet de sécurité destiné à protéger les plus fragiles est devenu, au fil des ans, une usine à entretenir la précarité. Pourquoi travailler dès lors que l’on gagne presque autant en ne faisant rien … de déclaré ?

Si « rendre sa valeur au travail » apparaît aujourd’hui comme un slogan un peu rouillé c’est qu’il a été galvaudé par une surutilisation politicienne et non par l’application politique, toujours refusée, des principes qu’il sous-tend. Notre Président a dressé un bon constat pour se faire élire ; il a juste omis, comme nombre de ses prédécesseurs, d’y apporter la réponse correspondante. On s’est contenté de demi-mesures qui, pour aller dans le bon sens, n’en sont pas moins insuffisantes au regard des enjeux. L’auto-entrepreneuriat c’est une bonne idée, essentiellement fiscale. Elle a permis, comme les mesures de 1994 pour les emplois familiaux, de fiscaliser une grande partie des activités autrefois non déclarées. « Travailler plus pour gagner plus », c’est un bon slogan qui contient cependant une part trop importante de conditionnel. Ce que les Français attendent c’est de « gagner plus en travaillant plus », ce qui n’est pas exactement la même chose.

Le travailleur vu par ... le Syndicat Général de l'Education Nationale

Jusqu’à présent, ça a même été le contraire. Une bonne part de l’échec de la gauche, avec ses trente-cinq heures, vient du surcroît de travail que cette mesure a imposé. Cette affirmation n’est paradoxale qu’en apparence : faire en trente-cinq heures ce que l’on faisait auparavant en trente-neuf, intensifie le rythme de travail. Comme les salaires ont été gelés pour faire passer cette « conquête sociale », les salariés ont donc eu le sentiment, justifié, de travailler plus pour gagner moins.

Il convient donc de repenser le rapport au travail et de cesser de subventionner les moyens d’en faire le moins possible, pour a contrario revaloriser les possibilités d’en faire plus. Le problème, c’est que notre système de « redistribution » sociale est attaché aux salaires. Il faut donc alléger les charges qui pèsent sur ceux-ci sans creuser les déficits, d’où la nécessité de remettre à plat nos dispositifs sociaux.

Repenser notre modèle social

Notre système de « redistribution » sociale nous menant, grâce à ses déficits abyssaux, tout droit dans le mur dressé sur notre chemin par des marchés financiers aussi « dérégulés qu’apatrides », il est urgent de profiter de l’occasion pour revenir aux fondamentaux.

Il serait utile, dans un premier temps, de redéfinir les conditions dans lesquelles sont accordées ces aides généreuses. Le principe de toute assurance étant d’y avoir contribué avant d’en tirer bénéfice, il conviendrait de cesser de donner des droits de tirage à toute la misère du monde qui vient s’échouer ou que l’on échoue sur nos côtes. Dans le même élan, il faut avoir le courage de mettre un terme au regroupement familial qui fait supporter à la collectivité des dépenses sans commune mesure avec les gains enregistrés comme le démontre excellemment Michèle Tribalat dans son dernier ouvrage[1]. La natalité n’est pas une fin en soi. Si l’on ne parvient pas à faire suffisamment d’enfants pour payer nos retraites, il n’est pas sûr qu’importer de futurs chômeurs soit la solution à ce problème. Surtout si avant de le devenir, ils ont absorbé, pour un résultat nul, toutes les ressources dévolues par la société, à l’éducation d’une jeunesse de moins en moins nationale.

Enfin, la retraite par répartition doit évoluer vers un système incluant une part variable de capitalisation. Le mythe de l’égalité sous-tendu par notre organisation actuelle n’existe que dans l’esprit étriqué des démagogues socialistes. Les pensions versées à un artisan, un professionnel libéral, un OS de chez Renault ou un paysan sont-elles proches de celles d’un professeur, d’un cheminot, d’un électricien ou d’un gazier ? Bien sûr que non et ce sont les cotisations versées par les premiers, presque à fonds perdus à voir ce qu’ils en retirent, qui financent celles généreusement versées aux seconds. Pas étonnant dans ces conditions que rue de Solférino, le PEN (Parti de l’Education Nationale) s’accroche mordicus à cette fiction de la répartition.

Les replâtrages actuels ne sont qu’une mise en bouche, le pire est à venir. Il est grand temps  de prévoir une poire pour la soif. Nous sommes, avec le départ des « baby-boomers », aux portes du désert démographique, préoccupons-nous de réunir les chameaux qui nous mèneront  vers la prochaine oasis. Encore faut-il, pour ce faire, que l’Etat n’obère pas nos possibilités d’épargne à grands coups d’impôts destinées à colmater les brèches dans la coque d’un rafiot qui tient plus du bathyscaphe que de la frégate. « Fluctuat Nec Mergitur », c’est déjà douteux pour le Paris de Delanoë ; alors, appliqué à la France soviétiforme de la Sécurité Sociale…

Une meilleure répartition de la richesse

Nous devons, dans le même temps, repenser le moyen de répartir la richesse nationale. Depuis trente ans, la statistique note invariablement une progression du pouvoir d’achat des Français. Pourtant, dans le même temps il est de plus en plus difficile à la grande masse d’entre eux d’être propriétaires de leur logement, de partir en vacances comme le faisaient leurs parents et ainsi de suite. La richesse augmente puisque l’INSEE l’affirme, mais ce que nos statisticiens ne disent pas c’est qu’elle se concentre. Toujours plus de revenus, répartis entre toujours moins de ménages, telle est la réalité de la France d’aujourd’hui. Contrairement aux théories qui veulent que l’enrichissement des uns, profite à l’ensemble, la mondialisation, en rétrécissant à l’excès le nombre de ses bénéficiaires, paupérise le reste de la nation.

Délocalisation

Depuis vingt ans nous vivons dans le culte du toujours moins cher. C’est parce que la ménagère est supposée préférer acheter ses chaussettes « au meilleur prix » que l’on ferme les usines textiles à tour de bras pour aller se fournir en Chine. Le « made in France » n’est plus un critère de choix. C’est vrai qu’à force de cracher sur le drapeau, il est difficile d’en appeler au patriotisme économique. On oublie au passage que l’ouvrière des filatures du Nord au chômage ne consommera plus comme avant. A force de négliger le fait que ses salariés sont aussi ses consommateurs, le capitalisme s’égare dans les mirages d’un monde qui n’a rien du village global chanté par les sirènes de la mondialisation.

Tout n’est pas pour autant perdu pour tout le monde dans cette affaire. Contrairement à ce que l’on nous a seriné sur tous les tons depuis vingt ans, la mondialisation c’est la crise et non la prospérité, mais elle a son utilité pour certains. C’est en prenant appuis sur elle, et en jouant sur l’immigration illégale pour générer une pression constante à la baisse sur les salaires,  que le patronat a pulvérisé le socle de consommation intérieure sur lequel il était assis. Aveuglés par les alléchantes promesses d’un monde idéal car sans frontières où leurs gains allaient être démultipliés, les « petits patrons » sont tombés dans le panneau tendu par les grosses multinationales qui n’avaient rien à redouter de la concurrence des pays à bas coût de main-d’œuvre, bien au contraire. L’ouverture de nos marchés aux marchandises du tiers-monde s’est faite pour le bénéfice de nos « champions nationaux » de l’export en solvabilisant les marchés émergents, au détriment de nos industries de main-d’œuvre. C’est qu’il faut en acheter, des pantalons chinois, pour payer un A380. Quand on constate les ravages de cette politique imbécile on se demande s’il n’aurait pas été plus rentable de les leur offrir, ces foutus avions. Ces opérations qui visent à substituer aux productions nationales des marchandises importées, produites à bas coût, génèrent une masse considérable de profits. Outre les grandes entreprises exportatrices sus-mentionnées, ceux-ci sont répartis dans très peu de mains : celles des importateurs et des distributeurs. La concentration excessive des richesses que nous dénonçons s’explique par ce petit nombre de bénéficiaires.

Une preuve supplémentaire que nous marchons sur la tête vient de nous être donnée ce week-end par Louis Gallois. Interrogé sur Europe 1, le PDG d’EADS a précisé que l’ambition de son groupe était de délocaliser ses productions à venir en Inde, en Chine et au Brésil. Si ce qui nous sert d’Etat laisse faire le « brave » homme qu’il subventionne à tours de bras avec notre argent, il n’est plus besoin de se préoccuper de l’avenir de nos industries : nous n’en aurons plus !

Depuis les années Mitterrand, les gains de productivité se sont faits au détriment des salariés et au bénéfice des actionnaires. Le pouvoir d’achat de ceux qui n’ont que leurs salaires pour unique source de revenu n’a cessé de se dégrader, notamment – mais pas seulement – en raison de la fin de l’inflation. Il valait mieux avoir un capital foncier ou boursier pour s’en sortir ces dernières années car, dans nos pays, une économie de rente s’est substituée à une économie de production. Si nous voulons avoir un avenir, il faut recommencer à produire. Nous devons garder jalousement nos savoir-faire tout en valorisant le travail de tous les maillons de la chaîne. La demande intérieure doit être soutenue et les entreprises incitées à augmenter les salaires.  Pour y parvenir, il faut relancer la participation, baisser les charges qui pèsent sur le travail tout en en réorientant une partie sur le capital et réorganiser en profondeur les conditions dans lesquelles les aides sociales sont allouées. Nous devons parallèlement nous prémunir contre les distorsions de concurrence dues à de trop fortes disparités sociales en instaurant des droits spécifiques à l’importation. Si nous n’avons pas stupidement exporté notre savoir-faire, il y a peu de chance que nos « amis » émergents cessent, par mesure de rétorsion, de nous acheter les avions, les centrales nucléaires et autres TGV qu’ils ne savent pas fabriquer : « si vis pacem para bellum »[2]

Conclusion

Le premier rôle d’un Etat c’est de protéger ses citoyens, pas d’organiser le développement du commerce de ses lointains voisins. Les Chinois comme les Brésiliens se foutent pas mal de nos déficits tant que nous continuons à leur acheter la camelote que nous sommes désormais incapables de produire chez nous. Ils nous prêtaient même l’argent pour le faire. Comme il semble qu’ils deviennent, maintenant, réticents à cette idée, à en juger par les difficultés que nous traversons, pourquoi hésiterions-nous à taxer leurs produits ? L’inflation galope chez eux, poussant leurs ouvriers à exiger des hausses de salaires. Aidons le prolétariat « émergent » dans son juste combat, en alourdissant un peu plus, par des droits de douane appropriés, leurs coûts de production. Ainsi, l’écart se réduira et qui sait si notre vertueuse politique n’incitera pas, au final, leurs gouvernements, à prendre en considération les conditions de vie exécrables que leur modèle de développement impose à leurs populations ?

L’Europe, que l’on dit distante et peu concrète, y gagnerait, auprès de ses citoyens, en visibilité et en affectivité ce qu’elle perdrait en naïveté aux yeux du reste du monde. On ne respecte que les forts. Etre les seuls à défendre les principes d’un libre échange sur lequel tout le monde s’assoit, ne nous amène guère de considération et ne nous protège de rien du tout, comme la crise grecque le démontre amplement.

Le rêve européen n’est pas mort avec les subprimes. Les grandes crises appellent les grandes résolutions et l’Europe peut même y trouver, enfin, les moyens de son éclosion. Encore faut-il pour ce faire, que ses dirigeants la sortent de l’apathie dans laquelle leur attentisme l’a plongée.


[1] Michèle Tribalat, Les Yeux grands fermés, éditions Denoël

[2] « Si tu veux la paix, prépare la guerre »  proverbe romain

Un avion si peu ravitailleur

mars 12, 2010

Yes he can ... and he did it, too

Pas plus qu’une hirondelle, un avion, fût il ravitailleur, ne fait le printemps. Le marché qui vient d’échapper au consortium formé par Northrop Grumman et EADS n’aurait pas, à lui seul, résolu la crise économique, comme tendrait à nous le faire croire les tonitruantes réactions à cette affaire, émanant de la chorale des professeurs de vertu économique outragée. Si nous doutons, pauvres mécréants que nous sommes, du côté fondamental de l’affront, c’est que nous ne sommes pas doués de la divine capacité d’analyse de nos grands éditorialistes germanopratins. Ceux-ci maîtrisent, comme personne, l’art de poser, d’un air docte, un diagnostic définitif sur l’état du monde, tout comme ils sont capables de proférer tout et son contraire en moins de temps qu’il n’en faut pour se relire.

Seulement voilà, le journaliste omniscient n’existe pas plus que le politicien de conviction. Tout est affaire d’interprétation. En l’occurrence celle de sources de plus en plus uniques. Ce qui est intéressant dans l’affaire des avions ravitailleurs, ce n’est pas ce qu’elle nous apprend sur les Américains et leur conception du libre échange, ni même sur le talent de nos échotiers ou les limites qu’il y a à commenter en boucle une dépêche d’agence. Non, ce qui est passionnant, c’est ce qu’elle nous révèle des intentions de l’avionneur européen et de la façon dont on nous impose la mondialisation et ses conséquences sans qu’aucune « grande conscience » ne s’en émeuve.

Bien sûr, les « méchants Yankees » (pléonasme), se foutent du monde. Notons au passage qu’Obama n’arrange rien à l’affaire. Au contraire, en bon Démocrate, il se méfie des lois du marché le Barack ! Il ne voit aucun inconvénient à faire payer plus cher aux contribuables un avion moins adapté aux missions de l’US Air Force et plus coûteux à exploiter, du moment qu’il est bien américain. Ce protectionnisme ne se limite d’ailleurs pas à la Défense. Le plan de relance de l’idole des bien-pensants, stipule que les grands travaux devront être conduits avec du matériel « country ». Pas question d’employer de l’acier chinois pour reconstruire les infrastructures du pays. Cette position ne manque pas de sel puisque ces mesures sont financées par des emprunts souscrits justement auprès des Chinois, mais bon,  passons.  Que n’aurions nous entendu si ces décisions avaient été mises  en œuvre par Georges W. Bush.

Ce que moins de monde commente, en revanche, c’est la logique qui guide la politique américaine. Ces entorses à la doctrine libérale, ne sont rien d’autre que la mise en application de « la préférence nationale ». Ce qui est, de nos jours et sous nos latitudes, un gros mot réservé à l’usage exclusif du Front National, prévalait il n’y a pas si longtemps (à l’échelle des reniements politique c’était au temps des dinosaures) en Europe. Rappelons nous la campagne sur le traité de Maastricht, quand un Président socialiste nous encourageait à abandonner notre destin national. La Commission européenne, notre gouvernement et tous les eurodolâtres n’avaient que cela à la bouche. L’Union monétaire était sensée favoriser, avec la mise en place effective du marché unique, ce qui s’appelait alors la « préférence communautaire ». On voit le résultat 18 ans et bien des Euros plus tard. On a le marché, la monnaie mais cette fameuse « préférence » on doit sans doute attendre l’arrivée de la Turquie pour la mettre en œuvre. En dehors de quelques mesurettes réglementaires, notre « maison commune » est la plus ouverte aux quatre vents de tous les grands ensembles économiques de la planète.

La raison est simple. Chez nous, l’Olympe bruxellois est ainsi fait, que des « demi-dieux » appliquent l’idée qu’ils se font d’une politique libérale sans rendre de comptes à personne d’autre qu’à leurs pairs.C’est le triomphe de l’autogestion rocardienne en quelque sorte. Les américains ont aussi leurs « suffisants » mais eux, ils votent, peu certes, mais ils votent, ce qui modère les ravages de leurs élites. Les Indiens font sensiblement de même sauf lorsqu’ils simplifient le problème à coup d’explosifs. Quand aux Chinois, pour être à peu près dans la même position que nos eurocrates quant à ce qu’ils ont à redouter du suffrage universel, ils n’en sont pas pour autant à l’abri de révoltes nationalistes qui revêtent, là bas, un caractère aussi cataclysmique que cyclique. Bref partout, sauf chez nous, tout le monde doit plus ou moins composer avec son opinion publique.

En Europe, on a tout compris. On n’a pas de pétrole mais on a des « technos » et un slogan au diapason de leur esprit visionnaire. La mondialisation, c’est la prospérité ! L’argument est martelé et repris à longueur d’édito par les porteurs d’eau et autres obligés des grands capitaines de nos industries exportatrices qui sont aussi, curieusement, les propriétaires de nos grands médias. Pas un analyste cathodique qui ne nous assène que la liberté de commercer accordée par l’Europe au monde entier, sans contrepartie tangible, ne nous ait enrichis depuis que nous la pratiquons sans retenue. Si l’on accorde foi aux statistiques (on ne peut quand même pas douter de tout !) cette assertion est parfaitement exacte. Ce qui ne dispense pas d’en voir les conséquences pratiques.

Cette ouverture sur le monde à un corollaire, celui du démantèlement de notre industrie. L’accroissement de richesse qui en a résulté s’est fait au bénéfice d’un nombre réduit de personnes. En résumé, à mesure de son développement, la mondialisation a concentré ses bienfaits sur un nombre toujours plus restreint d’individus. A la paupérisation des ouvriers dans les dernières années du vingtième siècle, répond aujourd’hui celle des employés et des cadres. Si rien n’est fait pour enrayer ce phénomène, la destruction de cette classe moyenne, sur laquelle repose la stabilité de nos systèmes politiques, conduira au désastre et à la ruine de nos sociétés.

Ce n’est pas en s’en remettant aux totems des prélèvements et de la redistribution que l’on y changera quoi que ce soit. Trop tard, le mal est trop profond. Plus concentrée est la richesse, plus facilement elle se soustrait à l’impôt par le biais de l’évasion fiscale. L’enrichissement des élites est acceptable quand toute la société en profite. Quand il se fait au détriment du peuple qui porte, seul, le poids des délocalisations, il devient révoltant. Puisque la mondialisation échappe à tout contrôle, au lieu d’invoquer sans cesse la régulation bancaire comme la panacée, on serait sans doute mieux inspiré d’envisager le temps des mesures drastiques. Il est indispensable de repenser le ratio capital/travail dans la répartition des bénéfices de l’activité économique. De même nous ne pourrons faire très longtemps l’économie d’une véritable lutte contre le dumping social en instaurant des taxes dissuasives à l’entrée de l’Union.

Revenons en, pour finir, à Airbus. Ce qui est symptomatique dans cette tragicomédie aéronautique, ce n’est pas le protectionnisme américain. C’est l’intervention, jeudi 11 mars  au matin de Louis Gallois, le PDG d’EADS, au micro de Jean Michel Aphatie sur RTL. Sa réaction en dit long sur ce que nous préparent nos princes, dans l’indifférence générale. Ce que regrette notre « grand patron » ce n’est pas tant le marché ainsi perdu que la possibilité de construire une chaine d’assemblage aux Etats Unis et « donc de devenir un avionneur américain ce qui était très important pour nous » (sic !). Les salariés d’Airbus dans toute l’Europe ne l’ont pas encore réalisé, mais le vent du boulet est passé très près. Finalement, il nous a rendu un fier service avec son protectionnisme « à la con » le Barack Obama ! Il a sans doute troqué la proie pour l’ombre mais nous serions bien ingrats de lui en faire grief. Après tout pourquoi serions nous les seuls à devoir élire des dirigeants sans flair politique ? Les Américains en sont très capables aussi, grâce leur en soit rendue !

On nous serine depuis tant d’années que si nous sommes aussi accueillants avec les produits fabriqués en dehors de l’Europe c’est pour que nos avions et nos technologies « high tech. » comme les Mercedes et autres BMW continuent à se vendre. Quel bien cela nous fera si « nos » avions  sont fabriqués par des Chinois, des Américains ou des Indiens. On nous expliquera sans doute que l’essentiel, comme pour Renault dernièrement, c’est que les bureaux d’études soient encore en Europe. Tout est dans le « encore ».

Cela fera « encore » du travail pour nos ingénieurs et « encore » une belle jambe à tous ceux qui ne le sont pas. Nous aurons « encore » le droit de nous taire et « encore » celui d’applaudir le génie et la clairvoyance de nos gouvernants. La mondialisation bénéficiera « encore » aux mêmes, tant que tout cela durera « encore ». Avec « encore » un petit effort, nos élites mondialisées pourront partir en nous abandonnant à notre triste sort après nous avoir ruinés. « Encore » et toujours ce même « drame des délocalisations ».