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LE BOURBIER SYRIEN

juin 3, 2012

Depuis que François la Mouise est à l’Elysée, la presse parisienne se répand en louanges. On nous vente à grands tours de rotatives, cette désormais fameuse « Présidence normale ». Une fois posé ce principe intangible , sommes nous plus avancés quant à sa signification ? Eh bien non ! Pour les Hollandolâtres, la normalité s’entend par opposition à l’anormalité de l’usurpateur Hongrois. Pour l’esprit partisan, cela peut s’entendre mais pour le commun des mortels quel sens donner à cette apparente simplicité ? Nous en sommes donc réduit à l’analyse des faits, pour tenter comprendre ce qu’est un « Président normal » et, curieusement, c’est par le biais de la politique étrangère que nous avons enfin la réponse à cette lancinante question.

Mou du genou s’en vat en guerre

La République de l’émotion

Grâce au dossier Syrien, nous savons désormais qu’un Président normal c’est un Président suiviste. Les mêmes qui dénonçaient les gesticulations de Sarkozy en fonction du 20h00 du jour, se complaisent maintenant à tenir des discours de matamores, en s’invitant – en toute simplicité – dans la dite lucarne enchantée. Prenant appui sur les analyses géostratégiques des spécialistes du raccourci orienté (les journalistes de télévision), le pouvoir Hollandiste  nous déclare pratiquement en direct, la guerre à la Syrie. Qu’allons nous donc bien pouvoir aller foutre dans ce merdier proche oriental à nul autre pareil et pour quelles raisons irions-nous ? Mystère et boule de gomme, le plan de com Hollande c’est de s’émouvoir comme la ménagère de moins de cinquante ans, pas de donner des explications.

Comme toujours, nous allons nous mêler de ce qui ne nous regarde plus- depuis bientôt 70 ans[1] – au nom du droit-de-l’hommisme d’indignation. Nous ne mourrons pas pour les enfants d’Alep ni de Houla mais pour la conscience des BHL et autres habitués du Flore, que les derniers massacres en date perpétrés par la famille Assad empêchent de dormir. Gageons que si l’on suggérait d’envoyer en première ligne les rejetons de ces beaux esprits, le pacifisme ferrait un retour en force, mais passons … Il faut bien reconnaître que les Assad n’en sont pas à leur coup d’essai. Avec 13 000 morts, le fils est même bien loin des 25 000 du père qui en 1982 procéda à une sévère – quoi qu’efficace –répression. Il faut dire qu’à l’époque les Soviets soutenaient la Syrie et que les indignés sur commande Germanopratins, ne savaient rien refuser à la patrie des travailleurs. D’un autre coté, ils étaient tellement occupés à commenter le « crime contre l’humanité » commit par Sharon et Israël à Sabra et Chatila …

La Syrie n’est pas la Lybie

Alors à quoi bon nous pousser, à toute force, à retirer nos troupes d’Afghanistan, au risque de passer pour des alliés bien inconsistants si c’est pour nous précipiter aussitôt en Syrie ? Au nom de quel principe imbécile, ce qu’il ne faut plus faire chez les Talibans – à savoir se mêler de la manière dont s’administrent les hommes au moyen d’une religion « intrinsèquement pacifiste et humaniste » – deviendrait-il une « ardente obligation morale » chez les Alaouites ?

Le droit d’ingérence humanitaire, cher au bon Docteur Kouchner, est encore à l’œuvre malgré toutes les preuves accumulées de sa notoire inefficacité. De la Somalie au Darfour en passant par l’Irak, l’Afghanistan et bien sûr la Lybie, la liste est longue des dictatures renversées pour le plus grand bénéfice … d’une autre. Ne nous y trompons pas, partout où l’Occident croit sauver le monde, les barbus en profitent pour reprendre la main et substituer une oligarchie religieuse à une junte ou à un clan. Nous pourchassons des laïcs, certes corrompus et sanguinaires, pour les remplacer par des Imams dont la concussion n’est qu’une question de temps et l’épandage du sang d’autrui, un rite purificateur.

Dans le cas de la Syrie, la substitution ne sera pas sans répercussion, tant les enjeux géopolitiques sont immenses. Par la grâce d’un ennemi commun – Israël – Damas est, aujourd’hui, devenue l’alliée inconditionnelle de Téhéran. Ce qui, il nous faut bien l’admettre,  n’avais rien d’acquis en 1980. Ce faisant, pour la première foi depuis l’Imam Ali, l’Iran voit sa sphère d’influence élargie au monde Arabe, en s’assurant au passage, un débouché sur la Méditerranée. Dans le même temps, la liaison est assurée avec le Hezbollah Libanais, figure de proue du Chiisme dans la région. Autant dire que les Mollahs ne voient pas d’un très bon œil toutes les gesticulations en cours autour de leur ami Bachar. En réalité, nos dirigeants s’appuient sur l’émotion populaire (qui ne résistera pas à notre premier militaire mort) pour faire le jeu des puissances du Golfe, notoirement incommodées par la puissance Iranienne.

Un conflit qui remonte à la nuit des temps

Dans la guerre séculaire que se livrent les deux principales tendances de l’Islam, le conflit Chiites Sunnites vient en réalité épouser un antagonisme bien plus ancien : celui de l’antique rivalité entre les Perses et les Arabes. La religion est un moyen, puissant, mais rien de plus, pour prolonger cette vieille querelle qui est aussi celle du nomadisme face au monde sédentaire. Le foyer ininterrompu de civilisation la Région – comprendre la Perse – se trouve de nouveau remis en question par des Bédouins qui sont d’autant plus forts que leurs terres gorgées de pétrole, leur a donné des richesses qu’ils ne pouvaient espérer, au vue de l’aridité de leurs territoires de divagation naturelle.

Dans ces conditions, une intervention Occidentale, qui plus est entreprise au nom de principes droits-de-l’hommistes universellement rejetés par les deux parties en présence, à toute les chances de produire des ravages, dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences. S’ils se trouvent coupés de Téhéran par de biais de nos frappes « chirurgicales », il y a fort à parier que les « fous de Dieu » Libanais ne renouent avec leurs vieilles habitudes des années 70 et 80. Après avoir dévasté leur pays, ils viendront nous faire sauter des bombes, au nom de la légitime lutte contre le grand Satan. Si dans le même temps, Israël a l’idée géniale de profiter de l’occasion pour bombarder l’Iran, nous en prenons au moins pour vingt ans. Surtout depuis que nos socialistes n’ont rien de plus pressé à faire que de démanteler le commandement des forces anti-terroristes en France, au nom de la nécessaire et juste lutte contre le Sarkozisme …

Tout ça pour quoi ?

Etre une femme libérée tu sais c’est pas si facile …

Tout ce merdier donc,  pour qu’au final nous établissions le « doux règne » de la majorité Sunnite à Damas. Outre le fait que présenter le conflit Syrien en des termes aussi réducteurs qu’une lutte entre deux conceptions de l’Islam est inepte – les Alaouites ne sont pas des Chiites mais des Ismaéliens- c’est faire bien peu de cas de la réalité complexe du régime syrien. Comme toute dictature autocratique qui se respecte, la Syrie des Assad compte des soutiens bien au delà de la seule minorité religieuse qui lui sert de socle. D’abord parce que des Chrétiens aux Druzes en passant par les Kurdes et les Turkmènes, ce pays compte une multitude de minorités. Qu’ensuite, sans même revenir sur les origines françaises de la domination des Alaouites sur l’armée, force est de constater que le régime s’est appuyé, comme toutes les dictatures arabes de la même époque, sur un  parti unique (le Baas en l’occurrence). Que celui-ci, comme ses homologues, était laïc et transcendait donc nettement les obédiences religieuses. Dans ces conditions, il est aussi illusoire que réducteur, de présenter cette affaire comme celle de la domination d’une minorité religieuse sur une majorité oppressée. Et quand bien même, est-ce une raison suffisante pour aller risquer la vie de nos soldats ?

Au final si malgré, l’opposition réaliste de la Russie et de la Chine, nos Tartarins parviennent à renverser le fils de son père, qu’adviendra-t-il ensuite ? Nous aurons à la place, de gentils Salafistes sponsorisés par nos « amis » du Golfe. Est-il nécessaire de rappeler, ici, tout ce que l’Occident doit à cette mouvance fondamentaliste de l’Islam ? En effet, le 11 septembre, les terroristes qui précipitèrent leurs avions contre les tours jumelles et le Pentagone n’étaient pas Chiites. Ce n’est pas l’Iran, pourtant frontalière, qui fit du pays des Talibans, un joyeux camp d’entrainement géant pour malades désireux de se faire sauter en public. Le Hezbollah Libanais n’a pas entrainé Mohamed Merra, ni structuré les réseaux Kelkal. En vérité, en nous précipitant comme des moutons à l’assaut du régime Syrien, nous faisons le jeu de nos plus intraitables ennemis.

Conclusion

Il n’est pas question pour autant de rester les bras croisés à regarder ailleurs, pendant que le pouvoir Syrien massacre à tour de bras. Nous devons isoler le régime et prendre le temps de susciter l’émergence d’une force d’opposition crédible, formée à notre mode de vie et prête à prendre le relais. A ce moment là, nous pourrons agir pour les installer au pouvoir. Bref, il nous faut faire ce que les pétro-monarchies font avec les fondamentalistes et non leur servir de bras armé. Si les Quatarii ou les Saoudiens veulent mourir pour Homs, grand bien leur fasse, nous pouvons même leur vendre les armes pour ce faire. Nos soldats, eux, ne doivent risquer leur vie que pour défendre nos valeurs et placer ceux qui s’en revendiquent en position d’éclairer leurs compatriotes. Pour y parvenir nous devons commencer par être fier de ce que nous sommes. Osons enfin définir ce qui nous caractérise par rapport aux autres. Abandonnons ce fantasme imbécile de village mondial où tout se côtoie et tout se vaut. Affirmons haut et fort, qu’au contraire,  toutes les cultures ne se valent pas et que la nôtre, quoi qu’imparfaite,  est sans doute mieux à même d’assurer l’épanouissement des individus. Si nous ne le faisons pas, si nous nous cachons derrière notre petit doigt et le complexe de l’Homme Blanc, alors il ne sert alors à rien de sauter comme des cabris derrière notre poste de télévision. Le monde n’a que faire de l’indignation Occidentale.


[1] Depuis 1946 très précisément et la fin du mandat Français

L’aube de l’île monde 3 – OTAN suspend ton vol ?

avril 12, 2010

Une Alliance de projection de puissance maritime

Nous venons de voir l’importance des théories de Mackinder pour les Anglo-Saxons en général et les Américains en particulier. Le retour économique gagnant de l’Extrême-Orient donne une vigueur nouvelle à une théorie élaborée au moment où l’ancien ordre mondial dominé par les Européens basculait au profit de celui qui semble donner, de nos jours, de sérieux signes d’usure.

Première manifestation de l’île monde

Ce qui paraît se dessiner en Eurasie n’est pourtant pas une nouveauté. La guerre froide prend un tout autre relief si on la replace dans le paradigme du fondateur de la London School of Economics. A partir de 1949, avec la victoire des communistes sur le Kouo-min-tang, le bloc communiste était en passe de réaliser l’île monde à son profit. Avec le recul de l’histoire, il est facile de considérer que le type de développement économique induit par les théories de Marx ne permettait pas la naissance de ce super continent. Le modèle économique et politique proposé par l’uniformité apparente de l’alliance sino-soviétique n’était pas uniquement un péril pour la liberté. Il venait aussi rejeter les Etats-Unis à la marge du monde en construction.

La  politique américaine de « containement » n’est que la continuation de la politique anglaise face au blocus continental, sur une plus grande échelle. C’est une stratégie de puissance maritime face à un pouvoir continental. Elle vise à s’assurer des bases solides à la périphérie de l’Empire faute de pouvoir l’atteindre au cœur. L’Europe occidentale, le Pakistan, la Corée, le Japon, l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam ont en commun d’être atteignables de l’une ou l’autre des côtes américaines.

L’Amérique est même allée jusqu’à créer des ennemis à ses adversaires là ou rien n’existait. Le Wahhâbisme et toute la cohorte de maniaques religieux qui se réclament du Djihad mondial pour convertir les mécréants au fil de l’épée ont été portés sur les fonds baptismaux, si l’on peut dire, par les Etats-Unis. Dès avant la fin de la seconde guerre mondiale, les accords entre Roosevelt et le roi Fayçal Al Saoud scellent une alliance qui verra l’Amérique renforcer les fondamentalistes au détriment des nationalistes soupçonnés de sympathies communistes. Cet aveuglement conduira les baassistes et autres nasséristes dans les bras de Moscou tandis qu’au nom de la « liberté » on développait la résistance aux Russes sur une base religieuse en organisant le transit des jihadistes vers les vallées d’Afghanistan. Les Ben Laden et autres barbus fanatisés peuvent remercier le « grand Satan ». Sans lui, ils pousseraient encore leurs chèvres dans le désert yéménite.

Les signaux d’alerte n’ont pourtant pas manqué. La déconvenue iranienne aurait dû alerter les stratèges de la Maison Blanche. La chute d’un Chah de plus en plus incontrôlable devenait une priorité. Son remplacement par les mollahs n’apporta pas la sérénité voulue, c’est le moins que l’on puisse dire. Certes, les religieux, une fois maîtres de Téhéran, ne se précipitèrent pas chez les incroyants soviétiques mais l’affirmation de la souveraineté persane ne s’est pas faite au bénéfice de l’oncle Sam. On ne peut pas faire confiance au spirituel pour présider aux destinées du temporel, c’est une évidence vue de nos vieilles nations européennes percluses de conflits religieux. C’est beaucoup moins vrai depuis une nation fondée par des protestants exaltés expulsés d’Angleterre, pour cette raison. Les héritiers des pionniers du Mayflower sont, depuis, persuadés qu’ils ont une mission divine et ils le proclament à la face du monde, entre autre, en inscrivant sur la monnaie dont ils inondent la planète : « In God we trust ».

La stratégie américaine face à l’île monde

Zonage du " War on terror "

Tout autant que les efforts américains, les dissensions politiques entre les deux moteurs de cette proto-île monde auront eu raison de son essor. Le succès n’était pas au rendez-vous tant, la faiblesse économique des acteurs était patente.  Ils partaient de trop loin et devaient affronter une concurrence trop rude en un temps trop court. On a conclu, un peu vite, de la chute du communisme, à la fin de l’Histoire[1] et au côté incontournable de la démocratie libérale comme modèle unique de développement.

L’Amérique triomphe de ses ennemis, elle demeure la seule force en présence. On assiste alors à la théorisation de la puissance bienveillante. Les Etats-Unis n’ont aucune intention impérialiste, ils cherchent le bonheur de l’humanité dans son ensemble. La raison l’emporte sur la passion. Pourtant, les atavismes ont la vie dure et il suffit d’un rien pour que le gentil et désintéressé Bobby planétaire se transforme en vil tonton macoute de bas étage. On ne peut pas analyser le délire irakien autrement.

Le pays de Saddam n’était plus une menace pour personne à l’issue des douze années d’embargo qui suivirent la déculottée administrée par la coalition internationale, consécutivement à ses égarements koweïtiens. Aucune raison objective ne présidait à cette nouvelle expédition, si ce n’est le besoin de se positionner aux marges de l’île monde renaissante, au cœur du ventre mou islamique.

Le sentiment d'encerclement dépend de la perspective géographique avec laquelle on l'étudie

Ce faisant, les Etats-Unis renforcèrent les fondamentalistes. Ils achevèrent les régimes laïcs de la région qui faisaient encore obstacle aux barbus. Ils créèrent une zone d’instabilité aux portes d’une Europe qui pouvait être tentée de se tourner vers le continent à la faveur de son recentrage à l’est et ils se positionnèrent à proximité immédiate de la zone-pivot. L’Afghanistan leur donnait déjà cette occasion, à ceci près que deux c’est toujours mieux qu’un, surtout quand entre les deux se trouve l’Iran.

On le voit, les Américains ne sont pas aussi ignorants des réalités géopolitiques du monde contemporain que l’on affecte de le croire en Europe. Les bouseux  du Texas ne savent peut être pas bien distinguer Bruxelles de Paris, et qui pourrait leur donner tort par les temps qui courent, mais il savent très bien que le Caucase doit être contrôlé et pacifié pour que les visons mackidiennes s’appliquent. S’ils veulent conserver leur puissance, ils doivent s’assurer de la permanence de ce foyer d’instabilité.

A la recherche de nouvelles alliances continentales

La Russie et surtout la Chine sont bien conscientes de cette stratégie. Il ne faut pas interpréter autrement leurs positions vis à vis du Pakistan, de la Géorgie, de l’Ukraine ou de la Corée. Les marches de leurs empires respectifs doivent être sous leur contrôle afin de faire pièce à la volonté américaine. Ce n’est pas de l’aveuglement nationaliste chinois ou d’atavisme impérial russe qu’il s’agit. Les leçons de la guerre froide ont été retenues. Avant toute chose, il convient de rester maître chez soi. Tout ce joue sur la zone-pivot et, de ce point de vue, l’Iran est la « mère de toutes les batailles ». Elle n’est pas dans le voisinage immédiat des deux puissances continentales mais elle est la porte d’entrée sur le Caucase. Les puissances continentales doivent donc impérativement trouver des alliés.

Il faut se rendre à l’évidence que les choix en la matière sont restreints. L’Inde est en retard sur la Chine, elle commence sa mue et se méfie de son puissant voisin depuis ses déconvenues militaires des années 60. De plus, elle est trop occupée par ses querelles avec le Pakistan et trop dépendante des Etats-Unis pour les résoudre. Il reste l’Europe.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le « vieux continent » est pacifié, d’abord à l’Ouest puis à l’Est sous la houlette américaine. Cette domination  y est acceptée quand elle n’y est pas célébrée, par les élites locales au nom d’une communauté d’intérêts symbolisée par la démocratie porteuse du développement économique. Cette unanimité des « gens de bien » rappelle trait pour trait les conditions dans lesquelles les Grecs se joignirent  aux Romains. La puissance culturelle dominante de l’antiquité s’est soumise à la puissance militaire car avec elle, venait la fin des conflits endémiques entre cités. Ces guerres fratricides engendraient une instabilité qui fragilisait la pérennité de l’ordre social.

Même cause, mêmes effets, la Pax Americana apporte la prospérité aux oligarchies en place par la sécurité des échanges et des contrats commerciaux. Cet axiome est imparable tant qu’il n’existe pas d’alternative. On voit, avec la Chine, que le succès économique est désormais déconnectable du libéralisme politique. Surtout, l’Empire du Milieu, n’a que faire de l’exportation d’un modèle d’organisation sociale. Son but est de trouver des clients pour commercer et des fournisseurs pour se développer. La Russie est assise sur un tas d’or géologique et se trouve située au centre d’une zone d’échanges potentiellement infinis entre est et ouest. Sa position est idéale. Elle n’a pas vocation non plus à exporter un mode de vie. La solution de remplacement à l’atlantisme ne viendra pas bouleverser nos habitudes, le « péril jaune » et le redoutable « Ivan » n’ont pas pour ambition d’égorger nos fils et nos compagnes.

La Chine et la Russie, ça n’est pas suffisant et afin que l’île monde prenne corps il convient d’y attirer une Europe qui regarde presque exclusivement vers l’océan. Des trois grandes puissances locales, une seule fait relativement exception. Le Royaume-Uni est ataviquement attaché aux Etats-Unis. L’Allemagne n’est plus que l’ombre d’elle même. Sa puissance économique la rend totalement dépendante, pour sa pérennité, des armes américaines tant elle s’est maintenue en état de dépendance militaire. Elle est dans la même position que notre pays après Waterloo.

La France et l’île monde

La France est un cas à part. Le grand vaincu du XIXème siècle, n’a pas abandonné ses rêves de gloire et ne s’est jamais pleinement satisfait de son rôle de supplétif. Qu’avons-nous vraiment gagné depuis que nous nous sommes rangés derrière la bannière des puissances maritimes ? Trois guerres meurtrières avec l’Allemagne, un lent déclassement économique et politique et la fin de notre domination culturelle.

Comme leurs homologues, nos élites sont farouchement accrochées à l’alliance américaine. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ironiser sur les capacités, le rôle, l’influence, le poids et les ambitions de la France dans le monde est devenu si commun à tout ce qui prétend procéder de l’intelligence dans notre pays que l’on se demande bien pourquoi, les puissances montantes prennent encore la peine de s’intéresser à tant d’insignifiance. Il est amusant de constater que la Gauche communiste a initiée ce processus au sortir de la guerre, pour hâter la victoire des « progressistes internationalistes » incarnés par les apparatchiks moscovites en liquidant la nation à leur profit. Elle a été, récemment rejointe, dans ce « noble but », par la Droite eurolâtre au prétexte, là encore, de la souhaitable et inéluctable dissolution de la patrie dans le « projet européen ». Dans tous les cas il s’agit de faire disparaître le pays. Nul part ailleurs on ne trouve une telle fascination morbide des élites pour le « parti de l’étranger ». Un si grand acharnement doit relever d’une sérieuse pathologie, un tropisme d’oligarchie grecque en voie de romanisation, probablement.

Il est indéniable que notre position internationale s’est érodée depuis l’Empire, nous en avons analysé les causes. Cependant, nous avons maintenu une étonnante combativité. Bien sûr, nos stratèges se sont longtemps efforcés de préparer la guerre à venir sur les bases de celle qu’ils venaient de perdre. L’affaissement démographique français a bien affaiblit nos capacités, mais ne les a jamais anéanties. Coûte que coûte, nous nous sommes maintenus non comme acteur principal, mais comme une entité incontournable. Aussi curieux que cela puisse paraître aux prophètes du déclin, on n’a jamais pu faire sans la France.

La France rejoint le commandement intégré de l'OTAN

La France rejoint le commandement intégré de l'OTAN

C’est encore plus vrai aujourd’hui, à l’aube d’un monde nouveau. La France est le maillon faible de l’Empire américain. Bien que nous tournions le dos, depuis peu, à notre doctrine traditionnelle en réintégrant, sans contreparties notables, le commandement intégré de l’OTAN, nous n’en sommes pas moins perçus comme autonomes et ce pour plusieurs raisons. Nous n’avons pas suivi le mouvement en Irak. Nous conservons une force de frappe nucléaire indépendante. Notre industrie d’armement est parmi les plus performantes au monde. Enfin, nous avons déjà claqué une fois la porte de l’Alliance, sans que le ciel ne nous tombe sur la tête pour autant. Voilà les raisons qui poussent la Russie, la Chine et dans une moindre mesure l’Inde à ne pas nous considérer, simplement, comme l’Italie, bien que nous soyons plus proche d’elle économiquement que de l’Allemagne. L’économie ne gouverne pas tout, la politique fait encore avancer les Etats. C’est de la même logique que procèdent les récentes attentions du couple Obama envers les Sarkozy. Ménager l’ego du Président d’une nation toujours prompte à renouer avec ses rêves de grandeur, permet de conjurer le risque que celui-ci ne se drape soudainement dans les plis de son drapeau. Depuis le temps que son « copain Barack » le snobait sur tous les sujets qu’il décrétait majeurs, « my friend Nicolas  » aurait été capable de se souvenir qu’il était gaulliste. Il convenait de rattraper le coup sans rien céder sur le fond. Un petit dîner en couple savamment orchestré, vaut mieux qu’un grand choc. On arrive toujours à amadouer l’indigène avec de la verroterie médiatique.

La France ne remettra pas en cause l’ordre européen à elle toute seule. Elle peut simplement contribuer à lézarder la belle façade d’unanimisme occidental qui veut qu’il n’y ait point de salut en dehors de l’Amérique. Il ne lui en faut pas beaucoup plus pour intéresser du monde. Nous ne sommes pas revenus au centre du jeu pour autant. Nous devons nous contenter d’être une puissance régionale, mais une puissance déterminante. Le monde change vite. Que pointe une alternative à  cet ordre présenté comme immuable pour mieux nous confiner à un rôle qui n’est pas à la mesure de notre destin, et tout peut arriver. L’île monde n’est pas la plus absurde des solutions, pour qu’un pays qui se cherche depuis près de deux siècles, se trouve enfin. Il faudra pour cela relever des défis que je m’efforcerai de souligner au travers de ce blog.


[1] Francis Fukuyama – La fin de l’histoire et le dernier homme – Champs Flammarion