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LE PEN, MELENCHON, MEME COMBAT !

juillet 2, 2010

Depuis la crise financière de l’automne 2008, nous sommes entrés dans un nouveau monde. Un monde où l’argent des autres ne vient plus aussi facilement pallier les ajustements sans cesse repoussés aux calendes … grecques. Cette limite, théorique puisque l’on ne l’atteint jamais, ce sont justement les Grecs qui l’ont dépassée en janvier dernier. La Planète des cigales keynésiennes s’est alors rendue compte avec effroi que tout avait un terme. Fini le temps des promesses qui flattent le populo dans le sens du portefeuille. Terminée l’euphorie des lendemains qui chantent financée à crédit par les petites fourmis asiatiques. Les premières à en souffrir sont les terres traditionnelles, gréco-latines, de l’insouciance socialiste. Elles ont en commun, avec la France ne l’oublions pas, d’être baignées par la Méditerranée. Il faut, d’urgence, revoir de fond en comble notre modèle social sous peine de sentir le monde se dérober sous nos pieds.

La chasse au Gaspi

Il convient donc de faire des économies et, comme aux temps glorieux du choc pétrolier des années 70, l’administration relance chez nous la chasse au Gaspi. Vaste programme aurait dit De Gaulle, tant la responsabilité de cette dernière est grande en la matière. Il n’y a, en effet, pire panier percé qu’une administration qui a fonctionné en roue libre pendant tant d’années. La lâcheté insigne de nos gouvernants depuis trente ans a conduit, au nom de la paix sociale, à tout lâcher aux syndicats. Le montant des sommes engagées est devenu, avec le nombre de fonctionnaires, le seul critère d’efficacité d’une politique publique : dis-moi quel est ton budget et je te dirai si tu es sérieux. Etudier le rendement d’une mesure, l’impact d’une décision ou la pertinence d’une dépense tient du blasphème contre les Saintes Ecritures de la « comptabilité publique » qui, pour la bien-pensance syndicale, se résume en trois mots : un, deux, beaucoup.

Le service public à la française

Il n’est pas étonnant que, dans de telles conditions de glorification permanente de la gabegie, la période de vaches maigres qui s’annonce soit particulièrement redoutée. Nous n’avons jamais vraiment commencé à nous adapter et on nous a fait prendre des mesurettes pour de grandes réformes. Nous nous sommes toujours comportés comme des cigales pour protéger les « avantages-acquis-du-service-public-à-la-française » au prix d’un taux de chômage proprement ahurissant. Quand on aime, pour la gauche, ou quand on risque le blocage, pour la droite, on ne compte pas, et nos politiciens n’ont jamais été avares avec notre argent. Seulement voilà : tout a un terme et, comme on ne peut plus tondre davantage la France exposée, il va bien falloir revenir sur les privilèges de la France protégée. Comment y parvenir sans trop de casse, dans ce pays qui n’a plus les moyens de ses ambitions ?

Depuis des années, nos dirigeants transfèrent leurs pouvoirs à l’Europe dans l’opacité la plus totale. Le peuple étant soigneusement tenu à l’écart de ce bonneteau institutionnel on a refusé, pour ne pas l’alerter, de mettre en œuvre les mesures d’ajustement rendues nécessaires par la convergence que sous-tend l’aventure – le mot est juste – européenne. Tout au plus a-t-on consenti, dans la douleur et en nous pinçant le nez, à plus ou moins modifier, notre organisation économique en démantelant certains de nos monopoles publics. Nous nous sommes bien gardés, jusqu’ici, de toucher au cœur du système et à nos millions de fonctionnaires. Résultat : des déficits abyssaux car nous nous embarquons dans une frégate avec un équipage de porte-avions. Il arrive un moment où nous allons devoir faire un choix : nous adapter ou quitter le navire.

L’Europe : ce choix jamais assumé

Au nom de la construction européenne, nous avons abandonné des pans entiers de nos prérogatives régaliennes à des instances qui, pour être internationales, n’en sont pas moins bureaucratiques. Le fait que ce mouvement, vieux de trente ans, coïncide presque exactement avec le début d’une politique de déficits budgétaires systématiques, n’est pas le fruit du hasard.

A ce transfert de compétences a correspondu naturellement une démission du pouvoir politique au profit des « experts ». Quoi de plus naturel, pour des élus qui n’ont plus les moyens de mener à bien leurs programmes, que de se décharger de leurs responsabilités sur autrui. Le « c’est-pas-ma-faute-j’aurais-bien-voulu-mais-c’est-Bruxelles-qui-veut-pas », est devenu l’antienne de tout gouvernant pris en flagrant délit de tromperie sur ses promesses électorales. Il faut dire que le peuple a aussi, dans cette affaire, une part de responsabilité. Tant qu’il portera à sa tête celui des candidats qui le fera le plus rêver, il ne faudra pas venir se plaindre d’avoir pour chef un menteur patenté. A la décharge de l’électeur moyen, on doit cependant reconnaître que, lorsqu’il s’oppose à cet inexorable abandon de souveraineté — comme en 2005, on s’assoit sur son vote et on continue comme si de rien n’était.

En guise d’expert, c’est l’administration qui fait la pluie et le beau temps, au nom de l’harmonisation communautaire. Les ministres ne sont plus que des administrateurs provisoires, nommés par un homme – une femme ne changera rien à la chose –  qui tire sa légitimité du bobard qu’il vient de vendre à la nation. Les campagnes présidentielles ne portant jamais sur notre engagement européen, il est vain de prétendre redonner un pouvoir au « politique », dans la mesure où ses marges de manœuvre sont à peu près nulles. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, la construction de l’Europe vide le niveau national de toute responsabilité au profit d’un « machin commun » qui doit le détruire entièrement pour assurer son avenir. On l’a bien vu avec les « non », français et néerlandais, au projet de constitution. Lorsque des Etats regimbent, la machine se grippe. Il devient donc vital, pour la félicité européiste, d’éliminer  cet obstacle.

L’Europe : du rêve à la réalité

Le résultat de tout ce cirque c’est l’apparition d’Etats-Potemkine qui n’ont plus que l’apparence du pouvoir, la réalité de celui-ci étant répartie – très inégalement – entre Bruxelles et les régions. Nous qui croyions un peu naïvement, en troquant Paris pour la capitale belge, faire de l’Europe une construction centralisée à la française, nous nous retrouvons avec une tour de Babel composée de Länder allemands. Tout cela serait peut-être parfait si nous y avions librement consenti : or, il n’en est rien.

Nos politiciens qui poursuivaient, pour les plus intelligents d’entre eux, des rêves de puissance en imaginant une Allemagne perpétuellement à notre botte en raison des « Heures-les-plus-sombres-de-son-histoire », se sont lourdement trompés. L’Europe se fait autour du centre de gravité du continent et celui-ci est allemand. La périphérie française peut modifier l’édifice à due proportion de sa place réelle dans le dispositif : à la marge. C’est cette cruelle réalité dont nos concitoyens sont de plus en plus conscients. Cumulée avec le déficit démocratique manifeste du Barnum, cette dernière risque fort d’être indigeste. L’alternance entre l’UMP et le PS est tellement théorique qu’on les qualifie, dans les milieux autorisés à penser et à le faire savoir, de « partis de gouvernement ». C’est dire les changements que l’on est en droit d’attendre de l’affrontement de titans qui se prépare en 2012 avec le duel Dominique Sarkozy et Nicolas Strauss-Kahn et ce ne sont pas Martine Royale ni Ségolène Bayrou qui viendront changer la donne.

Il va pourtant bien falloir un jour ou l’autre demander au Peuple s’il souhaite ou non suivre ses élites dans leurs entreprises européennes. Nul doute que la nouvelle génération, rejetée par le système aux extrêmes du spectre politique, ne s’empare de cette question lors des prochaines présidentielles. Jean-Luc Mélenchon comme Marine Le Pen y ont tout intérêt, tant elle conforte leur position d’alternative, celle-ci n’étant plus à rechercher entre une UMP et un PS d’accord sur l’essentiel et que seuls des détails distinguent.

Conclusion

Le cortège de restrictions qui accompagne la crise actuelle va rendre audibles les options radicales. Les « partis de gouvernement » ne pourront plus enfumer leurs électeurs avec la « réhabilitation de la volonté en politique » : celle ci, pour eux, n’est plus à rechercher sur un plan national mais européen. Autant dire carrément à leurs électeurs qu’ils sollicitent un mandat de négociateur international, et encore : avec une obligation de moyen et non de résultat. Le problème de cette connivence née de ce constat partagé sur l’Europe, c’est que les extrêmes porteront, à elles seules, les espoirs de changements et que ceux-ci risquent d’être grands.

Dans ces conditions, il y a fort à parier que le prochain président sera celui qui saura s’attacher son extrême. Vieux habitués du mariage de la carpe et du lapin, les socialistes partent avec la longueur d’avance que leur vaut l’héritage de François Mitterrand, maître en la matière. Mélenchon ne coûtera pas bien cher : un plat de lentilles ministérielles bien juteux, pourvu que l’illusion d’un pouvoir réel soit entretenue, lui ira parfaitement.

Sarkozy en revanche, pour avoir cru, sans doute un peu vite, avoir terrassé l’hydre frontiste, devra payer un prix plus élevé. Il est fort probable que Marine ne se contente pas d’un sous-secrétariat d’Etat à la machine à découper le jambon, même si c’est pour succéder à Rama Yade.

Les 23 mois qui nous séparent des présidentielles vont donc être hilarants.

LES ERREURS STRATEGIQUES DE DOMINIQUE DE VILLEPIN

juin 26, 2010

Provisoirement nanti d’une virginité judiciaire inespérée, Dominique Galouzeau de Villepin a décidé de se venger de son meilleur ennemi en endossant les habits du pur que rien n’arrête, portés en son temps et dans un autre camp par Jean-Pierre Chevènement. Ce rôle de briseur de rêves sur l’autel de l’orthodoxie républicaine, est-il à la mesure du dernier Premier Ministre de Jacques Chirac ? Comme pour mieux s’insérer dans la lignée de son modèle belfortain, il met en œuvre une stratégie  qui peut se résumer en quelques mots : « un politicien ça ouvre sa gueule et surtout, ça plante son camp». Si l’objectif visant à saborder la campagne de Nicolas Sarkozy pour sa réélection est clair, on peine à distinguer les contours de l’alternative par-delà les clivages partisans qu’il ambitionne de construire.

Une date de lancement malheureuse et un nom complètement idiot

Même s’il est évidemment plus facile de le dire après coup,  la date retenue pour le lancement des ambitions villepiniennes relève du pur génie. Le 19 juin, c’est le lendemain du 18 qui était, avant 1940, l’anniversaire de Waterloo. Pour avoir oublié que c’était aussi le mondial de football, les stratèges de Dominique de Villepin ont mis leur champion dans la position très inconfortable du Messie prêchant dans le désert, tant les médias étaient concentrés sur les états d’âme d’une secte d’imbéciles à crampons barricadés dans leur hôtel sud-africain. Le psychodrame de l’équipe nationale était peut-être imprévisible, mais le fait que ce week-end séparait deux matchs qui avaient toutes les chances de s’avérer cruciaux était, lui, une évidence. A force de regarder en arrière vers un passé glorieux, on finit par se prendre les pieds dans le tapis. Le résultat de tant d’imprévoyance, c’est que ce mouvement « novateur » a été lancé dans une ambiance qui tenait plus de la fin des Cent-Jours que des débuts de la France Libre.

Comme si tout cela ne suffisait pas, le jus de crâne des têtes pensantes de la Villepinie a produit le nom le plus invraisemblable qui soit pour un parti politique : « République Solidaire ». Voilà bien une dénomination fourre-tout qui fleure bon son moralisme d’ONG droit-de-l’hommiste à la con ! Là encore on ne peut pas les accuser de faire dans l’originalité tant on s’attend à voir débarquer la Présidente du Poitou-Charentes derrière cette appellation, apparemment non contrôlée. Encore un effort vers la « Royalisation » et ils accoucheront d’un projet de Rassemblement « participatif ».

L’agrégat de tous les poncifs et lieux communs de la politique française ne fait pas un programme

On nous avait promis l’aube d’un jour nouveau. Une rupture (tiens, encore une !) avec le monde d’avant. On allait voir ce qu’on allait voir : avec Dominique, la France était de retour. Au lieu de ça, on nous a servi tous les stéréotypes contenus dans le bréviaire du Petit Duhamel illustré pour étudiant en première année de Science Po : tout ce que vous devez savoir dire pour paraître instruit des affaires publiques, sans jamais risquer de choquer un journaliste. Le Monde cherche un repreneur, mais le monde merveilleux de Oui-Oui s’est trouvé un nouveau héraut.

Le créneau, notoirement « sous-occupé», du politiquement correct, est enlevé gaillardement par ce « Dandy de grand chemin ». L’indéniable talent oratoire du « résistant » qu’il fut à l’impérialisme américain, et qui lui vaut l’admiration sans borne de tout ce que nos banlieues comptent de « philosémites », ne donne malheureusement pas de résonances nouvelles aux formules creuses et convenues sur : l’Incroyable Réservoir de Talents de Nos Cités, les Beautés du Métissage, le Respect des Croyances d’importation et l’Inaliénable Droit, pour les musulmanes, d’être enfermées dans des prisons de toile par leurs barbus de maris. Qu’il est doux d’être prophète en son pays et loué par les siens pour sa « clairvoyance ». En effet, dans ce milieu qui s’est donné pour mission d’expliquer à la France qui souffre qu’elle n’est malade que de ses fantasmes, le déni de réalité a pris le pas sur toute autre forme d’analyse. Dominique de Villepin n’est donc révolutionnaire qu’en ce sens qu’il se propose de faire revivre le meilleur des années Chirac : l’immobilisme. Il confond la nostalgie éprouvée par les Français envers le style et l’empathie réelle de leur ancien Président avec un regret de son inaction politique.

S’il pense que c’est en nous refaisant le coup de la fracture sociale qu’il a de l’avenir, Monsieur de Villepin se trompe lourdement. Nous sommes très heureux pour lui que ses dernières incursions dans le pays réel lui aient ouvert les yeux sur les difficultés de éleveurs de ces « si jolis petits cochons », mais que ne s’en était-il donc préoccupé avant ! Les manants que nous sommes sont toujours heureux de voir qu’un demi-dieu s’intéresse à leur sort, mais l’accumulation de fils de princes qui se piquent d’aimer le Peuple le temps d’une élection commence à peser.

Jamais en reste d’une porte ouverte à enfoncer, le fossoyeur du bicentenaire d’Austerlitz, nous a même servi la fable convenue de l’avenir-radieux-qui-s’ouvre-devant-nous-grâce-à-la-croissance-verte. Le drame de ce lancement là, c’est qu’aucune idée nouvelle n’est venue l’accompagner. On est resté dans le registre de ce qu’il ne faut pas faire, jamais dans ce qu’il convient d’entreprendre.

Un boulevard à droite

Pourtant, les occasions ne manquaient pas, tant le Président en exercice n’est guère plus clairvoyant, en ce domaine, que son dernier adversaire en date. Nous avons dit à de nombreuses reprises, sur ce blog, que la qualité du diagnostic sarkozyste sur l’état réel de la France et des Français, n’avait d’égal que l’acharnement mis à ne pas y apporter les remèdes qu’il avait pourtant promis de mettre en œuvre.

Illustration de l'idiot utile

C’est là que se situe le créneau porteur que Dominique de Villepin aurait dû investir pour incarner une alternative crédible. Au lieu de cela, il conforte la bien-pensance dans sa lâcheté, et caresse les Barbus dans le sens d’un poil qu’ils ont abondant. Quand il prétend que tout va pour le mieux dans des banlieues gangrénées par le racisme anti-blanc, la partition ethnique, le communautarisme religieux et la loi du plus fort, il désespère ceux qui, issus de ces quartiers, comptent sur la République pour s’en sortir. Il ne leur propose rien d’autre que de subir le joug des caïds pour préserver « la paix sociale ». Déranger les petites frappes dans leurs trafics quotidiens, ce serait, à l’entendre, mettre en péril le pacte républicain. Encore un pour qui, l’apéro géant à la Goutte-d’Or était une indéniable provocation de néonazis.

Le courage, la novation, la bonne rupture, le véritable appel au sursaut national auraient été de s’approprier le champ immense des espoirs déçus par les renoncements successifs du Président. Le boulevard était dégagé sur sa droite et non sur cet improbable centre, castrateur de toute idée originale au nom de la préservation des prébendes acquises de longue date par toute une nuée de parasites.

Le Général de Gaulle ne s’y était pas trompé, et la renaissance de notre pays dans les années soixante s’est faite contre les centristes. Les partisans du renoncement avaient ruiné les espoirs nés de la Résistance et fait de la France une petite nation frileuse. La geste gaullienne allait nous propulser dans cette modernité qui se dérobait sans cesse, en nous donnant les moyens de notre indépendance. On est bien loin du compte avec son continuateur autoproclamé. L’appel du 19 juin lancé par Dominique de Villepin n’est pas celui du 18, il ne s’inscrit même pas dans la lignée de celui de Cochin.

Le mirage du Centre

En réalité, il s’agit d’investir le terrain laissé vacant par les déboires électoraux de François Bayrou. Le Béarnais se voyait – et continue de se voir, les visions ça ne s’estompe pas comme ça – comme le Troisième homme au-dessus des partis. Il avait, lui aussi, l’ambition de rassembler le meilleur des deux mondes. Il s’est fourvoyé dans une opposition systématique et dogmatique au Sarkozysme, décrédibilisant ainsi sa posture de départ. Encore avait-il le sens commun de ne pas se vautrer – entièrement – dans la pensée unique. Il n’a jamais flatté les banlieues dans le sens voulu par les papes du « vivre ensemble ». Pour le reste, il frappait fort mais, sauf avec cette grande conscience de Cohn-Bendit,  jamais en-dessous de la ceinture.

Avec Villepin, on passe du coup d’éclat intermittent au coup de pompe permanent. C’est plus violent et plus mesquin et ça fleure bon le règlement de comptes. On ne parle plus d’idées mais de faire trébucher l’ennemi. C’est d’ailleurs l’une des raisons de tout ce bruit médiatique fait, depuis deux mois, autour du rien de son programme. Ce qui porte préjudice au Président est, en général, du pain bénit pour une presse que des comiques ont un jour présentée comme « aux ordres » de l’Elysée. Tout est bon pour que les soutiers de l’immobilisme, toujours à la recherche d’un poste et qui n’ont pour toute conviction que celle de leur ambition démesurée, arrivent, lentement mais sûrement, vers le nouveau phare de leurs espérances. Ainsi l’information capitale de ce week-end de lancement est-elle que l’ineffable Azouz Begag refuse de s’entraîner avec l’équipe Modem et prépare l’opinion à son transfert dans le « team Villepin ».

L’avenir radieux du Front national

Un boulevard ... vous croyez ?

Faire du neuf avec du vieux ne séduira pas un Peuple las qu’on le mène en bateau. Les Français n’en peuvent plus des histoires à dormir debout qu’on leur raconte tous les jours. Ils ont bien compris que leurs élites tournent en rond, qu’elles ne se parlent qu’à elles-mêmes en les laissant délibérément dans l’ignorance des réalités. Ils en ont assez d’être les spectateurs médusés des mensonges et contre-vérités dont se repaît une clique de privilégiés qui n’a pour autre objectif que de le rester. Pratiquement plus personne ne vient leur parler d’ambition collective ni de destin national, personne ne les écoute, personne ne les comprend.

Seul un vieux tribun breton obstiné prospère sur cette jachère. La digue d’ostracisme qui entourait le patriarche se lézarde dangereusement à  mesure qu’enfle la houle du changement incarnée par sa fille. Lorsque la tempête se déchaînera il ne sera pas d’obstacle à même de préserver l’électorat de la submersion. Les prophètes du centrisme mou devraient prendre garde, si les menées de leur nouveau champion amènent la victoire de la gauche et du programme qu’elle nous concocte, ce n’est pas autour d’eux que se reconstruira l’alternance à droite. Les temps changent et ils risquent bien d’être balayés pour longtemps du paysage, au profit de ceux qui savent parler au peuple.

Le Centre, trou noir de la politique française

avril 21, 2010

Alors que l’activité volcanique islandaise n’était encore que souterraine, quatre de nos anciens Premiers ministres de Droite sont sortis d’une réserve où ils ne s’étaient, du reste, jamais cantonnés bien  longtemps. La nature ayant horreur du vide et la politique de l’incertitude, nos « ayant été » et autres « aspirants à le redevenir » se sont précipités sur le premier micro tendu pour nous faire part de leurs visions de l’avenir de la France. Le magma incandescent de leurs pensées profondes fut instantanément propulsé dans les hautes couches de l’atmosphère politique, tant le contraste thermique était immense entre leur génie et la gangue de glace sarkozienne qui maintenait le pays en état de léthargie avancée. Après tant de fulgurances et à l’instar des avions européens, les soutiers de la politique au quotidien ont été priés de rester au sol, une saine application du principe de précaution leur interdisant de se risquer à prendre leur envol après de si puissantes explosions.

Que nous ont dit nos vieux et moins vieux volcans, depuis la volée des régionales ? A des degrés divers, chacun à sa manière, les trois anciens Premiers ministres de Jacques Chirac nous ont envoyés le même message : « l’avenir est au Centre ».

Le retour des Chiraco-centristes

C’est Dominique de Villepin qui a dégainé le plus vite. Notant avec gourmandise la quasi-disparition de François Bayrou, il s’est positionné, sans perdre un instant, comme son successeur. Le fait que le Béarnais bouge encore, ne l’a pas plus retenu que l’apparente contradiction d’un tel positionnement pour quelqu’un qui se veut gaulliste. Pas l’ombre d’un doute ne l’habite. Seguin, lui, est bien mort : il en revendique donc également l’héritage. Pour lui, tout est clair : les Français sont restés chez eux, le Front national est revenu des limbes,  uniquement par la faute d’un Président qui mène une politique de Droite. Le fait qu’il soit seul à percevoir cela chez Sarkozy ne le retient pas, on ne saurait arrêter un uhlan blessé dans son honneur. L’admirateur des Cent-Jours et le fossoyeur des célébrations du bicentenaire d’Austerlitz reste persuadé que la France n’aspire qu’à être gouvernée à gauche par des gens de droite. Telle est sa vision du Centre. Douché par ses vaines tentatives de réformes au crépuscule chiraquien, il s’adresse à la nation comme le veilleur de nuit d’un conte:

« Dormez, braves gens ! Nous vivons sur une île, point n’est besoin de réformes. La crise s’arrêtera aux frontières de la France aussi sûrement que le nuage de Tchernobyl et les réfugiés kurdes réunis. »

Même ton compassé chez Alain Juppé. S’il fut « le meilleur d’entre nous » et à ce titre le Premier des Premiers Ministres de Jacques Chirac, il a, en commun, avec le dernier, le souvenir d’une magistrale déroute devant le conservatisme de gauche. Toujours droit dans ses bottes, le Maire de Bordeaux est prêt à suppléer Nicolas Sarkozy si ce dernier, pris par l’angoisse subite d’une défaite tant espérée par ce qu’il compte d’ « amis », venait à renoncer au combat. Son programme est aussi alléchant que celui de Villepin : cap au Centre.

Jean Pierre Raffarin vient fermer le ban en ajoutant, en prime, l’ardente obligation d’enterrer la réforme territoriale. Priver les Français des bienfaits dispensés par le mille-feuilles administratif légué par les lois de décentralisation successives, serait un péché contre le bon sens. L’argument est de poids, surtout venant de celui qui porta la dernière réforme en date, celle qui aboutit à donner tous les leviers locaux à la Gauche. Quelle drôle d’idée que de vouloir simplifier une usine à gaz qui sert si bien ses adversaires !

Ses Premiers Ministres confondent le regret que l’on peut avoir de l’homme que fut Jacques Chirac, avec le soutien à son action politique. On ne regrette pas l’immobilisme compassé, on est nostalgique de l’empathie du bonhomme.

Quarante ans de centrisme

Une chose est sûre : depuis le début des années 70 : la France a été gouvernée au Centre à l’exception d’une brève période de socialisme entre 1981 et 1982 suivit d’une réaction libérale encore plus brève de mars à novembre 1986. Tantôt centre-gauche, tantôt centre-droit, toujours centre mou, jamais nous n’avons essayé autre chose. Le Centre attire les conformistes aussi sûrement qu’un trou noir les galaxies. Le paradoxe a voulu que cette politique n’ait jamais été conduite par des centristes estampillés comme tels. Le fait qu’il faille faire croire aux électeurs, pour pouvoir devenir Président, qu’on appliquera, précisément une politique qui n’est pas centriste, ne frappe aucun de nos grands esprits. Les professeurs de morale insistent, à qui mieux mieux, sur cette fable d’une France souhaitant être gouvernée au Centre, sans tirer aucune conclusion des échecs répétés des candidats centristes au profit du PS ou du RPR : Nous nageons en plein déni de la réalité.

L’UMP a été portée au pouvoir sur deux malentendus.

Le premier fut en 2002 de faire semblant de croire la démocratie menacée par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Jacques Chirac fut élu avec un score soviétique en dépit d’une absence manifeste de programme, qui fut superbement masquée par l’agitation de son Ministre de l’Intérieur sur la sécurité. Il s’en est suivi qu’en dehors de la Place Beauvau, aucune réforme d’envergure n’a put être menée à bien et ce n’est pas le trompe-l’œil des réformes Fillon qui peut faire illusion.  Du CPE au referendum sur l’Europe, c’est un pouvoir déconnecté du réel car sans dessein précis qui a essuyé les échecs tout au long du quinquennat. La leçon a été retenue et, en 2007, le candidat UMP a été élu sur un programme aussi précis que clivant. Le malentendu, cette fois, est venu du fait qu’il s’est aussitôt empressé de s’excuser de ses audaces d’homme de droite en nommant à des postes de responsabilité tout ce que la Gauche comptait de carriéristes. Ces derniers, une fois en place, ont entonné cet air rituel que, les réformes étant impossibles, il convenait de les enterrer ; et les mêmes de louer la nécessité d’une gouvernance au Centre.

Alors que tout ce qui bouge dans le monde politique se revendique du Centre et de la culture du compromis, un boulevard se dégage à droite. Certains esprits en mal de symétrie remettent en cause ce constat, au motif que le même phénomène ne s’applique pas à gauche. En réalité, c’est parce que la Gauche est encore plus mal en point que la Droite que ce phénomène ne s’y observer.

La Gauche a gouverné au Centre, sans le reconnaître. Ce faisant, elle est allée jusqu’à prétendre rester fidèle à ses principes. Le communisme ayant sombré dans les poubelles de l’histoire, les socialistes ont préemptés le Centre tout en prétendant être fidèles à Jaurès. Le tour de passe-passe a si bien fonctionné que plus personne de sensé ne propose, comme Jean-Luc Mélanchon, de solutions authentiquement de gauche, du moins s’il prétend gouverner. Il est aussitôt moqué pour sa ringardise par tout ce que le microcosme compte d’intellectuels se revendiquant, précisément, de gauche

A droite, il n’en a pas été ainsi. Le mouvement socialiste vers le Centre a été compris comme un défi. Dans un premier temps, la réaction a été de chercher plus à droite ce que l’on ne trouvait plus au Centre. La bien-pensance, aidée en cela par les exubérances lepénistes, lui a interdit cette voie. Cédant au terrorisme intellectuel, elle s’est résolue à se replier au Centre comme un gage de ce qu’elle n’était pas la caricature que l’on faisait d’elle. Elle justifiait ce renoncement à des promesses ouvertement contraires par de prétendues obligations de rassemblement. Elle était immédiatement louée pour son sens de l’intérêt général par le syndic de la pensée unique.

La Droite : une idée neuve

Les amis de trente ans

Seul Edouard Balladur, parmi les anciens « PM », nous offre une vision politique différente. Il faut dire à sa décharge qu’il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour que Jacques Chirac ne soit pas Président. Qu’il y soit presque parvenu, et que son âge avancé fasse que son avenir politique est maintenant derrière lui, explique sans doute sa lucidité actuelle. Le divorce entre les deux hommes a beau dater de 1995, il n’en est pas moins profond. Il est, aussi, capital pour comprendre l’histoire politique contemporaine du pays. Le dernier Premier ministre de François Mitterrand est un authentique libéral. Il n’a jamais pardonné le virage centriste de Chirac postérieurement à la mort de Malik Oussekine. Il reste persuadé que l’inconstance du Président du RPR lui a coûté la victoire en 1988 et a privé la France d’une occasion unique de se réformer à l’instar de ses partenaires européens. La Droite n’a pas offert d’alternative à la Gauche, elle a mené la même politique centro-conformiste.

Le Président du Comité pour la réforme, est donc le seul à conseiller un virage à Droite au chef de l’Etat. Il faut lui reconnaître un certain courage pour braver, ce faisant, les quolibets de la médiacratie qui abhorre ce type de recommandations. Il y a un certain panache à aller expliquer à des gens qui prétendent vivre au seuil de la dictature qu’il est nécessaire d’accentuer la marche vers le « fascisme néo-libéral ». Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne semble pas avoir été bien entendu, jusqu’à ce jour. Méfions-nous cependant des apparences : Nicolas Sarkozy n’est pas idiot. Il a sans doute beaucoup aimé être loué pour son ouverture d’esprit par sa cour d’obligés. Il s’est probablement laissé persuader qu’il empêchait, ainsi, l’apparition sur sa gauche d’un concurrent sérieux. Il a, sans doute, compris, au vu des dernières régionales, l’impasse dans laquelle l’ont conduit ces stratégies à courte vue. Un gouvernement, surtout un attelage aussi hétéroclite que celui là, ne se manœuvre pas si facilement. Tels un lourd pétrolier croisant au large des côtes bretonnes, il est emporté par son élan. Il faut du temps pour que le coup de barre produise son effet. Attendons le remaniement qui suivra la réforme des retraites pour voir où entend aller le Président.

Les mois à venir nous diront qui des « ayant été » et des « aspirants à le redevenir » aura emporté le morceau. Si l’aveuglement triomphe de la raison ou si la nécessité de la réforme l’emporte sur le confort de l’inaction.

Le Front National s’installe dans le rôle de la seule alternative

En se recroquevillant dans un Centre consensuel, les acteurs politiques se coupent des réalités vécues par des électeurs de moins en moins aveugles. Le débat se réduit à un jeu d’ombres entre des protagonistes sourds à tout ce qui n’est pas la représentation du monde idéal dans lequel ils prétendent vivre. A force de ne proposer aucune alternative à ce modèle centriste, nos deux partis de gouvernement préparent la voie à une troisième force : Celle qui proposera de mettre un terme à un système qui empêche la France de sortir de l’ornière où elle s’est embourbée depuis 1980. Ce phénomène se manifeste en dehors de nos frontières, avec une touchante constance. Au grand dam de nos gourous médiatiques, la droite qualifiée d’extrême, progresse un peu partout en Europe. A l’Est, en Italie, aux Pays-Bas, dans les pays scandinaves, la Droite s’élargit. En France le Front National est toujours tabou. Pour combien de temps ?

La succession du sulfureux Jean Marie Le Pen est lancée. Elle aboutira, selon toute vraisemblance, à la désignation de sa fille en janvier prochain. Marine est née après la guerre l’Algérie, elle ne connaît des combats de 68 que ce qu’on lui en a rapporté ou ce qu’elle en a lu. Elle est l’enfant des années 80, des premiers ratés des politiques d’intégration correspondant aux succès initiaux du Front National. Elle n’est ni marquée par les scories de la décolonisation ni liée  aux outrances paternelles, nécessaires à l’amalgame de tout ce que la « France de l’ordre » comptait de rebelles à la démocratie, dans une organisation qui en a toujours scrupuleusement respecté les règles. La campagne qu’elle a menée dans le Nord-Pas-de-Calais cette année donne un idée assez précise de ce que vont être ses grands thèmes à venir. Elle s’est intéressée aux conséquences de la mondialisation en des termes que n’auraient pas reniés les syndicalistes des années 70. Elle s’est faite le chantre de l’assimilation à la manière des « progressistes » de la Troisième République. Elle a défendu la nation, le drapeau et une certaine idée de la place de la France dans le monde avec des accents très gaulliens. Elle a surtout été bien seule sur ces créneaux quand tous les autres s’étaient repliés dans le donjon.

Pour résister à pareille offensive, mieux vaudra, face aux bien-pensants, avoir tort avec Edouard Balladur que raison avec les Premiers ministres des Jacques Chirac. Faute d’avoir pris la mesure de ce qui sépara, en 1995, les amis de trente ans, nous n’en finissons pas de vider cette querelle.