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LE FAIT DU PRINCE

septembre 3, 2013

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S’il est un élément aussi sûr que l’existence de Dieu à Djeddah, c’est que la France est une Monarchie républicaine… absolue. Je m’explique. Là où d’autres dirigeants vivent sous la férule, d’ électeurs uniquement préoccupés par leurs intérêts égoïstes, nos élites aussi éclairées qu’altruistes vivent entre elles et décident, pour nous, de ce qui est bon et de ce qui ne l’est pas. Cette « démocratie » populaire apaisée permet ainsi à notre beau pays d’être à la pointe du combat contre le mal. Là où tant d’autres sont à la traine, le petit coq peut ainsi, les deux pieds bien calés dans le fumier, donner des leçons de chant à la planète entière.

À Parlement inexistant : déséquilibre des pouvoirs assuré

1801389_12736683-nono0908-20120809-t103aLe système institutionnel français est hémiplégique. Selon la pensée himalayenne d’Alain Duhamel il n’est plus qu’une seule élection qui vaille : la Présidentielle. C’est lors de cet exercice, désormais quinquennal, que notre bon Peuple croit, à tort, se doter librement d’un souverain pour les cinq années suivantes. Or, rien n’est plus faux ! En vérité, les électeurs n’ont qu’un choix apparent entre les deux faces d’une même politique. Leur vote ne sert qu’à désigner ceux qui auront le plaisir de jouir des privilèges du pouvoir (et de vivre grassement de la bête, mais ça, c’est une autre histoire). L’affrontement idéologique n’existe plus que chez les éditorialistes et n’est qu’une façade destinée à faire croire qu’il y a débat. Toutes les questions qui se posent ayant été préalablement évacuées au titre de la « morale républicaine », le « combat des chefs » se déroule en toute quiétude, entre des gens « bien élevés ». On ne discute plus que de l’accessoire et la presse se focalise sur le superflu, tant est si bien que l’on vote contre plutôt que pour. Si, dans ces conditions, les Français pensent de plus en plus que la présidentielle leur a été volée, c’est que hélas, il s’agit de la triste vérité. Nous nous retrouvons avec un Président que nous n’avons pas souhaité, tout simplement parce qu’une majorité relative d’entre nous s’est laissée convaincre qu’elle ne voulait plus du sortant.

Cette affaire ne serait pas grave si nous vivions dans un système de pouvoir équilibré. Or en matière institutionnelle la France souffre d’un déséquilibre certain. Tout converge vers le sommet de la pyramide. En dehors du Président, il n’y a plus d’autres pouvoirs qui vaillent. Les juges sont noyautés par le bolchévisme au point d’ériger « en toute indépendance » un « mur des cons » sans qu’il ne se passe rien. La presse d’opinion (pléonasme) est à 90% de gauche et les parlementaires ne sont plus qu’une bande de godillots, inféodés à une écurie dans le but de recevoir quelques prébendes. En cela ils ne remplissent absolument pas le rôle qu’ils sont supposés tenir. Pour que l’équilibre des pouvoirs fonctionne, l’exécutif doit répondre de ses actes a minima devant le législatif. De par le vaste monde, en dehors de la Corée du Nord, aucun gouvernement n’est moins contrôlé que le nôtre. L’opposition n’a pas de moyens et passe quatre des cinq années de la législature à se bouffer la gueule, pour trouver son champion pour le coup d’après. La majorité, quant à elle, est composée de béni-oui-oui. Les plus actifs d’entre eux n’ont qu’une obsession : celle de satisfaire les différents lobbys pour se voir décerner la palme du plus politiquement correct. Ce sésame leur permettra de quitter le Marais parlementaire pour s’élever dans la lumière gouvernementale. Les autres se contentent de grenouiller afin d’assurer leur investiture pour le prochain coup.

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Les électeurs sont les premiers responsables de cet état de fait. Eux qui ont été élevés dans le culte de l’État omnipotent, se comportent face à l’offre politique, comme des consommateurs avachis. Ils savent que les produits sont de plus en plus frelatés, mais il ne leur viendrait pas pour autant à l’idée de tenter l’aventure avec un producteur indépendant. Non ! Ils veulent des marques et votent pour des labels qui ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient lors de leurs lancements respectifs. Puisque seule l’apparence compte pour eux, ils ont des élus qui ne les représentent pas. Nos parlementaires ont une haute opinion d’eux-mêmes, au point d’imposer au Peuple des idées qui ne lui seraient jamais venues. Ils appellent ça : « le progressisme ». Vous trouvez ça aberrant ? N’oubliez jamais que les électeurs ont les élus qu’ils méritent !

Le roi c’est bien, mais tout dépend du souverain

969995_647459745283912_360260272_nVoici donc comment on finit par concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul individu. Je ne suis pas de ceux qui sont, par principe, hostiles à l’Homme providentiel. Cela a magnifiquement réussi au moins trois fois dans notre histoire : avec les deux Bonaparte et avec De Gaulle. L’alternative, mise en place par les « Républicains » après Sedan était absolument désastreuse. Elle revenait à sélectionner à coup sûr le plus idiot (et dieu sait qu’à l’Assemblée la compétition pour ce titre est féroce). De combien de Clémenceau nous sommes nous donc passés, durant cette maudite troisième république, au profit d’un nombre incommensurable de Deschanel ? Le problème ne vient pas tant du Roi que de la méthode pour le sélectionner. Du temps où l’on se passait de l’avis des gueux, la naissance pourvoyait à la question. Certes, quelques puissants, les aléas du sexe et la mortalité infantile pouvaient venir, de temps à autre, remettre un peu en cause ce bel arrangement, mais la plupart du temps, il fonctionnait … jusqu’à produire Louis XVI.

C’est justement par le sobriquet de François XVI que le désastre qui nous tient lieu de Président est souvent désigné par les plus réalistes de ses camarades. En vérité si le problème de la personnalité de notre prince se pose avec autant d’acuité, c’est que l’actuel titulaire (comme Louis XVI en son temps) n’aurait jamais dû accéder au trône. Non que celui qui y était destiné fût exemplaire, mais il avait un lustre de compétence dont le Président du Conseil général de la Corrèze ne s’était jamais donné la peine de se parer. Que ce lustre ait été fabriqué de toutes pièces par une armée de troubadours surpayés, roulant en Porsche Panamera est une autre histoire. Toujours est-il qu’avant son coup de queue fatal, DSK était nimbé d’une présomption de compétence, là où Normalito n’était que flou et loup aux dires de la grand-mère de l’autre. Les fesses de Nafissatou eussent-elles été moins girondes que le sort du monde en eut été changé … on a les tragédies et les Marc Antoine que l’on peut rue de Solférino.

Si la France pouvait s’accommoder du dernier Bourbon absolu (eut-il eu le cran de faire donner les Suisses en juillet 89), car elle était les États-Unis du moment, notre pays peut, aujourd’hui plus difficilement faire avec François II, dans la mesure où sa puissance actuelle est au mieux comparable à celle de la Saxe du XVIIIe siècle. Les Français ne sont pas contre le principe de la concentration des pouvoirs, à condition qu’ils reposent entre des mains qu’ils estiment expertes. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en la matière, François Hollande est un parfait manchot.

L’aventure syrienne du cocu magnifique

Barak et son Flamby

Barak et son Flamby

L’Orient est compliqué, c’est un fait. Dans le même ordre d’idée, il n’y a pas plus atlantiste qu’un socialiste, toujours prompt à se fourvoyer dans la dernière connerie à la mode, pourvu qu’elle ait été planifiée à la Maison Blanche. Si vous ajoutez dans l’équation le fait que cette même bicoque est occupée depuis 2008 par un Saint et que ce Prix Nobel de la Paix s’entendait comme larron en foire avec Sarkozy… Vous comprenez pourquoi notre Président a cru bon de foncer tête baissée.

1175290-gfLa géopolitique a beau faire l’objet d’un manuel d’enseignement à destination des nuls, force est de constater que toutes ses évidences n’ont pas été encore assimilées par les « stratèges » de la rue du Faubourg Saint-Honoré. En premier lieu, dans un système politique cohérent, la politique étrangère n’est pas gouvernée par l’émotion, ni par les élucubrations d’un histrion en chemise blanche. Les indignations de Monsieur Bernard Henri Levy (qui partage avec DSK le gout des triples initiales) sont probablement estimables, quoique répétitives et toujours à sens unique, mais elles ne peuvent tenir lieu de stratégie. Dans un second temps il convient de s’interroger sur l’équilibre des forces et sur ce qu’il advient des pays « libérés ». Force est de constater, à ce propos, que le « printemps » arabe est en réalité un sale hiver islamiste et qu’à la notable exception de l’Égypte, les perspectives sont on ne peut plus sombres, dans ces pays, pour nos intérêts et notre sécurité.

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Bien sûr il y a eu le précédent Libyen. Bien sûr nous savons tous que François est un mec normal qui veut faire de la politique autrement. Il n’empêche qu’après avoir manqué son coup avec le Mali, le père des enfants de la mère de la « bravitude » s’en est senti pousser une nouvelle paire avec l’affaire syrienne. Il a pris la posture facile, du meilleur allié de l’Amérique (ce qui est savoureux concernant le personnage, mais pas inhabituel à la SFIO). Il a décrété tel Jupiter sur l’Olympe qu’il fallait punir le méchant, que la France y était prête (quia nominor leo) et a fait, sur ce, appareiller une frégate (rhoooo le grand Homme très puissant!). Ce faisant il n’a pas fait de politique, il a prêché. La morale lui tient lieu de réflexion stratégique et le contrat d’armement de plusieurs milliards, en cour de négociation avec l’Arabie Saoudite – principal demandeur de frappes anti Assad – est certainement d’une moralité à toute épreuve.

François II et Abdalla, le fils de son Emir

François II et Abdalla, le fils de son Emir

La Syrie aux Syriens

h-20-1821558-1259789974Si l’utilisation de gaz ne semble faire aucun doute, bien malin celui qui, en l’état actuel des choses, peut nous dire avec certitude qui est coupable de les avoir utilisés. Ce que vit ce malheureux pays à l’heure actuelle, n’est pas une guerre civile, mais une guerre de religion. Les Sunnites tentent de reprendre la main sur les Alaouites qui s’étaient saisis des commandes à l’occasion de l’effondrement de l’Empire ottoman (et du mandat français, mais bon, l’Histoire n’est plus enseignée, elle est dangereusement subversive). De là les soutiens de l’Arabie Saoudite et de la Turquie aux rebelles et de l’Iran et du Hezbolla à Assad. En dehors d’être l’allié historique du pays (et de la famille), les Russes partagent avec Assad la même aversion pour le wahhabisme et toute autre forme de « revival » islamique. Quant aux Chinois ils sont payés pour savoir ce que produit l’interventionnisme occidental et ne sont pas non plus contre le fait de pouvoir continuer de traiter le Ouïghour comme le premier Tibétain venu.

On peut toujours le déplorer, mais au siècle de BHL, plus de 200 ans après Voltaire et Diderot, dans les terres baignées depuis des siècles par la prodigieuse tolérance de l’islam, le plus sûr moyen de tuer son prochain consiste toujours à vouloir sauver son âme en lui révélant la vraie foi. Dans ces conditions chacun des deux camps est bien capable d’avoir eu recours à l’arme chimique. Le camp Assad pour montrer qu’il fait ce qu’il veut chez lui et qu’il détient la toute-puissance (une posture jupitérienne en quelque sorte). Les rebelles eux, toujours prompts au martyr – qui est des plus télégénique en période estivale – y avait également tout intérêt dans la mesure où l’on ne manquerait pas de mettre ça sur le dos de leur adversaire (et par un hasard comique ça n’a précisément pas manqué).

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Alors l’Amérique du Prix Nobel de la Paix nous dit avoir des preuves « irréfutables » de l’implication du clan Assad. Ces preuves ne viendraient pas après celles, toutes aussi massives que les armes de destruction de Saddam Hussein, il y a de cela à peine dix ans, que nous pourrions y croire. Après un tel précédent, il peut être légitime de douter. Notre Président lui n’a aucun doute. Les preuves, son nouvel ami Barack les lui a sans doute montrées, comme W avait dû tenter de le faire avec Jacques Chirac pour l’affaire irakienne. Notre « leader charismatique » a même rendu publique une note de nos services que l’on s’échine à qualifier de « renseignement » là où les Anglo-saxons parlent « d’intelligence » (allez donc savoir pourquoi). Ce document n’est pas une preuve, mais une série d’affirmations que l’on est prié de croire étayées. Un peu court jeune homme ! Nous voyons bien , dans le cas présent que, sauf à finir anosognosique, François Hollande n’est pas Jacques Chirac, tout comme Laurent Fabius n’est pas Dominique de Villepin (ça doit venir des cheveux). Certes, ce coup ci, les « frenchs fries » ne seront pas débaptisées et nous voilà parés du titre de « plus vieil alliés de l’Amérique » (ce qui est historiquement exact). Pour autant François semble le seul à ne pas vouloir consulter son Parlement sur une chose aussi insignifiante que la guerre ou la paix. Et dans le cas, pas improbable, où le Congrès Américain décide, à l’instar de la Chambre de Communes, de doucher les velléités guerrières de son « leader maximo », le bon François se retrouvera seul comme un con, à poil avec sa frégate au large des côtes syriennes…

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La France socialiste n’a pas plus la mesure des choses en politique étrangère qu’elle ne l’a en matière de politique pénale, de lutte contre l’insécurité, de relance économique ou de liberté publique. Les socialistes ne font plus de politique ils font de la morale, ils ne gouvernent plus, ils éduquent, ils ne prévoient plus, ils prêchent. Dans ces conditions il ne faut pas s’étonner du ridicule qui secoue une fois de plus notre vieux pays. Si d’aventure nous devions frapper la Syrie à la remorque des Américains, ou pire, à leur place, nous le ferions pour les plus mauvaises raisons du monde : l’orgueil démesuré d’un homme de plus en plus seul qui tente, désespérément, de prouver au monde entier que la place qu’il occupe par le hasard d’une étreinte furtive est bien la sienne. Pauvre France !

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CORPORATISME ET PRINTEMPS ARABE

février 19, 2011

 

L’actualité de ces derniers jours ne bruisse que de la colère des juges et de la révolte de la fameuse « rue arabe ». Pas un journal, pas une radio qui n’écrive ou n’émette des jugements définitifs sur l’état du monde ou de la France, à l’aune de ces deux évènements qui pour l’un d’entre eux en tout cas ne passionne guère que nous.

Une caste d’intouchables

Contrairement aux Indes, chez nous, les intouchables tiennent le haut du pavé. Il faut dire que dans l’hexagone, ce n’est pas leur contact qui souille. C’est lorsque par mégarde on en vient à émettre à leur endroit la moindre critique que l’on se trouve immédiatement conduit au ban de la société médiatique. La tragicomédie qui vient de saisir le monde judiciaire à la suite des propos, pour une fois bien anodins, de Nicolas Sarkozy prouve, si besoin en est, que la robe n’induit pas automatiquement la sérénité que l’on attend généralement de ceux qui disent le droit.

Qu’est-ce que la cohorte immense des pleureuses sur commande, reproche donc au chef de l’Etat ? Rien de moins que d’avoir jeté l’opprobre de manière « honteusement démagogique »  sur toute une profession de « justes » qui dédient leur vie à rendre honneur et dignité … aux coupables. Ce sacerdoce mérite d’être loué et non vilipendé par un Président qui « flatte, ce faisant, vilement la frange la plus extrême de son électorat » (je caricature à peine). En effet, en vertu d’une idéologie perverse, qui sévit dans notre petit monde judiciaire depuis 40 ans, le criminel est une victime de la société qu’il convient par compassion et aménagements de peine, d’amener à rédemption. Cette culture de l’excuse sociale pousse à privilégier le bourreau à ses victimes et à faire de la prison, héritage maoïste oblige, un camp de rééducation.

C’est si vrai que nous en sommes rendu, à lire la presse, à considérer qu’un séjour en prison équivaut à « payer sa dette à la société ». Foutaises et billevesées que tout cela ! A de très rares exceptions près, l’incarcération ne ramène aucune brebis égarée dans le droit chemin. La case prison ne provoque pratiquement jamais l’électrochoc salutaire que les grands prêtres du culte de l’excuse attendent comme la pluie dans le désert.

Une société enferme ses loups, avant tout pour se protéger de leurs prédations et non pour en faire des agneaux. D’ailleurs, compte tenu des sommes investies pour les mettre à l’écart, il ne devrait même pas être question de considérer que quiconque ait « payé sa dette à la société » avant d’être sorti de taule. C’est seulement après, en se comportant avec rigueur et honnêteté que le criminel peut envisager de « payer » ce qu’il doit. L’idéologie de l’incarcération-rédemption, très en vogue chez les droits-de-l’hommistes, produit l’effet inverse à celui recherché. La prison devient un purgatoire dont on ressort blanc comme neige (si l’on peut dire). Elle équivaut à un solde de tout compte, un retour à la virginité. Voilà pourquoi nos grandes consciences s’attaquent désormais au casier judiciaire. Cet instrument moyenâgeux attache, selon eux, le criminel à son passé et empêche son évolution vers la lumière.  Il convient donc de supprimer cette abomination, au nom des grands principes communs à tous les « frères » qui n’ont jamais été victimes de rien. C’est vrai qu’après tout, pour en finir avec la récidive, il suffit de supprimer le livre de compte.

Les juges sont avant tout des fonctionnaires

En réalité ce qui se cache sous la révolte des juges, c’est une fois encore le conservatisme viscéral de la France protégée. La fonction publique a une sainte horreur de la nouveauté, car elle est synonyme de changement, donc de travail. Ce réflexe conditionné tient avant tout au statut. L’emploi à vie, supposé garantir l’indépendance de la fonction publique, a finit par accoucher d’un vaste corps qui au lieu de servir le public, se sert de lui. D’où la sempiternelle rengaine sur les moyens dès qu’il s’agit d’expliquer les raisons de ce qu’il faut bien appeler un échec.

J’ai déjà eu l’occasion de développer cette aberration dans un autre papier. Dans notre beau pays de France, le seul critère syndicalo-médiatique qui permette de juger du bien fondé d’une politique, est celui de l’enveloppe budgétaire que l’on y consacre. Ceux qui dénoncent à grands cris « l’approche comptable de ces  salauds de libéraux » ne s’en affranchissent pas pour autant. Seul compte l’argent mis sur la table (des cons, une table, de l’argent = principe comptable). Peu importe dans cette optique le résultat final. Peu importe qu’au bout du compte, plus on dépense d’argent moins les résultats suivent. Non mon fils, tu ne seras jugé que sur ce que tu auras jeté par la fenêtre.

Nous sommes très habitués à cette rhétorique, grâce à nos chers (très chers) enseignants. Ce qu’il y a de bien avec les profs c’est que la pédagogie les poussant à rabâcher, leurs revendications les confinent au comique de répétition. Rien n’est jamais de leur faute, tout est une question de moyens. Grâce à ces « braves » gens, on voit bien que ces fameux moyens n’ont jamais rien résolus puisqu’ils n’y arrivent toujours pas. Le nombre croissant d’illettrés est à l’éducation nationale ce que la récidive est à la justice : un révélateur.  Pourtant, loin de les amener à une juste remise en question, évoquer  la question revient à leur déclarer la guerre.

C’est pas moi, c’est l’autre !

Signe des temps, on invoque dans ces professions la vocation comme les Sénateurs Romains invoquaient la vertu civique au temps de César. Il y a belle lurette que l’on embrasse plus ces carrières par passion. On entre dans l’administration pour mener une carrière « plan plan », pas par amour du service. Bien sûr on se pare des attributs de la grandeur d’âme et du sacrifice pour mieux dissimuler son envie d’en faire le moins possible, pour un maximum de gains. A bien y réfléchir, la principale cause de la guerre entre l’institution judiciaire et la police, c’est que cette dernière est la source du travail de la première. Plus la Police est performante, plus les tribunaux se chargent et plus les magistrats doivent travailler. Une école sans élèves et des tribunaux sans justiciables voilà qui serait assurément de nature à satisfaire les « légitimes revendications des forçats du service public ».

Comme on ne vit pas dans un monde parfait, on s’accommode, on bâcle. On voudrait bien s’intéresser un peu plus à nos dossiers mais, vu le nombre de nos collègues qui sont en arrêt maladie, on n’a pas les moyens de bosser. Alors on râle, on pleurniche et on apitoie le journaliste sur les moyens dérisoires dont dispose la justice.  C’est la faute du système, quand la gauche est au pouvoir, ou à l’ultralibéralisme, quand les « progressistes » sont dans l’opposition. La routine administrative en quelque sorte, seulement de temps en temps, avec cet état d’esprit, il arrive qu’on classe le suivi judiciaire d’un dangereux criminel au seul motif qu’on ne va quand même pas s’emmerder avec un clampin qui n’est recherché QUE pour outrage. C’est d’un banal cette incrimination, il n’y a pas à s’en faire ! Oui mais voilà, quand on ne va pas au fond des choses, quand on ne s’intéresse pas au pédigrée du délinquant, on laisse dans la nature une brute épaisse qui finit par violer et démembrer une pauvre gamine de dix huit ans.

Rien n’est jamais écrit d’avance évidemment ! Mais il y est des réflexes conditionnés qui sont bien utiles pour arriver à ses fins en politique. Le Président Sarkozy voulait faire entrer des  jurés populaires dans les audiences correctionnelles contre l’avis de la corporation des magistrats. Il lui aura suffit d’évoquer des sanctions après la catastrophe judiciaire de Pornic pour que ces derniers se déconsidèrent aux yeux de leurs concitoyens en rejetant d’emblée toute idée de responsabilité.

Hosni pas si mou pour Barack

Passons maintenant à l’autre affaire du moment : « le printemps des peuples arabes ». Notons en premier lieu qu’en Orient, tout est décidément bien compliqué puisque le printemps à lieu en hiver, preuve s’il en est, que ces gens là ne sont décidément pas comme nous. Plus sérieusement, le dernier épisode en date de « balance ton tyran avec l’eau de tes ablutions » nous a réservé de savoureux moments (en attendant les prochains).

Dans la course à l’échalote du Président bien informé à qui on ne la fait pas, Saint Barack  vient de marquer un point décisif. Pressé qu’il était de devancer ses petits camarades de jeux en prononçant quelques paroles forcément définitives sur le devenir de l’Egypte, le Président Américain s’est pris les babouches dans le tapis volant. Il a cru bon, en effet, de précipiter les choses en annonçant avant le principal intéressé, le départ de son encore, à l’époque, homologue Egyptien. Vexé, on le serait à moins, Moubarak lui a alors fait le tour de cochon pendable (façon de parler) de se maintenir en fonction une journée de plus, histoire de le faire passer pour un con.

S’il ne s’était agit que de ça, l’histoire aurait pu en rester là, sans autre forme de conséquences. Malheureusement, il n’en est rien et si tout le monde, surtout en France où l’Obamania bat son plein, est passé à autre chose, il serait pourtant bien utile de se pencher sur les conséquences de cette énorme bourde. Le plan initial élaboré avec difficulté par l’oncle Sam prévoyait le départ du Raïs et la transmission de ses pouvoirs à son Vice-Président, le très israélo-compatible Omar Souleiman. En passant prématurément Moubarak par profits et pertes, le digne successeur de Jimmy Carter a réussit à tout flanquer par terre. Le pouvoir est désormais aux mains du ministre de la Défense, Mohamed Hussein Tantaoui qui préside le Conseil suprême des forces armées, lui même constitué de tout plein de gentils militaires désintéressés.

Quand les journalistes de gauche acclament l’armée

Que va-t-il advenir du plus peuplé des pays arabes ?  Bien malin qui le sait ! Notre société du spectacle ne manque pourtant pas de bateleurs professionnels (on les appelle aussi des journalistes) pour nous abreuver d’analyses toutes plus enthousiastes les unes que les autres. Confondant leurs rêves avec la réalité, tous ces prophètes de la mondialisation heureuse et de l’amour entre les peuples, entonnent en cœur le refrain de la marche inéluctable vers la démocratie. L’arabophilie naturelle de la presse française tourne ces jours ci à l’hystérie.

Ils ne veulent retenir des évènements qui ont emportés Ben Ali et Moubarak que le joyeux soulèvement d’un peuple arabe qui, tel les européens de l’est en 1989, secoue le joug de la dictature pour retrouver les champs dorés de la liberté. Le fait que les tenants de cette gentille fable soient les mêmes que ceux qui n’avaient rien voulu voir d’autre dans la chute du mur de Berlin qu’un tas de gravats, ne choque absolument personne. Entendre Edwy Plenel[1] nous seriner que les islamistes ne viendront pas perturber la fête, au seul motif qu’en 1990, l’Eglise Catholique n’a pas instauré une théocratie en Pologne, devrait normalement conduire les moins sots de ses confrères à l’enduire de goudron avant de le recouvrir de plumes.

Bien au contraire, toute la presse bêle à l’unisson que l’armée égyptienne est l’instrument de la libération de son peuple. Savoureux retournement de situation pour qui s’intéresse un tout petit peu à ces choses. On a connu la presse plus méfiante avec les galonnés. Dès lors que les étoiles sont arabes, les généraux sont démocrates. Dommage que Pinochet n’ait pas été mahométan. Hosni Moubarak n’était pas Président de droit divin. Il gouvernait le pays avec l’assentiment de l’armée dont il était issu. Il était le garant de ses prébendes, aussi surement que la momie d’Alger préserve les intérêts de ses généraux. Croire que le coup d’Etat militaire qui vient de se produire grâce à la bêtise insigne du Président américain va apporter la félicité démocratique c’est aller bien vite en besogne. Il en va du pouvoir comme de la richesse qui l’accompagne, on ne l’abandonne pas sans se battre et dans ce domaine comme dans bien d’autres, les moutons se tondent rarement seuls.

En Orient, les Bisounours sont barbus

Il se peut qu’en fin de compte l’armée organise des élections libres. Après tout il arrive bien aussi, parfois, qu’une chanteuse épouse un président. Il se peut également que les barbus, qui sont la seule force d’opposition constituée, ne soient pas portés au pouvoir par un peuple d’analphabètes à qui on va demander son avis pour la première fois depuis qu’un Pharaon s’est baigné dans le Nil. Qui sait, en quelques mois ils auront peut être tous lu Plenel et, ainsi, pénétrés par tant d’humanisme, les masses égyptiennes auront été convaincus qu’il n’y a pas de fatalité arabe.

Il se peut, aussi, qu’entre temps, les militaires aient organisé leur survie en se trouvant un péril à combattre, une cause à défendre, un ennemi de l’extérieur propre a soulever les passions nationalistes toujours affleurantes en dépit des loukoums journalistiques sur la placidité légendaire des riverains du Nil. Dans cette région du monde d’ordinaire si calme et si paisible, contre qui peut bien se retourner une armée arabe désireuse de faire oublier le mirage démocratique occidental ?

En Egypte, des frères musulmans attendent patiemment leur heure en sachant pertinemment que si les militaires attaquent Israël, la déculottée qui s’en suivra, leur ouvrira les portes du pouvoir, bien plus largement que des élections organisées sous l’égide d’une armée à la puissance et au prestige intact. Quand le barbu s’assoupli le poil, c’est rarement pour porter la Burka (proverbe Afghan).


[1] Sur Europe 1 le samedi 12 février 2011

 

QUAND LE DIPLO … MATE

décembre 12, 2010

Le petit cercle, forcement restreint, des professionnels des relations internationales est en émoi. Depuis quelques jours, Le Monde mais aussi le Guardian, Der Spiegel et autres El Pais, publient à tour de rotatives des extraits provenant d’un lot d’un peu plus de 250 000 « télégrammes » envoyés par les différents  postes diplomatiques américains de 1966 à février 2010. Wikileaks,  le site internet par lequel le scandale arrive, est considéré par son gouvernement comme une organisation criminelle tout en étant porté aux nues par tout ce que Le Monde (et d’autre) peut compter de bobos entrés en résistance contre le fascisme depuis la terrasse du Flore.

« Ouvrez moi une porte que je l’enfonce »

Qu’apprend-on vraiment au travers de ces pages de littérature diplomatique américaine, quels fascinants secrets sont ainsi exposés à la contemplation avide de l’opinion publique mondiale ? A y regarder de près, rien de bien extravagant ne sort de tout ce fatras. Aucune révélation fracassante, en dehors du fait qu’une ambassade sert à renseigner son gouvernement sur le pays où elle se trouve établie : quel scoop !

Bien sûr les journalistes « indépendants » qui relaient l’opération dans leurs feuilles nationales, tentent d’appuyer là où ils supposent que cela peut faire mal. Ainsi apprenons nous, en France pays proaméricain s’il en est, que les diplomates US considèrent Sarkozy comme le Président français le plus favorable à l’Amérique depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Voilà qui va choquer ceux qui croyaient que le retour dans la structure intégrée de l’OTAN était une marque d’indépendance. En dehors du fait que pour les américains la quatrième République MRP-Atlantiste n’a jamais existé, cette nouvelle n’a rien de bouleversant. Sans ces morceaux de bravoure de la littérature diplomatique de l’Oncle Sam, nous ne nous serions sans doute jamais doutés du côté « caractériel et impulsif » de notre Président. Sans Wikileaks nous aurions ignoré que l’ex Maire de Neuilly était « susceptible et autoritaire ». L’ambassade américaine est décidemment un nid d’espion de haut vol puisqu’ils ont même réussi à découvrir que Bernard Kouchner était le premier ministre … juif, des Affaires Etrangères de la République.

C’est d’ailleurs bien là que se situe le problème. Ces révélations n’en sont pas ! Le fait que l’Arabie Saoudite presse les Etats-Unis d’en finir avec l’Iran n’étonnera que les imbéciles qui conçoivent le monde islamique comme un monolithe. Les Sunnites et les Chiites ont beau être musulmans, ils s’aiment à peu près autant que le Duc de Guise et l’Amiral de Coligny, au point que l’on ne compte plus les « Saint Barthélémy » entre les deux communautés. Le fait que les Arabes souhaitent en finir avec les Persans (et vice versa) est une révélation de pareille portée que le philosémitisme viscéral du Hamas. Dans la même veine le lecteur passionné « découvrira » que Silvio Berlusconi aime les jeunes et jolies filles, que Medvedev n’est que la marionnette de Poutine, que l’Inde rêve de vitrifier le Pakistan qui lui même part du principe que pour accompagner l’Hindou sur le chemin de Vishnou il convient de l’atomiser proprement et enfin qu’Angela Merkel est une peine à … la décision. Bref, rien de nouveau ni de bien croustillant sous le soleil.

Ce qui est plus intéressant en revanche c’est de constater que malgré tout ce que l’on veut bien dire des « Yankees » et de leur inculture crasse, les diplomates américains sont beaucoup moins cons que ce que la plus part des journalistes veulent bien essayer de nous faire croire. On l’a vu, Nicolas Sarkozy n’est décrit dans leurs dépêches, que comme un être agité (dans tous les sens, positifs comme négatifs, du terme) et non comme le dernier avatar de la « peste brune ». Cela dénote chez eux de surprenantes et rafraichissantes capacités à faire le tri dans ce que l’on nous raconte dans notre presse, dite (abusivement) « d’opinion » à longueurs de colonnes. Les Américains ne considèrent pas la France comme au bord de la dictature ? On ne va, sans doute, pas tarder à nous expliquer que l’ambassade Américaine à Paris n’est abonnée qu’au seul Figaro.

La diplomatie américaine dans de beaux draps

Nous venons de le voir, il n’y a rien de bien méchant dans ces « révélations ». Si aucun vrai secret n’est dévoilé, cette publication n’en pose pas moins de gros problèmes à la diplomatie américaine. En effet comment croyez vous que vont être reçus, à l’avenir, les ambassadeurs américains ? Comme  tout un chacun peut lire leur prose, sans langue de bois, lorsqu’il s’agit, pour eux, de rendre compte de leurs impressions sur les « grands de ce monde » il est fort vraisemblable qu’ils ne soient plus accueillis à bras ouvert. Pire encore, comme tout ce qu’on leur raconte est susceptible de devenir public, il est fort probable qu’on ne leur dise plus rien. C’est à ce titre que l’opération Wikileaks met en danger des vies, car sans informations, la lutte contre le terrorisme (entre autre) est inopérante.

Voilà bien où que le bât blesse. Lorsque Napoléon fut mis au courant du double, voire du triple et quadruple jeu de son Ministre des Affaires Etrangères, il s’écria à l’adresse de Charles Maurice : « Talleyrand, vous êtes de la merde dans un bas de soie ». Après avoir lu ce qu’ils pensent d’eux, il y a fort à parier que nombre de Chefs d’Etats, auront cette saillie à la bouche lors de leur prochaine rencontre avec les représentants de Barack Obama.

On pourra noter que ce mouvement de dénonciation « éthique » ne concerne que les Etats-Unis. Lorsque les notes des ambassadeurs chinois seront publiées, on pourra applaudir la démarche et considérer que l’entreprise de déstabilisation n’est pas à sens unique. En attendant, on peut aussi légitimement s’interroger sur les méthodes employées pour mettre la main sur ces documents. S’ils ont été transmis par des membres du département d’Etat : l’heure est grave et il se passe de bien curieuses choses au plus haut sommet de l’Etat américain. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Obama ne casse pas la baraque (oui, c’est facile mais c’est tentant) pour ce qui est de la loyauté de ses fonctionnaires et ce n’est pas rassurant pour l’avenir.

De là, la réaction mesurée des alliés de l’Amérique qui serrent les rangs en même temps que les dents. C’est dans ce contexte qu’il faut resituer la dernière saillie de notre sémillant et fraichement remarié ministre de l’industrie … et de bien d’autres choses dont le numérique. Eric Besson est, en effet, intervenu récemment « es qualités » pour dénoncer l’hébergement de Wikileaks par un site français, après son éviction des Etats-Unis (qu’ils sont mauvais joueurs ces ricains !). Cette grande conscience de nous expliquer que Saint Barack ayant déclaré le site « criminel », la France ne pouvait décemment pas l’accueillir sur son sol. Je ne nous savais pas aussi déférent avec une décision d’autorité puisqu’à ce jour, aucune cour américaine ne s’est encore penchée sur le cas. Si maintenant nous ne devons plus donner asile au premier « criminel » américain venu… je serais Roman Polanski, je me chercherai rapidement un nouveau point de chute.

La dictature de la transparence

En réalité, sous couvert de « transparence », sous la volonté de nous montrer ce qui se passe « derrière les portes fermées », se cache, pour les fondateurs de Wikileaks, l’intention de participer activement au grand mouvement dictatorial de la pensée unique. Au nom de la lutte contre « le double langage » il convient, pour eux, d’étaler au grand jour les contradictions de la première puissance mondiale. Et alors où est le scandale ? Tout le monde fait risette aux emmerdeurs et pas seulement dans les « raoût » diplomatiques. Personne ne va expliquer clairement à son patron tout le mal qu’il pense de lui (sauf s’il a préalablement gagné à l’Euro million). Ce grand déballage n’a donc aucune autre finalité que de contraindre les diplomates à surveiller leur langage. Il convient d’être politiquement correct jusqu’au bout de son télégramme, puisque celui-ci a vocation à se retrouver sur Internet.

Nous connaissons bien ce phénomène de dénonciation en France et pas seulement lors des « zheures-les-plus-sombres-de-notre-histoire ». La traque à la pensée impure est devenue une institution. Depuis la « loi » Gayssot, on ne compte plus les restrictions à la liberté de penser dans notre beau pays. Il  faut d’ailleurs vivre en France pour voir une loi traitant de la liberté d’expression porter le nom d’un communiste. Comme les censeurs savent bien qu’une loi ne suffit pas, ils les multiplient avec les comités Théodule destinés à surveiller « de manière impartiale » le Peuple. Ils ont même poussé l’obligeance jusqu’à rouvrir les Kommandanturs pour que tout un chacun puisse aller, en toute quiétude, dénoncer son prochain pour « atteintes à la sûreté du politiquement correct dominant ». Pour parachever le tableau, on subventionne à grand « cout » d’argent public, une multitude d’associations afin qu’elles puissent, à loisir, trainer le mal pensant en justice. La France de 2010 n’est pas si éloignée de la Russie de la Grande Catherine. La liberté qu’elle affiche si volontiers à la face du monde et sur le fronton de ses Mairies, n’est qu’un village Potemkine tant, ces dernières années, se sont multipliées les occasions de la restreindre.

Wikileaks, SOS racisme, la LICRA, le MRAP même combat ! Les extrêmes gauchistes ont intérêt à ce que la pensée se fige. S’il était interdit d’interdire en 1968, aujourd’hui il est interdit de réfléchir. Donner son opinion : c’est prendre parti et quand ce n’est pas le bon parti, il convient de clouer le contrevenant au pilori médiatique. Le baratin « droit-de-l’hommiste », très en vogue chez les bien pensants promoteurs infatigables du prêt à penser correct, n’a rien de démocratique. Ses thuriféraires ne veulent pas débattre avec des adversaires, ils veulent détruire le non conforme. De nombreux auteurs, plus talentueux que votre serviteur, ont dénoncé depuis longtemps, ce nouveau clergé au service de cette nouvelle liturgie multiculturelle. Comme toute les religions à tendance universelle, celle ci à ses zélotes et ses Grands Inquisiteurs. Wikileaks n’est que l’avatar numérique de Torquemada.

OBAMA … SACRE

novembre 11, 2010

La sévère raclée que vient de subir le Président américain à l’occasion des élections de mi-mandat, n’aura surpris que ceux qui se reposent sur la médiacratie française pour obtenir une information. « L’objectivité » dont ne cessent de se gargariser les moutons qui nous servent de journalistes, ne leur a pas posé trop de problèmes, en l’occurrence, puisqu’ils ont décidés de faire l’impasse sur la défaite annoncée de leur champion. Ce faisant ils ont omît de « préparer l’opinion » à ce « déferlement conservateur » qui n’avait pourtant rien d’imprévisible pour qui s’intéresse, un peu, aux Etats-Unis.

Obama ou la vache sacrée :

Le problème c’est que pour notre caste pensante, le successeur de George Bush est paré de toutes les vertus.  Il ne peut donc perdre des élections qu’en raison d’une conspiration et non parce qu’il s’y prend tout simplement comme un manche pour gouverner. Pour tous les Obamadolâtres que compte notre « intelligentsia », le Président américain est un sauveur qui procède, en même temps, de Jésus et Bouddha, tant est immense sa capacité de rédempteur de l’humanité. Succédant à l’antéchrist, il ne peut qu’être infaillible, sa couleur de peau le protégeant miraculeusement de toutes les erreurs qu’un dirigeant au teint moins « citoyen du monde » serait susceptible de commettre. C’est bien simple, s’il avait été élu Pape, le Nouvel Observateur serait devenu« Romano » … c’est dire !

 

Seulement, ces salauds d’Américains ne respectent rien ! Ils déboulonnent la statue du commandeur alors que l’on s’était à peine habitué à lui lécher les babouches. Il faut dire que pour la « classe parlante », louer le génie d’un Yankee, fût-il noir, est un exercice de contorsionniste relativement nouveau qui nécessite un minimum de durée eut égard à l’effort consentit.

Tout englués qu’ils étaient à expliquer à la jeunesse française, qu’avant d’avoir vécu sa vie il fallait qu’elle pense à la façon dont elle allait prendre sa retraite, nos faiseurs d’opinion n’ont pas eu le temps de « préparer » le bon peuple à la défaite de Saint Barack. Nous mesurons ainsi la vacuité de nos journalistes et par tant, la pauvreté de nos sources d’information. Rappelons à ceux qui ne parlent pas anglais que la « Belle Province » est dotée d’organes de presses francophones, accessibles par internet et dont les rédacteurs n’ont pas tous été formé à l’école de la Pravda.

 

La nature médiatique ayant horreur du vide, il a fallu rattraper le retard à marche forcée en ne lésinant pas sur les approximations. Diantre, c’est que laissés à nous mêmes, nous aurions été capable de douter des capacités du Sauveur ! La machine à décérébrer s’est donc remise en marche, pour nous expliquer le pourquoi de cette « révolution conservatrice » qui reprend le pays de la liberté, deux ans à peine après que la célébration des « Pâques » multiculturelles. « L’Amérique que l’on aime » renoue avec ses vieux démons.

 

 

Les fascistes du 21ème siècle boivent du thé :

 

Allant toujours à l’essentiel, nos Himalaya de la pensée correcte, ont identifié l’ennemis du bien : le Tea Party. Ne reculant devant aucune audace simplificatrice, les inlassables propagandistes, que nous appelons par commodité de langage des journalistes, nous décrivent tous, ce mouvement issu de l’Amérique profonde, comme un rassemblement de bouseuses chrétiennes hystériques, populistes à tendances fascistes. Bref le diable incarné et comme si cela ne suffisait pas, on en rajoute une couche, en expliquant que le vote Républicain (comme on mélange tout, on en est pas à une approximation près) est un réflexe raciste vis à vis du messie qui occupe la Maison Blanche. Pour preuve, le Sud ségrégationniste vote pour le GOP[i] : CQFD, fermez le ban !

 

Le tea party nest pas seulement un problème pour les Démocrates

Si, indéniablement, un certain nombre d’électeurs blancs à travers le pays ont été guidés par des considérations raciales lors de ce vote, cela ne marque pas, à bien y réfléchir, une grande différence avec le réflexe ethniciste de la communauté noire en faveur d’Obama. Le seul problème avec cette explication c’est que l’on ne comprend pas bien la poussée des Latinos dans le camp « conservateur ». C’est qu’à forcer le trait, la caricature finit par démontrer le contraire de ce que l’on veut prouver. Le Tea Party est en réalité un mouvement populaire représentant de « l’Amérique d’en bas ». Venant du peuple, il ne saurait être considéré comme autre chose que « populiste » par « l’Amérique d’en haut » et ses perroquets européens. Selon l’adage, la démocratie c’est le meilleur des régimes lorsque le peuple accepte d’être dirigé par ses élites. Quand il en va autrement, c’est de la démagogie. Ce baratin élitiste est aussi vieux que les Gracques.

Si le Tea Party refuse la toute puissance de l’Etat, c’est pour célébrer les vertus pionnières de l’Amérique éternelle, fondées sur des valeurs chrétiennes. Il appelle au sursaut rejetant en cela, le discours décliniste dominant. Ses électeurs qui veulent croire au rêve américain, sont de droite mais contestent l’indépendance de la banque centrale américaine. Enfin leurs figures de proues sont des femmes qui, débarrassées des oripeaux d’un féminisme débilitant, s’affirment enfin pour ce qu’elles sont : des chefs et non des cautions.

 

En réalité si « le premier Président noir » a perdu les élections, c’est qu’il a perdu la confiance de ses concitoyens. Il s’est montré incapable de les conduire sur les verts pâturages qu’il leur avait fait miroiter. Il leur a promis monts et merveilles en matière économique, et ils n’ont rien vu venir.

 

Le rejet du socialisme

 

Contrairement à un vulgaire Sarkozy, le Sauveur venu de Chicago (ville réputée pour l’honnêteté de ses politiciens) a été élu en pleine crise avec pour slogan que, grâce à lui, les Américains allaient pouvoir s’en sortir: « Yes we can » martelait-il a longueur de discours.

« My foot !», voilà ce que lui ont répondu, en écho à ses promesses creuses, les électeurs de 2010. Ce que leur Président leur a apporté jusqu’ici, c’est une gigantesque usine à gaz en matière de protection sociale qui ne bénéficie pas aux classes moyennes – contrairement à ce que l’on nous serine en France – mais qui sera payée par elles. De là un certain malaise dans un pays qui croit dur comme fer, qu’il faut d’abord compter sur soi et qui se méfie de l’Etat et de son interventionnisme comme de la peste. Aux Etats-Unis, le socialisme, même porté par Obama, reste une maladie.

 

Contrairement à ce que pouvait laisser penser l’arrivée au pouvoir d’un Démocrate interventionniste et keynésien, les Américains n’ont pas jeté le libéralisme économique avec l’eau du bain de Bush. Ils ont intégré depuis les « reganomics »la perversité inhérente au dogme de la redistribution étatique des richesses. Elle encourage l’attentisme, quand ce n’est pas la paresse, et dévalorise l’effort et le travail. Il vaut mieux créer les conditions qui permettent à Jacques de se payer un manteau, plutôt que de dépouiller Paul du sien pour n’en redonner que le tiers (dans le meilleur des cas) à ce même Jacques. En d’autres termes, les Américains sont insensibles aux charmes de la gabegie soviétique qui nous tient lieu de protection sociale. Pour eux, l’Etat ne doit pas avoir d’autre rôle que celui de favoriser une action optimale des acteurs économiques. Il doit garantir une saine concurrence entre ces derniers, permettre une uniformisation des procédures contractuelles et sécuriser les transactions en faisant respecter le droit.

 

Aux Etats-Unis, la charité n’est pas une œuvre d’Etat et les pauvres sont pris en charge par une multitude d’acteurs caritatifs d’inspiration principalement religieuse, mais pas uniquement. Bien sûr ce système n’est pas parfait et recèle de nombreuses failles, mais peut-on dire que le nôtre soit si parfait, quand un nombre croissant de Français se trouve bloqué dans le tunnel du RMI, sans espoir d’en sortir un jour, pour la plus grande joie des finances de nos départements ? Devons nous pousser des cris d’orfraie devant les ravages des crédits hypothécaires américains et passer sous silence le nombre toujours croissant de nos ménages ayant recours aux procédures de surendettement ? Fanny May et Freddy Mac n’ont pas à rougir devant Cételem et Cofidis.

 

Et nous pendant ce temps là ?

 

Nous qui donnons sans cesse des leçons à un monde que nous nous apprêtons d’ailleurs à « diriger » (le pauvre !) à travers le G20, quelle est notre solution ?

 

Le Grand plan de notre petit Président, c’est de faire revivre Bretton-Woods afin d’empêcher les ricains de faire fonctionner la planche à billet. Notons au passage que nous  n’avons, pour notre part, cessé de pratiquer cet exercice crapuleux, que lorsque nous avons été monétairement annexés par l’Allemagne à Maastricht (ce qui est historiquement savoureux). Nous préconisons donc le retour à l’Etalon Or comme remède miracle à l’inflation galopante que la Réserve fédérale américaine s’apprête à nous imposer sous couvert de relance. La montagne de dette accumulée par le trésor américain est telle, que cette solution pour en venir à bout est d’ailleurs annoncée  comme inéluctable depuis des années. Seulement voilà, l’Allemagne, ne s’y résout pas et, à l’instar d’un ministre du IIIème Reich[ii], Angéla, sort son revolver dès qu’elle entend parler d’inflation.

 

Comme nous ne pouvons rien refuser à l’Allemagne, voilà notre Président  lancé  dans une audacieuse politique de défense de la Rente que n’aurait pas renié Adolphe Thiers ou le « petit père Queuille ». Pour quelqu’un qui prétendait « qu’ensemble tout était possible » et qu’il était urgent de « valoriser le travail » quel retournement ! Il est vrai que tout ceci se passait avant la crise et qu’il n’avait jamais précisé, à l’époque, ce qu’il entendait par « possible ».  Ce qu’il y a de bien avec les slogans simplistes, c’est qu’ils sont déclinables en toute circonstance. La France est à la remorque de l’Allemagne dans une Europe germanisée : « ensemble tout est possible ». Une Amérique avec plus d’impôts pour moins de croissance, un déficit record et un chômage qui crève les plafonds: « Yes we can » etc. etc.

Nous vivons en réalité, en ce début de vingt et unième siècle, le dernier tableau de la dictature du Baby boum. Les soixante-huitards sont fatigués d’avoir dépensé le capital de leurs parents et celui de leurs enfants. Il s’agit maintenant, en défendant l’argent qui dort contre la sournoise inflation, de leur assurer une retraite paisible sur le dos de leurs petits-enfants. Tel est le plan de la vieille Europe, porté par la France en 2010 pour le compte d’une Allemagne de vieux. Pas sûr que la planète achète ces antiques recettes et que les Chinois se convertissent en masse aux politiques rentières Merkelino-sarkozistes.

 

Nous pouvons compter sur l’impartialité de nos médias, aux mains de la génération de sangsues susmentionnées, pour nous alerter sur la réussite de l’opération. Il serait plus prudent, pour une analyse objective, de scruter le cours du Yuan par rapport à l’Euro pour s’en assurer.

S’il s’apprécie par rapport à notre devise, on pourra alors penser que notre Président n’a pas fait que gesticuler en vain. Dans le cas contraire on pourra toujours s’en remettre au Dalaï-Lama pour soulager nos consciences droit-de-l’hommistes (pour ceux que ça travaille). Il reste une hypothèse de renforcement de la monnaie Chinoise face à la nôtre qui n’est pas d’école : celle de l’effondrement de l’Euro sous le poids de ses dettes mais ça c’est une autre histoire… grecque.

 

 


[i] Grand Old Party : surnom donné au Parti Républicain

[ii] Baldur Von Schirach lui sortait, selon la légende, son Luger à l’évocation du mot « culture ». Comme quoi, en 70 ans, nos amis d’outre Rhin ont fait d’énormes progrès.

 

L’aube de l’île monde 3 – OTAN suspend ton vol ?

avril 12, 2010

Une Alliance de projection de puissance maritime

Nous venons de voir l’importance des théories de Mackinder pour les Anglo-Saxons en général et les Américains en particulier. Le retour économique gagnant de l’Extrême-Orient donne une vigueur nouvelle à une théorie élaborée au moment où l’ancien ordre mondial dominé par les Européens basculait au profit de celui qui semble donner, de nos jours, de sérieux signes d’usure.

Première manifestation de l’île monde

Ce qui paraît se dessiner en Eurasie n’est pourtant pas une nouveauté. La guerre froide prend un tout autre relief si on la replace dans le paradigme du fondateur de la London School of Economics. A partir de 1949, avec la victoire des communistes sur le Kouo-min-tang, le bloc communiste était en passe de réaliser l’île monde à son profit. Avec le recul de l’histoire, il est facile de considérer que le type de développement économique induit par les théories de Marx ne permettait pas la naissance de ce super continent. Le modèle économique et politique proposé par l’uniformité apparente de l’alliance sino-soviétique n’était pas uniquement un péril pour la liberté. Il venait aussi rejeter les Etats-Unis à la marge du monde en construction.

La  politique américaine de « containement » n’est que la continuation de la politique anglaise face au blocus continental, sur une plus grande échelle. C’est une stratégie de puissance maritime face à un pouvoir continental. Elle vise à s’assurer des bases solides à la périphérie de l’Empire faute de pouvoir l’atteindre au cœur. L’Europe occidentale, le Pakistan, la Corée, le Japon, l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam ont en commun d’être atteignables de l’une ou l’autre des côtes américaines.

L’Amérique est même allée jusqu’à créer des ennemis à ses adversaires là ou rien n’existait. Le Wahhâbisme et toute la cohorte de maniaques religieux qui se réclament du Djihad mondial pour convertir les mécréants au fil de l’épée ont été portés sur les fonds baptismaux, si l’on peut dire, par les Etats-Unis. Dès avant la fin de la seconde guerre mondiale, les accords entre Roosevelt et le roi Fayçal Al Saoud scellent une alliance qui verra l’Amérique renforcer les fondamentalistes au détriment des nationalistes soupçonnés de sympathies communistes. Cet aveuglement conduira les baassistes et autres nasséristes dans les bras de Moscou tandis qu’au nom de la « liberté » on développait la résistance aux Russes sur une base religieuse en organisant le transit des jihadistes vers les vallées d’Afghanistan. Les Ben Laden et autres barbus fanatisés peuvent remercier le « grand Satan ». Sans lui, ils pousseraient encore leurs chèvres dans le désert yéménite.

Les signaux d’alerte n’ont pourtant pas manqué. La déconvenue iranienne aurait dû alerter les stratèges de la Maison Blanche. La chute d’un Chah de plus en plus incontrôlable devenait une priorité. Son remplacement par les mollahs n’apporta pas la sérénité voulue, c’est le moins que l’on puisse dire. Certes, les religieux, une fois maîtres de Téhéran, ne se précipitèrent pas chez les incroyants soviétiques mais l’affirmation de la souveraineté persane ne s’est pas faite au bénéfice de l’oncle Sam. On ne peut pas faire confiance au spirituel pour présider aux destinées du temporel, c’est une évidence vue de nos vieilles nations européennes percluses de conflits religieux. C’est beaucoup moins vrai depuis une nation fondée par des protestants exaltés expulsés d’Angleterre, pour cette raison. Les héritiers des pionniers du Mayflower sont, depuis, persuadés qu’ils ont une mission divine et ils le proclament à la face du monde, entre autre, en inscrivant sur la monnaie dont ils inondent la planète : « In God we trust ».

La stratégie américaine face à l’île monde

Zonage du " War on terror "

Tout autant que les efforts américains, les dissensions politiques entre les deux moteurs de cette proto-île monde auront eu raison de son essor. Le succès n’était pas au rendez-vous tant, la faiblesse économique des acteurs était patente.  Ils partaient de trop loin et devaient affronter une concurrence trop rude en un temps trop court. On a conclu, un peu vite, de la chute du communisme, à la fin de l’Histoire[1] et au côté incontournable de la démocratie libérale comme modèle unique de développement.

L’Amérique triomphe de ses ennemis, elle demeure la seule force en présence. On assiste alors à la théorisation de la puissance bienveillante. Les Etats-Unis n’ont aucune intention impérialiste, ils cherchent le bonheur de l’humanité dans son ensemble. La raison l’emporte sur la passion. Pourtant, les atavismes ont la vie dure et il suffit d’un rien pour que le gentil et désintéressé Bobby planétaire se transforme en vil tonton macoute de bas étage. On ne peut pas analyser le délire irakien autrement.

Le pays de Saddam n’était plus une menace pour personne à l’issue des douze années d’embargo qui suivirent la déculottée administrée par la coalition internationale, consécutivement à ses égarements koweïtiens. Aucune raison objective ne présidait à cette nouvelle expédition, si ce n’est le besoin de se positionner aux marges de l’île monde renaissante, au cœur du ventre mou islamique.

Le sentiment d'encerclement dépend de la perspective géographique avec laquelle on l'étudie

Ce faisant, les Etats-Unis renforcèrent les fondamentalistes. Ils achevèrent les régimes laïcs de la région qui faisaient encore obstacle aux barbus. Ils créèrent une zone d’instabilité aux portes d’une Europe qui pouvait être tentée de se tourner vers le continent à la faveur de son recentrage à l’est et ils se positionnèrent à proximité immédiate de la zone-pivot. L’Afghanistan leur donnait déjà cette occasion, à ceci près que deux c’est toujours mieux qu’un, surtout quand entre les deux se trouve l’Iran.

On le voit, les Américains ne sont pas aussi ignorants des réalités géopolitiques du monde contemporain que l’on affecte de le croire en Europe. Les bouseux  du Texas ne savent peut être pas bien distinguer Bruxelles de Paris, et qui pourrait leur donner tort par les temps qui courent, mais il savent très bien que le Caucase doit être contrôlé et pacifié pour que les visons mackidiennes s’appliquent. S’ils veulent conserver leur puissance, ils doivent s’assurer de la permanence de ce foyer d’instabilité.

A la recherche de nouvelles alliances continentales

La Russie et surtout la Chine sont bien conscientes de cette stratégie. Il ne faut pas interpréter autrement leurs positions vis à vis du Pakistan, de la Géorgie, de l’Ukraine ou de la Corée. Les marches de leurs empires respectifs doivent être sous leur contrôle afin de faire pièce à la volonté américaine. Ce n’est pas de l’aveuglement nationaliste chinois ou d’atavisme impérial russe qu’il s’agit. Les leçons de la guerre froide ont été retenues. Avant toute chose, il convient de rester maître chez soi. Tout ce joue sur la zone-pivot et, de ce point de vue, l’Iran est la « mère de toutes les batailles ». Elle n’est pas dans le voisinage immédiat des deux puissances continentales mais elle est la porte d’entrée sur le Caucase. Les puissances continentales doivent donc impérativement trouver des alliés.

Il faut se rendre à l’évidence que les choix en la matière sont restreints. L’Inde est en retard sur la Chine, elle commence sa mue et se méfie de son puissant voisin depuis ses déconvenues militaires des années 60. De plus, elle est trop occupée par ses querelles avec le Pakistan et trop dépendante des Etats-Unis pour les résoudre. Il reste l’Europe.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le « vieux continent » est pacifié, d’abord à l’Ouest puis à l’Est sous la houlette américaine. Cette domination  y est acceptée quand elle n’y est pas célébrée, par les élites locales au nom d’une communauté d’intérêts symbolisée par la démocratie porteuse du développement économique. Cette unanimité des « gens de bien » rappelle trait pour trait les conditions dans lesquelles les Grecs se joignirent  aux Romains. La puissance culturelle dominante de l’antiquité s’est soumise à la puissance militaire car avec elle, venait la fin des conflits endémiques entre cités. Ces guerres fratricides engendraient une instabilité qui fragilisait la pérennité de l’ordre social.

Même cause, mêmes effets, la Pax Americana apporte la prospérité aux oligarchies en place par la sécurité des échanges et des contrats commerciaux. Cet axiome est imparable tant qu’il n’existe pas d’alternative. On voit, avec la Chine, que le succès économique est désormais déconnectable du libéralisme politique. Surtout, l’Empire du Milieu, n’a que faire de l’exportation d’un modèle d’organisation sociale. Son but est de trouver des clients pour commercer et des fournisseurs pour se développer. La Russie est assise sur un tas d’or géologique et se trouve située au centre d’une zone d’échanges potentiellement infinis entre est et ouest. Sa position est idéale. Elle n’a pas vocation non plus à exporter un mode de vie. La solution de remplacement à l’atlantisme ne viendra pas bouleverser nos habitudes, le « péril jaune » et le redoutable « Ivan » n’ont pas pour ambition d’égorger nos fils et nos compagnes.

La Chine et la Russie, ça n’est pas suffisant et afin que l’île monde prenne corps il convient d’y attirer une Europe qui regarde presque exclusivement vers l’océan. Des trois grandes puissances locales, une seule fait relativement exception. Le Royaume-Uni est ataviquement attaché aux Etats-Unis. L’Allemagne n’est plus que l’ombre d’elle même. Sa puissance économique la rend totalement dépendante, pour sa pérennité, des armes américaines tant elle s’est maintenue en état de dépendance militaire. Elle est dans la même position que notre pays après Waterloo.

La France et l’île monde

La France est un cas à part. Le grand vaincu du XIXème siècle, n’a pas abandonné ses rêves de gloire et ne s’est jamais pleinement satisfait de son rôle de supplétif. Qu’avons-nous vraiment gagné depuis que nous nous sommes rangés derrière la bannière des puissances maritimes ? Trois guerres meurtrières avec l’Allemagne, un lent déclassement économique et politique et la fin de notre domination culturelle.

Comme leurs homologues, nos élites sont farouchement accrochées à l’alliance américaine. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ironiser sur les capacités, le rôle, l’influence, le poids et les ambitions de la France dans le monde est devenu si commun à tout ce qui prétend procéder de l’intelligence dans notre pays que l’on se demande bien pourquoi, les puissances montantes prennent encore la peine de s’intéresser à tant d’insignifiance. Il est amusant de constater que la Gauche communiste a initiée ce processus au sortir de la guerre, pour hâter la victoire des « progressistes internationalistes » incarnés par les apparatchiks moscovites en liquidant la nation à leur profit. Elle a été, récemment rejointe, dans ce « noble but », par la Droite eurolâtre au prétexte, là encore, de la souhaitable et inéluctable dissolution de la patrie dans le « projet européen ». Dans tous les cas il s’agit de faire disparaître le pays. Nul part ailleurs on ne trouve une telle fascination morbide des élites pour le « parti de l’étranger ». Un si grand acharnement doit relever d’une sérieuse pathologie, un tropisme d’oligarchie grecque en voie de romanisation, probablement.

Il est indéniable que notre position internationale s’est érodée depuis l’Empire, nous en avons analysé les causes. Cependant, nous avons maintenu une étonnante combativité. Bien sûr, nos stratèges se sont longtemps efforcés de préparer la guerre à venir sur les bases de celle qu’ils venaient de perdre. L’affaissement démographique français a bien affaiblit nos capacités, mais ne les a jamais anéanties. Coûte que coûte, nous nous sommes maintenus non comme acteur principal, mais comme une entité incontournable. Aussi curieux que cela puisse paraître aux prophètes du déclin, on n’a jamais pu faire sans la France.

La France rejoint le commandement intégré de l'OTAN

La France rejoint le commandement intégré de l'OTAN

C’est encore plus vrai aujourd’hui, à l’aube d’un monde nouveau. La France est le maillon faible de l’Empire américain. Bien que nous tournions le dos, depuis peu, à notre doctrine traditionnelle en réintégrant, sans contreparties notables, le commandement intégré de l’OTAN, nous n’en sommes pas moins perçus comme autonomes et ce pour plusieurs raisons. Nous n’avons pas suivi le mouvement en Irak. Nous conservons une force de frappe nucléaire indépendante. Notre industrie d’armement est parmi les plus performantes au monde. Enfin, nous avons déjà claqué une fois la porte de l’Alliance, sans que le ciel ne nous tombe sur la tête pour autant. Voilà les raisons qui poussent la Russie, la Chine et dans une moindre mesure l’Inde à ne pas nous considérer, simplement, comme l’Italie, bien que nous soyons plus proche d’elle économiquement que de l’Allemagne. L’économie ne gouverne pas tout, la politique fait encore avancer les Etats. C’est de la même logique que procèdent les récentes attentions du couple Obama envers les Sarkozy. Ménager l’ego du Président d’une nation toujours prompte à renouer avec ses rêves de grandeur, permet de conjurer le risque que celui-ci ne se drape soudainement dans les plis de son drapeau. Depuis le temps que son « copain Barack » le snobait sur tous les sujets qu’il décrétait majeurs, « my friend Nicolas  » aurait été capable de se souvenir qu’il était gaulliste. Il convenait de rattraper le coup sans rien céder sur le fond. Un petit dîner en couple savamment orchestré, vaut mieux qu’un grand choc. On arrive toujours à amadouer l’indigène avec de la verroterie médiatique.

La France ne remettra pas en cause l’ordre européen à elle toute seule. Elle peut simplement contribuer à lézarder la belle façade d’unanimisme occidental qui veut qu’il n’y ait point de salut en dehors de l’Amérique. Il ne lui en faut pas beaucoup plus pour intéresser du monde. Nous ne sommes pas revenus au centre du jeu pour autant. Nous devons nous contenter d’être une puissance régionale, mais une puissance déterminante. Le monde change vite. Que pointe une alternative à  cet ordre présenté comme immuable pour mieux nous confiner à un rôle qui n’est pas à la mesure de notre destin, et tout peut arriver. L’île monde n’est pas la plus absurde des solutions, pour qu’un pays qui se cherche depuis près de deux siècles, se trouve enfin. Il faudra pour cela relever des défis que je m’efforcerai de souligner au travers de ce blog.


[1] Francis Fukuyama – La fin de l’histoire et le dernier homme – Champs Flammarion

Un avion si peu ravitailleur

mars 12, 2010

Yes he can ... and he did it, too

Pas plus qu’une hirondelle, un avion, fût il ravitailleur, ne fait le printemps. Le marché qui vient d’échapper au consortium formé par Northrop Grumman et EADS n’aurait pas, à lui seul, résolu la crise économique, comme tendrait à nous le faire croire les tonitruantes réactions à cette affaire, émanant de la chorale des professeurs de vertu économique outragée. Si nous doutons, pauvres mécréants que nous sommes, du côté fondamental de l’affront, c’est que nous ne sommes pas doués de la divine capacité d’analyse de nos grands éditorialistes germanopratins. Ceux-ci maîtrisent, comme personne, l’art de poser, d’un air docte, un diagnostic définitif sur l’état du monde, tout comme ils sont capables de proférer tout et son contraire en moins de temps qu’il n’en faut pour se relire.

Seulement voilà, le journaliste omniscient n’existe pas plus que le politicien de conviction. Tout est affaire d’interprétation. En l’occurrence celle de sources de plus en plus uniques. Ce qui est intéressant dans l’affaire des avions ravitailleurs, ce n’est pas ce qu’elle nous apprend sur les Américains et leur conception du libre échange, ni même sur le talent de nos échotiers ou les limites qu’il y a à commenter en boucle une dépêche d’agence. Non, ce qui est passionnant, c’est ce qu’elle nous révèle des intentions de l’avionneur européen et de la façon dont on nous impose la mondialisation et ses conséquences sans qu’aucune « grande conscience » ne s’en émeuve.

Bien sûr, les « méchants Yankees » (pléonasme), se foutent du monde. Notons au passage qu’Obama n’arrange rien à l’affaire. Au contraire, en bon Démocrate, il se méfie des lois du marché le Barack ! Il ne voit aucun inconvénient à faire payer plus cher aux contribuables un avion moins adapté aux missions de l’US Air Force et plus coûteux à exploiter, du moment qu’il est bien américain. Ce protectionnisme ne se limite d’ailleurs pas à la Défense. Le plan de relance de l’idole des bien-pensants, stipule que les grands travaux devront être conduits avec du matériel « country ». Pas question d’employer de l’acier chinois pour reconstruire les infrastructures du pays. Cette position ne manque pas de sel puisque ces mesures sont financées par des emprunts souscrits justement auprès des Chinois, mais bon,  passons.  Que n’aurions nous entendu si ces décisions avaient été mises  en œuvre par Georges W. Bush.

Ce que moins de monde commente, en revanche, c’est la logique qui guide la politique américaine. Ces entorses à la doctrine libérale, ne sont rien d’autre que la mise en application de « la préférence nationale ». Ce qui est, de nos jours et sous nos latitudes, un gros mot réservé à l’usage exclusif du Front National, prévalait il n’y a pas si longtemps (à l’échelle des reniements politique c’était au temps des dinosaures) en Europe. Rappelons nous la campagne sur le traité de Maastricht, quand un Président socialiste nous encourageait à abandonner notre destin national. La Commission européenne, notre gouvernement et tous les eurodolâtres n’avaient que cela à la bouche. L’Union monétaire était sensée favoriser, avec la mise en place effective du marché unique, ce qui s’appelait alors la « préférence communautaire ». On voit le résultat 18 ans et bien des Euros plus tard. On a le marché, la monnaie mais cette fameuse « préférence » on doit sans doute attendre l’arrivée de la Turquie pour la mettre en œuvre. En dehors de quelques mesurettes réglementaires, notre « maison commune » est la plus ouverte aux quatre vents de tous les grands ensembles économiques de la planète.

La raison est simple. Chez nous, l’Olympe bruxellois est ainsi fait, que des « demi-dieux » appliquent l’idée qu’ils se font d’une politique libérale sans rendre de comptes à personne d’autre qu’à leurs pairs.C’est le triomphe de l’autogestion rocardienne en quelque sorte. Les américains ont aussi leurs « suffisants » mais eux, ils votent, peu certes, mais ils votent, ce qui modère les ravages de leurs élites. Les Indiens font sensiblement de même sauf lorsqu’ils simplifient le problème à coup d’explosifs. Quand aux Chinois, pour être à peu près dans la même position que nos eurocrates quant à ce qu’ils ont à redouter du suffrage universel, ils n’en sont pas pour autant à l’abri de révoltes nationalistes qui revêtent, là bas, un caractère aussi cataclysmique que cyclique. Bref partout, sauf chez nous, tout le monde doit plus ou moins composer avec son opinion publique.

En Europe, on a tout compris. On n’a pas de pétrole mais on a des « technos » et un slogan au diapason de leur esprit visionnaire. La mondialisation, c’est la prospérité ! L’argument est martelé et repris à longueur d’édito par les porteurs d’eau et autres obligés des grands capitaines de nos industries exportatrices qui sont aussi, curieusement, les propriétaires de nos grands médias. Pas un analyste cathodique qui ne nous assène que la liberté de commercer accordée par l’Europe au monde entier, sans contrepartie tangible, ne nous ait enrichis depuis que nous la pratiquons sans retenue. Si l’on accorde foi aux statistiques (on ne peut quand même pas douter de tout !) cette assertion est parfaitement exacte. Ce qui ne dispense pas d’en voir les conséquences pratiques.

Cette ouverture sur le monde à un corollaire, celui du démantèlement de notre industrie. L’accroissement de richesse qui en a résulté s’est fait au bénéfice d’un nombre réduit de personnes. En résumé, à mesure de son développement, la mondialisation a concentré ses bienfaits sur un nombre toujours plus restreint d’individus. A la paupérisation des ouvriers dans les dernières années du vingtième siècle, répond aujourd’hui celle des employés et des cadres. Si rien n’est fait pour enrayer ce phénomène, la destruction de cette classe moyenne, sur laquelle repose la stabilité de nos systèmes politiques, conduira au désastre et à la ruine de nos sociétés.

Ce n’est pas en s’en remettant aux totems des prélèvements et de la redistribution que l’on y changera quoi que ce soit. Trop tard, le mal est trop profond. Plus concentrée est la richesse, plus facilement elle se soustrait à l’impôt par le biais de l’évasion fiscale. L’enrichissement des élites est acceptable quand toute la société en profite. Quand il se fait au détriment du peuple qui porte, seul, le poids des délocalisations, il devient révoltant. Puisque la mondialisation échappe à tout contrôle, au lieu d’invoquer sans cesse la régulation bancaire comme la panacée, on serait sans doute mieux inspiré d’envisager le temps des mesures drastiques. Il est indispensable de repenser le ratio capital/travail dans la répartition des bénéfices de l’activité économique. De même nous ne pourrons faire très longtemps l’économie d’une véritable lutte contre le dumping social en instaurant des taxes dissuasives à l’entrée de l’Union.

Revenons en, pour finir, à Airbus. Ce qui est symptomatique dans cette tragicomédie aéronautique, ce n’est pas le protectionnisme américain. C’est l’intervention, jeudi 11 mars  au matin de Louis Gallois, le PDG d’EADS, au micro de Jean Michel Aphatie sur RTL. Sa réaction en dit long sur ce que nous préparent nos princes, dans l’indifférence générale. Ce que regrette notre « grand patron » ce n’est pas tant le marché ainsi perdu que la possibilité de construire une chaine d’assemblage aux Etats Unis et « donc de devenir un avionneur américain ce qui était très important pour nous » (sic !). Les salariés d’Airbus dans toute l’Europe ne l’ont pas encore réalisé, mais le vent du boulet est passé très près. Finalement, il nous a rendu un fier service avec son protectionnisme « à la con » le Barack Obama ! Il a sans doute troqué la proie pour l’ombre mais nous serions bien ingrats de lui en faire grief. Après tout pourquoi serions nous les seuls à devoir élire des dirigeants sans flair politique ? Les Américains en sont très capables aussi, grâce leur en soit rendue !

On nous serine depuis tant d’années que si nous sommes aussi accueillants avec les produits fabriqués en dehors de l’Europe c’est pour que nos avions et nos technologies « high tech. » comme les Mercedes et autres BMW continuent à se vendre. Quel bien cela nous fera si « nos » avions  sont fabriqués par des Chinois, des Américains ou des Indiens. On nous expliquera sans doute que l’essentiel, comme pour Renault dernièrement, c’est que les bureaux d’études soient encore en Europe. Tout est dans le « encore ».

Cela fera « encore » du travail pour nos ingénieurs et « encore » une belle jambe à tous ceux qui ne le sont pas. Nous aurons « encore » le droit de nous taire et « encore » celui d’applaudir le génie et la clairvoyance de nos gouvernants. La mondialisation bénéficiera « encore » aux mêmes, tant que tout cela durera « encore ». Avec « encore » un petit effort, nos élites mondialisées pourront partir en nous abandonnant à notre triste sort après nous avoir ruinés. « Encore » et toujours ce même « drame des délocalisations ».