Posts Tagged ‘Sarkozy’

LA RESISTANCE C’EST MAINTENANT !

mai 24, 2012

Voilà, nous y sommes, la victoire tant annoncée est enfin survenue et la presse peut souffler, la liberté a enfin triomphé. Depuis le 6 mai, sans aucune retenue, les thuriféraires du nouveau régime nous inondent de la geste «normale » de « leur » nouveau Président. Ce dernier possessif est bien la marque de ce suffrage si imparfaitement universel, ou jamais les médias ne furent aussi engagés voire enragés. Jamais un camp ne fut à ce point porté aux nues. Jamais l’autre rive, chère à Jean-Pierre Chevènement, ne fut à ce point vilipendée et caricaturée par des socialistes qui prévoient pourtant – sans rire – de rassembler le pays. Le Président dont vient de se doter « la France qui cause » est, de ce fait, tout sauf normal.

Cherchez la femme

Comme tout progressiste qui se respecte, François Hollande est un militant acharné de la cause des femmes. C’est entendu, cet homme qui doit tout à trois femmes a, en effet, tout pour plaire à l’air du temps. Le génie de Tulle n’a pas eu de mots assez tendres pour nous décrire – nous survendre – l’amour qu’il portait à sa mère. C’est la première de ces trois femmes qui a fait de lui le socialiste qu’il est. Belle réussite en effet que d’avoir produit la quintessence de la dérobade. Un mou du genou, toujours partisan de ce fameux compromis qui permet, en toute normalité, de renvoyer à plus tard, les décisions urgentes. Pour marquer son passage à l’âge adulte, cet homme de synthèse s’est mis en ménage avec la seconde de ces trois femmes. Celui qui n’était pas encore Président et déjà plus très normal s’est alors consacré à l’élevage des socialistes pendant que la mère de ses enfants devenait ministre … elle ! Puis, jamais deux sans trois, c’est grâce à la troisième femme qu’il accède aujourd’hui au pouvoir suprême.

Seulement chez notre nouveau Président, l’ingratitude le dispute au pathétique. Dans son discours de winner, alors que le ciel de Tulle déversait ses larmes sur la cathédrale et sur la foule des corréziens enivrés  par le triomphe du successeur de Jacques Chirac, le cuistre n’eut pas une pensée pour celle à qui il devait tout. Nafissatou Diallo fut, en effet, la grande oubliée de cette nouvelle gauche qui porte pourtant haut la nécessité pour les minorités de jouir de tous nos droits sur cette belle terre de France. Il aurait eu tort de s’en priver, personne ne lui en fit la remarque. Imaginez un seul instant que Jean-François Copé accède en 2017 au pouvoir suprême, après que François Fillon, le favori des sondages, se soit retiré de la course pour avoir culbuté une femme de chambre à … Sablé-sur-Sarthe. Croyez vous que tous les médias garderaient le même silence pudique  sur cet extraordinaire concours de circonstance ? Une faute morale certainement, un complot nous verrons … comme disait l’autre.

La grande peur de la cohabitation

 Depuis le triomphe du « candidat de l’espoir », les expertologues n’en finissent plus de disserter sur les dangers d’une future cohabitation. C’est que tout à leur joie, très communiquée à défaut d’être communicative, nos journalistes se sont rappelés, le 7 mai au matin, qu’un Président sans majorité à l’Assemblée, ça ne sert qu’à inaugurer les pots de fleurs des autres. Il faut dire que son seul argument de campagne ayant été de virer Sarkozy, il est à craindre que le pays ne considère ce programme comme rempli au soir du 6 mai. Le problème quand on n’a pas d’autre idée que de s’asseoir dans le fauteuil de l’autre, c’est qu’on ne peut pas demander à aller au delà une fois que cela s’est réalisé. Le monde ne s’arrête pas de tourner et la France n’est pas une ile. Nous avons beau être endormis par les sirènes du 20 heures, il est difficile de croire que l’élection de l’Himalaya de la pensée Limousine, fera disparaître la crise mondiale. Le risque est donc bien réel, compte tenu de la faiblesse de l’écart entre les deux prétendants, que les Français choisissent de ne pas poursuivre l’aventure avec les socialistes. Cette hypothèse terrorise les rédactions et les écoles de journalisme. C’est qu’ils les veulent leurs réformes de société nos médiocrates ! Le mariage homo, le droit de vote des étrangers et la libération du chichon, ne peuvent pas attendre la fin de la crise. Ce salaud de Sarkozy a été abattu, certes, mais ses troupes rétrogrades bougent encore et osent inciter le pays à faire barrage à l’Etat PS.

Il faut dire que pour leur plus grand malheur, nos Rouletabille modernes n’ont eu de cesse ces dernières années de nous dénoncer les excès d’un Etat RPR puis UMP qui n’existait que dans leurs esprits malades. On a assez reproché au Président sorti ses ouvertures à répétition, pour faire un sort à cette légende urbaine. Seulement voilà, s’ils gagnent en juin prochain, les socialistes détiendront plus de pouvoirs que la droite n’en a jamais réuni entre ses mains. L’Assemblée s’ajoutera au Sénat, aux Régions, aux deux tiers des Conseils généraux, à la quasi totalité des métropoles de France et à la majorité des villes de plus de 15 000 habitants. Compte tenu du noyautage syndical  dans la magistrature et de l’impartialité nord-coréenne dont la presse vient de faire preuve, le PS détiendra l’exécutif, le législatif, le judiciaire et le « quatrième pouvoir ». Rien ne viendra freiner – au moins pendant deux longues années – les ambitions de nos bien-pensants qui pourront achever de remplacer le Peuple par un autre plus à leur main.

Un programme bien peu national

Jeunes socialistes toulousains fêtant la victoire

On l’a dit durant toute la campagne, la France connaît une crise sans précédent. Aux tourbillons économiques qui vont engloutir notre trop couteux « modèle social », viennent s’ajouter les tempêtes autour de l’identité d’un peuple ignoré et méprisé par ses élites. Loin de conduire les affaires de la nation vers un avenir radieux, celles et ceux qui se sont succédés pour conduire les destinées du pays ont, délibérément, menti sur les changements à l’œuvre en matière d’immigration, tout en empêchant de tenir un débat serein sur cette évolution, sous couvert de lutte contre le racisme.

Or le glissement d’une France de l’assimilation à une France mosaïque de peuples disparates assemblés par le seul miracle des prestations sociales est un choix de civilisation qui aurait mérité que l’on s’y penche un peu,  compte tenu de ce qu’il sous tend. Pour avoir favorisé l’émergence d’un communautarisme triomphant, nos élites ont pris le risque de voir le pays se briser. Alors que les précédentes vagues d’immigrants avaient eté sommées de se fondre dans le creuset national français, le refus de l’assimilation porté intellectuellement par les héritiers de Mitterrand a fait naitre des Bantoustans au sein de notre territoire. C’est ainsi que François Hollande n’est que le Président des banlieues et des centres urbains. L’élu des très aisés et des très aidés en quelque sorte. Ces deux univers qui vivent en parallèles sans jamais se voir, sont le socle de cette nouvelle gauche hors sol. Les petites villes et les campagnes, les ouvriers et la France moyenne ont eux choisi massivement la droite. Non pas pour ses qualités de gestionnaires mais pour la défense de son identité.

Le pire des deux systèmes

Le nouveau Président de la République .. euh Française ?

Avec les législatives de juin, la France d’en bas a la possibilité d’envoyer un message fort à celle d’en haut : nous ne nous laisserons pas changer impunément ! Le plus vieux pays d’Europe ne veut pas se dissoudre dans une humanité qui n’a rien d’apatride et de fraternelle. Le nationalisme ne peut pas être « moisi » que lorsqu’il s’agit de se sentir Français. Il n’y avait pas que des drapeaux rouges le 6 mai au soir place de la Bastille. Les étendards Africains du nord comme du sud y étaient présents en nombre. De ça, personne ne parle chez nos arbitres des élégances médiatiques. Je veux bien que l’on revendique un peu de « différence » dans nos médias mais je souhaiterais qu’avant la couleur de peau, nous puissions percevoir les bienfaits de la diversité … d’opinion.

De quatre-vingt à quatre-vingt dix pourcents des journalistes s’estiment de gauche. Pour peu, on se croirait à Cuba. La chasse aux sorcières a déjà commencée et l’on se pince en entendant les uns et les autres se défendre d’avoir eu des sympathies Sarkosistes. A ce rythme là, Marie Druker va finir tondue pour avoir couché avec François Baroin. Pas étonnant, dans ces conditions, que la France ait toujours été gouvernée dans le sens du toujours plus d’Etat. Le colbertisme Molochite qui  nous tient lieu de doctrine économique depuis la crise du Kippour, s’est teinté d’un social libéralisme bien-pensant véhiculé par Jacques Delors. Sous couverts de lutter contre « l’ultra libéralisme », nos dirigeants – par conviction à gauche, par lâcheté à droite – ont mis en place, sous le contrôle sourcilleux des médias,  un brouet qui nous plombe depuis des décennies, sous prétexte de nous protéger.

La seule chose que ce monstre protège c’est la masse de ses serviteurs. Ce modèle n’est qu’une pompe à fric, permettant aux fonctionnaires de jouir de toujours plus de privilèges et aux élites de rejoindre le mode de vie de leurs homologues mondiaux. En vérité, nos gouvernement –  et parmi eux singulièrement les socialistes – ont dérégulés à tour de bras. Seulement cette libération s’est toujours limitée aux grandes entreprises. Pour elles, plus d’entrave, à elles la liberté de mouvement et la fiscalité à la carte. Les PME, les artisans et commerçants, les professionnels libéraux eux, en revanche sont toujours plus taxés, contrôlés et encadrés par une bureaucratie d’autant plus tatillonne qu’elle se repait sur l’objet de ses « attentions ».

Conclusion

Depuis trente ans, les princes qui nous gouvernent ont abandonnés le Peuple pour les rives, autrement plus attrayantes, du fantasme du village mondial. Pour ce faire, les barrières ont été abaissées pour les puissants alors que les sans grades voyaient se multiplier les entraves à la liberté d’entreprendre. Un homme voulait mettre fin à cette spirale infernale, il avait compris les maux dont souffrait la France et avait réussit avec des mots simples à faire comprendre aux Français que tout espoir n’était pas perdu, qu’un grand destin s’offrait encore à eux. En 2007 Nicolas Sarkozy posait un diagnostic parfait sur l’Etat de la France. En 2012 le pays lui a rappelé qu’une crise économique n’est pas une excuse pour oublier de mettre en œuvre ses promesses. Puisse ses successeurs s’en rappeler alors que débute la campagne des législatives.

UNE CAMPAGNE AFFLIGEANTE

mars 11, 2012

Les sondages qui ne savent plus quoi sonder nous l’annoncent régulièrement, les Français ne s’intéressent pas à la campagne présidentielle qui se déroule sous leurs yeux ébahis. Comment leur en vouloir, quand ce qui tient lieu de débat se résume à un pugilat de cour de récréation entre deux hommes et leurs ayant droit. Nous sommes pourtant à un tournant de l’histoire du Monde (la planète, pas le journal subventionné). Pour la première fois depuis des siècles, la prééminence occidentale semble remise en question, en termes économiques tout du moins, par la montée en puissance de ce que l’on appelle commodément, les pays émergents. Face à cette redistribution des cartes, nos habitudes doivent drastiquement changer et nous n’avons en face de nous qu’un duo stupide interprété, d’un côté comme de l’autre, par deux clowns qui donnent la triste impression de ne se disputer le même siège que pour mieux s’asseoir dessus.

Dupond et Dupont font la course en tête

Si encore ces ambitions de placements fessiers étaient appuyées sur des propositions à la hauteur des enjeux, ce ne serait pas bien grave. Le problème tient au fait qu’aussi bien dans le camp des sortants que dans celui des postulants, on ne propose rien – ou si peu. Ils nous étalent, sous couvert de réalisme, le navrant spectacle de leur impuissance programmée. Le seul suspense est de savoir qui sera livré à la vindicte populaire (et comme tel tondu à la Libération): le riche d’un côté et l’assisté de l’autre. En réalité, Nicolas Sarkozy comme son adversaire corrézien n’ont aucune vision d’avenir à nous proposer, aucune solution de sortie de crise à faire valoir. L’un veut persister dans l’être tandis que l’autre aspire faire la même chose … à sa place.

D’où ce sentiment de malaise grandissant dans une opinion qui sent bien, confusément, que l’on se fout ouvertement de sa gueule. Tout le monde est d’accord à l’UMPS pour augmenter les impôts mais personne ne parle de réduire les dépenses, « Hollandréou » se distinguant même particulièrement, en créant 20 milliards de dépenses nouvelles. Pourtant toute personne sensée, ayant dépassé, dans l’analyse économique, le stade de la capacité cognitive de la paramécie, sait pertinemment que nous ne sortirons de notre panade qu’en agissant, aussi et surtout, sur le niveau des dépenses pharaoniques du dernier des Etats soviétiques de la planète. Dans quelles dépenses couper, voilà bien le secret le mieux gardé de cette campagne.

Malgré ces évidences, les deux représentants des « partis de gouvernement » se jettent mutuellement dans l’anathème, la traque de l’incongruité sémantique et la victimologie. Chacun accuse l’adversaire d’être d’une violence « inouïe » à son endroit. Pauvres canards ! Il faut dire que depuis le temps que les chaisières du commentaire politique défaillent au moindre « casse toi pauv’con », il ne faut pas s’étonner que l’on ne puisse plus s’interroger sur la pertinence des techniques d’abattages rituels au 21ème siècle, sans être, au moins, accusé de nazisme. Nous pataugeons donc dans un brouet de petites phrases calibrées, panacée destinée à masquer au bon peuple l’indigence des propositions des candidats au pouvoir suprême.

Casse toi, tu pues !

Puisqu’ils n’ont visiblement aucune envie de changer les choses durant les cinq prochaines années, les deux candidats placés en tête des sondages ont fait un trait sur une campagne dite d’adhésion. En réalité, puisqu’ils ont en partage, la même absence de solution, leur seule tactique consiste à faire détester leur adversaire. De ce point de vue François Hollande part avec une longueur d’avance, ce qui explique, mieux que toutes les théories fumeuses sur les courants du PS, son absence de programme et ses contorsions fiscales improvisées. Il faut dire qu’il a été puissamment servi par son adversaire, tant celui ci s’est évertué, durant les deux premières années de son mandat, à donner corps à la caricature de « Président de riches » que lui tricotait le PS.

C’est d’ailleurs là un repositionnement tactique récent de la gôôôche. Souvenons nous qu’en 2007, le tropisme  prêté à Sarko c’était plus d’être « facho » que de servir la soupe aux « aristos ». Compte tenu des espoirs, hélas vite déçus, que souleva dans le Peuple la perspective d’avoir enfin un Président doté des attributs de virilité qui faisaient si cruellement défaut à ses prédécesseurs, les socialistes s’aperçurent avec effroi que le « populo » ne s’effrayait pas à la perspective de se donner à un fasciste. C’est ainsi que leurs incantations rituelles sur «  le retour des heures les plus sombres de notre histoire » tournèrent à l’avantage de l’adversaire…

Le fasciste et l’inexpérimenté

Le problème c’est qu’après avoir posé un bon diagnostic sur les maux de la société française et, après avoir incarné l’espoir d’une réaction salutaire d’une droite jusque là honteuse de ne pas être de gauche, le candidat de la rupture de 2007 s’est transformé en Président mou du genou. Il est d’ailleurs cocasse de voir aujourd’hui la gauche lui reprocher les résultats d’une politique d’identité nationale, qu’il n’a pourtant  pas menée, se contentant, au mieux, de l’invoquer. Seulement voilà, dénoncer l’inaction de Nicolas Sarkozy en la matière, s’eût été affaiblir dangereusement l’image de Néron nationaliste que l’on s’est plu à donner de lui. C’est ainsi qu’une gauche de tartuffes se repend en incantations sur la paix sociale perdue. Elle dénonce les intentions du Président sortant plus que ces actes et lui décerne, ce faisant, l’oscar du meilleur acteur de fiction. Car enfin, ambitionner de « limiter » (sic !) l’immigration légale à 100 000 personnes par an, ce n’est qu’en revenir aux chiffres qui prévalaient sous Jean-Pierre Chevènement, le prédécesseur de Nicolas Sarkozy, Place Beauvau, il y a 10 ans. Bel effort !

On le voit, difficile d’exploiter le filon de la France terre des droits de l’Homme, sans risquer une fois encore de perdre l’élection.  Et voilà comment la gauche en vient à reprocher au Président sortant une situation économique dont il est incontestable qu’elle eût été pire si, au fur et à mesure que la crise mondiale se propageait, l’on avait appliqué les recettes préconisées par la rue de Solférino. Voilà pourquoi on nous sert à satiété les projets de grand soir fiscal comme si nous vivions à l’abris de frontières que les amis de Laurent Fabius ont largement contribués à démolir.

Tout en finesse

Pour ne pas être en reste, le Président s’évertue, lui, à nous décrire son adversaire comme inexpérimenté au plan international et donc inapte à la fonction par gros temps. Comme les autres, il en rajoute une couche sur son esprit indécis. Que le capitaine de pédalo soit de l’avis du dernier qui ait parlé est d’une telle banalité dans le monde politique d’aujourd’hui que cela ne choquera plus que les candides. C’est vrai que ce n’est pas le reproche que l’on adresserai spontanément à Sarkozy mais ce n’est pas pour autant un argument. Quant au fait que l’ex de Ségo ait toujours préféré la Corrèze au Zambèze, j’ai bien peur qu’il faille rentrer un peu plus fort dans le concret pour que cela porte. Il conviendrait donc de décliner, à l’aune de ces deux tares, toutes les bourdes contenues dans ses rares propositions, pour que la tactique fonctionne. Nous en sommes loin car on ne peut pas expliquer la complexité des relations internationales à coup de petites phrases.

Conclusion

L’incompétence se démontre plus qu’elle ne s’annone, tout comme les penchants supposés à la dictature. A défaut on risque, par ses incantations, de donner à son adversaire un crédit inversement proportionnel à l’effet d’effondrement escompté. Une campagne ne se résume pas à des slogans et des anathèmes, c’est un exercice d’explication et de pédagogie. Quand rien ne vous distingue vraiment de votre adversaire, vous avez tout intérêt à démontrer la pertinence de vos jugements sur l’individu d’en face, puisqu’au final c’est à un concours de beauté que vous invitez les Français. Si jamais l’un ou l’autre des compétiteurs destiné par les médias à sombrer dès le premier tour, avait une idée réaliste à proposer au pays, c’est le moment de le faire. Les deux boucs qui font la course en tête s’évertuant à ne pas en avoir, elle ne  pourrait qu’être entendue.

STRATEGIES POUR 2012 : LA DROITE DANS TOUS SES ETATS

janvier 5, 2012

Alors que nous nous apprêtons à entrer dans la dernière ligne droite de la Présidentielle, au fur et à mesure que la campagne avance, les candidats se dévoilent, les masques tombent et les stratégies se dessinent. Si l’on n’a de cesse de mettre le 21 avril à l’endroit ou à l’envers, selon les mœurs de chacun, c’est que, malgré tout le baratin déployé pour nous faire croire le contraire, nos politiciens ont intégré ce facteur comme un élément clé de leurs tactiques de conquête du pouvoir. A droite, si les candidatures de témoignage se multiplient, seuls deux méritent que l’on s’y arrête. C’est très cruel pour celle (Boutin) et pour ceux (Morin, Dupont-Aignant et Villepin) qui sont persuadés d’avoir un destin. Il faut pourtant bien reconnaître qu’en dehors de leur concierge, avant les étrennes, personne d’autre qu’eux, n’y croit. Nous ne nous intéresserons donc qu’à Marine et Nicolas.

Sarkozy, droite toute !

A tout seigneur tout honneur, commençons par le Président sortant qui pour éviter d’être sorti, se souvient qu’il fut, un jour de 2007, élu sur un programme clairement de droite.  Bien qu’il se soit empressé, une fois sorti du Fouquet’s, de faire le contraire de ce qu’il avait promis, notamment sur l’épineuse question de l’identité nationale, force est de constater qu’en la matière, les électeurs d’alors n’avaient pas pris un chat en poche. Voilà d’ailleurs bien tout le problème du Président. Sauf à être abonné à Libération et Télérama, il faut bien reconnaitre qu’il n’a pas fait le tiers du commencement de la moitié de ce qu’il projetait de faire en matière d’immigration et de lutte contre l’insécurité.

La prise de conscience touchante de Claude GUEANT, ces derniers mois, sur cet oubli fâcheux, ne change rien à l’affaire. Ceux qui avaient assuré la victoire de Nicolas SARKOZY en 2007 n’ont, comme sœur Anne, absolument rien vu venir. Avec un tel bilan, il va être difficile de faire croire au père Noël, sauf à assumer son aveuglement et sa récente illumination. Après tout, les Français sont probablement plus indulgents qu’on ne le croit généralement dans les élites. Ils sont tout prêts  à entendre une contrition présidentielle sur le thème du : « on m’a trompé, la technostructure est gangrénée par la bien-pensance, je suis venu, j’ai vu, je me suis fais eu … et j’ai décidé que l’on ne m’y attrapera plus ». C’est un pari risqué mais pas si fou. C’est aussi, probablement, la seule explication logique aux saillies de son Ministre de l’Intérieur qui scandalisent tant les pères la vertu de la classe parlante. « L’homme du Président » est bien trop intelligent pour ne pas voir qu’il enfonce des portes ouvertes. Il sait, au demeurant, fort bien, comme tous ceux qui pensent qu’Alain DUHAMEL n’aurait jamais dû être autorisé à sortir des années 70, que ses prétendues « découvertes » sur la réalité du « mal français », n’en sont pas.

Un bilan économiquement faible

Bien sûr, le Président et son si charismatique Premier ministre ont levé un certain nombre de tabous économiques qui entravaient la France, en matière de retraites notamment, mais on est encore pourtant bien loin du compte et des promesses. C’est qu’en 2007, le « candidat de la rupture » comptait réconcilier les Français avec l’argent. Les mauvaises langues (et il n’en manque pas) diront qu’il y est manifestement parvenu pour ses proches. Quoi qu’il en soit, on a bien du mal à distinguer un progrès au niveau du Peuple. Je veux bien croire que la terrible crise que nous traversons et l’exploitation insupportable qu’en font les marxistes de tout poil qui règnent sur nos consciences, n’ont pas arrangé les choses. Ceci étant posé, nous souffrons toujours d’un soviétisme bureaucratique qui nous conduit à engloutir 54 % de notre  richesse nationale dans des monopoles d’Etat. Nous détenons toujours le record d’Europe du nombre de communes et par tant, du nombre de strates administratives, gage d’économies budgétaires, comme chacun le devine aisément. Nous attendons là aussi, toujours, l’effet Sarkozy.

Notre gouvernement a bien tenté de simplifier la création d’entreprise et le succès de l’auto-entrepreneuriat démontre, si besoin en est, que pour peu qu’on leur en donne les moyens, les Français savent se lancer dans l’aventure. Pourtant cet indéniable progrès ne doit pas masquer l’insondable méfiance que notre administration conserve, envers et contre toute logique économique, à l’endroit de l’entrepreneur. C’est qu’il convient, comme toujours dans ce beau pays, de taxer ces salauds de riches qui gagnent parfois en un mois ce qu’un « honnête » fonctionnaire engrange en six. Cet axiome décliné à foison oublie sciemment que le soutier du « service public » n’a jamais été guidé dans son orientation professionnelle que par le souci de la sécurité. Rien d’honteux dans cette attitude mais il est logique quand on ne court pas de risque de gagner moins que celui qui ose en prendre. Pourtant dans notre pays cette évidence est une grossièreté et cela explique en grande partie notre stagnation. Tant que l’on trouvera anormal de rémunérer le risque, il est illusoire de vouloir relancer la machine et retrouver les chemins de la croissance.

Là encore, malheureusement, aucune rupture avec « le monde d’avant ». C’est toujours la même rengaine égalitariste qui conduit à l’accaparement de la richesse produite. Cette politique imbécile de nivellement par le bas, creuse les déficits et conduit à l’accroissement des inégalités qu’elle est sensée combattre. Rien n’y fait ! Si, à chaque aide que l’Etat consent aux entreprises, il faut en dépenser le double pour contrôler que d’hypothétiques patrons indélicats n’abusent pas d’un « effet d’aubaine », autant ne rien faire, on évitera au moins d’aggraver nos dettes. J’aimerais voir la tête de nos grandes consciences qui prétendent, sans rire, que la délinquance en « col blanc » n’est jamais inquiétée, si les allocataires et autres bénéficiaires des « minimas sociaux » étaient à moitié aussi fliqués que les gérants de société. Nous ferions, pour le coup, de sacrées économies.  Là encore, beaucoup de discours sur la fraude et très peu d’actes. Bref en matière de dé-marxisation de l’économie française, il reste un long chemin à parcourir.

Stratégie présidentielle

Avec de tels succès à son actif, la tache du Président n’est pas des plus simples, sans compter le nombre de ses « amis » qui n’attendent que de le voir se planter pour espérer avoir une chance en 2017. Qu’à cela ne tienne, la cohorte des spécialistes autoproclamés  vous assure que, la clef de la victoire en 2012 pour Nicolas SARKOZY repose sur une nouvelle captation des voix du Front National. D’où la fascisation du discours que dénoncent les mêmes à longueur d’ondes. Cet oxymore déchaine la rage du politiquement correct (et celle de la famille Le Pen mais là, c’est plus normal). Pourtant, pour comprendre la stratégie Sarkoziste, il faut dépasser ce cliché. S’il veut être réélu, il sait qu’il doit se trouver dans la même position que Jacques CHIRAC en 2002. Il doit impérativement provoquer un « 21 avril à l’endroit ». En effet, sauf à se retrouver au second tour face à Jean-Luc MELANCHON, l’ex maire de Neuilly n’a absolument aucune chance de gagner face à un centriste, qu’il soit mou comme Hollande ou dur comme François Bayrou, tant est immense le rejet de sa personne. C’est probablement assez injuste aux vues des deux dernières années. Elles ne suffisent, hélas, pas à faire oublier les deux premières où, tel le Dicaprio moyen à la proue du Titanic, notre Président s’est cru autorisé à faire tout et surtout n’importe quoi, au seul prétexte que la France venait de se donner à lui. Pour être encore à l’Elysée le 7 mai prochain, il convient donc pour lui, d’affaiblir François Hollande (il se débrouille très bien tout seul mais il va quand même falloir l’aider un peu) et faire monter Marine Le Pen. D’où les « Guéanteries » qui déplaisent tant à « l’establishment ». Le pari est risqué car il repose sur le maintien d’un socle incompressible d’inconditionnels du Sarkozysme autours de 25% du corps électoral au premier tour.  Et ça, ce n’est pas gagné !

Marine est là

Pour celle dont il rêve d’être l’adversaire au second tour, en revanche, l’objectif est inverse. Si elle veut assurer sa légitimité d’héritière, elle doit égaler la performance de son géniteur et se qualifier pour le second tour. Cependant, elle, a tout intérêt à ce que ce soit face à la gauche. Un 21 avril « à l’envers » lui serait autrement plus profitable en termes d’avenir politique. Eliminée dès le premier tour, malgré un Président sortant, l’UMP ne s’en relèverait pas et de son implosion jaillirait  d’intéressantes perspectives pour le FN lors des législatives de juin. Une réédition de 2002 n’apportera au FN qu’un nouveau succès d’estime. Il est peu probable, malgré son récent repositionnement autours d’un « socialisme national  » au pays des corons, que le Front bénéficie fortement de l’explosion possible du PS consécutif à un second 21 avril. En ce qui concerne le parti de l’intelligence les conséquences d’une nouvelle élimination au premier tour ne sont pas aussi automatiques que pour l’UMP. Le PS est depuis des années une coquille vide qui sert de réceptacle à toutes les ambitions des notables de province. L’intérêt des exosquelettes c’est qu’ils donnent encore l’illusion de la vie alors que toute chair a depuis longtemps déserté le crustacé.

Le Front National n’a pas pour ambition d’entrer à l’Elysée … tout au moins en 2012. Marine LE PEN a en effet besoin de temps pour réformer son parti, le dé-diaboliser complètement et le rendre crédible en matière d’alternative gouvernementale. Elle doit attirer à elle des individualités posées, capables d’affronter les sarcasmes et de porter des diagnostics sûrs aux problèmes que rencontre le pays. Elle doit stabiliser sa pensée économique et passer d’un vote de protestation à un vote d’adhésion. Elle doit, enfin, faire d’un agglomérat de causes disparates, un parti de gouvernement. Pour y parvenir elle a besoin de temps et d’un groupe parlementaire. Le temps travaille pour elle, tant que la crise continue à sévir. Et si les socialistes et leurs alliés khmers (verts et rouges) arrivent aux affaires, les effets immédiats de leurs libéralités budgétaires ne manqueront pas de lui faciliter la tâche. Les 5 années d’efforts et de rigueur à la grecque qui s’en suivront, prépareront efficacement le terrain au débarquement des troupes de Marine en 2017. L’intérêt bien compris de Madame LE PEN, comme du Front National est donc bien une victoire de la gauche et une implosion de l’UMP … et non le contraire, mais comme tout le monde se fout de ses motivations, elle n’a même pas besoin de les cacher. On commence à le sentir à l’UMP mais ânonner que voter FN c’est faire le jeu de la gauche c’est prendre les électeurs pour ce qu’ils ne sont plus … Un peu de pédagogie ne nuit pas au débat politique même si cela déplait aux journalistes.

Patience et longueur de temps

On le voit, la stratégie du Président sortant est très risquée. Il faut dire qu’il est extrêmement difficile d’être le sortant en temps de crise, surtout quand on a été élu pour faire du neuf et que l’on n’a proposé que du vieux pendant cinq ans. Marine Le Pen pour sa part arrive trop tôt. Elle n’est pas en mesure de conquérir le pouvoir. Son objectif consiste donc à s’imposer comme la seule force d’alternance possible au socialisme triomphant. Pour ce faire elle doit absolument voir l’UMP se disloquer pour que l’opposition de droite se recompose autours d’elle. Pour elle aussi le chemin est étroit car il reste encore loin de la coupe aux lèvres. Sa récente doctrine protectionniste peine à donner une cohérence économique à un parti qui à ses origines était plutôt libéral poujadiste. Or pour être le point de convergence de la droite, il faut éviter de donner dans le « care » fut il national. Le flou artistique qui fait d’elle, à la foi la championne de la nation et le nouveau Jaurès des terrils, masque mal le fossé qui sépare des positions très à gauche sur l’économie et très à droite sur la sécurité. On a beau expliquer que le monde bipolaire est derrière nous, les français restent très manichéens en ce qui concerne la conduite des affaires publiques. Enfin, la fusion entre les préoccupations sociales et les idées nationales n’est plus parée des mêmes vertus magiques, depuis les expériences calamiteuses conduites en Allemagne durant les années 30 du siècle précédent.

Conclusion

Contrairement à ce que l’on vous annone à longueur de temps, Le Pen et Sarkozy sont sur des logiques antagonistes et la « Lepénisation » des esprits est un fantasme. Les discours sécuritaires du Président ne visent pas à un rapprochement ou une captation, ils tendent à décrédibiliser son adversaire de gauche en centrant le débat sur des thèmes où il est incapable de venir le chercher. La stratégie du pouvoir sortant est donc de faire de Marine le Pen, sans en avoir l’air, la seule adversaire du Président. Si en allant sur ses terres, Nicolas Sarkozy peut en plus glaner les voix de quelques naïfs, c’est tout bénéfice mais tel n’est pas son but. Le Mari de Carla Bruni a bien des défauts mais il n’est pas stupide. C’est un animal politique particulièrement efficace en campagne. Il est loin derrière, il peut donc lâcher ses coups. Il a beaucoup appris au contact d’Edouard Balladur, le favori des sondages en 1995 qui à force de ne rien faire pour ne pas compromettre cette magnifique position a fini par se faire doubler. Si cette stratégie vous semble être celle d’un de ses concurrents, c’est normal, c’est celle du mec « normal » qui a pourtant fait 4 gosses à Ségolène Royal. Nous détaillerons les difficultés de son positionnement et celle de ses amis dans notre prochain papier.

CORPORATISME ET PRINTEMPS ARABE

février 19, 2011

 

L’actualité de ces derniers jours ne bruisse que de la colère des juges et de la révolte de la fameuse « rue arabe ». Pas un journal, pas une radio qui n’écrive ou n’émette des jugements définitifs sur l’état du monde ou de la France, à l’aune de ces deux évènements qui pour l’un d’entre eux en tout cas ne passionne guère que nous.

Une caste d’intouchables

Contrairement aux Indes, chez nous, les intouchables tiennent le haut du pavé. Il faut dire que dans l’hexagone, ce n’est pas leur contact qui souille. C’est lorsque par mégarde on en vient à émettre à leur endroit la moindre critique que l’on se trouve immédiatement conduit au ban de la société médiatique. La tragicomédie qui vient de saisir le monde judiciaire à la suite des propos, pour une fois bien anodins, de Nicolas Sarkozy prouve, si besoin en est, que la robe n’induit pas automatiquement la sérénité que l’on attend généralement de ceux qui disent le droit.

Qu’est-ce que la cohorte immense des pleureuses sur commande, reproche donc au chef de l’Etat ? Rien de moins que d’avoir jeté l’opprobre de manière « honteusement démagogique »  sur toute une profession de « justes » qui dédient leur vie à rendre honneur et dignité … aux coupables. Ce sacerdoce mérite d’être loué et non vilipendé par un Président qui « flatte, ce faisant, vilement la frange la plus extrême de son électorat » (je caricature à peine). En effet, en vertu d’une idéologie perverse, qui sévit dans notre petit monde judiciaire depuis 40 ans, le criminel est une victime de la société qu’il convient par compassion et aménagements de peine, d’amener à rédemption. Cette culture de l’excuse sociale pousse à privilégier le bourreau à ses victimes et à faire de la prison, héritage maoïste oblige, un camp de rééducation.

C’est si vrai que nous en sommes rendu, à lire la presse, à considérer qu’un séjour en prison équivaut à « payer sa dette à la société ». Foutaises et billevesées que tout cela ! A de très rares exceptions près, l’incarcération ne ramène aucune brebis égarée dans le droit chemin. La case prison ne provoque pratiquement jamais l’électrochoc salutaire que les grands prêtres du culte de l’excuse attendent comme la pluie dans le désert.

Une société enferme ses loups, avant tout pour se protéger de leurs prédations et non pour en faire des agneaux. D’ailleurs, compte tenu des sommes investies pour les mettre à l’écart, il ne devrait même pas être question de considérer que quiconque ait « payé sa dette à la société » avant d’être sorti de taule. C’est seulement après, en se comportant avec rigueur et honnêteté que le criminel peut envisager de « payer » ce qu’il doit. L’idéologie de l’incarcération-rédemption, très en vogue chez les droits-de-l’hommistes, produit l’effet inverse à celui recherché. La prison devient un purgatoire dont on ressort blanc comme neige (si l’on peut dire). Elle équivaut à un solde de tout compte, un retour à la virginité. Voilà pourquoi nos grandes consciences s’attaquent désormais au casier judiciaire. Cet instrument moyenâgeux attache, selon eux, le criminel à son passé et empêche son évolution vers la lumière.  Il convient donc de supprimer cette abomination, au nom des grands principes communs à tous les « frères » qui n’ont jamais été victimes de rien. C’est vrai qu’après tout, pour en finir avec la récidive, il suffit de supprimer le livre de compte.

Les juges sont avant tout des fonctionnaires

En réalité ce qui se cache sous la révolte des juges, c’est une fois encore le conservatisme viscéral de la France protégée. La fonction publique a une sainte horreur de la nouveauté, car elle est synonyme de changement, donc de travail. Ce réflexe conditionné tient avant tout au statut. L’emploi à vie, supposé garantir l’indépendance de la fonction publique, a finit par accoucher d’un vaste corps qui au lieu de servir le public, se sert de lui. D’où la sempiternelle rengaine sur les moyens dès qu’il s’agit d’expliquer les raisons de ce qu’il faut bien appeler un échec.

J’ai déjà eu l’occasion de développer cette aberration dans un autre papier. Dans notre beau pays de France, le seul critère syndicalo-médiatique qui permette de juger du bien fondé d’une politique, est celui de l’enveloppe budgétaire que l’on y consacre. Ceux qui dénoncent à grands cris « l’approche comptable de ces  salauds de libéraux » ne s’en affranchissent pas pour autant. Seul compte l’argent mis sur la table (des cons, une table, de l’argent = principe comptable). Peu importe dans cette optique le résultat final. Peu importe qu’au bout du compte, plus on dépense d’argent moins les résultats suivent. Non mon fils, tu ne seras jugé que sur ce que tu auras jeté par la fenêtre.

Nous sommes très habitués à cette rhétorique, grâce à nos chers (très chers) enseignants. Ce qu’il y a de bien avec les profs c’est que la pédagogie les poussant à rabâcher, leurs revendications les confinent au comique de répétition. Rien n’est jamais de leur faute, tout est une question de moyens. Grâce à ces « braves » gens, on voit bien que ces fameux moyens n’ont jamais rien résolus puisqu’ils n’y arrivent toujours pas. Le nombre croissant d’illettrés est à l’éducation nationale ce que la récidive est à la justice : un révélateur.  Pourtant, loin de les amener à une juste remise en question, évoquer  la question revient à leur déclarer la guerre.

C’est pas moi, c’est l’autre !

Signe des temps, on invoque dans ces professions la vocation comme les Sénateurs Romains invoquaient la vertu civique au temps de César. Il y a belle lurette que l’on embrasse plus ces carrières par passion. On entre dans l’administration pour mener une carrière « plan plan », pas par amour du service. Bien sûr on se pare des attributs de la grandeur d’âme et du sacrifice pour mieux dissimuler son envie d’en faire le moins possible, pour un maximum de gains. A bien y réfléchir, la principale cause de la guerre entre l’institution judiciaire et la police, c’est que cette dernière est la source du travail de la première. Plus la Police est performante, plus les tribunaux se chargent et plus les magistrats doivent travailler. Une école sans élèves et des tribunaux sans justiciables voilà qui serait assurément de nature à satisfaire les « légitimes revendications des forçats du service public ».

Comme on ne vit pas dans un monde parfait, on s’accommode, on bâcle. On voudrait bien s’intéresser un peu plus à nos dossiers mais, vu le nombre de nos collègues qui sont en arrêt maladie, on n’a pas les moyens de bosser. Alors on râle, on pleurniche et on apitoie le journaliste sur les moyens dérisoires dont dispose la justice.  C’est la faute du système, quand la gauche est au pouvoir, ou à l’ultralibéralisme, quand les « progressistes » sont dans l’opposition. La routine administrative en quelque sorte, seulement de temps en temps, avec cet état d’esprit, il arrive qu’on classe le suivi judiciaire d’un dangereux criminel au seul motif qu’on ne va quand même pas s’emmerder avec un clampin qui n’est recherché QUE pour outrage. C’est d’un banal cette incrimination, il n’y a pas à s’en faire ! Oui mais voilà, quand on ne va pas au fond des choses, quand on ne s’intéresse pas au pédigrée du délinquant, on laisse dans la nature une brute épaisse qui finit par violer et démembrer une pauvre gamine de dix huit ans.

Rien n’est jamais écrit d’avance évidemment ! Mais il y est des réflexes conditionnés qui sont bien utiles pour arriver à ses fins en politique. Le Président Sarkozy voulait faire entrer des  jurés populaires dans les audiences correctionnelles contre l’avis de la corporation des magistrats. Il lui aura suffit d’évoquer des sanctions après la catastrophe judiciaire de Pornic pour que ces derniers se déconsidèrent aux yeux de leurs concitoyens en rejetant d’emblée toute idée de responsabilité.

Hosni pas si mou pour Barack

Passons maintenant à l’autre affaire du moment : « le printemps des peuples arabes ». Notons en premier lieu qu’en Orient, tout est décidément bien compliqué puisque le printemps à lieu en hiver, preuve s’il en est, que ces gens là ne sont décidément pas comme nous. Plus sérieusement, le dernier épisode en date de « balance ton tyran avec l’eau de tes ablutions » nous a réservé de savoureux moments (en attendant les prochains).

Dans la course à l’échalote du Président bien informé à qui on ne la fait pas, Saint Barack  vient de marquer un point décisif. Pressé qu’il était de devancer ses petits camarades de jeux en prononçant quelques paroles forcément définitives sur le devenir de l’Egypte, le Président Américain s’est pris les babouches dans le tapis volant. Il a cru bon, en effet, de précipiter les choses en annonçant avant le principal intéressé, le départ de son encore, à l’époque, homologue Egyptien. Vexé, on le serait à moins, Moubarak lui a alors fait le tour de cochon pendable (façon de parler) de se maintenir en fonction une journée de plus, histoire de le faire passer pour un con.

S’il ne s’était agit que de ça, l’histoire aurait pu en rester là, sans autre forme de conséquences. Malheureusement, il n’en est rien et si tout le monde, surtout en France où l’Obamania bat son plein, est passé à autre chose, il serait pourtant bien utile de se pencher sur les conséquences de cette énorme bourde. Le plan initial élaboré avec difficulté par l’oncle Sam prévoyait le départ du Raïs et la transmission de ses pouvoirs à son Vice-Président, le très israélo-compatible Omar Souleiman. En passant prématurément Moubarak par profits et pertes, le digne successeur de Jimmy Carter a réussit à tout flanquer par terre. Le pouvoir est désormais aux mains du ministre de la Défense, Mohamed Hussein Tantaoui qui préside le Conseil suprême des forces armées, lui même constitué de tout plein de gentils militaires désintéressés.

Quand les journalistes de gauche acclament l’armée

Que va-t-il advenir du plus peuplé des pays arabes ?  Bien malin qui le sait ! Notre société du spectacle ne manque pourtant pas de bateleurs professionnels (on les appelle aussi des journalistes) pour nous abreuver d’analyses toutes plus enthousiastes les unes que les autres. Confondant leurs rêves avec la réalité, tous ces prophètes de la mondialisation heureuse et de l’amour entre les peuples, entonnent en cœur le refrain de la marche inéluctable vers la démocratie. L’arabophilie naturelle de la presse française tourne ces jours ci à l’hystérie.

Ils ne veulent retenir des évènements qui ont emportés Ben Ali et Moubarak que le joyeux soulèvement d’un peuple arabe qui, tel les européens de l’est en 1989, secoue le joug de la dictature pour retrouver les champs dorés de la liberté. Le fait que les tenants de cette gentille fable soient les mêmes que ceux qui n’avaient rien voulu voir d’autre dans la chute du mur de Berlin qu’un tas de gravats, ne choque absolument personne. Entendre Edwy Plenel[1] nous seriner que les islamistes ne viendront pas perturber la fête, au seul motif qu’en 1990, l’Eglise Catholique n’a pas instauré une théocratie en Pologne, devrait normalement conduire les moins sots de ses confrères à l’enduire de goudron avant de le recouvrir de plumes.

Bien au contraire, toute la presse bêle à l’unisson que l’armée égyptienne est l’instrument de la libération de son peuple. Savoureux retournement de situation pour qui s’intéresse un tout petit peu à ces choses. On a connu la presse plus méfiante avec les galonnés. Dès lors que les étoiles sont arabes, les généraux sont démocrates. Dommage que Pinochet n’ait pas été mahométan. Hosni Moubarak n’était pas Président de droit divin. Il gouvernait le pays avec l’assentiment de l’armée dont il était issu. Il était le garant de ses prébendes, aussi surement que la momie d’Alger préserve les intérêts de ses généraux. Croire que le coup d’Etat militaire qui vient de se produire grâce à la bêtise insigne du Président américain va apporter la félicité démocratique c’est aller bien vite en besogne. Il en va du pouvoir comme de la richesse qui l’accompagne, on ne l’abandonne pas sans se battre et dans ce domaine comme dans bien d’autres, les moutons se tondent rarement seuls.

En Orient, les Bisounours sont barbus

Il se peut qu’en fin de compte l’armée organise des élections libres. Après tout il arrive bien aussi, parfois, qu’une chanteuse épouse un président. Il se peut également que les barbus, qui sont la seule force d’opposition constituée, ne soient pas portés au pouvoir par un peuple d’analphabètes à qui on va demander son avis pour la première fois depuis qu’un Pharaon s’est baigné dans le Nil. Qui sait, en quelques mois ils auront peut être tous lu Plenel et, ainsi, pénétrés par tant d’humanisme, les masses égyptiennes auront été convaincus qu’il n’y a pas de fatalité arabe.

Il se peut, aussi, qu’entre temps, les militaires aient organisé leur survie en se trouvant un péril à combattre, une cause à défendre, un ennemi de l’extérieur propre a soulever les passions nationalistes toujours affleurantes en dépit des loukoums journalistiques sur la placidité légendaire des riverains du Nil. Dans cette région du monde d’ordinaire si calme et si paisible, contre qui peut bien se retourner une armée arabe désireuse de faire oublier le mirage démocratique occidental ?

En Egypte, des frères musulmans attendent patiemment leur heure en sachant pertinemment que si les militaires attaquent Israël, la déculottée qui s’en suivra, leur ouvrira les portes du pouvoir, bien plus largement que des élections organisées sous l’égide d’une armée à la puissance et au prestige intact. Quand le barbu s’assoupli le poil, c’est rarement pour porter la Burka (proverbe Afghan).


[1] Sur Europe 1 le samedi 12 février 2011

 

Le Centre, trou noir de la politique française

avril 21, 2010

Alors que l’activité volcanique islandaise n’était encore que souterraine, quatre de nos anciens Premiers ministres de Droite sont sortis d’une réserve où ils ne s’étaient, du reste, jamais cantonnés bien  longtemps. La nature ayant horreur du vide et la politique de l’incertitude, nos « ayant été » et autres « aspirants à le redevenir » se sont précipités sur le premier micro tendu pour nous faire part de leurs visions de l’avenir de la France. Le magma incandescent de leurs pensées profondes fut instantanément propulsé dans les hautes couches de l’atmosphère politique, tant le contraste thermique était immense entre leur génie et la gangue de glace sarkozienne qui maintenait le pays en état de léthargie avancée. Après tant de fulgurances et à l’instar des avions européens, les soutiers de la politique au quotidien ont été priés de rester au sol, une saine application du principe de précaution leur interdisant de se risquer à prendre leur envol après de si puissantes explosions.

Que nous ont dit nos vieux et moins vieux volcans, depuis la volée des régionales ? A des degrés divers, chacun à sa manière, les trois anciens Premiers ministres de Jacques Chirac nous ont envoyés le même message : « l’avenir est au Centre ».

Le retour des Chiraco-centristes

C’est Dominique de Villepin qui a dégainé le plus vite. Notant avec gourmandise la quasi-disparition de François Bayrou, il s’est positionné, sans perdre un instant, comme son successeur. Le fait que le Béarnais bouge encore, ne l’a pas plus retenu que l’apparente contradiction d’un tel positionnement pour quelqu’un qui se veut gaulliste. Pas l’ombre d’un doute ne l’habite. Seguin, lui, est bien mort : il en revendique donc également l’héritage. Pour lui, tout est clair : les Français sont restés chez eux, le Front national est revenu des limbes,  uniquement par la faute d’un Président qui mène une politique de Droite. Le fait qu’il soit seul à percevoir cela chez Sarkozy ne le retient pas, on ne saurait arrêter un uhlan blessé dans son honneur. L’admirateur des Cent-Jours et le fossoyeur des célébrations du bicentenaire d’Austerlitz reste persuadé que la France n’aspire qu’à être gouvernée à gauche par des gens de droite. Telle est sa vision du Centre. Douché par ses vaines tentatives de réformes au crépuscule chiraquien, il s’adresse à la nation comme le veilleur de nuit d’un conte:

« Dormez, braves gens ! Nous vivons sur une île, point n’est besoin de réformes. La crise s’arrêtera aux frontières de la France aussi sûrement que le nuage de Tchernobyl et les réfugiés kurdes réunis. »

Même ton compassé chez Alain Juppé. S’il fut « le meilleur d’entre nous » et à ce titre le Premier des Premiers Ministres de Jacques Chirac, il a, en commun, avec le dernier, le souvenir d’une magistrale déroute devant le conservatisme de gauche. Toujours droit dans ses bottes, le Maire de Bordeaux est prêt à suppléer Nicolas Sarkozy si ce dernier, pris par l’angoisse subite d’une défaite tant espérée par ce qu’il compte d’ « amis », venait à renoncer au combat. Son programme est aussi alléchant que celui de Villepin : cap au Centre.

Jean Pierre Raffarin vient fermer le ban en ajoutant, en prime, l’ardente obligation d’enterrer la réforme territoriale. Priver les Français des bienfaits dispensés par le mille-feuilles administratif légué par les lois de décentralisation successives, serait un péché contre le bon sens. L’argument est de poids, surtout venant de celui qui porta la dernière réforme en date, celle qui aboutit à donner tous les leviers locaux à la Gauche. Quelle drôle d’idée que de vouloir simplifier une usine à gaz qui sert si bien ses adversaires !

Ses Premiers Ministres confondent le regret que l’on peut avoir de l’homme que fut Jacques Chirac, avec le soutien à son action politique. On ne regrette pas l’immobilisme compassé, on est nostalgique de l’empathie du bonhomme.

Quarante ans de centrisme

Une chose est sûre : depuis le début des années 70 : la France a été gouvernée au Centre à l’exception d’une brève période de socialisme entre 1981 et 1982 suivit d’une réaction libérale encore plus brève de mars à novembre 1986. Tantôt centre-gauche, tantôt centre-droit, toujours centre mou, jamais nous n’avons essayé autre chose. Le Centre attire les conformistes aussi sûrement qu’un trou noir les galaxies. Le paradoxe a voulu que cette politique n’ait jamais été conduite par des centristes estampillés comme tels. Le fait qu’il faille faire croire aux électeurs, pour pouvoir devenir Président, qu’on appliquera, précisément une politique qui n’est pas centriste, ne frappe aucun de nos grands esprits. Les professeurs de morale insistent, à qui mieux mieux, sur cette fable d’une France souhaitant être gouvernée au Centre, sans tirer aucune conclusion des échecs répétés des candidats centristes au profit du PS ou du RPR : Nous nageons en plein déni de la réalité.

L’UMP a été portée au pouvoir sur deux malentendus.

Le premier fut en 2002 de faire semblant de croire la démocratie menacée par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Jacques Chirac fut élu avec un score soviétique en dépit d’une absence manifeste de programme, qui fut superbement masquée par l’agitation de son Ministre de l’Intérieur sur la sécurité. Il s’en est suivi qu’en dehors de la Place Beauvau, aucune réforme d’envergure n’a put être menée à bien et ce n’est pas le trompe-l’œil des réformes Fillon qui peut faire illusion.  Du CPE au referendum sur l’Europe, c’est un pouvoir déconnecté du réel car sans dessein précis qui a essuyé les échecs tout au long du quinquennat. La leçon a été retenue et, en 2007, le candidat UMP a été élu sur un programme aussi précis que clivant. Le malentendu, cette fois, est venu du fait qu’il s’est aussitôt empressé de s’excuser de ses audaces d’homme de droite en nommant à des postes de responsabilité tout ce que la Gauche comptait de carriéristes. Ces derniers, une fois en place, ont entonné cet air rituel que, les réformes étant impossibles, il convenait de les enterrer ; et les mêmes de louer la nécessité d’une gouvernance au Centre.

Alors que tout ce qui bouge dans le monde politique se revendique du Centre et de la culture du compromis, un boulevard se dégage à droite. Certains esprits en mal de symétrie remettent en cause ce constat, au motif que le même phénomène ne s’applique pas à gauche. En réalité, c’est parce que la Gauche est encore plus mal en point que la Droite que ce phénomène ne s’y observer.

La Gauche a gouverné au Centre, sans le reconnaître. Ce faisant, elle est allée jusqu’à prétendre rester fidèle à ses principes. Le communisme ayant sombré dans les poubelles de l’histoire, les socialistes ont préemptés le Centre tout en prétendant être fidèles à Jaurès. Le tour de passe-passe a si bien fonctionné que plus personne de sensé ne propose, comme Jean-Luc Mélanchon, de solutions authentiquement de gauche, du moins s’il prétend gouverner. Il est aussitôt moqué pour sa ringardise par tout ce que le microcosme compte d’intellectuels se revendiquant, précisément, de gauche

A droite, il n’en a pas été ainsi. Le mouvement socialiste vers le Centre a été compris comme un défi. Dans un premier temps, la réaction a été de chercher plus à droite ce que l’on ne trouvait plus au Centre. La bien-pensance, aidée en cela par les exubérances lepénistes, lui a interdit cette voie. Cédant au terrorisme intellectuel, elle s’est résolue à se replier au Centre comme un gage de ce qu’elle n’était pas la caricature que l’on faisait d’elle. Elle justifiait ce renoncement à des promesses ouvertement contraires par de prétendues obligations de rassemblement. Elle était immédiatement louée pour son sens de l’intérêt général par le syndic de la pensée unique.

La Droite : une idée neuve

Les amis de trente ans

Seul Edouard Balladur, parmi les anciens « PM », nous offre une vision politique différente. Il faut dire à sa décharge qu’il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour que Jacques Chirac ne soit pas Président. Qu’il y soit presque parvenu, et que son âge avancé fasse que son avenir politique est maintenant derrière lui, explique sans doute sa lucidité actuelle. Le divorce entre les deux hommes a beau dater de 1995, il n’en est pas moins profond. Il est, aussi, capital pour comprendre l’histoire politique contemporaine du pays. Le dernier Premier ministre de François Mitterrand est un authentique libéral. Il n’a jamais pardonné le virage centriste de Chirac postérieurement à la mort de Malik Oussekine. Il reste persuadé que l’inconstance du Président du RPR lui a coûté la victoire en 1988 et a privé la France d’une occasion unique de se réformer à l’instar de ses partenaires européens. La Droite n’a pas offert d’alternative à la Gauche, elle a mené la même politique centro-conformiste.

Le Président du Comité pour la réforme, est donc le seul à conseiller un virage à Droite au chef de l’Etat. Il faut lui reconnaître un certain courage pour braver, ce faisant, les quolibets de la médiacratie qui abhorre ce type de recommandations. Il y a un certain panache à aller expliquer à des gens qui prétendent vivre au seuil de la dictature qu’il est nécessaire d’accentuer la marche vers le « fascisme néo-libéral ». Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne semble pas avoir été bien entendu, jusqu’à ce jour. Méfions-nous cependant des apparences : Nicolas Sarkozy n’est pas idiot. Il a sans doute beaucoup aimé être loué pour son ouverture d’esprit par sa cour d’obligés. Il s’est probablement laissé persuader qu’il empêchait, ainsi, l’apparition sur sa gauche d’un concurrent sérieux. Il a, sans doute, compris, au vu des dernières régionales, l’impasse dans laquelle l’ont conduit ces stratégies à courte vue. Un gouvernement, surtout un attelage aussi hétéroclite que celui là, ne se manœuvre pas si facilement. Tels un lourd pétrolier croisant au large des côtes bretonnes, il est emporté par son élan. Il faut du temps pour que le coup de barre produise son effet. Attendons le remaniement qui suivra la réforme des retraites pour voir où entend aller le Président.

Les mois à venir nous diront qui des « ayant été » et des « aspirants à le redevenir » aura emporté le morceau. Si l’aveuglement triomphe de la raison ou si la nécessité de la réforme l’emporte sur le confort de l’inaction.

Le Front National s’installe dans le rôle de la seule alternative

En se recroquevillant dans un Centre consensuel, les acteurs politiques se coupent des réalités vécues par des électeurs de moins en moins aveugles. Le débat se réduit à un jeu d’ombres entre des protagonistes sourds à tout ce qui n’est pas la représentation du monde idéal dans lequel ils prétendent vivre. A force de ne proposer aucune alternative à ce modèle centriste, nos deux partis de gouvernement préparent la voie à une troisième force : Celle qui proposera de mettre un terme à un système qui empêche la France de sortir de l’ornière où elle s’est embourbée depuis 1980. Ce phénomène se manifeste en dehors de nos frontières, avec une touchante constance. Au grand dam de nos gourous médiatiques, la droite qualifiée d’extrême, progresse un peu partout en Europe. A l’Est, en Italie, aux Pays-Bas, dans les pays scandinaves, la Droite s’élargit. En France le Front National est toujours tabou. Pour combien de temps ?

La succession du sulfureux Jean Marie Le Pen est lancée. Elle aboutira, selon toute vraisemblance, à la désignation de sa fille en janvier prochain. Marine est née après la guerre l’Algérie, elle ne connaît des combats de 68 que ce qu’on lui en a rapporté ou ce qu’elle en a lu. Elle est l’enfant des années 80, des premiers ratés des politiques d’intégration correspondant aux succès initiaux du Front National. Elle n’est ni marquée par les scories de la décolonisation ni liée  aux outrances paternelles, nécessaires à l’amalgame de tout ce que la « France de l’ordre » comptait de rebelles à la démocratie, dans une organisation qui en a toujours scrupuleusement respecté les règles. La campagne qu’elle a menée dans le Nord-Pas-de-Calais cette année donne un idée assez précise de ce que vont être ses grands thèmes à venir. Elle s’est intéressée aux conséquences de la mondialisation en des termes que n’auraient pas reniés les syndicalistes des années 70. Elle s’est faite le chantre de l’assimilation à la manière des « progressistes » de la Troisième République. Elle a défendu la nation, le drapeau et une certaine idée de la place de la France dans le monde avec des accents très gaulliens. Elle a surtout été bien seule sur ces créneaux quand tous les autres s’étaient repliés dans le donjon.

Pour résister à pareille offensive, mieux vaudra, face aux bien-pensants, avoir tort avec Edouard Balladur que raison avec les Premiers ministres des Jacques Chirac. Faute d’avoir pris la mesure de ce qui sépara, en 1995, les amis de trente ans, nous n’en finissons pas de vider cette querelle.

Le mirage de l’impôt rédempteur

avril 15, 2010

En ces temps d’explosion des déficits publics et de croissance en berne, nos oracles médiatiques rivalisent d’ingéniosité pour apporter de supposés remèdes fiscaux aux maux dont souffre la France. Il faut dire que la période est au changement. Tout le monde se rend bien compte que l’on ne peut pas continuer sur cette pente très longtemps et qu’à dépenser outrageusement plus qu’on ne gagne, on finit sur la paille. Il n’est pas besoin, pour le comprendre, de convoquer La Cigale et La Fourmi, ni Jean de La Fontaine, le Luc Ferry de Louis XIV. Si ces deux éminents « philosophes » ont tiré profit, chacun en leur temps, de l’actualisation des sagesses antiques ce n’est pas une raison suffisante pour qu’en matière fiscale on prétende, à l’instar de nos deux compères, faire du neuf avec du vieux.

Le riche paiera

La vieille antienne marxiste du « salaud de riche », remise au goût du jour par Jean-Luc Mélanchon, le Tribun de l’Essonne, ne permettrait, hélas, pas de poursuivre l’aventure des retraites comme si de rien n’était. La recette marxiste, qui consiste à nier la réalité pour permettre à ses théories les plus fumeuses de prendre corps, a conduit à de tels succès au vingtième siècle que l’on devrait se méfier de telles solutions simplistes. Pourtant, les délires gauchistes sur le sujet, largement relayés par la presse, font, de la « traite » du « possédant », la nouvelle panacée.

Le constat qui mène à ces conclusions idiotes n’est pas sans fondement. La France a doublé sa richesse en trente ans, passant grosso modo de 1 000 à 2 000 milliards d’euros par an. Il est, aussi, parfaitement exact de dire que cette richesse est de plus en plus concentrée en des mains toujours moins nombreuses. Oublier au passage que les prélèvements obligatoires ont crû dans des proportions encore plus importantes est malhonnête. On frise l’escroquerie quand on feint de croire que le PNB est à la disposition de l’Etat. Nous ne sommes pas en Union Soviétique. L’appareil de production n’appartient pas « au peuple », pas plus d’ailleurs qu’il n’est la propriété exclusive des nationaux. C’est même là que réside l’inanité du raisonnement des ayatollahs de la taxation. Nous ne sommes plus au temps béni des « grandes familles ». Les fonds de pension, véritables propriétaires de nos entreprises, sont inattaquables fiscalement car il leur suffirait de liquider leurs avoirs en France, avec les conséquences que l’on imagine sans peine, pour se prémunir contre les ponctions des amis de Monsieur Mélanchon. Sous couvert de « faire payer les riches » il s’agit d’expliquer aux électeurs crédules de la France protégée que tout continuera comme avant. Le fait que des « nantis » toujours moins nombreux puissent, en jouant sur la libre circulation des capitaux et des hommes, échapper à un impôt confiscatoire  aussi facilement que les fonds de pension,  ne les effleure même pas.

Ne nous leurrons pas, on est toujours le « riche » de quelqu’un. Faire payer les « plus aisés » c’est le slogan-vaseline avec lequel on introduit une augmentation généralisée des prélèvements. C’est une fois de plus sur des classes moyennes qui déjà n’en peuvent mais, que reposera l’« effort de solidarité » réclamé par le syndic de la fonction publique. Pas un moraliste cathodique pour dénoncer le caractère démagogique de pareilles élucubrations. Ce qualificatif, médiatiquement en vogue, ils le réservent à tout ce qui se trouve à la droite de François Bayrou.

Préserver les privilèges de la fonction publique

La réalité est plus simple : des socialistes aux néo-communistes en passant par les bobos écolos, la Gauche française n’est plus que le syndicat de défense des « avantages acquis » de la fonction publique. L’effondrement du système de retraites par répartition est tant prévisible qu’inexorable. Il est fondé sur des données démographiques que l’on connaît depuis vingt cinq ans et que l’on s’obstine à oublier, depuis lors, avec une touchante et œcuménique constance. Cela, cumulé à l’état général de nos finances publiques dopées à la dette depuis 35 ans, oblige à des révisions drastiques. Tous nos partenaires de l’Union Européenne prennent des mesures en ce sens. Le parasitisme social pratiqué par des « services publics » toujours plus nombreux, au détriment des populations qu’ils sont censés servir n’est plus tenable. Il va falloir tailler dans le vif.

Le fond de pension, un privilège de fonctionnaire

On se passionne pour le « bouclier fiscal » qui ne concerne qu’une petite dizaine de milliers de contribuables, pour un montant estimé à 500 millions d’euros par an. On oublie ainsi de s’intéresser à l’ahurissante distorsion à laquelle personne ne s’est jamais attaquée, qui consiste pour les fonctionnaires à voir leur retraite calculée sur les 6 derniers mois d’activité là où, dans le privé, on se réfère aux 25 meilleures années. Le comble, c’est que l’on nous explique maintenant qu’il ne seraitpas possible de revenir là-dessus au prétexte que rien n’est prévu pour effectuer ces calculs au delà de ces 6 mois fatidiques. Tout le système est bâti sur l’immuabilité de ce privilège. Encore une fois, notons que le principe selon lequel les moutons ne se tondent pas eux-mêmes, s’applique dans toute sa force.

Les ravages des grèves SNCF

Les plus bruyantes des sangsues qui nous exposent cela doctement, ne se rendent plus compte à quel point leur suffisance indispose leurs contemporains. Le « service public » a bon dos, tout comme il a du plomb dans l’aile. Il n’est que de se rendre dans une gare pour juger du type de soutien que ledit public réserve aux « forçats du rail » en lutte pour la « préservation » du service, par le biais de son interruption. Il faut aussi éviter de prendre les Français pour ce qu’ils ne sont pas. La prescription fiscale est de trois ans, en outre le salaire des fonctionnaires ne sort pas du néant mais des comptes publics, et les fiches de paye sont informatisées. Il est donc parfaitement loisible à un gouvernement déterminé d’aligner les régimes de retraite au nom de la simple équité. Evidemment, il faudrait compter sur des fonctionnaires pour mettre en œuvre ces mesures. On retombe sur le paradigme de la tonte.

La réforme qu’il ne faut pas rater

Nicolas Sarkozy est au pied du mur. Il doit réussir la réforme des retraites s’il veut encore avoir un avenir. La réalité d’une rupture tant revendiquée va se jouer là-dessus. Ce qui a été entrepris depuis 2007 tarde à porter ses fruits. Rien ne vient vraiment trancher avec ce qui a été entrepris avant, si ce n’est le style du Président et nous avons, en ce domaine, atteint les limites de l’exercice depuis bien longtemps.

Si la réforme des retraites se limite à augmenter la durée de cotisation et à reculer l’âge de départ pour toucher une pension à taux plein alors qu’il est déjà bien difficile de travailler jusqu’à 60 ans sans se retrouver au chômage quand on n’appartient pas à la France protégée, le Président aura échoué. Il sera abandonné et passera aux yeux de ses électeurs pour un velléitaire incapable d’entreprendre ce qu’il s’était engagé à mener. Le « je dis ce que fais et je fais ce que je dis » deviendra pour celles et ceux qui l’ont porté au pouvoir en 2007  un « je ne fais rien de ce que je dis car je ne crois à rien de ce que je fais».

Il est impératif de rapprocher le statut des fonctionnaires de celui de la population qui les paye. Il ne suffit pas d’en diminuer le nombre pour prétendre gouverner autrement. Le candidat de 2007 a réussi à persuader le pays de l’urgence de la réforme. La crise, contrairement à ce que prétendent les bien-pensants, ne remet rien en question, elle rend au contraire plus pressante cette ardente obligation. Si nous ne voulons pas d’une situation à la grecque, nous devons prendre le Minotaure de la fonction publique par les cornes.

Le tabou de l’immigration clandestine

Il est un autre domaine dans lequel l’ardeur réformatrice du Président doit s’exercer pour que la France se remette sur les rails. Avant de faire payer les riches, il faut lutter contre l’enrichissement indu, contre la combine.  Nous devons nous attaquer au dogme qui veut que l’immigration supplée une main-d’œuvre non disponible sur le territoire national. Plus exactement, il convient de remettre les choses à l’endroit.

Tous les secteurs ne sont pas soumis à la course à la compétitivité induite par la mondialisation. Beaucoup n’ont d’autre choix que d’exercer leur activité en France. Il s’agit bien souvent de domaines d’activité à fort besoin de main-d’œuvre. Les services à la personne, l’hôtellerie-restauration mais aussi le bâtiment, les services d’assainissement et les travaux publics. On nous explique à grand renfort de chiffres que personne ne souhaite exercer ces métiers. Quatre cent mille offres d’emplois seraient annuellement non pourvues. Les Français rechigneraient à accepter les contraintes induites par ces activités. Dans un pays où 60% des jeunes rêvent d’être fonctionnaire, quoi d’anormal ?

Ces fadaises nous sont servies en toute occasion par nos politiques et complaisamment relayées par des journalistes, étonnamment peu curieux en la matière. Si ces offres d’emploi restent vacantes, c’est surtout parce que personne n’accepte d’y répondre en raison des salaires proposés. C’est par défaut d’intérêt que l’offre ne rencontre pas la demande, non par paresse ou dégoût. Le recours à la main-d’œuvre clandestine n’a d’autre but que de faire subir une pression à la baisse aux salaires des travailleurs nationaux. On ne peut pas se prétendre libéral et tolérer une telle distorsion des lois du marché.

Que les aveugles congénitaux d’une Gauche dite « de progrès » soient incapables de percevoir que le travailleur clandestin dont ils réclament la régularisation est l’instrument qui permet à des patrons sans scrupules de contribuer à la paupérisation et à la précarisation des salariés français est une chose. Que de prétendus libéraux se rendent complice de ces abus et des conséquences sociales qui en découlent, en pinçant le nez, est une trahison.

Tout est bon pour détourner la loi et exploiter à son seul profit la misère humaine. Le mois dernier, un restaurateur de Neuilly qui ne gagnait sans doute pas assez avec la baisse de la TVA, a été pris la main dans le sac : Il employait des clandestins pour faire la plonge et les rémunérait en tant qu’auto-entrepreneurs. Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites !

Au lieu de bêler pour la suppression du bouclier fiscal ou de réclamer une hausse des impôts, ceux qui, au Parlement, se prétendent de Droite, devraient s’intéresser au ressort qui pousse une partie du patronat à réclamer la régularisation des travailleurs clandestins, main dans la main avec la CGT. Leur donner ce qu’ils réclament ce n’est que relancer la roue de plus belle. Les régularisés exigeront des augmentations qui leur seront refusées au prétexte que d’autres clandestins se contenteront de ce qu’on leur offre.

Alors que nous croulons sous une masse de travailleurs peu qualifiés, nous préférons les laisser tout juste subsister à coups de minima sociaux, aux frais du contribuable et en importer d’autres, plutôt que de laisser jouer les lois de l’offre et de la demande. Ce qui peut se comprendre dans des secteurs soumis au risque de la délocalisation est insupportable là où n’existe aucun danger. Il ne faut pas chercher plus loin les causes de la « fracture sociale ». Nous pouvons constater chaque jour les ravages de cette politique aberrante. Les derniers régularisés ou les plus récents des immigrés légaux en sont les premières victimes. Ils se retrouvent massivement au chômage, leurs emplois étant accaparés par plus misérables qu’eux. Tout le monde n’est pas perdant dans cette affaire et l’argent économisé par les employeurs de clandestins ne s’évapore pas. Il s’accumule.

C’est aussi par ce biais que l’augmentation indéniable des richesses nationales se trouve concentrée dans un nombre toujours plus restreint de mains. L’impôt ne changera rien à la course inexorable vers la concentration des profits. Si l’on veut réorganiser la répartition des richesses dans notre pays, il faut attaquer le mal à la racine. Il convient de redonner son équilibre au marché de l’emploi en dissuadant, par de lourdes amendes, les employeurs d’avoir recours aux travailleurs clandestins. Une augmentation des salaires s’ensuivra. Elle ne sera pas due à une décision gouvernementale unilatérale comme on en a connue en période d’euphorie budgétaire. Elle procédera de l’action régalienne de l’Etat qui jouera, enfin, son rôle de régulateur des marchés et de protecteur de l’intérêt de tous ses citoyens. Voilà qui serait une vraie rupture !

L’aube de l’île monde 3 – OTAN suspend ton vol ?

avril 12, 2010

Une Alliance de projection de puissance maritime

Nous venons de voir l’importance des théories de Mackinder pour les Anglo-Saxons en général et les Américains en particulier. Le retour économique gagnant de l’Extrême-Orient donne une vigueur nouvelle à une théorie élaborée au moment où l’ancien ordre mondial dominé par les Européens basculait au profit de celui qui semble donner, de nos jours, de sérieux signes d’usure.

Première manifestation de l’île monde

Ce qui paraît se dessiner en Eurasie n’est pourtant pas une nouveauté. La guerre froide prend un tout autre relief si on la replace dans le paradigme du fondateur de la London School of Economics. A partir de 1949, avec la victoire des communistes sur le Kouo-min-tang, le bloc communiste était en passe de réaliser l’île monde à son profit. Avec le recul de l’histoire, il est facile de considérer que le type de développement économique induit par les théories de Marx ne permettait pas la naissance de ce super continent. Le modèle économique et politique proposé par l’uniformité apparente de l’alliance sino-soviétique n’était pas uniquement un péril pour la liberté. Il venait aussi rejeter les Etats-Unis à la marge du monde en construction.

La  politique américaine de « containement » n’est que la continuation de la politique anglaise face au blocus continental, sur une plus grande échelle. C’est une stratégie de puissance maritime face à un pouvoir continental. Elle vise à s’assurer des bases solides à la périphérie de l’Empire faute de pouvoir l’atteindre au cœur. L’Europe occidentale, le Pakistan, la Corée, le Japon, l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam ont en commun d’être atteignables de l’une ou l’autre des côtes américaines.

L’Amérique est même allée jusqu’à créer des ennemis à ses adversaires là ou rien n’existait. Le Wahhâbisme et toute la cohorte de maniaques religieux qui se réclament du Djihad mondial pour convertir les mécréants au fil de l’épée ont été portés sur les fonds baptismaux, si l’on peut dire, par les Etats-Unis. Dès avant la fin de la seconde guerre mondiale, les accords entre Roosevelt et le roi Fayçal Al Saoud scellent une alliance qui verra l’Amérique renforcer les fondamentalistes au détriment des nationalistes soupçonnés de sympathies communistes. Cet aveuglement conduira les baassistes et autres nasséristes dans les bras de Moscou tandis qu’au nom de la « liberté » on développait la résistance aux Russes sur une base religieuse en organisant le transit des jihadistes vers les vallées d’Afghanistan. Les Ben Laden et autres barbus fanatisés peuvent remercier le « grand Satan ». Sans lui, ils pousseraient encore leurs chèvres dans le désert yéménite.

Les signaux d’alerte n’ont pourtant pas manqué. La déconvenue iranienne aurait dû alerter les stratèges de la Maison Blanche. La chute d’un Chah de plus en plus incontrôlable devenait une priorité. Son remplacement par les mollahs n’apporta pas la sérénité voulue, c’est le moins que l’on puisse dire. Certes, les religieux, une fois maîtres de Téhéran, ne se précipitèrent pas chez les incroyants soviétiques mais l’affirmation de la souveraineté persane ne s’est pas faite au bénéfice de l’oncle Sam. On ne peut pas faire confiance au spirituel pour présider aux destinées du temporel, c’est une évidence vue de nos vieilles nations européennes percluses de conflits religieux. C’est beaucoup moins vrai depuis une nation fondée par des protestants exaltés expulsés d’Angleterre, pour cette raison. Les héritiers des pionniers du Mayflower sont, depuis, persuadés qu’ils ont une mission divine et ils le proclament à la face du monde, entre autre, en inscrivant sur la monnaie dont ils inondent la planète : « In God we trust ».

La stratégie américaine face à l’île monde

Zonage du " War on terror "

Tout autant que les efforts américains, les dissensions politiques entre les deux moteurs de cette proto-île monde auront eu raison de son essor. Le succès n’était pas au rendez-vous tant, la faiblesse économique des acteurs était patente.  Ils partaient de trop loin et devaient affronter une concurrence trop rude en un temps trop court. On a conclu, un peu vite, de la chute du communisme, à la fin de l’Histoire[1] et au côté incontournable de la démocratie libérale comme modèle unique de développement.

L’Amérique triomphe de ses ennemis, elle demeure la seule force en présence. On assiste alors à la théorisation de la puissance bienveillante. Les Etats-Unis n’ont aucune intention impérialiste, ils cherchent le bonheur de l’humanité dans son ensemble. La raison l’emporte sur la passion. Pourtant, les atavismes ont la vie dure et il suffit d’un rien pour que le gentil et désintéressé Bobby planétaire se transforme en vil tonton macoute de bas étage. On ne peut pas analyser le délire irakien autrement.

Le pays de Saddam n’était plus une menace pour personne à l’issue des douze années d’embargo qui suivirent la déculottée administrée par la coalition internationale, consécutivement à ses égarements koweïtiens. Aucune raison objective ne présidait à cette nouvelle expédition, si ce n’est le besoin de se positionner aux marges de l’île monde renaissante, au cœur du ventre mou islamique.

Le sentiment d'encerclement dépend de la perspective géographique avec laquelle on l'étudie

Ce faisant, les Etats-Unis renforcèrent les fondamentalistes. Ils achevèrent les régimes laïcs de la région qui faisaient encore obstacle aux barbus. Ils créèrent une zone d’instabilité aux portes d’une Europe qui pouvait être tentée de se tourner vers le continent à la faveur de son recentrage à l’est et ils se positionnèrent à proximité immédiate de la zone-pivot. L’Afghanistan leur donnait déjà cette occasion, à ceci près que deux c’est toujours mieux qu’un, surtout quand entre les deux se trouve l’Iran.

On le voit, les Américains ne sont pas aussi ignorants des réalités géopolitiques du monde contemporain que l’on affecte de le croire en Europe. Les bouseux  du Texas ne savent peut être pas bien distinguer Bruxelles de Paris, et qui pourrait leur donner tort par les temps qui courent, mais il savent très bien que le Caucase doit être contrôlé et pacifié pour que les visons mackidiennes s’appliquent. S’ils veulent conserver leur puissance, ils doivent s’assurer de la permanence de ce foyer d’instabilité.

A la recherche de nouvelles alliances continentales

La Russie et surtout la Chine sont bien conscientes de cette stratégie. Il ne faut pas interpréter autrement leurs positions vis à vis du Pakistan, de la Géorgie, de l’Ukraine ou de la Corée. Les marches de leurs empires respectifs doivent être sous leur contrôle afin de faire pièce à la volonté américaine. Ce n’est pas de l’aveuglement nationaliste chinois ou d’atavisme impérial russe qu’il s’agit. Les leçons de la guerre froide ont été retenues. Avant toute chose, il convient de rester maître chez soi. Tout ce joue sur la zone-pivot et, de ce point de vue, l’Iran est la « mère de toutes les batailles ». Elle n’est pas dans le voisinage immédiat des deux puissances continentales mais elle est la porte d’entrée sur le Caucase. Les puissances continentales doivent donc impérativement trouver des alliés.

Il faut se rendre à l’évidence que les choix en la matière sont restreints. L’Inde est en retard sur la Chine, elle commence sa mue et se méfie de son puissant voisin depuis ses déconvenues militaires des années 60. De plus, elle est trop occupée par ses querelles avec le Pakistan et trop dépendante des Etats-Unis pour les résoudre. Il reste l’Europe.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le « vieux continent » est pacifié, d’abord à l’Ouest puis à l’Est sous la houlette américaine. Cette domination  y est acceptée quand elle n’y est pas célébrée, par les élites locales au nom d’une communauté d’intérêts symbolisée par la démocratie porteuse du développement économique. Cette unanimité des « gens de bien » rappelle trait pour trait les conditions dans lesquelles les Grecs se joignirent  aux Romains. La puissance culturelle dominante de l’antiquité s’est soumise à la puissance militaire car avec elle, venait la fin des conflits endémiques entre cités. Ces guerres fratricides engendraient une instabilité qui fragilisait la pérennité de l’ordre social.

Même cause, mêmes effets, la Pax Americana apporte la prospérité aux oligarchies en place par la sécurité des échanges et des contrats commerciaux. Cet axiome est imparable tant qu’il n’existe pas d’alternative. On voit, avec la Chine, que le succès économique est désormais déconnectable du libéralisme politique. Surtout, l’Empire du Milieu, n’a que faire de l’exportation d’un modèle d’organisation sociale. Son but est de trouver des clients pour commercer et des fournisseurs pour se développer. La Russie est assise sur un tas d’or géologique et se trouve située au centre d’une zone d’échanges potentiellement infinis entre est et ouest. Sa position est idéale. Elle n’a pas vocation non plus à exporter un mode de vie. La solution de remplacement à l’atlantisme ne viendra pas bouleverser nos habitudes, le « péril jaune » et le redoutable « Ivan » n’ont pas pour ambition d’égorger nos fils et nos compagnes.

La Chine et la Russie, ça n’est pas suffisant et afin que l’île monde prenne corps il convient d’y attirer une Europe qui regarde presque exclusivement vers l’océan. Des trois grandes puissances locales, une seule fait relativement exception. Le Royaume-Uni est ataviquement attaché aux Etats-Unis. L’Allemagne n’est plus que l’ombre d’elle même. Sa puissance économique la rend totalement dépendante, pour sa pérennité, des armes américaines tant elle s’est maintenue en état de dépendance militaire. Elle est dans la même position que notre pays après Waterloo.

La France et l’île monde

La France est un cas à part. Le grand vaincu du XIXème siècle, n’a pas abandonné ses rêves de gloire et ne s’est jamais pleinement satisfait de son rôle de supplétif. Qu’avons-nous vraiment gagné depuis que nous nous sommes rangés derrière la bannière des puissances maritimes ? Trois guerres meurtrières avec l’Allemagne, un lent déclassement économique et politique et la fin de notre domination culturelle.

Comme leurs homologues, nos élites sont farouchement accrochées à l’alliance américaine. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ironiser sur les capacités, le rôle, l’influence, le poids et les ambitions de la France dans le monde est devenu si commun à tout ce qui prétend procéder de l’intelligence dans notre pays que l’on se demande bien pourquoi, les puissances montantes prennent encore la peine de s’intéresser à tant d’insignifiance. Il est amusant de constater que la Gauche communiste a initiée ce processus au sortir de la guerre, pour hâter la victoire des « progressistes internationalistes » incarnés par les apparatchiks moscovites en liquidant la nation à leur profit. Elle a été, récemment rejointe, dans ce « noble but », par la Droite eurolâtre au prétexte, là encore, de la souhaitable et inéluctable dissolution de la patrie dans le « projet européen ». Dans tous les cas il s’agit de faire disparaître le pays. Nul part ailleurs on ne trouve une telle fascination morbide des élites pour le « parti de l’étranger ». Un si grand acharnement doit relever d’une sérieuse pathologie, un tropisme d’oligarchie grecque en voie de romanisation, probablement.

Il est indéniable que notre position internationale s’est érodée depuis l’Empire, nous en avons analysé les causes. Cependant, nous avons maintenu une étonnante combativité. Bien sûr, nos stratèges se sont longtemps efforcés de préparer la guerre à venir sur les bases de celle qu’ils venaient de perdre. L’affaissement démographique français a bien affaiblit nos capacités, mais ne les a jamais anéanties. Coûte que coûte, nous nous sommes maintenus non comme acteur principal, mais comme une entité incontournable. Aussi curieux que cela puisse paraître aux prophètes du déclin, on n’a jamais pu faire sans la France.

La France rejoint le commandement intégré de l'OTAN

La France rejoint le commandement intégré de l'OTAN

C’est encore plus vrai aujourd’hui, à l’aube d’un monde nouveau. La France est le maillon faible de l’Empire américain. Bien que nous tournions le dos, depuis peu, à notre doctrine traditionnelle en réintégrant, sans contreparties notables, le commandement intégré de l’OTAN, nous n’en sommes pas moins perçus comme autonomes et ce pour plusieurs raisons. Nous n’avons pas suivi le mouvement en Irak. Nous conservons une force de frappe nucléaire indépendante. Notre industrie d’armement est parmi les plus performantes au monde. Enfin, nous avons déjà claqué une fois la porte de l’Alliance, sans que le ciel ne nous tombe sur la tête pour autant. Voilà les raisons qui poussent la Russie, la Chine et dans une moindre mesure l’Inde à ne pas nous considérer, simplement, comme l’Italie, bien que nous soyons plus proche d’elle économiquement que de l’Allemagne. L’économie ne gouverne pas tout, la politique fait encore avancer les Etats. C’est de la même logique que procèdent les récentes attentions du couple Obama envers les Sarkozy. Ménager l’ego du Président d’une nation toujours prompte à renouer avec ses rêves de grandeur, permet de conjurer le risque que celui-ci ne se drape soudainement dans les plis de son drapeau. Depuis le temps que son « copain Barack » le snobait sur tous les sujets qu’il décrétait majeurs, « my friend Nicolas  » aurait été capable de se souvenir qu’il était gaulliste. Il convenait de rattraper le coup sans rien céder sur le fond. Un petit dîner en couple savamment orchestré, vaut mieux qu’un grand choc. On arrive toujours à amadouer l’indigène avec de la verroterie médiatique.

La France ne remettra pas en cause l’ordre européen à elle toute seule. Elle peut simplement contribuer à lézarder la belle façade d’unanimisme occidental qui veut qu’il n’y ait point de salut en dehors de l’Amérique. Il ne lui en faut pas beaucoup plus pour intéresser du monde. Nous ne sommes pas revenus au centre du jeu pour autant. Nous devons nous contenter d’être une puissance régionale, mais une puissance déterminante. Le monde change vite. Que pointe une alternative à  cet ordre présenté comme immuable pour mieux nous confiner à un rôle qui n’est pas à la mesure de notre destin, et tout peut arriver. L’île monde n’est pas la plus absurde des solutions, pour qu’un pays qui se cherche depuis près de deux siècles, se trouve enfin. Il faudra pour cela relever des défis que je m’efforcerai de souligner au travers de ce blog.


[1] Francis Fukuyama – La fin de l’histoire et le dernier homme – Champs Flammarion